samedi 12 septembre 2026

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Non mais, quelle plume !!! 😯

✏ Elle est à la fois dure, car très précise, mais aussi poétique et souvent drôle. Même si on rit jaune : « Quand les balles se mettent à parler, on ne leur coupe pas la parole en fuyant au hasard. »

On le connait pour ses critiques et ses poèmes, et dans ce beau roman, la fluidité du style embarque et séduit le lecteur.

Dans un interview, il indique : « Plus le texte décrit une situation dure, plus il faut l’accompagner avec des gammes de couleur. »

✏ Jonas Dorléon est haïtien. Il décide de fuir son pays après une x-ième attaque des gangs dans son quartier de Port-au-Prince et raconte. Un périple que connaissent beaucoup de migrants haïtiens : la République Dominicaine, le Brésil, le Honduras, le Mexique, les USA puis le Canada.

La faim, la soif, la terrible la jungle du Darien, la mort. Mais aussi les absurdités de l’administration, sa toute-puissance et en même temps son anonymat.

✏ Encore plus que la densité du récit, que la douleur de la migration, l’auteur pose plusieurs questions :

- Peut-on fuir et rester fidèle à ses convictions, à sa personnalité ?

Peut-on conserver son intégrité d’homme quand il faut subir les humiliations, accumuler les mensonges ?

Il le raconte dès le début du récit avec l’arrêt du car, par un gang. Auront la vie sauve ceux qui feront rire le chef de gang…

Quelle personne devient-on après un tel périple ? Suis-je resté moi ou suis-je devenu un autre, transformé par les compromissions, les souffrances et les amis qui sont restés sur la route ?

- Un autre thème particulièrement émouvant est celui de l’angoisse de la trace qu’on laisse… Ou pas. Quand on risque d’être fauché par la mort, là où personne ne le saura. Devenir inexistant…

« Ce qu’il mettait en mots, ce n’était pas la peur de mourir – on l’avait déjà tous apprivoisée – c’était une peur plus radicale encore : celle de disparaître sans trace, de s’éteindre sans témoin, d’être rayé du monde sans même laisser une rature. »

✏ C’est tellement bien raconté avec force et sensibilité que j’ai cru qu’il s’agissait d’un récit autobiographique. Mais non, Thélyson Orélien a repris les récits de ses compatriotes qui ont vécu ce parcours douloureux.

Lui,  a émigré au Canada en rejoignant sa famille après le séisme de 2010.

 

✏ Une vraie claque et un premier roman bluffant. Je comprends qu’il fasse partie des « Goncourable » et je lui souhaite une belle et longue vie.

 

Extraits

✏ « Quand les balles se mettent à parler, on ne leur coupe pas la parole en fuyant au hasard. »

 ✏ « _Frère, as-tu la croix de Jésus dans ton cœur ?

J’ai dit oui, parce qu’en Haïti, il faut toujours dire oui à Jésus, même si tu ne crois qu’à la loterie. »

✏ Page 34

« Un migrant qui passe une frontière, c’est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde. »

✏ Page 115

« Ce qu’il mettait en mots, ce n’était pas la peur de mourir – on l’avait déjà tous apprivoisée – c’était une peur plus radicale encore : celle de disparaître sans trace, de s’éteindre sans témoin, d’être rayé du monde sans même laisser une rature. »

✏ Page 125

« Pas le courage qui fait des discours. Le courage qui marche, qui ne promet rien. Le courage qui dit simplement : « encore une pas »

 

 

 

 

vendredi 4 septembre 2026

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Sabaïdee, Booksta !

« Sabaïdee. Que cette façon de dire bonjour est jolie… »

🍋La rencontre improbable de deux hommes en Birmanie, sous la junte militaire. Jack, un auteur français, désabusé et résigné, et Arun, le fils en disgrâce du Général birman, déclassé en jardinier municipal.

Arun va réveiller l’instinct de vie de Jack en lui demandant de lui procurer un livre interdit : Noces de sang – Federico Garcia Lorca.

Chacun des deux raconte. Jack, sa quête de l’ouvrage, les difficultés qui paraissent insurmontables mais l’aiguillonnent et le rendent enfin vivant.

Arun, son enfance protégée par son dictateur de père, son éveil à la littérature et son amour absolu pour Htwe, une jeune opposante au régime.

Et de l'importance des citronniers.... 

🍋 Que l’écriture de Nour Malowé est belle !  Dépouillée, poétique et en même temps très précise. Les phrases courtes martèlent l’action et renforcent le sentiment d’oppression de la Junte.

🍋 J’ai aimé la voix d’Arun, son cheminement. D’une enfance protégée et aveugle au choix qu’il a fait. Pourtant, c’était tellement plus facile de rester dans le cocon familial sans résister.

🍋 J’ai moins aimé le récit de Jack. Déjà, car il coupait celui d’Arun, très addictif (désolée, Jack ! ) et ensuite car les détails de sa recherche m’ont paru bien longs, par moments…

🍋 Il n’empêche. C’est un roman original et puissant.

La littérature redonnerait-elle le souffle de la vie ?

Et si le pire ennemi des dictatures, était la littérature ?

Un hymne à la littérature et à la résistance.

 

Extraits :

🍋 « Voilà, deux ans, février 2021, que le régime politique a rebasculé vers la dictature militaire extrême. Des rebellions éclatent dans toutes les régions de la Birmanie. »

 🍋 « L’enfant n’a jamais eu peur de son père. Jamais. Les types comme lui aiment leur famille. Ce sont des psychopathes à deux vitesses. Ils tuent par charité envers la Cause et protègent leur famille avec férocité.

Son père n’entaillait que les citronniers et les gens qui vivaient en dehors du jardin. » 

🍋 « A sept ans, on ne sait pas qu’il n’est pas naturel de rouler dans un véhicule à la vitre blindée. A cet âge, on ignore qu’à trois pas de là, on pète le crâne des gens pour une protestation minimale et sans portée. »

🍋 « Que ferait-il de son amour des citronniers et des poètes »

🍋 « Sabaïdee. Que cette façon de dire bonjour est jolie… »

🍋 « Arun mangeait, dormait, baisait, lisait, s’indignait, bien à l’abri de sa famille. Il ne produisait que des révoltes infécondes. L’ombre de son père le protégeait de la violence de la rue. »

🍋  « _ Robinson Crusoé, interdit par Staline. Tu te dis, un type qui survit sur une ile déserte, au large du Chili. Où est la dissidence ? Quel est le problème ? l’offense à Staline ? Crusoé a survécu seul. A vaincu seul. Seul. Une contradiction à l’unité du peuple russe. »

🍋  « Pourquoi la Junte hait-elle cette pièce ?  Qui ne parle que d’amour ?

Sans doute, parce qu’à cause de l’amour absolu, il y a trahison de l’ordinaire. Obéissance à l’idéal, à l’être aimé et distance par rapport à la Junte, au gouvernement. »

🍋 « Ce n’est le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime. »

🍋 « Malgré la réalité et l’injustice, Htwe et son aïeul poursuivraient le combat.  A leur façon. Avec des lettres. Les mots étaient plus sacrés que les armes, ils généraient un danger apocalyptique. Les dirigeants de la Junte ne l’ignoraient pas. C’est pour ça qu’ils hachent menu les poètes. »

🍋 « Raconter la beauté de ceux qui ne sont pas vus ou mal vus. Chercher à démanteler les préjugés. Tenter un pas de plus. Essayer. »

 


mardi 1 septembre 2026

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Je reconnais que le titre ne me branchait pas du tout.

La monarchie britannique, ce n’est vraiment pas ma « cup of tee »…

Merci Laura de m’avoir expliqué le contenu du roman car j’ai vraiment passé un excellent moment de lecture, passionnant même !

🌺C’est Rebecca qui raconte, la fille de Cindy. Sa mère éprouve un sentiment de dévotion envers la princesse anglaise, et se projette complètement – corps et âme – dans la vie de Diana.  Il faut dire qu’elle lui ressemble physiquement.

Elle accentue ses traits de ressemblance et devient, carrément « Lady Diana », auprès de tous ceux qu’elles rencontrent.

Tous les moyens sont bons pour se faire « adouber » et AIMER comme la Princesse.  Les tenues, les mimiques sont semblables et elle parle désormais français avec l’accent anglais…

De plus, elle déniche un « Dody Al-Fayed », sur un yacht basé à Nice, en la personne de Carlos.  Amoureux de cette femme fantasque et sensuelle, il joue le jeu et devient le compagnon de Cindy-Diana.

🌺 Très souvent, je me suis demandé en voyant des personnes investir totalement un autre personnage (Johnny Hallyday. Elvis Presley… ) ce qui les motivait.

Ce besoin de vivre par procuration la vie d’une star, de s’y identifier tellement que leur vie propre semble réduite à néant... La substitution d’une identité à une autre... La peur de ne pas être reconnu en tant que soi-même..

🌺 La réponse de l'autrice est intéressante :

- C’est le besoin d’être reconnu, célébré. Être assuré que tous les projecteurs se braqueront sur vous…

Bien sûr, le trait est excessif pour ce type de projection en un people, mais il est révélateur d’une société pour qui l’apparence et l’image deviennent essentielles, voire vitales.

A rapprocher du magnifique roman de Delphine de Vigan, « les enfants sont rois » où le reflet de soi devient plus important que la réalité.

🌺 J’ai beaucoup aimé ce roman, à l’écriture fluide et travaillée. Mais… En éprouvant un sentiment de frustration.

Car bien sûr, lors de la mort de la vraie Lady Diana, tout s’écroule pour notre doublure.

Pourquoi, avoir terminé si rapidement le récit ?

Il me semble ( de mon petit point de vue de lectrice) qu’il y avait encore « beaucoup de grain à moudre » sur l’effondrement du château de cartes pour Cindy, les conséquences psychiques, familiales et conjugales…

Une lecture agréable et intéressante que je conseille. Et une autrice à suivre.

Merci aux éditions du Seuil et à Laura Tinard.

Extraits :

🌺 « Lady Diana représentait un modèle pour les femmes, parce qu’elle osait mettre l’épanouissement personnel, la santé mentale, la liberté, au premier plan de ses combats. »

🌺 « Le temps passait et elle avait eu besoin de redevenir quelqu’un à Nice, de reconnaissable, mais certainement pas elle-même. »

🌺 « En calquant grossièrement sa vie sur celle de la Princesse chic et rebelle, elle fuyait son quotidien morne. Elle défiait une forme de médiocrité. Elle rendait sa vie plus imaginative. »

🌺 « Ce mal de l’image de soi, elle l’a porté seule, sans personne à qui confier ce poison. »

🌺 « Moi, la fille cachée, je me suis retrouvée accroupie entre deux personnes qui se prenaient pour des cadavres dans un yacht à trois étages. »