dimanche 8 mars 2026

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La grand-mère de la narratrice est décédée. Astrid et son père partent alors à Fribourg, dans son logement, faire le tri dans ses objets personnels.

Cela sera l’occasion de resserrer les liens avec son père, de comprendre aussi qui était sa grand-mère. Gisela était une juive allemande et tout un pan de son passé est méconnu par Astrid Goldsmith.

 

📌Cette BD est une illustration parfaite des évènements consécutifs à un décès.

- Les questions posées en retrouvant les vieilles photos.  Gisela a laissé une image dans la tête des survivants, et là, sur le papier figé des photos, ils retrouvent une autre femme. Qui était-elle en réalité ? « Elle jouait au palet sur le pont, bavardait avec des inconnus, posait bras dessus bras dessous avec des jeunes hommes. Mais surtout, qui était-elle ? »

- Les souvenirs que rapportent les objets. Ceux qu’on a oubliés, qui représentent l’enfance comme celui de monsieur Crapaud, la peluche d’Astrid :« Malgré mes meilleures intentions, j’étais redevenue ma pire incarnation adolescente. Éloignée de ma forteresse de solitude et jetée dans le grand bouillon des rancœurs familiales, il ne m’avait fallu que quelques jours pour révéler combien mon vernis d’adulte était fin.

Un crapaud avait suffi à me bouleverser. »

- Les disputes, les mesquineries, l’âpreté de certains proches lors du partage. La désillusion et la tristesse.

 

📌J’ai trouvé intéressant de s’attacher à la mémoire des objets. Comment ils font remonter les souvenirs, les sentiments, quelquefois les plus exacerbés ou les plus enfouis, comme Astrid avec sa peluche, Monsieur Crapaud.

Faire le tri dans les objets mais aussi le tri dans son cœur. Restituer la réalité et comprendre les proches disparus.

📌 Hélas, le propos se dilue dans la longueur et le nombre de personnages…

Plus de concision, moins de figures auraient donné une infinie puissance au sujet… C’est bien dommage !

 

Extraits

 

📌 « Elle jouait au palet sur le pont, bavardait avec des inconnus, posait bras dessus bras dessous avec des jeunes hommes. Mais surtout, qui était-elle ? »

📌 « Malgré mes meilleures intentions, j’étais redevenue ma pire incarnation adolescente. Éloignée de ma forteresse de solitude et jetée dans le grand bouillon des rancœurs familiales, il ne m’avait fallu que quelques jours pour révéler combien mon vernis d’adulte était fin.

Un crapaud avait suffi à me bouleverser. »

 

samedi 7 mars 2026

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Imaginez un gamin solitaire, rejeté par ses parents, invisible pour sa mère, rudoyé et méprisé par son père… 
En faillite et quasiment ruinés, ils se retrouvent dans cette petite maison de campagne, qui les renvoie à leur échec. L’enfant, lui, s’échappe dans la campagne et la forêt où il passe le plus clair de son temps. 
Dans la forêt, il va rencontrer un vieil homme aux lunettes rondes, attentif et bienveillant envers lui… D’où sort cet homme, on ne sait pas… 
Il va rencontrer aussi ses sujets qui l’appellent Saperlache, qui le reconnaissent comme leur roi. Le Roi du Royaume de la Forêt… Il donne des ordres, il fait construire, il se fait respecter et aduler par ses sujets, et par son porte-parole, un ancien épouvantail. 

Un milieu où il est le centre du monde, où sa voix et ses envies sont essentielles. Lui qui n’est rien chez lui, est le maître absolu de cet univers. 
En même temps, fort de son statut royal, il multiplie les bêtises, les agressions à l’extérieur de son domaine. 
Jusqu’où, jusqu’à quand cette situation peut-elle perdurer ?.. 

📌 C’est quoi, cette histoire, me direz-vous… 
Je vous recommande alors de vous laisser immerger dedans, car l’auteur nous embarque et nous perd dans la forêt. 
C’est le monde de l’imaginaire d’un enfant, du surnaturel, mais on comprend confusément qu’il y a autre chose derrière…
Une réalité bien plus sombre, parfaitement bien analysée dans son processus et ses caractéristiques. 

 

📌Vous l’avez compris, j’ai tout aimé dans cette BD : le scénario avec les extraits du vieux livre trouvé par l’enfant, les « légendes de Basse Campagne » qui ponctuent régulièrement l’histoire et ouvrent chaque chapitre. 
Et le graphisme dans les tons sépia, la recherche de détails, le souci des expressions. On a vraiment l’impression de se trouver dans la forêt, à rencontrer des sangliers, à ramasser des champignons. 

📌 Si vous prenez le temps de lire l’histoire « Les trois chiens » (dans les extraits) vous verrez que l’on ne tire pas toujours la bonne conclusion de ce qui paraît être la réalité…. 

Bluffée par la conclusion. La dernière page est une véritable pépite, éblouissante et désespérante… 


Réussite sur toute la bulle ! 
Merci aux éditions Sarbacane 

Extrait

📌 Histoire des « Les trois chiens » - page 148 
« Un matin d’automne, il trouva trois chiens au seuil de sa porte. 
C’était un homme veuf, qui vivait dans une maison croulante à l’orée d’une forêt de hêtres. 
Pris de tendresse, il décida d’apprivoiser les canidés pour égayer ses journées. Ils semblaient bien élevés et ne demandaient rien que leur pauvre maître ne pût leur offrir. Les dernières journées de chaleur passèrent plus rapidement que d’habitude et l’hiver finit par s’installer. 

Une nuit venteuse, alors que le maître dormait profondément, il fut brutalement réveillé par les aboiements de deux des chiens, qui ne cessèrent qu’au petit matin.
« Vous mangerez demain, sales bêtes, laissez-moi dormir ! »
Mais le lendemain, la même scène se répéta. 

La troisième nuit blanche fut celle de trop. Le maître excédé, n’y tenant plus, se résolut à enfermer les deux chiens qui aboyaient sans relâche dans la vieille remise derrière la maison. 
Éreinté mais apaisé, il se recoucha. Savourant le silence, le vieil homme s’endormit enfin. 

Il n’en restait plus qu’un qui dormait paisiblement sur le plancher.
Au milieu de la nuit, sans bruit, il ouvrit un œil. Il se dressa sur ses quatre pattes, s’approcha du lit où dormait son maître et, délivré du vacarme protecteur des deux chiens, le loup sauta sur le pauvre aveugle. » 





mardi 3 mars 2026

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Faire revivre, faire connaître les laissés-pour-compte, les artistes oubliés ou méconnus, c’est dans l’ADN graphique de Frantz Duchazeau.  Sa tendresse pour Marcel Bascoulard, qui a véritablement existé de 1913 à 1978, est immense. Cela se sent car il rend son personnage très attachant.

✏ Un drôle de bonhomme, notre Marcel, un clochard attifé en femme, toujours un carnet de croquis à la main, qui fait reculer les passants par son odeur et son apparence.

Pourtant, ceux qui le connaissent, l’apprécient comme le boucher avec qui il échange du mou pour ses chats contre un dessin. C’est une figure atypique de Bourges, mais il n’est pas rejeté, il fait partie du paysage…

Peu lui importe ce que pensent les gens, il vit pour ses dessins, pour les chats qu’il nourrit, et pour son chien qu’il retrouve le soir dans son paradis : son camion-maison, plutôt son épave-maison. Mais lui s’y sent bien, solitaire dans la nature. Un homme désabusé par la vie, meurtri par son enfance, totalement désintéressé par l’argent et ce qu’il procure, mais infiniment lucide sur lui-même et les autres.

Par exemple :

« _Monsieur Bascoulard, vous êtes une figure populaire dans la ville de Bourges, pourquoi ne vous présenteriez-vous pas aux prochaines élections municipales ?

_ Ah non ! Je suis bien trop propre pour ça ! »

Les dessins de Marcel sont d’une infinie précision, aucun détail ne manque à la cathédrale de Bourges quand il la dessine. Idem pour les locomotives qu’il affectionne.

✏ Avec un graphisme à l’encre de Chine et au fusain (me semble-t-il), Frantz Duchazeau reproduit infiniment bien le trait précis de Marcel. Les paysages sont somptueux, addictifs. Il est souvent difficile de les quitter pour passer à la page suivante.

J’ai beaucoup aimé cette découverte : celle de Marcel Bascoulard et celle de Frantz Duchazeau que je n’avais jamais lu.

Merci aux éditions Sarbacane.

 

Extraits

✏ « _Monsieur Bascoulard, vous êtes une figure populaire dans la ville de Bourges, pourquoi ne vous présenteriez-vous pas aux prochaines élections municipales ?

_ Ah non ! Je suis bien trop propre pour ça ! »

✏ « Moi, je suis noir dedans et rose dehors ».

✏ Retour sur la violence de son père : « Quand ce démon rentrait, régnait le dur silence. Il suintait l’ouragan. Mieux valait tout laisser puis s’enfuit que subir plus longtemps la pestilence »

 

 

 


samedi 21 février 2026

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Suspens polaire et… glaçant, car il reflète les réels appétits  des plus gros.

« Donald Trump n’est pas crédible une seconde. L’achat d’un territoire et d’un peuple par un autre n’est pas crédible une seconde. Et pourtant…

Dès lors que toutes les cartes sont rabattues, la fiction, vue comme dernier lieu de résistance, est peut-être le plus sur outils pour parler du réel. Et essayer de lui redonner sens. »

🌎Un thriller géopolitique dont l’enjeu est le Groenland. Sujet d’actualité brûlant, tout autant que le roman de Mo Malo.

Le premier ministre du Groenland, Frederik Karlsen, est séquestré, menotté à une chaise. Où, par qui, par quelles instances, on ne sait pas.

Sa femme et sa fille sont suspendues dans le vide au-dessus de la banquise qui se rapproche au fur et à mesure du déroulement du compte à rebours. Où, par qui, par quelles instances, on ne sait pas.

Face à cette pression insoutenable, Frédérik Karlsen doit organiser la vente aux enchères de son pays entre quatre états : Le Danemark, la Russie, la Chine, les États-Unis.

Délai maximum : 5 heures

Tout est filmé et retransmis par les caméras du monde entier. Les choses s’emballent ainsi que les fake-news, ainsi que les questions et les appétits de « états-rapaces ».

Qui mène la danse ? Qui retient prisonnier Karlsen et sa famille ?

🌎 Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est l’arrière-plan géopolitique : les intérêts des uns et des autres parfaitement disséqués, l’était d’esprit des inuits parfaitement saisi…

Quant à savoir, qui est le plus cynique, le plus rapace de tous, c’est impossible à déterminer…

🌎 En revanche, la conclusion ne m’a pas convaincue du tout et c’est bien dommage. Un excellent moment de lecture et de réflexions limité par la fin.

 

Extraits :

🌎 « Donald Trump n’est pas crédible une seconde. L’achat d’un territoire et d’un peuple par un autre n’est pas crédible une seconde. Et pourtant…

Dès lors que toutes les cartes sont rabattues, la fiction, vue comme dernier lieu de résistance, est peut-être le plus sur outils pour parler du réel. Et essayer de lui redonner sens. »

🌎 « Le procédé était certes inacceptable ; mais l’occasion était trop belle pour ne pas en être. On s’arrangerait toujours avec les lois et l’opinion, sans parler de la morale, une fois ce trésor inespéré tombé dans l’escarcelle… »

 🌎 « Se pouvait-il qu’ils l’emportent à si bon compte ? Cinquante milliards, c’était selon les diverses estimations quatre à six fois moins que ce qu’ils avaient dépensé pour « leur opération militaire spéciale » en Ukraine durant les quatre premières années, entre 2022 et 2026. Mais cette fois, sans morts, ni dégâts matériels. Presque une aubaine, pour annexer un pays aussi vaste, aussi stratégique, aussi riche en ressources. »

🌎 « La Chine avait l’opportunité, en mettant la main sur ces nouvelles ressources, d’occuper une place hégémonique dont plus aucun concurrent ne la délogerait. En un mot, d’être la grande maîtresse du futur. »

🌎 « Le ping-pong à de tels sommets filait le vertige. Chaque balle valait des dizaines de milliards. »

🌎 « Car de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu les trois maîtres du monde de faire humilier de la sorte. Une vraie déculottée en mondovision. »

🌎« Frederik Karlsen avait simulé la vente de son pays pour dénoncer les manigances des Etats-rapaces ?