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Un récit et un dessin
délicats et émouvants à l’image du Kutani. C’est l’art de la peinture sur porcelaine,
une tradition ancestrale de la période Edo.
🌺 Tsutomu est graphiste, installé
à Tokyo, avec sa femme et sa fille depuis quinze ans. Et il s’y trouve bien jusqu’à l’appel l’avertissant
que son père est à l’hôpital. Il est sorti, sous la neige, tout nu. Apparemment,
il est atteint de démence sénile et on demande à Tsutomu de revenir à Kanazawa,
où réside et travaille son père. Ce dernier est aussi le responsable de l’atelier renommé
de Kanazawa, spécialiste du Kutani.
« Tu sais, ton
père parle de plus en plus souvent ainsi, sans filtre. C’est ennuyeux. Ils ne
vont pas tarder à se rendre compte qu’il n’a plus toute sa tête. »
L’entente entre le père et
le fils a toujours été difficile. Tsutomu est sensible, plus proche de sa mère,
tandis que son père est exigeant et dur.
Tsutomu redoute ce face à
face….
🌺 Il y a beaucoup de thèmes
traités avec profondeur et justesse dans cette BD
- Le décalage entre le
Kutani, exigeant en temps, en délicatesse, en protection, et la vie de la
majorité des Japonais, consuméristes et pressés, comme l’ensemble des occidentaux.
Des valeurs qui semblent d’un
autre temps…
« Tu sais, mon garçon,
si notre tradition se perd, c’est parce que les gens sont devenus trop pressés.
Leur nourriture est
déjà préparée, leur vaisselle jetable… Tout semble plus facile quand on peut se
débarrasser des choses après les avoir utilisées. »
- La difficulté du dialogue
entre le père et le fils. C’est dur de voir son père dans cet état, et Tsutomu
est maladroit, car il ne le comprend pas toujours. D’autant plus que son père
conserve la nature profonde de son caractère et s’exprime désormais sans filtre…
🌺 Un scénario qui reste en
mémoire car il est chargé de sens et d’acuité. Le graphisme l’accompagne
admirablement.
Dans les tons fondus de bleu
pour la narration au présent, de rouge pour les souvenirs et le passé. L’accent
est porté sur les expressions, les attitudes et j’ai adoré les cases déstructurées
comme celles des pages 94, 99, notamment, qui apportent davantage d’émotion au
récit en cassant les codes habituels.
🌺 Une vraie réussite sur un
thème difficile.
Un auteur et un titre à
savourer et à découvrir !
Merci aux éditions
Sarbacane.
Extraits
🌺 « Tu sais, ton
père parle de plus en plus souvent ainsi, sans filtre. C’est ennuyeux. Ils ne
vont pas tarder à se rendre compte qu’il n’a plus toute sa tête. »
🌺 « Tu sais, mon garçon,
si notre tradition se perd, c’est parce que les gens sont devenus trop pressés.
Leur nourriture est
déjà préparée, leur vaisselle jetable… Tout semble plus facile quand on peut se
débarrasser des choses après les avoir utilisées. »
🌺 « C’est dommage,
mais de nos jours, les gens ont peur. Ils n’ont plus envie de prendre cette
responsabilité-là. Crois-moi, casser, c’est facile, mais préserver, protéger
cela demande de l’attention, du temps… »