samedi 22 août 2026

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Je ne me rappelle pas avoir vu passer ce beau roman sur les RS…

Certains romans passent à la trappe et c’est dommage… Car celui-ci est dense et concis, chargé de sens et excessivement bien écrit. Une plume précise et fluide.

🏃 1944 – Jean Sautet, pilote français d’origine eurasienne, soutient les alliés, quand son avion est abattu à la frontière sino-birmane.

Il se retrouve dans le camp de prisonniers du Commandant Matsui.

Les deux hommes se reconnaissent immédiatement : Jean a battu Matsui lors des JO de 1924 en France, sur les 5000 mètres.

Une blessure d’orgueil toujours à vif pour le japonais.

« Un Japonais raciste n’acceptera jamais d’avoir perdu contre quelqu’un d’une autre race. Pour lui, toutes les autres races, même blanches, sont inférieures, condamnées à être vaincues par les japonais. »

Par conséquent, Matsui décide de refaire la course 20 ans après dans les mêmes conditions. Les prisonniers devront construire et recréer le stade français dans les moindres détails, et dans les pires conditions.

Un vrai délire qui pourtant va prendre forme !

🏃 Un roman à la fois, d’une dureté pas possible, car elle évoque toute la barbarie de l’homme, et en même temps, très poétique par l’évocation des souvenirs d’enfance de Jean qui s’est déroulée à Van Long ( au nord du Vietnam), proche du camp de prisonniers.

🏃 La tension et le malaise grandissent encore quand Jean découvre des enfants indigènes qui servent de cobayes aux recherches scientifiques japonaises.

« Je comprends que c’est un des enfants-cobayes (…) qui accuse les médecins militaires d’avoir prélevé des organes aux enfants : reins, foie, cœur, pancréas, et à lui-même, les yeux… »

🏃 L’arrière-plan historique est passionnant également car bien documenté. Une guerre et des atrocités qui s’exercent dans tous les coins de la planète...

🏃 Comment l’orgueil et le pouvoir peuvent pousser l’homme dans la démesure et l’inhumanité. Où les situations les plus ubuesques sont acceptées comme « normales » par les japonais ….

«  _ Je déclare ouverte la VII Olympiade de Paris.

La phrase qui résonne à présent dans un français approximatif vient d’être prononcée, au plus fort de la seconde guerre mondiale et au cœur de la jungle asiatique, en Chine, par le président Jiro, à qui a été confié le rôle de Président de la République en cette invraisemblable parodie des JO de 1924. »

Comme le génocide juif a été accepté et BANALISE par les occupants et les populations occupées…

Un sujet intemporel traité avec une puissance inversement proportionnelle au nombre de pages ( 150)

🏃 Une belle découverte !

Car je n’ai jamais lu « Balzac et la petite tailleuse chinoise » de ce cinéaste et romancier chinois, envoyé en rééducation dans le Sichuan entre 1971 et 1974.

Avez-vous lu ce roman ou « Balzac et la petite tailleuse chinoise » ?

 

Extraits :


🏃« Un Japonais raciste n’acceptera jamais d’avoir perdu contre quelqu’un d’une autre race. Pour lui, toutes les autres races, même blanches, sont inférieures, condamnées à être vaincues par les japonais. »

 🏃 « Je comprends que c’est un des enfants-cobayes (…) qui accuse les médecins militaires d’avoir prélevé des organes aux enfants : reins, foie, cœur, pancréas, et à lui-même, les yeux… »

 🏃 «  _ Je déclare ouverte la VII Olympiade de Paris.

La phrase qui résonne à présent dans un français approximatif vient d’être prononcée, au plus fort de la seconde guerre mondiale et au cœur de la jungle asiatique, en Chine, par le président Jiro, à qui a été confié le rôle de Président de la République en cette invraisemblable parodie des JO de 1924. »

 

 

samedi 15 août 2026

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Une passionnante et addictive épopée !

On croit tout savoir sur Jeanne d’Arc, une figure pâlie et ressassée par l’histoire, sans plus beaucoup d’intérêt…

Lisez cet album et vous changerez d’avis, car l’approche choisie par les auteurs est passionnante : l’éclairage est porté non sur Jeanne, mais sur l’évêque Cauchon, le juge du procès de la Pucelle.

🔥Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la dimension est complexe et parfaitement rendue. La réalité historique est respectée, avec les conseils éclairés de David Glomot, agrégé et médiéviste.

Bien sûr, de nombreux détails demeurent inconnus, comme la relation entre Cauchon et Jeanne (a-t-il vraiment voulu la sauver du bûcher ?), comme leurs portraits.... Les auteurs ont alors laissé libre cours à leur imagination, mais pour l’essentiel, leur objectif est de servir la réalité historique.

Mention particulière pour Isembar à qui les auteurs ont prêté le regard du candide, peut-être le nôtre, particulièrement réussi.

🔥 En véritable stratège, l’évêque Cauchon a parfaitement saisi l’enjeu de la figure de Jeanne.  Il ne faut pas la tuer sans raison, car elle deviendra une martyre, et Charles VII, qu’elle a fait couronner, sera reconnu en tant que roi.

Il est essentiel que le procès en bonne et due forme, sans torture, avec la possibilité de répondre pour Jeanne, la reconnaisse hérétique : La « putain » hérétique, et le roi « bâtard ».

Malgré la forte pression anglaise, Cauchon gardera toujours cette ligne de conduite, même si l’attitude de Jeanne, va le questionner au plus profond de lui-même.

A noter, et c’est la réalité, l’absence totale de réaction de Charles VII à qui, désormais, Jeanne fait de l’ombre.

« Charles VII veut la lumière, elle lui fait de l’ombre.

Elle est devenue son problème. »

🔥 Car Jeanne n’est pas la simplette de Domrémy, comme on la présente souvent.  Non seulement, elle réfléchit et riposte, portée par sa foi, mais elle attaque également frontalement. « le Seigneur m’a choisie, et c’est la jalousie qui vous met dans cet état, Cauchon »

Cela ne l’empêche pas de douter…

🔥 C’est une analyse psychologique drôlement travaillée, parfaitement crédible. Deux figures complexes et attachantes (oui, oui, même l’évêque) que Xavier Dorison et Louis-David Delahaye nous restituent.

C’est aussi une mise en cause du clergé

« Il y a plus de sincérité dans les croyances de cette gamine que dans tous les sermons de ta glorieuse assemblée ! »

🔥 Mention spéciale pour le graphisme riche et varié de Joël Parnotte et Sophie Uliana.

Les dessins sont travaillés avec beaucoup de soin, qu’il s’agisse des personnages ou de leur environnement. Les couleurs sont diversifiées, froides, sombres et renforcent la puissance du récit.

Les gros plans, les expressions sont particulièrement réussies et je sais que désormais, pour moi, les traits de Jeanne et de Cauchon seront ceux-là.

💛 Énorme coup de cœur !

Une merveille de scénario et de graphisme !

 

Extraits :

🔥 « Tuez-la ! Et vous ferez d’elle une martyre ! »

🔥 « Mais si ces voix sont un mensonge ? Si elles n’ont jamais existé ?

Si un procès, juridiquement inattaquable prouve au peuple que cette putain en jouant les saintes et en invoquant le seigneur…

Alors, elle sera jugée hérétique.

Et à l’instant du verdict, la légitimité de Charles VII s’effondrera comme un château de cartes.

Il reviendra aux yeux de tous, ce qu’il a toujours été…

Un batard. »

🔥 Cauchon :

« Charles VII veut la lumière, elle lui fait de l’ombre.

Elle est devenue son problème. »

 « Chacun aurait cru que le froid et les privations la feraient plier.

Mais il n’en fut rien. Jamais elle ne cilla, jamais elle ne trébucha. »

🔥 Jeanne :

« le Seigneur m’a choisie, et c’est la jalousie qui vous met dans cet état, Cauchon »

« Il y a plus de sincérité dans les croyances de cette gamine que dans tous les sermons de ta glorieuse assemblée ! »

« les Anglais ont mis une fortune dans ce procès. Rien ne les empêchera de le mener à son terme. »

« _Jeanne, êtes-vous dans la grâce de Dieu ?

_ Si je n’y suis pas, qu’il m’y mette.

Si j’y suis, qu’il m’y garde. »

🔥 Isembar – les auteurs lui donnent le regard du candide, notre regard…

« Je crois qu’elle est sincère ou folle.

Mais ni l’un ni l’autre ne justifie de l’envoyer au bûcher. Il n’y a point de malice chez elle. »



mardi 11 août 2026

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J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, mais ensuite l’intrigue et les personnages m’ont scotchée.

Une adaptation du roman d’Olivier Truc, « Le dernier lapon : La police des rennes ».

📌 Direction La Laponie et le peuple Sami.

Si comme moi, vous découvrez cette population, direction Wikipédia :

« Les Sami sont le dernier peuple autochtone d'Europe. Ils vivent en Laponie, une région qui couvre le nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et la péninsule de Kola en Russie. »

C’est d’abord, des éleveurs de rennes, plutôt nomades et plutôt indifférents aux frontières (Norvège – Suède – Finlande ) que leurs animaux, et les Sami avec eux, traversent.

D’où de nombreuses frictions, d’où la création d’une police des rennes chargée de régler les différends entre les éleveurs et rattraper, le cas échéant, les rennes égarés…

Klemet, d’origine Sami, est le responsable de cette police.

Un homme taiseux, qui fait bien son travail, mais sans enthousiasme…

Son quotidien bascule après le vol d’un tambour ancestral au musée et la mort d'un Sami,  Mattis, un berger issu d’une famille de chaman et retrouvé les oreilles tranchées, ce qui est le marquage traditionnel des bêtes…

📌 Le dessin contribue largement à l’ambiance pesante, des teintes froides, bleutées ou gris clair, qui s’obscurcissent comme l’histoire dans les scènes les plus tendues.

📌 Ce que j’ai aimé :

- La découverte d’une région où il fait froid, très froid même. Moins 40°, n’est pas exceptionnel. Le soleil est quasiment absent durant le mois de janvier. Ces conditions forgent un caractère rude, et une adaptation à la nature.

- La découverte des Sami. Malgré l’épaisseur de leurs vêtements, ils sont doux et respectueux des autres et de la nature. Mention particulière pour le personnage d’Aslak.

- Le suspens qui se renforce au fil des pages, en laissant apparaître les conflits entre les différentes populations, le mépris pour les Sami, les lobbys miniers et même la nuisance du parti d’extrême-droite.

Un bon moment de lecture et une nouvelle découverte ! 

Merci aux éditions Sarbacane 

 

Extraits

📌 « _ Tu oublies, comme nous l’a si aimablement rappelé Brattsen, que nous ne sommes « que » la police des rennes.

_ Tu as raison. On est payés pour faire ce boulot à la con. »

 

📌 Aslak

« J’ai connu son père. C’était un vrai Sami. Il savait d’où nous venions. Il avait le pouvoir, Il avait la connaissance. Il avait la mémoire. Mattis n’avait rien de tout ça.

Il se donnait des airs de chaman, mais Mattis était comme un enfant, son père était trop grand pour lui. »