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2018 au Cameroun - Ndolo Elimbi, brillante avocate, est aussi une opposante affichée au régime dictatorial de Paul Biya. De la prison où elle vient d’être enfermée, elle s’adresse à son amour, Enow Alaka, un opposant en exil.
Elle raconte, se raconte et lui explique ses positions politiques, ses doutes. Revient sur son enfance, son père qu’elle adorait et qui l’adorait.
En même temps, l’autrice raconte l’environnement politique de Ndolo avec des personnages forts, comme celui de l’âme damnée du président Biya, Théodore Fokam, celui de Zeinabou qui le seconde avec intelligence dans sa neutralisation des opposants. Ainsi que son environnement familial avec son mari, sa sœur, et sa mère.
📌 Un roman intéressant, que j’ai lu sans déplaisir.
Mais… En véritable spectatrice, pas impliquée le moins du monde par les personnages. A la limite de l’ennui. Au cours de la lecture, s’est bâti le portrait d’une femme engagée, battante. Qui fonce droit devant elle, au détriment de ce et ceux qui l’entourent.
Difficile de savoir ce qui m’a manqué, car en effet, ce roman est bien construit, bien écrit...
- Sans doute, une perspective plus complète de la situation politique du Cameroun, pour mieux situer les personnages. Sur internet, j’ai découvert que le dictateur Paul Biya a « régné » sur le pays pendant plus de 40 ans. J’ai mieux compris aussi l’historique des forces d’opposition.
J’aurais aimé en savoir un peu plus sur Thomas Sankara, le « Ché » africain.
- Tout comme le monologue de Ndolo absorbe quasiment tout le récit, l’analyse psychologue de se personnalité ne m’a pas convaincue. Peut-être car je l’ai d’abord perçue comme une enfant gâtée, dont les forces qui l’animent la consument aussi entièrement. En sacrifiant ceux qui l’environnent.
Même si la conclusion permet de comprendre mieux l’origine de ce feu intérieur….
📌 Je suis sans doute passée à côté d’un excellent roman…
Lu dans le cadre du prix Landerneau dont je remercie les organisateurs et l’éditeur Gallimard.
Extraits
📌 A propos de Théodore Fokam – Le chef de la police et des renseignements
« l’homme était une espèce de légende tant il était craint. Mais personne ne savait vraiment à quel point il était dangereux, personne hormis Zeinabou peut-être, et encore, à bien des occasions elle avait sous-estimé son cynisme, sa perversité et surtout son intelligence. (…) Pendant des années, Fokam vit le président aussi souvent que nécessaire, il fut à la fois son âme damnée, son bras armé et la main gauche réputée fermer les yeux sur ce que faisait la droite. »
📌 « Le rôle de Zeinabou était d’infiltrer, de déstabiliser les groupes d’opposition, les mouvements contestataires. De découvrir et d’assécher leurs sources de financement, de menacer ou de corrompre leurs leaders et de faire disparaître les plus obstinés. Elle avait accès à presque toutes les formes de renseignements qui existaient dans ce pays et pouvait surveiller à peu près n’importe qui sans avoir besoin de se justifier. »
📌 Ndolo à propos de son mari :
« Je me suis souvenue de l’avoir choisi parce qu’il était timide, assis seul dans son coin et que j’avais jugé qu’il était moins dangereux que d’autres. J’ai fait cela souvent, j’ai opté pour des hommes qui ne me menaçaient pas. »
📌 Arlette Mboma – Trouver les médecins qui vont remettre un prisonnier torturé par Fokam sur pied et se taire.
« Elle les choisissait avec soin pour leur compétence et aussi pour leur appât du gain. Jusqu’ici, aucun d’eux n’avait révélé ce qui se passait dans les geôles de Fokam. Ils s’étaient servis dans la mangeoire de la corruption et y avaient pris goût. « La bouche qui mange ne parle pas » disent les camerounais. »
📌 Zeinabou
« Imperceptiblement, elle avait renoncé à son intégrité en même temps que ce pays qu’elle s’était mise à haïr. Elle avait appris à détourner les yeux de la misère ambiante qui plus jeune l’émouvait tant, à faire le sale boulot avec une sorte d’assurance tranquille. »
📌 Les doutes de Ndolo
« A quel jeu de dupes ai-je participé ? qui tirait les ficelles dont j’étais l’une des marionnettes ? »
📌 Sippora Elimbi - La mère de Ndolo. Qui a toujours su, s’est toujours tu en essayant un maximum de préserver ses 2 filles.
« Elle avait réussi une fille sur deux, en élevant une personne aussi intelligente et empathique que Becca. Elle nous avait tenues à l’abri du pire. »
📌 « Ndolo fonçait tête baissée, même à terre, blessée, elle ne s’avouait jamais vaincue, elle ne marchandait pas sa survie. »
📌 « Sippora consacra le reste de sa vie à recoudre patiemment avec l’or le plus précieux dont elle pût disposer, ses filles disloquées. »
📌Sippora – la mère de Ndolo :
« J’aime être vieille.
De tous les âges de la vie, c’est celui-ci que je préfère. (…)
J’ai longtemps vécu en choisissant de diriger toute la lumière sur le sol accidenté où je posais les pieds, en ne me souciant que de ce qui comptait pour moi : protéger les miens et donner le change. (…) Un jour, j’ai relevé la tête, le temps avait filé, mes filles vivaient leurs vies avec la passion, l’implication totale qu’elles mettent en toute chose. »


