samedi 21 mars 2026

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Inti Flynn est biologiste et responsable d’un programme de réintroduction des loups dans les Highlands écossais. Prédateurs des herbivores, surtout des chevreuils, ils vont ainsi permettre à la flore de se restaurer, à la forêt de repousser. Mais les éleveurs locaux ne l’entendent pas de la même oreille.

Il faut dire que notre héroïne est une passionnée, qui fonce dans le tas plutôt qu’elle n’arrondit les angles…

Un récit inspiré par l’expérience du parc de Yellowstone.

« Après 70 années privées de la présence du loup, les membres de l’équipe ont réalisé en 1995 l’exploit presque impossible de réintroduire ces prédateurs indispensables dans une nature en crise et ont insufflé à ces terres un nouvel élan vital. Je ne suis beaucoup inspirée de ces hommes et de ces femmes, mais aussi des loups, et de leurs anecdotes incroyables. »

🌳Encore une histoire sur les loups, me direz-vous…

Oui… mais non !😅

Car celle-ci est également un polar où un éleveur, particulièrement opposé à Inty, est retrouvé mort dans la forêt.  Inty redoute qu’il s’agisse d’une agression des loups et choisit d’enterrer le cadavre... Il n’empêche que sa disparition déclenche une enquête dirigée par Duncan, un autre personnage central…

C’est également une belle analyse de la gémellité entre Inty et Aggie. La plus forte n'est peut-être pas celle que l'on croit...  

🌳 Même si j’ai relevé quelques soucis de cohérence, même si j’ai trouvé la conclusion… Comment dire ?... Hollywoodienne ?  😅 J’ai adoré ce magnifique récit.

- Tout d’abord, grâce aux personnages, parfaitement campés et attachants. Inty, au caractère entier, amoureuse de la nature et des loups, m’a complètement séduite.

- Car le thriller bien construit permet de remonter jusque dans le passé des protagonistes, et que sa conclusion m’a bluffée. Pourtant, tout était sous mes yeux et je n’ai rien vu, rien déduit…

- Et puis surtout, pour le message humaniste et environnemental fort et essentiel.

🌳 C’est un roman où on apprend, où on comprend mieux certains enjeux, certaines attitudes. Un roman où on vibre et où on frissonne. Il y a un peu de Sandrine Collette ( Madelaine avant l’aube) dans ce magnifique et terrible récit.

Gros coup de 💙 !

Euh…. Prévoir les mouchoirs à proximité. Perso, quand ça touche les loups, ce n’est plus « comme la plume » qu'il faut m'appeler mais plutôt « comme une madeleine »... 😅

🌳 Un grand merci à Hélène D pour nous avoir alerté sur ce titre. Et grâce à flo-hérisson, je poursuis la découverte de cette autrice avec "son petit dernier."

 

 Extraits :

🌳 « La synesthésie visuotactile. Mon cerveau recrée les expériences des créatures vivantes, de tous les êtres humains et parfois même des animaux. Quand je vois, je ressens, et pendant quelques instants, je suis les autres, eux et moi ne faisons qu’eux et leur douleur ou leur plaisir est le mien. »

🌳 Il faut réintroduire des prédateurs naturels des herbivores

« Leur réintroduction modifiera le paysage de manière positive : la faune sauvage disposera d’un nombre croissant d’habitats, la nature du sol sera de meilleure qualité, il y aura moins de crues et d’inondations, les émissions de CO2seront neutralisées. Des animaux de toutes tailles et de toutes espèces reviendront vivre sur ces terres. »

🌳 « Nous ne sommes pas là pour consommer jusqu’à ce que tout soit foutu. Nous sommes des gardiens, pas des propriétaires. Et si certains refusent de faire leur part pour inverser la tendance, alors nous serons obligés de redoubler d’efforts. »

🌳 « Je contemple la petite louve dans le creux de mes bras et m’autorise un moment de faiblesse en la pressant contre ma joue, en humant son odeur. Elle se love dans mon cou et oh, j’ai le cœur qui fond. »

🌳 « Je me souviens ce que ça fait d’être bon chasseur. De ressembler autant que possible à un loup. D’être comme un animal. Je n’ai pourtant jamais réussi à appuyer sur la détente. J’ai toujours eu besoin de ma sœur pour ça. »

🌳 « Quand les loups commenceront à chasser les chevreuils, les chevreuils retrouveront leur vraie nature. Autrement dit, ils ne resteront plus au même endroit. Et tout ce qui pousse dans le sol aura une chance de se développer. Ce sera comme un second souffle de vie injecté dans la nature. Vos collines reverdiront sous vos yeux. Le relief changera de forme peu à peu. »

 🌳 « On peut dépendre de la terre et la cultiver et en même temps la nourrir et la soigner. On peut réduire son empreinte écologique. Ça n’a rien à voir avec des affaires de fric. Nous avons tous le devoir de réduire notre empreinte. La renaturalisation permet de lutter efficacement contre le dérèglement climatique mais bizarrement, tout le monde semble avoir oublié que c’est la priorité absolue par les temps qui courent. Ce n’est certainement pas NOUS, la priorité. »

🌳 « Je ressentais l’appel de là-bas Ne me sentais vivante qu’au milieu de la forêt »

🌳 « Quand on parle de préservation, de sauver cette planète, il faut commencer par les prédateurs Parce que tant qu’on ne les aura pas sauvés eux, on n’aura aucune chance de sauver le reste »

🌳 « _Que je suis-je, sinon une pâle copie de toi ? Qu’est-ce que je fais à part te suivre dans la vie ? Sans toi, je ne suis rien, et voilà

Ses paroles m’emplirent de stupeur

_C’est exactement ce que je ressens par rapport à toi »

🌳 « A partir du moment où vous décidez avec votre cœur de régénérer un coin de la nature, eh bien c’est votre être tout entier que vous allez régénérer »

🌳 « Je pleure encore mais pour la beauté du monde maintenant, pour son attrait subtil, pour le mystère qu’il renferme et sa temporalité, pour sa compréhension profonde, tellement profonde »

🌳 La maladresse d’Inti envers les habitants du coin

« J’aurais dû me hisser au-dessus de la mêlée, les conduire sur le chemin de la coopération, du partage vertueux de la planète. Personne ne peut vous rendre votre confiance si vous ne l’offrez pas d’abord. »

🌳 « Mais elle ne m’attaque pas, cette toute jeune louve, presque adulte désormais mais aussi blanche qu’elle l’était le jour où je l’ai tenue dans mes mains. Elle s’allonge près de moi. Et tandis que les autres membres de sa meute la rejoignent, diffusant leur chaleur pour nous protéger du froid, j’enfouis mon visage dans le blanc de son cou et je fonds en larmes. »

🌳 « Il faut survivre à la cruauté, la combattre, mais la douceur est plus envahissante que tout le reste. (…) C’est ce que nous retenons à l’intérieur, ce que nous emportons, la manière dont nous prenons soin les uns des autres. »


dimanche 15 mars 2026

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Lima – les années 60 – Un enfant, Daniel, attend le bus, assis sur le banc. Sagement, tranquillement. Mais….

Il attend toute la journée. Il ne va plus à l’école, il attend seulement que le temps s’écoule…

C’est la même personne, 40 ans, plus tard, qui attend de la même façon.

📌Que s’est-il passé durant l’enfance de cet adulte, pour qu’il se sente aussi mal ? Même envers son compagnon, Lucas, pourtant rempli d’amour et de sollicitude, cela ne fonctionne plus. Daniel est allé au bout de l’enfouissement de son secret honteux, il va falloir parler, comprendre et peut-être guérir…

La parole est-elle possible quand on s’est tu si longtemps ?

📌 Ce que je voudrais restituer dans cette chronique est le ressenti de la lecture et du graphisme. C’est d’abord une impression qui s’amplifie au fil des pages : celle de la solitude, du mal-être, du poids de la honte tellement lourd, qu’il est impossible de l’évoquer. Et quand on referme la BD, cette impression demeure, avec une profonde empathie pour Daniel.

📌Comment l’auteur est-il parvenu à nous faire partager aussi bien la douleur de l’enfant ? Peut-être justement car l’adulte qui raconte, le fait avec ses souvenirs et ses yeux d’enfant. Comme si l’homme n’avait jamais pu vraiment grandir, prisonnier de son secret.

📌Ce n’est pas mon graphisme préféré. Pourtant, il accompagne parfaitement le scénario et le renforce.

D’abord dans les couleurs, très colorées dans les tons jaune, orange puis rouge sombre, voire violet « plombant » dans l’angoisse et le sentiment de Daniel de se débattre dans une toile d’araignée.

Puis, dans les expressions : des visages simplifiés, dans lesquels s’expriment complétement les émotions, les non-dits.

📌 Une émotion contenue qui en devient d’autant plus puissante et bouleversante. Une très belle découverte !

Merci aux éditions Sarbacane

 

Extraits

📌 « Je porte des cicatrices, pas la honte »

Jalal Ad-Din Muhammad Rumi – poète persan – 1207 – 1273

 

📌 « Ce secret a englouti ma vie. Je serais mort si quelqu’un avait appris ce qui se passait. Je me sentais coupable. Je me disais : « c’est moi qui l’ai cherché. »

 

📌 « Cette mer qui avait été le témoin de toutes mes émotions.

Les vagues étaient toujours les mêmes, tumultueuses.

Étrangement, j’avais l’impression que leur fureur s’était adoucie.

Comme une promesse de résurrection. »


mercredi 11 mars 2026

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Une partition sonore et visuelle à plusieurs narrateurs.

- Tout d’abord, celle du vent, qui souffle et mugit, en vers libres. Le vent des iles Féroé comme celui des sentiments et des souffrances.

- Puis celle de Jonas, un père éperdu d’amour devant son bébé handicapé. « Anna, ce nouveau-né étrangement calme. »

Protéger, l’entourer d’affection et de tendresse dès que cela est possible.

Créer une bulle d’amour autour d’elle, lui tout seul, sans sa femme Olga… « Comment avait-il fait pour ne pas s’en rendre compte plus tôt ? Pour ne faire le lien, si évident, si clair tout à coup, entre les dérives d’Olga et la souffrance de sa petite ? »

- Puis la voix d’Olga, qui dès sa grossesse, sent confusément que son bébé n’est pas bien, ne poursuit pas naturellement sa croissance. Elle en connaît la raison…

- Et puis, la voix du village de Gjogv ( à prononcer « Djèkv), et celle de « l’Étranger », le touriste qui aime profondément cette région à tel point qu’il la ressent dans tout son être. « Le Français, l’Etranger, pour eux, c’est du pareil au même. Je reste l’intrus, le temporaire. Ce lieu ne m’appartient pas et pourtant il est à moi, plus qu’à eux car je l’ai choisi. »

- Puis les objets, comme ce bonnet de laine tricoté pour la petite fille handicapée, par sa tante Elin tellement heureuse d’avoir une petite nièce, elle qui n’a jamais porté d’enfant, « mais elle était mère, peut-être plus que d’autres. »

Ce bonnet porté par la petite, caressé par sa tante et son père, est infiniment émouvant, chargé de sens pour nous aussi, lecteurs. Combien d’objets autour de nous, parlent d’amour ou de bonheurs ? Quelquefois, encore plus que des photos…

Une partition poétique, emportée par le vent des iles Féroé, tendre et dramatique.

📘Portée par l’écriture douce et particulièrement juste, c’est un beau roman sur les addictions, le sentiment de culpabilité, mais surtout sur l’amour paternel, la tristesse du deuil.

📘 J’ai retrouvé dans ce premier roman ( bravo pour ce coup de maître) des accents de Bérénice Pichat dans « La petite bonne ».

L’écriture est douce, mais que la situation est dure et bouleversante !

Un roman intemporel …

 

Extraits

📘 « Le Français, l’Etranger, pour eux, c’est du pareil au même. Je reste l’intrus, le temporaire. Ce lieu ne m’appartient pas et pourtant il est à moi, plus qu’à eux car je l’ai choisi. »

📘  Le bonnet

« Elin passa plusieurs fois sa main sur moi, sur Anna, ce nouveau-né étrangement calme. »

📘 Jonas

« Comment avait-il fait pour ne pas s’en rendre compte plus tôt ? Pour ne faire le lien, si évident, si clair tout à coup, entre les dérives d’Olga et la souffrance de sa petite ? »

📘 « Il savait, mais il ne voulait pas voir. Au moment de leur mariage, il s’était rêvé grand, vainqueur et apaisant. Il avait échoué, terrassé par les vents intérieurs, indomptables de sa jeune épouse. »

📘 « 22 mars 1953. Il n’ouvrirait plus les yeux. Ce monde sans Anna, il ne voulait plus le voir. Il y resterait aveugle en attendant de la rejoindre, le lendemain. »

📘 « Anna et Olga : même corps, même souffrance, même destin. Et de l’amour malgré tout. »

📘 « Il ne chercha plus ni salut ni pardon, et traversa les décennies en portant en lui, discret, de manière étonnamment apaisée, ce double deuil d’amour et de rancœur. »