lundi 16 février 2026

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Un bel hommage au père de l’auteur, mais surtout une réflexion tellement juste sur la famille, sur les souvenirs et leurs réalités.

📒Que savons-nous de nos parents, et eux, que savent-ils de nous ?

Il existe toujours un moment où on a besoin d'éclairer le passé en parlant avec les proches, en recherchant les souvenirs. Rétablir la vérité.

Notamment avec sa mère à propos de l'aventure de son père avec Josette. Une relation sérieuse où le grand-père est intervenu et a rétabli l’ordre dans le ménage.

Son père, militant communiste, prof et adepte de la méthode Freynet. Une pédagogie basée sur la participation, l’observation et l’expression libre des enfants, imaginée dans les années 1920 par Élise et Célestin Freynet, instituteurs, militants communistes et résistants.

📒 L’histoire de Jean-Louis Tripp, SON histoire, devient la NOTRE. 

Le drame dans notre mémoire d’enfant, de ne pas avoir reçu à Noël le cadeau tellement convoité et le sentiment d’avoir été trahi…

Les scènes de vie où on a eu honte d’un parent parce qu’il ne remplissait pas le moule demandé par les circonstances.

« Mais à 12 ans, cette intrusion fracassante de mon père dans un monde qui n’était pas le nôtre avec son aplomb, son débardeur en résille, ses sandales avec chaussettes, son maillot de bain moule-burne en nylon et son mépris total pour le jugement d’autrui m’avait absolument mortifié. »

Ce qui aujourd’hui, avec la lumière de l’amour, de la maturité, nous fait apparaître ce même parent comme exceptionnel et glorieux.

Les gros chagrins, les problèmes, les décès brutaux de ceux qu’on aime, les blessures toujours ouvertes... En arrière-plan, l’analyse des années 1960 à 2000 permet de mieux comprendre les personnages campés dans leur époque.

📒 Un graphisme à la hauteur du scénario.

Noir et blanc, souvent lumineux, avec des touches de couleurs pour certaines planches qui en accentuent la puissance, comme la page 171  

Un accent particulier est mis sur les expressions, sur les regards.

La communion d’un père et d’un fils devant les premiers pas d’un homme sur la lune en 1969, et les larmes du père avec un gros plan éblouissant.

« Il pleurait de cet émerveillement de contempler l’humanité en marche. Je sentais que c’était important. »

📒 Quel talent ! C’est un admirable conteur qui nous embarque jusqu’à la dernière page.

Tellement de choses bouleversantes mais surtout justes. Impossible de toutes les évoquer. Je vous invite donc, lecteurs de BD ou non, à découvrir ce bel album.

C’est ce que j’aime avec cet auteur – dessinateur : il nous bouleverse et suscite les bonnes questions.

 

Extraits

 

📒 « Mais, au fond, que sait-on de son père ? »

📒 Le gros chagrin Jean-Louis, enfant, découvrant son cadeau de Noël.

« Dans le chagrin, il y avait la déception bien sûr et aussi la blessure d’orgueil, car tous mes copains (auprès desquels je m’étais largement vanté de mon futur vélo de course) voyaient bien que celui que j’avais eu, était, en gros, le même que le précèdent avec un guidon de « course ». Mais il y avait surtout la trahison de mon père… »

📒 Rappel des souvenirs avec Dominique, son frère

« J’avais été fils unique pendant les 4 premières années de ma vie.

_Bé moi... J’ai plein de souvenirs avec Papa… »

📒 « Les souvenirs

Les vrais, les arrangés et ceux qu’on se fabrique…

Ceux qu’on avait oubliés…

Qui parfois nous reviennent.

Et ceux disparus à jamais.

Comment s’y retrouver dans cette pelote ? »

📒 « Mais à 12 ans, cette intrusion fracassante de mon père dans un monde qui n’était pas le nôtre avec son aplomb, son débardeur en résille, ses sandales avec chaussettes, son maillot de bain moule-burne en nylon et son mépris total pour le jugement d’autrui m’avait absolument mortifié. »

📒 La communion d’un père et d’un fils devant Les premiers pas d’un homme sur la lune en 1969. Les larmes du père

« Il pleurait de cet émerveillement de contempler l’humanité en marche. Je sentais que c’était important. »

📒 Les évènements politiques : Les JO de Munich en 1972

« Le 11 septembre, huit palestiniens de l’organisation Septembre Noir prenaient en otage 11 athlètes israéliens. Tous furent tués ainsi que cinq membres du commando et un policier allemand. »

📒 La fin des illusions, d’un idéal avec l’implosion de la Russie en 1989 – 90

« Mon père et ses amis voyaient leur monde tomber en miettes. 40 ans d’un militantisme sans faille, 40 ans de manifs, de réunions de cellule et de cotisation, 40 ans de fête de l’Huma, 40 ans à suivre la ligne du parti en croyant dur comme fer aux lendemains qui chantent, 40 ans à voir en Moscou un modèle indépassable

40 ans de confiance trahie. »

Page 296 – 297

📒 « Cet homme est mon père. (…)

Mais que sais-je de lui ? (…)

Alors, que sais-je donc de l’homme ?

De celui qui est avec ses amis, ses femmes et ses maîtresses…

Qui et comment aime-t-il ? »

📒 « Cet homme est mon père, mais que sait-il de moi ?

12 ans que c’est mon métier.

Et j’avais fait 8 albums…

Mais quand tu m’as dit ça, ça faisait 20 ans que je dessinais… »

 

 

 

 


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Pourquoi, ce silence, cette chape de plomb sur le grand-père de l’auteur, Paul Virsac, prof d’italien au lycée de Nice ?

Philippe Besson explique sa quête et raconte.

🌴San Donato – Toscane - été 1964

Une famille comme tant d’autres, en vacances dans une pension de famille… Paul Virsac, sa femme Gaby et leurs deux filles Suzanne et Colette.

Un couple en apparence harmonieux, même si Paul ne touche plus sa femme depuis des années... A l’époque, on ne parle pas « de ces choses-là » …

On comprend aussi que Paul a toujours enfoui au plus profond de lui-même son attirance pour les hommes : « Une peur panique qui l’oblige à tourner le regard vers le sol, à inspirer longuement. Pour stériliser l’envie. Pour ne pas se trahir. Pour échapper à l’anomalie, revenir dans le droit chemin. (…) Il y a la honte également. Ses pulsions, lorsqu’elles le font souffrir, lui paraissent abjectes, il sait qu’elles inspirent généralement du mépris. »

Il faut dire qu’à l’époque, l’homosexualité est passible de prison. Qu’il faut être bien "pervers", bien "détraqué" pour ne pas suivre le droit chemin, celui des « honnêtes gens »...

Et Paul a toujours fait l’effort : « Être exemplaire pour être irréprochable » aux yeux de tous, à ses yeux surtout…

Mais la rencontre avec Sandro, le serveur de la pension va tout changer…

🌴 C’est un roman bouleversant sur l’amour, sur le sens à donner à sa vie. S’accepter ou rentrer dans le moule ? Le courage – car il en faut – ou la soumission ?  

Un véritable combat que va livrer Paul. Une vraie résonance pour l’auteur.

J’ai aimé infiniment le personnage de Paul et de Sandro, la force de leur amour, leur sincérité.

La dureté, voire la cruauté de la femme de Paul, Gaby, incarne au contraire, tout le formalisme de l’époque, face à la honte de l’homosexualité.

« La vérité toute nue ne lui semble pas dicible. Elle est trop scandaleuse, trop déshonorante, cette fichue vérité. Elle serait comme une marque au fer rouge. Une interminable infamie. »

🌴 Je ne sais pas encore ce qui m’a davantage touchée dans ce superbe récit…

Est-ce l’histoire ou l’écriture ?

Sans doute les deux, car c’est tellement réussi, que je reste encore sous l’impression de ce roman, avec les personnages, la chaleur de l’Italie, présents dans ma tête.

Une écriture sobre et précise. Tellement juste et visuelle.

Peut-être est-ce plus simplement l’émotion de l’auteur à raconter, à percevoir le regret de ne pas l’avoir connu.

Un hommage vibrant à son grand-père. 

Merci à NetGalley et aux éditions Julliard pour cette pépite littéraire.  

 

Extraits

🌴 Une attirance vers les hommes qu’il a toujours enfouie au plus profond de lui-même :

« Une peur panique qui l’oblige à tourner le regard vers le sol, à inspirer longuement. Pour stériliser l’envie. Pour ne pas se trahir. Pour échapper à l’anomalie, revenir dans le droit chemin. (…) Il y a la honte également. Ses pulsions, lorsqu’elles le font souffrir, lui paraissent abjectes, il sait qu’elles inspirent généralement du mépris. »

🌴 l'absence de rapports entre les époux : « on n’aborde pas ce sujet, l’époque est plutôt à la pudibonderie, le désir des femmes demeure une sorte de tabou. »

🌴 Paul sait que sa deuxième fille n’est pas de lui :

« Paul songe que, lorsqu’on n’est pas un homme, un vrai, il existe un châtiment. »

🌴 « L’homosexualité est alors érigée en fléau social, au même titre que la prostitution par exemple. (…) La sanction encourue va de six mois à trois ans de prison. »

🌴 « Après des heures de lutte, (…), il en vient aux qualificatifs les plus justes : révélation, confirmation, libération. »

🌴 La mère de Sandro à son fils :

« _ Tu seras malheureux parce que tu vas devoir te cacher mais tu seras plus malheureux encore si tu te mens, si tu te trahis. »

🌴 « Il regrette de ne pas s’être accepté plus tôt, tant son bonheur, en cet instant, est grand, tant la révélation est éclatante. »

🌴 L’attitude de Paul durant toutes ces années :

« Être exemplaire pour être irréprochable » aux yeux de tous, à ses yeux surtout…

🌴 « _ Il faut se rendre compte qu’on n’est coupable de rien.

_ Pourtant, si tu écoutes les gens, c’est un vice, un péché, ou un crime, ou une saloperie. »

🌴 Pour Gaby :

« La vérité toute nue ne lui semble pas dicible. Elle est trop scandaleuse, trop déshonorante, cette fichue vérité. Elle serait comme une marque au fer rouge. Une interminable infamie. »

🌴 Suzanne à l’auteur :

« Elle dit aussi comment on choisit l’aveuglement pour éviter les complications. »

🌴 Philippe Besson à Sandro :

« J’avais besoin de savoir, de comprendre. Ma mère, elle, n’a pas voulu, n’a pas osé. »

🌴 Les menaces de Gaby envers son mari :

« Elle a anéanti ses espoirs de père en ajoutant qu’il ne les reverrait jamais, elles ne devaient pas devenir les filles d’un détraqué, d’un pervers, elles devraient être préservées de la honte, il leur fallait de la tranquillité et de la dignité. »

🌴 « Écoutant Sandro, je songe aux anathèmes lancés par des enragés, aux humiliations injustes, je songe à la souffrance causée par l’ostracisme et la bêtise, je songe à l’obligation de la dissimulation ou de la docilité, au désir contrarié d’en découdre, je me rends compte que je les ai vécus moi-même. »

🌴  « J’ai toujours admiré les êtres qui ont le courage d’être eux-mêmes. »