samedi 30 décembre 2023

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Déjà, la couverture très réussie interpelle le lecteur curieux…

Évocatrice des cris d’hommes et de femmes, du feu, assimilé à la chevelure quand la tête n’est pas recouverte. Les cheveux, flammes de résistance et de liberté…

 

Bel hommage rendu à Masha Amini (cela fait un an qu’elle est morte) avec cette BD.  Faire comprendre aux lecteurs tous les éléments de la révolte iranienne en expliquant les faits, l’historique, l’ADN de la population : « un régime de fer, un peuple qui résiste ».

Le sens du martyr est particulièrement bien analysé, notamment avec « le dialogue des morts ».

 

Je me suis ennuyée sur la première partie : « les évènements », simplement car je les connaissais bien. Mais il était utile de rappeler les faits, de comprendre la nature du titre, le slogan féministe kurde scandé par les étudiants(es) : « Femme, vie, liberté »

En revanche, j’ai infiniment apprécié les deux autres parties. Ouvrage tellement riche en textes, en dessins qu’il est difficile à résumer. Il faut le lire et le prêter à ceux qui nous entourent.

Le graphisme est très varié : couleurs ou noir et blanc, et styles très différents. Ce qui est plutôt logique puisqu’il s’agit de différentes histoires avec de nombreux dessinateurs. Et en même temps, la mise en page demeure rigoureuse. Chaque histoire est présentée de la même façon : le titre sur la page de gauche en lettres rouges et le dessin, sur la page de droite. Sur fond rouge également.

 

Une BD qui permet de comprendre, qui touche au cœur, qui touche aux tripes.

Une BD, véritable ouvrage de référence, pour qui veut appréhender en profondeur l’Iran. Une habitude chez Marjane Satrapi.😀

Une grande réussite !

 

BD lue dans le cadre du Prix BD Fnac / France inter

Je remercie L’Iconoclaste, la Fnac et France Inter de m’avoir permis de découvrir ce titre.

vendredi 29 décembre 2023

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Un roman intimiste aussi doux que fort et percutant.

1977 – Au bord du lac Pekuakami,  ( le lac St Jean au nord est du Québec ). Une vielle dame se souvient et raconte. Un retour très lucide sur sa vie parmi la population innue.

 « Venir me réfugier au lac, comme ce matin, m’apaise, car il me rappelle qui nous avons été et qui nous sommes toujours. Pekuakami : ta surface lisse se mêle à l’horizon, le soleil s’y mire comme dans une glace, et ce miroir me renvoie à tous mes souvenirs. »

Une histoire vraie puisqu’il s’agit de l’arrière grand-mère (Kukum en langue innue), de l’auteur. 

Almanda, jeune orpheline, née en 1882, est élevée par les « blancs ». Amoureuse à 15 ans de Thomas, jeune innu, elle adopte alors leur culture et leur vie nomade. « J’arrivais d’un monde où l’on estimait que l’humain créé à l’image de Dieu trônait au sommet de la pyramide de vie. La nature offerte en cadeau devrait être domptée. Et voilà, que je me retrouvais dans un nouvel ordre des choses, où tous les êtres vivants étaient égaux et où l’homme n’était supérieur à aucun autre. »

 

La première partie de ce beau roman est consacrée au rythme de cette vie de liberté. Chasseurs en hiver et nomades, vente des peaux en été aux blancs. Chacun y trouve son compte.

La vie est rude, mais en parfaite harmonie avec la nature et les autres populations. Paradoxalement dans cette nature hostile, c’est un monde de douceur et de poésie. Et surtout de liberté.

 

La seconde partie, à partir du chapitre « La nausée », relate l’exclusion progressive  du peuple innu de son territoire. Car les colons blancs les ont dépossédés de leur territoire, donc de leurs moyens de subsistance, de leur langue, de leur culture. 

«Ils  ne se contentent pas de couper les arbres, «(…), c’est toute la vie qu’ils détruisent, les oiseaux, les animaux, ils abattent l’esprit même de la forêt. Comment des hommes peuvent-ils se montrer aussi cruels ? »

Sans leurs moyens de subsistance habituels, « les innus sont passés de l’autonomie à la dépendance »

Une vie qui paraît confortable matériellement, mais qui est surtout violente et oppressante. A l’opposé de leur vie  nomade, difficile mais paisible.

 

La fracture entre les générations est particulièrement bien analysée et elle se rapporte aussi à toutes les populations migrantes ou exclues.

« Mes enfants sont nés dans le bois. Mes petits-enfants ont grandi sur une réserve. Les premiers ont reçu leur éducation en territoire, les seconds en pensionnat. Les pères blancs leur interdisaient de parler l’innu-aimun et punissaient même ceux qui le faisaient. Et en revenant, les enfants s’exprimaient en français. Un autre pont a été coupé entre les générations. Ils ont pensé qu’en les dépossédant de leur langue, ils en feraient des Blancs. Mais un Innu qui parle français reste un Innu. Avec une blessure de plus. »

 

J’ai beaucoup aimé le portrait d’Almanda, une femme au caractère volontaire, bienveillante et lucide.

Ainsi que l’expression de la nature, un personnage à part entière. Bienveillante et hostile, capricieuse et généreuse. La forêt, le climat et surtout l’élément de l’eau, avec le lac Pekuakami et son affluent, la rivière Péribonka  sont particulièrement bien décrits, tellement vivants que le lecteur partage le paysage et le voit vivre sous ses yeux.

A l’opposé de nombreux récits sur les amérindiens, mièvres, voire niais et angéliques, celui-ci dégage une grande sobriété, ce qui fait sans doute toute sa force et sa densité.

 

L'arrière plan du livre est le lac Pekuakami. Le troisième plus grand lac du Québec.

Date de parution : septembre 2019

 

 

 

mercredi 27 décembre 2023

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 Une fable percutante sur la déshumanisation de nos sociétés, le réchauffement climatique, et le rêve d’une société idéale, en parfaite altérité avec la nature et les animaux

Encore un récit dystopique, me direz-vous…

Pourtant, ce roman graphique est plutôt original : un graphisme particulier, des couleurs flashy, un contraste marqué entre les rêves des personnages, parfaitement illustrés par des couleurs « hallucinogènes » ( par moments, comme un kaléidoscope) et le pessimisme du scénario. Et une conclusion semblable à celle d’un conte…

 

Il faut accepter d’entrer dans l’univers de Jérémie Moreau. On  est alors happé par l’harmonie entre les dessins, le réalisme des situations et la poésie qui se dégage des personnages.

 

L’histoire :

La nuit. Les couleurs orangées des éclairages électriques des métropoles, Nathan, au volant de sa voiture Uber, dépose un client. Il est ailleurs, pas derrière son volant,  et en mal-être essentiel, voire existentiel.  Heureusement le GPS le guide à la maison.

Il travaille dur et tout le temps, pour élever son petit frère et sa sœur, depuis le décès de leur mère.

Totalement perdu dans la tête, il prend une nouvelle cliente, Annie, pour la déposer à Roissy où elle doit rejoindre son pays d’origine, l’Alaska.

Il craque complètement, la voiture aussi, et Annie leur propose à tous les trois, de l’accompagner en Alaska. Elle pense alors leur offrir une vie proche de la nature, loin du stress des courses multipliées pour subsister, loin du vide qui est en train d’engloutir Nathan, mentalement et même physiquement.

Entre les souvenirs d’Annie du pays qu’elle a laissé, il y a 40 ans, pour suivre son amoureux, « un blanc »,  et la réalité du terrain, touché de plein fouet par le réchauffement climatique, le fossé est immense.

J’ai aimé la sagesse d’Annie, son empathie face à Nathan et aux enfants : « Mon cher Nathan, il faut que tu saches que tu hérites d’une civilisation qui s’est appliquée pendant des siècles à dépeupler le monde.

D’abord, en transférant les esprits des arbres, des animaux et le sacré des écosystèmes vers un ciel divin. Puis en réduisant ce qu’il restait du monde  à une matière inerte prête à l’exploitation.

Le monde moderne a produit une terre muette, et dénuée de sens. Où plus personne ne rêve. »

Un graphisme particulier. Plutôt simple. Les visages des personnages sont tous semblables, et pourtant tous différents, grâce  aux expressions bien marquées, aux couleurs éclatantes ou très sombres.

Pas du tout ce que j’aime habituellement mais il accompagne très harmonieusement, et avec beaucoup de caractère, le scénario.

 

Jérémie Moreau joue habilement du contraste. Entre rêves et monde à l’agonie. Entre noirceur du scénario et graphisme et  tout en couleurs.

Un conte philosophique qui suscite les réflexions.

 

vendredi 22 décembre 2023

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La couverture suggère immédiatement  la construction du récit de Ginette Kolinka. Une voie ferrée où se croisent une adolescente à la tête rasée et une vieille dame. Leurs mains se touchent et chacune poursuit la direction opposée.

C’est l’histoire de Ginette, adolescente et internée à Birkenau, racontée par la même Ginette, vieille dame de plus de 90 ans, à une classe d’enfants, en visite à Birkenau.

 

Elle revient sur cette expérience douloureuse, sans apitoiement, sans pathos. Simplement expliquer aux gamins ce qui s’est passé, ce qui ne devra jamais plus se passer. C’est une passeuse de mémoires, et quand elle ne sera plus là, la force de son message devra être relayée par les plus jeunes.

 

J’ai infiniment aimé la sobriété de Ginette à exposer les faits. Sa sincérité, quand elle explique son silence pour parler des camps. Un sentiment de culpabilité vieux de 76 ans par rapport à son père et à son frère :

« Les nazis auraient de toute façon dirigé mon père et mon frère vers les faux camions de la croix rouge.

Mais le fait qui ce soit moi qui leur ait conseillé…

Cela fait 76 ans que je vis avec ça. »

J’ai beaucoup aimé aussi sa simplicité, sa bonne humeur. La joie de vivre est toujours présente. Jamais de pathos. Sur sa bio, il est indiqué : « je ne veux pas ennuyer les gens. »

 

Un sujet souvent traité. Avec le soin qu’ont apporté les graphismes à valoriser l’histoire et la personnalité de Ginette, il prend encore plus de densité.

Une BD qui favorise la passation de mémoire.

Une BD hommage, une BD pour ne pas oublier…

 

 

mercredi 13 décembre 2023

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« Ce matin, au détour d’une rue, dans la ville où j’habite désormais, j’ai cru reconnaître son visage et sa démarche.

C’était absurde, bien entendu : tant d’années se sont écoulées depuis les événements, il aurait forcément beaucoup changé et le croiser aurait exigé un improbable concours de circonstances. »

Les années 1980 – l’ile de Ré, les vacances d’été. Le narrateur, Philippe Besson, nous entraîne immédiatement dans ses souvenirs de jeunesse, quand il avait 18 ans, avec sa bande d’amis, trois garçons, qu’il retrouve durant les vacances. Les rejoindront Alice et son frère Marc. Histoires d’attirances, de séduction, de doute, de drames, puisqu’on sait déjà que l’un d’entre eux disparaitra…

Un récit comme des milliers d’autres. Pourtant l’auteur nous accroche dans ses filets rhétais, pour seulement nous lâcher à la dernière page.

Car ses souvenirs ont un charme infini. Ils possèdent le recul et la lucidité de la maturité. Un regard attendri sur ces années mais en même temps, exigeant et excessivement lucide.

 « Quand j’y repense, avec le recul des années, je trouve ce moment incroyablement attendrissant : on avait 18 ans, ce qu’on voulait, c’était plaire aux filles,  ou aux garçons, c’était même la chose la plus importante, le reste ne comptait pas, pas du tout, on était dans cette inconsistance formidable, cette soumission à nos hormones, cette soumission à l’instant aussi. Après, on a vieilli et a perdu cela : la vie tenant toute entière dans la futilité. »

 

« A ce stade de nos existences, on était empêtrés dans une contradiction fondamentale : on voulait séduire, avoir des histoires, on était guidés par notre libido balbutiante, et pourtant, le plus souvent, on restait dans l’incertitude, dans l’entre-deux, une sorte de zone grise , on manquait de résolution, ou de discernement , ou d’énergie, ou des trois et, à la fin, souvent, on préférait la compagnie de nos potes à l’amour et au sexe, c’était moins impliquant, moins épuisant. »

 

Passionnant aussi, le sentiment de responsabilité, de culpabilité qui poursuit l’auteur, de nombreuses années après. Quand on réalise  que notre attitude négligente et légère a eu des conséquences néfastes et irrémédiables.

« Je songe à nos indifférences, nos désinvoltures qui, la plupart du temps, sont sans conséquence et qui quelquefois s’avèrent coupables. Je songe à ceux  que nous laissons partir sans comprendre qu’ils nous suppliaient en silence de les retenir. »

 

Une écriture fluide, précise, en parfaite harmonie avec un garçon de 18 ans.

Une analyse  fine et percutante de l’adolescence, plus exactement des 17 – 18 ans. Un très bon moment de lecture !

 

Merci à Babelio et aux éditions Julliard  de m’avoir permis de découvrir ce roman sensible et singulier.

 

mardi 12 décembre 2023

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L’humanité du chien, ça vous parle ? Ou au contraire,  vous trouvez cette question ridicule ?

Pourtant, cette belle fable de Seishû Hase le démontre admirablement.

 

L’histoire de Tamon (le chien), de son périple d’Iwate, marqué par le tsunami, au nord,  vers le sud du Japon, soit un peu plus de mille km. Où il croisera les vies d’un petit délinquant, d’un braqueur, d’un passionné de course en montagne, d’une prostituée ou d’un vieux chasseur gravement malade.

Ceux qui partagent un bout de vie avec Tamon jouissent d’un moment de paix, d’affection et de consolation. Dans des vies souvent difficiles, voire brisées.

Il représente un « mamorigami », un ange gardien, un chien douceur et protection.

Que cherche Tamon ou plutôt qui cherche t’il à rejoindre au sud ?

Un chien qui fait du bien à tous ceux qu’il rencontre, même dans des situations extrêmes comme celle du vieillard malade, Yaichi.

« Yaichi était persuadé que c’était parce que le chien avait flairé l’odeur de la solitude et de la mort. Etait-il possible qu’il ait interrompu sa quête des siens pour rester auprès de lui, soulager sa solitude et attendre près de lui, le moment de sa mort inéluctable ? »

Ce roman met particulièrement en valeur la nature de notre ami à quatre pattes : l’affection sincère et désintéressée, l’empathie, l’absence de jugements et la fidélité.

Ce n’est pas mièvre mais au contraire, bien observé, juste et sensible.

L’analyse psychologique des humains est plutôt fine. L’autrice a choisi de façon très classique des situations très différentes afin de bien monter le côté résilient et salvateur de Tamon pour chaque personnage rencontré.  Qu’il s’agisse du braqueur, de la prostituée, de Taiki et Sae (une simple vie de couple qui dérape lentement mais sûrement).  Un homme gentil, mais sans réflexion, qui charge sa femme de travail : Ce n’est pas un mauvais cheval, mais une femme ne peut pas être heureuse avec lui. (…) Il est devenu adulte en gardant la mentalité d’un gosse. »

Si vous aimez les animaux, vous passerez un très bon moment de lecture. En revanche, prévoyez peut-être quelques mouchoirs en papier. 😊

Bien sûr, c’est une fable, donc les traits sont accentués. Je n’ai surtout pas dit caricaturés. En ce qui me concerne : récit concernant des animaux + littérature japonaise, je suis tout de suite partante, et la plupart du temps, séduite.

 

Merci à Hélène D de m’avoir conseillé ce livre.

 

 

 

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Comment sensibiliser l’opinion publique, quand on est un journaliste engagé, de l’oppression d’une population, dont tout le monde se fiche ou presque ? Comment alerter l’opinion internationale qu’un « génocide se déroule sous nos yeux, lentement mais sûrement. »

C’est le pari d’Eric Darbré et de son complice illustrateur Eliot Franques, avec cette BD pédagogique, facile à lire, mais surtout pas simpliste. Particulièrement bien documentée par une expérience terrain significative (depuis 1996), que l’auteur nous propose de suivre.

Bien sûr, on sait vaguement qu’il s’agit d’une minorité opprimée et que c’est situé à l’extrême ouest de la Chine, dans la province du Xinjiang (3 fois la France) mais nos connaissances sont vite limitées.

 

Qui sont-ils ?

L’ethnie majoritaire chinoise, ce sont les Hans. Comme les Tibétains, les Ouïghours sont une minorité ( 11 millions de personnes) : « Ils sont musulmans,  écrivent avec l’alphabet arabe, parlent une langue turcophone et ne se considèrent pas du tout chinois. Pékin en a conscience et envoie des millions de colons hans pour siniser la région. »

La population est installée en Chine depuis plus d’un millénaire, colonisée par les chinois au 18ème siècle. Elle se révolte fréquemment et en paie le prix fort surtout depuis 2014. Une date phare  (l’équivalent du 11 septembre aux USA) : le 3 janvier 2014. Un attentat dans la gare de Kunming, au sud-ouest de la Chine. Aussitôt, le gouvernement chinois l’attribue aux Ouïghours.

Xi Jinping, alors au pouvoir depuis moins d’un an, déclare : « nous allons lutter sans aucune pitié contre le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme. Je donne l’ordre de rafler toux ceux qui doivent l’être. »

Depuis, on estime à plus d’un million, les Ouïghours détenus en camps de concentration, sans compter les viols, les tortures, les avortements forcés, les condamnations à mort. Pékin explique qu’il s’agit d’un « combat légitime contre les terroristes. »

Eric Darbré choisit d’emmener le lecteur dans ses différents reportages dans le Xinjiang. Enquêtes dangereuses et difficile dans une région où tout est cadenassé par la police omniprésente, par la corruption (« c’est si facile de corrompre quelqu’un quand on a le ventre vide »).  Difficile aussi de ramener des témoignages directs : «comme ceux des paysans Ouïghours expropriés et réduits à l’état de quasi- servage ». Une femme qu’il a réussi à interroger, explique : « Cette terre ne nous appartient plus. Elle a été donnée aux chinois maintenant. Si je ne ramasse pas plusieurs kilos de coton par jour, je suis punie. »

Il faut comprendre aussi que la province du Xinjiang était autonome jusqu’en 1950. Une situation vécue par les grands-parents et toujours présente dans la mémoire des Ouïghours.

Étonnamment, « on y trouve les plus grands gisements de pétrole, de gaz, de charbon et d’uranium du pays. Il y a aussi à foison du cuivre, du plomb, du zinc, de l’or, de l’argent… (…) Sans oublier des terres agricoles fantastiques : premier producteur de tomates, deuxième pour le coton… Bref, cette région c’est un peu la caverne d’Ali Baba. Un trésor unique. Et ça, Pékin ne le sait que trop bien. »

Eric Darbré nous sensibilise aussi quant à notre responsabilité concernant les produits Ouïghours exportés à un prix de misère. Comme le coton utilisé pour son exceptionnelle qualité par la haute couture. Comme les tomates servies en sauce et en produits dérivés, par la marque Chablis.

A compter de 2020, seulement,  les instances et médias internationaux s’intéressent à la crise Ouïghour. Car c’est également un enjeu géo- politique : « les Ouïghours devenaient un enjeu stratégique international. Et potentiellement, un atout pour affaiblir la Chine qui se muait en géant économique et politique. »

Le graphisme est dépouillé, en harmonie totale avec le texte. Très riche, diversifié et colorisé selon les situations. Un talent particulier pour rendre compte des scènes dramatiques, esquissées et renforcées par les couleurs rouges ou sombres. Également pour la représentation des populations (je pense notamment aux pages 80 / 81 et 112/113).

 

Ce docu graphique nous permet de comprendre en profondeur la crise Ouïghour avec tous ses enjeux. Il nous grandit en ouvrant notre connaissance mais aussi notre cœur, à une population en souffrance et en menace de mort.

Une véritable réussite !