mercredi 7 octobre 2026

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Un recueil de nouvelles qui se laissent savourer, en les picorant au hasard des titres. Une très belle rencontre.

🌸Les différentes histoires m’ont apporté ce que j’aime dans la lecture : l’émotion et la réflexion. Ce que nous raconte Stéphanie, c’est la vie de tous les jours, dans laquelle chacun se reconnaît. C’est doux, c’est simple, et en même temps très précis dans l’observation et l’analyse psychologique.

🌸 Prenons par exemple, l’histoire de François (« Le cœur fait tout, le reste est inutile »), un employé modèle, un introverti qui rase les murs y compris ceux de son entreprise. Quelqu’un qui ne vit pas, qui ne se prononce jamais en faveur ou contre, un fantôme…

Et s’il se révélait dans une circonstance où il va devoir prendre parti…

🌸 J’ai aimé aussi cette lycéenne, (« Poussière d’étoiles), mal dans sa peau, angoissée à l’idée de choisir son avenir. Banal, me direz-vous, mais bien réel quand on est plus jeune. Et même plus vieux, quand on regrette de ne pas avoir suivi ses véritables aspirations…

🌸 « Touchée, coulée » : un beau mariage entre Rémi et Agathe, qui est « l’intello, cela manquait à son tableau de chasse. ».

Mariage heureux ?

C’est court mais puissant. La tension dramatique monte progressivement mais inexorablement. La conclusion tombe comme un couperet !

🌸« Erreur fatale » : un procureur solitaire, dans les rues de la ville, tard dans la nuit. Un professionnel brillant, assuré de son bon droit, reconnu par ses pairs. Il vient de faire condamner Jean-Marc Monnier, reconnu responsable du meurtre de sa compagne. Il a bataillé pour obtenir la peine maximale : 30 ans derrière les barreaux.

En boucle, dans sa tête, il revoit le regard du condamné et son malaise s’accentue.

D’autant plus, qu’il va rentrer, se retrouver tout seul chez lui, avec l’absence de Jacqueline, qui savait si bien l’écouter….

🌸 Ce que j’ai adoré dans ce court recueil :

- Se recentrer sur l’essentiel. Un recueil de sagesse pour la vie quotidienne.

- La richesse et la variété des personnages. Jeunes, vieux, riches, souvent solitaires ou cabossés…

- Et puis surtout, la maîtrise du genre. C’est bien exigeant, une nouvelle. Elle se doit d’être addictive dès les premières pages et surprendre le lecteur par une chute inattendue.

Merci Stéphanie.🙏

 

Extraits :

🌸 "Erreur fatale" :

 « La présence affable de Jacqueline, le dévouement discret de celle qui savait si bien se taire et écouter. Lui, qui n’avait aucun ami, aucune vie sociale, ne vivait que pour ses moments de plaidoirie. Dans le prétoire, il ressentait le vertige de la toute-puissance, quand tous dans la salle retenaient leur souffle, suspendus à son discours… »

 

 

 

 

 


mardi 6 octobre 2026

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2018  au Cameroun - Ndolo Elimbi, brillante avocate, est aussi une opposante affichée au régime dictatorial de Paul Biya. De la prison où elle vient d’être enfermée, elle s’adresse à son amour, Enow Alaka, un opposant en exil.

Elle raconte, se raconte et lui explique ses positions politiques, ses doutes. Revient sur son enfance, son père qu’elle adorait et qui l’adorait.

En même temps, l’autrice raconte l’environnement politique de Ndolo avec des personnages forts, comme celui de l’âme damnée du président Biya, Théodore Fokam, celui de Zeinabou qui le seconde avec intelligence dans sa neutralisation des opposants. Ainsi que son environnement familial avec son mari, sa sœur, et sa mère.

📌 Un roman intéressant, que j’ai lu sans déplaisir.

Mais…  En véritable spectatrice, pas impliquée le moins du monde par les personnages. A la limite de l’ennui. Au cours de la lecture, s’est bâti le portrait d’une femme engagée, battante. Qui fonce droit devant elle, au détriment de ce et ceux qui l’entourent.

Difficile de savoir ce qui m’a manqué, car en effet, ce roman est bien construit, bien écrit...

- Sans doute, une perspective plus complète de la situation politique du Cameroun, pour mieux situer les personnages. Sur internet, j’ai découvert que le dictateur Paul Biya a « régné » sur le pays pendant plus de 40 ans. J’ai mieux compris aussi l’historique des forces d’opposition.

J’aurais aimé en savoir un peu plus sur Thomas Sankara, le « Ché » africain.

- Tout comme le monologue de Ndolo absorbe quasiment tout le récit, l’analyse psychologue de se personnalité ne m’a pas convaincue. Peut-être car je l’ai d’abord perçue comme une enfant gâtée, dont les forces qui l’animent la consument aussi entièrement. En sacrifiant ceux qui l’environnent.

Même si la conclusion permet de comprendre mieux l’origine de ce feu intérieur….

📌 Je suis sans doute passée à côté d’un excellent roman…

Lu dans le cadre du prix Landerneau dont je remercie les organisateurs et l’éditeur Gallimard. 

 

Extraits

📌 A propos de Théodore Fokam – Le chef de la police et des renseignements

« l’homme était une espèce de légende tant il était craint. Mais personne ne savait vraiment à quel point il était dangereux, personne hormis Zeinabou peut-être, et encore, à bien des occasions elle avait sous-estimé son cynisme, sa perversité et surtout son intelligence. (…) Pendant des années, Fokam vit le président aussi souvent que nécessaire, il fut à la fois son âme damnée, son bras armé et la main gauche réputée fermer les yeux sur ce que faisait la droite. »

📌 « Le rôle de Zeinabou était d’infiltrer, de déstabiliser les groupes d’opposition, les mouvements contestataires. De découvrir et d’assécher leurs sources de financement, de menacer ou de corrompre leurs leaders et de faire disparaître les plus obstinés. Elle avait accès à presque toutes les formes de renseignements qui existaient dans ce pays et pouvait surveiller à peu près n’importe qui sans avoir besoin de se justifier. »

📌 Ndolo à propos de son mari :

 « Je me suis souvenue de l’avoir choisi parce qu’il était timide, assis seul dans son coin et que j’avais jugé qu’il était moins dangereux que d’autres. J’ai fait cela souvent, j’ai opté pour des hommes qui ne me menaçaient pas. »

📌  Arlette Mboma – Trouver les médecins qui vont remettre un prisonnier torturé par Fokam sur pied et se taire.

« Elle les choisissait avec soin pour leur compétence et aussi pour leur appât du gain. Jusqu’ici, aucun d’eux n’avait révélé ce qui se passait dans les geôles de Fokam. Ils s’étaient servis dans la mangeoire de la corruption et y avaient pris goût. « La bouche qui mange ne parle pas » disent les camerounais. »

📌  Zeinabou

« Imperceptiblement, elle avait renoncé à son intégrité en même temps que ce pays qu’elle s’était mise à haïr. Elle avait appris à détourner les yeux de la misère ambiante qui plus jeune l’émouvait tant, à faire le sale boulot avec une sorte d’assurance tranquille. »

📌 Les doutes de Ndolo

 « A quel jeu de dupes ai-je participé ? qui tirait les ficelles dont j’étais l’une des marionnettes ? »

📌 Sippora Elimbi - La mère de Ndolo. Qui a toujours su, s’est toujours tu en essayant un maximum de préserver ses 2 filles.

« Elle avait réussi une fille sur deux, en élevant une personne aussi intelligente et empathique que Becca. Elle nous avait tenues à l’abri du pire. »

📌 « Ndolo fonçait tête baissée, même à terre, blessée, elle ne s’avouait jamais vaincue, elle ne marchandait pas sa survie. »

📌 « Sippora consacra le reste de sa vie à recoudre patiemment avec l’or le plus précieux dont elle pût disposer, ses filles disloquées. »

📌Sippora – la mère de Ndolo :

« J’aime être vieille.

De tous les âges de la vie, c’est celui-ci que je préfère. (…)

J’ai longtemps vécu en choisissant de diriger toute la lumière sur le sol accidenté où je posais les pieds, en ne me souciant que de ce qui comptait pour moi : protéger les miens et donner le change. (…) Un jour, j’ai relevé la tête, le temps avait filé, mes filles vivaient leurs vies avec la passion, l’implication totale qu’elles mettent en toute chose. »


mardi 29 septembre 2026

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2047 - Léa, ingénieure spécialiste du traitement des eaux, travaille à Dubaï pour innover dans le dessalement d’eau de mer. Un projet vital pour la planète qui se dessèche inexorablement

En même temps, son ado de fils, Luca, la réclame en Suisse, leur pays natal. Bientôt un an qu'elle n'a pas pris de vacances pour le voir ainsi son mari, à part les séances sur hologramme…  Elle prend donc un congé et saute dans l'aéronef à propulsion hydrogène.

Retrouvailles, pique-nique et baignades au bord du lac. Bain en toute sérénité puisque l’eau est contrôlée par les « gerris-artificiels », drones de surface. Le nom est inspiré des « araignées d'eau » qui marchent sur l’eau grâce à des pattes poilues. Voir la couverture.

Dysfonctionnement au niveau des gerris et Luca est contaminé par l’eau, tout comme des centaines de baigneurs, en urgence absolue.

Léa prévient Dubaï de son absence où la crise de l'eau est moindre. Dans cette ville riche et chaude, qui pratique le dessalement de l'eau de mer, chacun prend trois douches par jour.

De plus, les habitats sont adaptés et confortables, car les palmiers « Bauermann » hybrides protègent toutes les baies vitrées, donnent de la fraîcheur et consomment peu d'eau douce, à priori…  

Le gouvernement fédéral suisse utilise alors l’expérience de Léa : installer l’ « autoroute de l'eau » système de pipeline pour alimenter tout le secteur des Alpes, en équilibrant les déficits et les excédents.  

Il faut quand même rationner la population. Ce qui fait monter les tensions sociales. Un climat anxiogène instrumentalisé par une secte : les « Pénitents », qui veulent arrêter le progrès. Fatalistes et extrémistes, ils n'hésitent pas à saboter les chantiers. Aussi partout dans le monde, des groupuscules détruisent les barrages pour récupérer l'eau en aval.

🌊 Dans son deuxième roman, Erwan Barillot nous dresse un tableau angoissant mais réaliste dans l'ensemble. Les drones sont omniprésents, la surveillance totale, l'IA monte en puissance, surtout dans le domaine médical.

Enfin, il nous montre que la guerre de l'eau est souvent déclenchée par les intérêts des puissants, comme au début du siècle, finalement... Alors, ce bien commun doit être préservé, surtout gratuit et donné en quantité raisonnable.

Ce roman futuriste veut répondre à la question cruciale de l’eau dont dépend notre survie.  Et plutôt réussi dans le sens où il insiste sur le fait que nul ne peut lutter contre la force des éléments.

En laissant une touche d'espoir sur les technologies nouvelles. Peut-être pourraient-elles ralentir le réchauffement du globe, en supposant que les dirigeants politiques s’entendent…

🌊 Deux légers bémols : 

- L’action s’essouffle dans la dernière partie.

- J’ai trouvé le récit un peu juste sur certains éléments. Peu d'infos sur l'alimentation exceptés les pavés d'algues marinées ou les barres protéinées. La culture du maïs est évoquée alors que cette céréale, très gourmande en eau est totalement inadaptée au climat nouveau. 

Une lecture néanmoins passionnante pour cette harmonie entre thriller et question de l’eau.