samedi 21 février 2026

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Suspens polaire et… glaçant, car il reflète les réels appétits  des plus gros.

« Donald Trump n’est pas crédible une seconde. L’achat d’un territoire et d’un peuple par un autre n’est pas crédible une seconde. Et pourtant…

Dès lors que toutes les cartes sont rabattues, la fiction, vue comme dernier lieu de résistance, est peut-être le plus sur outils pour parler du réel. Et essayer de lui redonner sens. »

🌎Un thriller géopolitique dont l’enjeu est le Groenland. Sujet d’actualité brûlant, tout autant que le roman de Mo Malo.

Le premier ministre du Groenland, Frederik Karlsen, est séquestré, menotté à une chaise. Où, par qui, par quelles instances, on ne sait pas.

Sa femme et sa fille sont suspendues dans le vide au-dessus de la banquise qui se rapproche au fur et à mesure du déroulement du compte à rebours. Où, par qui, par quelles instances, on ne sait pas.

Face à cette pression insoutenable, Frédérik Karlsen doit organiser la vente aux enchères de son pays entre quatre états : Le Danemark, la Russie, la Chine, les États-Unis.

Délai maximum : 5 heures

Tout est filmé et retransmis par les caméras du monde entier. Les choses s’emballent ainsi que les fake-news, ainsi que les questions et les appétits de « états-rapaces ».

Qui mène la danse ? Qui retient prisonnier Karlsen et sa famille ?

🌎 Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est l’arrière-plan géopolitique : les intérêts des uns et des autres parfaitement disséqués, l’était d’esprit des inuits parfaitement saisi…

Quant à savoir, qui est le plus cynique, le plus rapace de tous, c’est impossible à déterminer…

🌎 En revanche, la conclusion ne m’a pas convaincue du tout et c’est bien dommage. Un excellent moment de lecture et de réflexions limité par la fin.

 

Extraits :

🌎 « Donald Trump n’est pas crédible une seconde. L’achat d’un territoire et d’un peuple par un autre n’est pas crédible une seconde. Et pourtant…

Dès lors que toutes les cartes sont rabattues, la fiction, vue comme dernier lieu de résistance, est peut-être le plus sur outils pour parler du réel. Et essayer de lui redonner sens. »

🌎 « Le procédé était certes inacceptable ; mais l’occasion était trop belle pour ne pas en être. On s’arrangerait toujours avec les lois et l’opinion, sans parler de la morale, une fois ce trésor inespéré tombé dans l’escarcelle… »

 🌎 « Se pouvait-il qu’ils l’emportent à si bon compte ? Cinquante milliards, c’était selon les diverses estimations quatre à six fois moins que ce qu’ils avaient dépensé pour « leur opération militaire spéciale » en Ukraine durant les quatre premières années, entre 2022 et 2026. Mais cette fois, sans morts, ni dégâts matériels. Presque une aubaine, pour annexer un pays aussi vaste, aussi stratégique, aussi riche en ressources. »

🌎 « La Chine avait l’opportunité, en mettant la main sur ces nouvelles ressources, d’occuper une place hégémonique dont plus aucun concurrent ne la délogerait. En un mot, d’être la grande maîtresse du futur. »

🌎 « Le ping-pong à de tels sommets filait le vertige. Chaque balle valait des dizaines de milliards. »

🌎 « Car de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu les trois maîtres du monde de faire humilier de la sorte. Une vraie déculottée en mondovision. »

🌎« Frederik Karlsen avait simulé la vente de son pays pour dénoncer les manigances des Etats-rapaces ?

 

 

 


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Quel œil acéré et lucide que celui de Delphine de Vigan sur les questions de société ! C’est d’autant plus passionnant quand cela rejoint des questions existentielles. Est-ce qu’on existe vraiment si les seules empreintes qu’on laisse sont virtuelles ?

🐾Une sacrée question et une drôle d’histoire qui tombe brutalement sur les épaules de Thomas…

Un homme accro à son téléphone, à qui une jeune femme inconnue, par un mouvement de passe-passe au restaurant, confie son propre téléphone.

« Pourquoi une jeune femme inconnue lui confie-t-elle un objet qui contient une grande partie de sa vie ? Quelle détresse, quel dessein secret, quelle énigmatique intention se cache derrière l’absurdité du geste ? »

Il comprend qu’elle ne veut pas récupérer son téléphone. Elle lui laisse en toute confiance avec le mot de passe, comme elle lui laisse son passé, sa personnalité, et même sa vie. Se décharger de ce que l’on est sur quelqu’un d’autre. Lâcher prise et souffler.

🐾 De façon de plus en plus addictive, Thomas explore le téléphone de Romane. Il y trouve une résonance à sa propre vie, à ses réflexions, comprend les doutes et les angoisses de la jeune femme.

Romane, de plus en plus mal dans sa peau, décalée par rapport aux autres, y compris avec ses amis.

« J’ai le sentiment de dériver loin de tout, loin de la surface où s’agitent mes amis, loin de leurs gestes vains et de leur voix qui se perd. (…)

Je regarde les autres s’éloigner, je distingue leurs rires et leurs éclats de voix, certains m’appellent, inquiets de me voir rétrécir, je me contente d’un signe de main pour les rassurer.

Un courant puissant m’entraîne vers le large, je n’ai plus la force d’aller contre. Je le laisse faire. »

🐾 Le temps qui passe et ce qui va rester de soi, ensuite…

Mais reste-t-il quelque chose quand tout est virtuel et numérique ?

« Dans trente ans, que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ?

Que restera-t-il de nous ? »

🐾 Les notes de Romane sont bouleversantes car chargées d’angoisse et de sens. Des questions que chacun, à un moment de sa vie, se pose.

Les doutes de Romane sont les nôtres, et c’est aussi pour cela que ce roman intimiste devient universel.

Une vraie réussite et un coup de cœur !

 

Extraits

🐾 « Oui, il dort à côté de son téléphone, pour ne pas dire avec, et ce, depuis pas mal d’années. »

🐾 « Cet objet de sept centimètres sur 15, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. »

🐾 « Oui, il éprouve un vrai plaisir, avide, transgressif, à entrer dans la vie de quelqu’un. »

🐾 « Pourquoi une jeune femme inconnue lui confie-t-elle un objet qui contien t une grande partie de sa vie ? Quelle détresse, quel dessein secret, quelle énigmatique intention se cache derrière l’absurdité du geste ? »

🐾« Explorer le téléphone de Romane Monnier est une activité régulière, pratiquée en intérieur, dont il ne se vante pas. Une activité qui provoque en lui de sinueuses résonances et de mystérieux échos. »

🐾« Et puis le téléphone de Romane Monnier l’emmène ailleurs, vers d’autres souvenirs. Il a parfois l’impression de visiter les pièces fermées de sa propre mémoire. »

🐾 « Il raconte le pouvoir que le téléphone exerce sur lui, ce sentiment permanent d’osciller entre le plus futile et quelque chose de plus grave, quelque chose dont il devine la présence, dissimulée ou plutôt engloutie, dans un océan de traces et de données. »

🐾 La notion du temps qui passe

« Il n’avait pas compris qu’il était si jeune. Il n’avait pas compris que cela ne durerait pas. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir été prévenu – qu’elle est mignonne, profitez-en, cela passe vite – un refrain tant entendu qu’il ne l’écoutait plus. »

🐾 « Et puis, elle a commencé à dormir ailleurs, une nuit sur deux, et à passer en coup de vent.

Et puis, elle est partie.

En un rien de temps. »

🐾 « Il était cet enfant qui avait vu sa mère perdre ses forces, ses cheveux, sa joie. Qui avait vu sa mère mourir.

Il était cet enfant qui avait vécu seul avec un père enfermé dans sa douleur.

Il était ce jeune homme hanté par la peur que son père meure et qui avait fini par découvrir son corps sans vie. »

🐾 Son métier d’imprimeur

« Il est celui qui donne corps et matière aux PDF et qui transforme le virtuel en objet. »

🐾 Les moments avec Léo

« Chaque fois qu’il la voit, qu’il passe du temps avec elle, chaque fois qu’i referme la porte derrière elle, il est ému. Il ignore comment cela a été possible, comment elle est devenue cette jeune femme intarissable et drôle, dont il admire la sensibilité, la fantaisie, la gentillesse, la détermination, la générosité. »

🐾 De Romane à sa meilleure amie, Chloé

« Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens tout le temps de l’autre côté. De la table, de la vitre, de la route… de la vie. Je crois que c’et moi, que ça vient de moi. A contretemps. Tu vois, comme si je n’émettais pas sur la même fréquence que tout le monde. »

Dans les notes de Romane – après son RV chez la psy

🐾 12 septembre 2024

« Puisque je parlais encore, la psychologue m’a conseillé d’écrire. De remplir les blancs. « Peut-être avez-vous besoin que vos émotions laissent une trace, une empreinte visible », m’a-t-elle suggéré, et j’ai senti physiquement qu’elle avait mis dans le mille. » 

🐾 10 octobre

« Dans trente ans, que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ?

Que restera-t-il de nous ? »

🐾 3 février 26

« J’aime cette idée qu’il reste une trace de ce qui a eu lieu, qui n’est ni une interprétation, ni un ressenti, mais une capture du réel, pour l’instant incontestable. »

🐾 9 Février

« Nous somme nostalgiques d’une vie qui n’a jamais été la nôtre ou si peu. La vie d’avant. Avant la numérisation du monde. »

🐾 21 février

« J’ai le sentiment de dériver loin de tout, loin de la surface où s’agitent mes amis, loin de leurs gestes vains et de leur voix qui se perd. (…)

Je regarde les autres s’éloigner, je distingue leurs rires et leurs éclats de voix, certains m’appellent, inquiets de me voir rétrécir, je me contente d’un signe de main pour les rassurer.

Un courant puissant m’entraîne vers le large, je n’ai plus la force d’aller contre. Je le laisse faire. »

🐾 25 février

« Nous devons nous préparer à avancer dans le noir, sans repère et sans certitude. A vivre dans un autre monde, un monde illisible dont nous n’aurons pas les clés. (…)

Nous ne saurons plus détecter le mensonge, car il ne laissera plus de traces. »

🐾 6 mars

« Un jour, je laisserai quelque part les empreintes que je ne peux me résoudre à effacer moi-même, je les confierai au hasard, au vent, ou à la marée. Et je partirai sans me retourner.

Pourquoi, pour qui, est-ce si important de laisser une trace ? »

 

jeudi 19 février 2026

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« En temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères, en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils » - Hérodote

Car c’est bien une guerre :  c’est les plus fragiles qui tombent sous le coup des brutes.

 

Une marche blanche. Pour Hugo. Un collégien harcelé. Il s’est suicidé.

Avant la marche et pendant, son père se souvient, essaie de comprendre l’incompréhensible.

C’est parfaitement réussi, bouleversant, et cela suscite de nombreuses réflexions et des questions, dont hélas, beaucoup restent sans réponse :

- Le sentiment de culpabilité des proches, qui cause souffrance et dissensions dans le couple

- Pourquoi une telle cruauté, une barbarie qui se prolonge et s’amplifie ?

- La surdité et la lâcheté de la majorité des autres collégiens, et par conséquent, l’infinie solitude, l’isolement de celui qui est harcelé…

- L’aveuglement et la surdité volontaires, assumés, des parents des gamins harceleurs et de la direction du collège…

- Quelle punition pour les harceleurs ? Les mettre en face de leurs actes ? Y-a-t-il vraiment une sanction ?

Depuis février 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit et passible d’amendes et de prison. « Jusqu’à 10 ans de prison et de 150 000 euros d’amende en cas de suicide ou de tentative de suicide de la victime harcelée. »

Ce qui est parfaitement analysé, est l’état d’esprit dans lequel se trouve un enfant ou un ado victime. Le sentiment de terreur, de culpabilité, d’impuissance, d’être lâche et nul. Et par conséquent, de justifier ce qu’il subit : « D’abord, il se jugeait quasiment responsable de ce qui lui arrivait, les autres étaient certes des brutes, mais au fond, c’était lui, le problème. »

L’horreur, le sentiment d’impuissance et le gouffre sans fond, que seule la mort peut arrêter pour apporter la paix.

En lisant Philippe Besson, parents, grands-parents ou adolescents, on souhaite ne jamais se trouver en face de cette situation… Un traumatisme, une blessure toujours ouverte.

Un roman INDISPENSABLE pour tenter d’être vigilant et protéger du mieux possible nos enfants et adolescents. En parler avec eux, analyser le harcèlement avec eux, anticiper, en leur faisant bien comprendre qu’ils sont les victimes. Qu’ils ne sont coupables de rien. Réagir si ils sont spectateurs. Je ne veux surtout pas dire   

Énorme coup de cœur pour ce récit parfaitement maîtrisé. Le deuxième juste après ; « Une pension en Italie ».

 

« Extraits :

« En temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères, en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils »

Hérodote

« C’est une chaise vide dans le petit matin, malgré le soleil qui éclabousse. »

 « Dans le miroir, d’un coup, je ne vous plus mon fils. Je ne vois que le père qui a merdé. »

« La plupart des victimes de harcèlement s’enferment dans le silence, voire dans la dissimulation, elles s’arrangent pour que leur entourage ne remarque rien, elles ne veulent surtout pas éveiller les soupçons, parce que les soupçons les obligeraient à passer aux aveux, à se désigner comme victimes, à se reconnaître comme telles. L’aveu enclenche aussi un engrenage, il leur faut accepter que ça leur échappe, que d’autres s’en emparent, et c’est tout ce qui les terrorise, parce qu’elles répugnent de toutes leurs forces à ce que les bourreaux soient informés de leur peur et sachent qu’elles ont cafté, qu’elles ont été minables au point de cafter, de s’abriter derrière des tiers, c’est la démonstration éclatante de leur lâcheté, de leur nullité. »

« J’ai découvert ces nouveaux territoires, une étendue de haine à l’infini, où l’on peut porter ses coups sans le moindre risque d’être inquiété, sans redouter la moindre conséquence. Mon Dieu, j’étais si loin quand mon fils avait besoin de moi. »

 

« D’abord, il se jugeait quasiment responsable de ce qui lui arrivait, les autres étaient certes des brutes, mais au fond, c’était lui, le problème. »

« Les insultes ont redoublé. Ses harceleurs traitaient désormais Hugo de fils de pute, d’enculé, de bâtard, de cassos, de fini-à-la-pisse, de mange-merde. (…) l’avilissement n’est pas théorique, on le ressent dans sa chair, il lacère le corps comme le ferait une lame de couteau. »

« Ce que nous n’avions pas compris, c’est qu’il n’avait pas fait preuve de courage, en se confessant, mais de désespoir. Il avait parlé car nous l’avions poussé dans ses derniers retranchements et parce qu’il n’en pouvait plus de la douleur infligée. Cacher désormais ce qui lui arrivait, c’était un réflexe de survie. »

« Et puis, j’en veux à ceux qui n’ont pas bougé une oreille, à ceux qui ont vu, entendu, compris, et n’ont rien empêché. A ceux qui ont assisté aux sarcasmes, aux bousculades et ont laissé faire, qui s’en sont lavé les mains, ils sont au moins coupables de ne pas avoir porté assistance à celui qui, de toute évidence, était en danger. J’en veux à la meute, la bruyante comme la silencieuse. »