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« Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ».
Terence – poète latin – 165 av JC . Ancien esclave, il explique ainsi qu’il comprend et est impliqué dans tout ce que vivent les hommes, le bonheur et le malheur. L’amour et la barbarie.
📌 Ce roman coche toutes les cases ! L’émotion, la réflexion, l’analyse géopolitique, les mécanismes de tyrannie jusqu’au plus profond de l’homme.
Décembre 1989. Horatio est roumain, réfugié en Bretagne depuis 1951. Là, il a trouvé une vraie famille aimante et attentive, l’amour après l’horreur en Roumanie. Il ressent maintenant le besoin viscéral de rechercher son frère cadet et part pour Bucarest, en espérant ou en craignant ( cela dépend de ses souvenirs) le retrouver.
Tout au long de son périple, il se souvient et s’adresse à son frère.
Deux garçons bien différents et pourtant très proches. Une enfance aisée, un père autoritaire et patriarcal
En décembre 1950, ils fuient la République Populaire de Roumanie mais sont arrêtés par les forces soviétiques. Il a 23 ans et son frère, 17.
C’est un voyage en enfer qu’ils vont connaître. D’abord Jilava et ensuite Pitesti. La terrible prison de Pitesti où règne Turcanu.
Turcanu, le Robespierre soviétique. « Il nous arrachait notre substance et faisait surgir l’homme nouveau » Ou comment l’humanité se perd, ou comment modifier l’âme des hommes…
📌C’est un roman inspiré de la triste réalité qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.
Les mécanismes de la déshumanisation sont parfaitement analysés et détaillés.
Pour se protéger, les deux frères ont eu besoin de se dédoubler, de s’appeler avec d’autres prénoms, Hamlet et Carmen, pour moins subir l’horreur.
Horatio-Hamlet a conservé une bulle d’oxygène : des poèmes qu’il récite ou se récite.
L’autrice démontre aussi avec brio, l’importance du Verbe. Celui qui protège ET celui qui détruit.
📌 Une plume au scalpel qui incite à l'empathie et même à la projection. Renforcée par la proximité du tutoiement du narrateur vers son frère.
Un récit et des personnages qui restent en mémoire tant ils sont puissants.
La fin est somptueuse et très émouvante.
📌 J’appréciais déjà beaucoup Virginie Ollagnier, pour ses scenarii dans les BD (Nellie Bly, L’escadron bleu), mais là, je la découvre avec bonheur dans un superbe roman.
💙Ne ratez pas cette véritable pépite ! un livre puissant et utile.
Merci Virginie Ollagnier.
Et merci aussi à NetGalley pour cette découverte passionnante.
Extraits :
📌 « Depuis 37 ans d’une vie incomplète, tu vides mes veines et éteins mon âme. »
📌« Plus je me rapproche de l’idée de toi, et plus j’ai peur. Peur de te faire face. Peur de te retrouver. Peur que tu sois mort. »
📌 « Je n’avais d’idéal que le calme, une vue sur la mer Noire, un thé chaud avec un livre après une promenade à cheval. »
📌 « Ils m’ont enseigné cela, veiller à rester humain. » « Ils m’ont enseigné cela, veiller à rester humain. »
📌 « Les dictateurs utilisent toujours les mêmes leviers pour asservir les peuples, la peur et la colère. »
📌 « Je ne pouvais savoir que le pillage d’un pays est le but d’une dictature, et que de fou, il n’y a pas. Il y a un voleur masquant son crime derrière des mensonges et plaçant ses amis aux postes rémunérateurs. A vingt-trois ans, je n’envisageais pas la corruption comme le ciment qui maintient les dictatures. »
📌 « Turcanu décidait du manger, du boire, du coucher, du chier. Cette dépendance nous renvoyait au stade des tout petits enfants, à la merci de l’autorité surnaturelle et maltraitante.
📌 « J’avais mis du temps à comprendre : il était Dieu ici, et quel que soit le temps que cela prendrait, il ferait de moi un homme nouveau. »
📌« Il nous arrachait notre substance et faisait surgir l’homme nouveau »
📌 « j’avais eu le temps de lire toute son histoire dans son visage de vieillard de vingt ans, de ressentir toute sa force et sa détresse dans ses yeux sans âge, de la reconnaître, de me retrouver en lui. » »
📌 « Au commencement était le verbe et le verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. »
📌« Le corps de Carmen disait le système, réclamait l’homme-machine, et c’était un fait : mon frère était habité par un inconnu qui ne laissait transparaître que l’irrévocable de sa force. »
📌« A Pitesti, j’avais appris la démonétisation de nos valeurs humaines, de la morale, de la liberté remplacées par le puritanisme, le moralisme et le Verbe. A la souplesse de l’intelligence, l’apprentissage de la vie, l’adaptation au monde succédaient la rigidité, la perfection et la nouvelle vérité. »
📌« Retiens aussi que les vrais méchants existent, mais que nous, les gentils, on est les plus nombreux. »
📌 « Livius et moi, avons été torturés en prison. Jusqu’à. Nous obliger. A torturer. A. Notre. Tour. D’autres. Personnes. »
📌« Ta fragilité est ta puissance. Tes larmes de deuil te lient à l’humanité. »


