vendredi 7 août 2026

💙💙💙💙💙


 

 « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ».

Terence – poète latin – 165 av JC . Ancien esclave, il explique ainsi qu’il comprend et est impliqué dans tout ce que vivent les hommes, le bonheur et le malheur. L’amour et la barbarie.

📌 Ce roman coche toutes les cases ! L’émotion, la réflexion, l’analyse géopolitique, les mécanismes de tyrannie jusqu’au plus profond de l’homme.  

Décembre 1989. Horatio est roumain, réfugié en Bretagne depuis 1951. Là, il a trouvé une vraie famille aimante et attentive, l’amour après l’horreur en Roumanie. Il ressent maintenant le besoin viscéral de rechercher son frère cadet et part pour Bucarest, en espérant ou en craignant ( cela dépend de ses souvenirs) le retrouver.

Tout au long de son périple, il se souvient et s’adresse à son frère.

Deux garçons bien différents et pourtant très proches. Une enfance aisée, un père autoritaire et patriarcal

En décembre 1950, ils fuient la République Populaire de Roumanie mais sont arrêtés par les forces soviétiques. Il a 23 ans et son frère, 17.

C’est un voyage en enfer qu’ils vont connaître. D’abord Jilava et ensuite Pitesti. La terrible prison de Pitesti où règne Turcanu. 

Turcanu, le Robespierre soviétique. « Il nous arrachait notre substance et faisait surgir l’homme nouveau » Ou comment l’humanité se perd, ou comment modifier l’âme des hommes…

📌C’est un roman inspiré de la triste réalité qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.

Les mécanismes de la déshumanisation sont parfaitement analysés et détaillés.

Pour se protéger, les deux frères ont eu besoin de se dédoubler, de s’appeler avec d’autres prénoms, Hamlet et Carmen, pour moins subir l’horreur.

Horatio-Hamlet a conservé une bulle d’oxygène : des poèmes qu’il récite ou se récite.

L’autrice démontre aussi avec brio, l’importance du Verbe. Celui qui protège ET celui qui détruit.

📌 Une plume au scalpel qui incite à l'empathie et même à la projection. Renforcée par la proximité du tutoiement du narrateur vers son frère.

Un récit et des personnages qui restent en mémoire tant ils sont puissants.

La fin est somptueuse et très émouvante.

📌 J’appréciais déjà beaucoup Virginie Ollagnier, pour ses scenarii dans les BD (Nellie Bly, L’escadron bleu), mais là, je la découvre avec bonheur dans un superbe roman.

💙Ne ratez pas cette véritable pépite ! un livre puissant et utile.

Merci Virginie Ollagnier.

Et merci aussi à NetGalley pour cette découverte passionnante.

 

Extraits :

📌 « Depuis 37 ans d’une vie incomplète, tu vides mes veines et éteins mon âme. »

📌« Plus je me rapproche de l’idée de toi, et plus j’ai peur. Peur de te faire face. Peur de te retrouver. Peur que tu sois mort. »

📌 « Je n’avais d’idéal que le calme, une vue sur la mer Noire, un thé chaud avec un livre après une promenade à cheval. »

📌 « Ils m’ont enseigné cela, veiller à rester humain. » « Ils m’ont enseigné cela, veiller à rester humain. »

📌 « Les dictateurs utilisent toujours les mêmes leviers pour asservir les peuples, la peur et la colère. »

📌 « Je ne pouvais savoir que le pillage d’un pays est le but d’une dictature, et que de fou, il n’y a pas. Il y a un voleur masquant son crime derrière des mensonges et plaçant ses amis aux postes rémunérateurs. A vingt-trois ans, je n’envisageais pas la corruption comme le ciment qui maintient les dictatures. »

📌 « Turcanu décidait du manger, du boire, du coucher, du chier. Cette dépendance nous renvoyait au stade des tout petits enfants, à la merci de l’autorité surnaturelle et maltraitante.

📌 « J’avais mis du temps à comprendre : il était Dieu ici, et quel que soit le temps que cela prendrait, il ferait de moi un homme nouveau. »

📌« Il nous arrachait notre substance et faisait surgir l’homme nouveau »

📌 « j’avais eu le temps de lire toute son histoire dans son visage de vieillard de vingt ans, de ressentir toute sa force et sa détresse dans ses yeux sans âge, de la reconnaître, de me retrouver en lui. » »

📌 « Au commencement était le verbe et le verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. »

📌« Le corps de Carmen disait le système, réclamait l’homme-machine, et c’était un fait : mon frère était habité par un inconnu qui ne laissait transparaître que l’irrévocable de sa force. »

📌« A Pitesti, j’avais appris la démonétisation de nos valeurs humaines, de la morale, de la liberté remplacées par le puritanisme, le moralisme et le Verbe. A la souplesse de l’intelligence, l’apprentissage de la vie, l’adaptation au monde succédaient la rigidité, la perfection et la nouvelle vérité. »

📌« Retiens aussi que les vrais méchants existent, mais que nous, les gentils, on est les plus nombreux. »

📌 « Livius et moi, avons été torturés en prison. Jusqu’à. Nous obliger. A torturer. A. Notre. Tour. D’autres. Personnes. »

📌« Ta fragilité est ta puissance. Tes larmes de deuil te lient à l’humanité. »

 

 

 

jeudi 6 août 2026

💙💙💙💙💙


 

Certaines chroniques sont difficiles à rédiger. Ce premier roman en fait partie tant il est puissant et foisonne de personnages tout aussi complexes les uns que les autres.

🌊 Casablanca 1955 - Sur un rocher, encerclé par les vagues, Reine est allongée. Elle sait que bientôt les courants d’arrachements (nos baïnes, sur l’Océan) l’empêcheront de retourner sur la plage où pourtant sa petite fille de 5 ans, Rose, l’attend…

Elle vient d’apprendre la mort de Jean, son grand amour, son amant et le père de Rose.

Sur le « Rocher des Condamnés » où ils faisaient l’amour, elle se souvient.

Sa famille misérable à Lisieux, la mort de sa mère à sept ans, puis son adoption par un couple juif qui lui apporte l’amour, le confort et l’instruction. Jusqu’au moment où ils sont dénoncés par un proche de Reine…

Puis Casablanca chez son oncle Roger, le gentil, et sa peste de femme qui la fiche dans les bras de François, par vengeance et jalousie.

Et surtout son frère Gustave, qui a toujours désiré sa sœur et se projette dans son amour avec Jean.

🌊 L’analyse psychologique est infiniment juste. Les personnages bien campés et particulièrement crédibles.

On comprend vite l’image entre les courants d’arrachement et la personnalité de Reine.

- Une femme déchirée par son amour envers la petite Rose, qu’elle est en train d’abandonner et son désir de mort, pour rejoindre Jean.

- Une femme déchirée entre son désir de liberté et d’amour et puis le poids social de l’époque sur les femmes, la naïveté aussi de Reine. Quand elle accepte la contrainte familiale et se marie avec François, qu’elle n’aime pas.

Elle ne vit que pour une chose : retrouver Jean.

Un être complexe qui s’est construite toute seule. Une ado en fusion qui répond d’abord à ses désirs.

Les personnages secondaires sont tout aussi justes et donnent le relief nécessaire pour bien comprendre Reine et la société qui l’entoure.

Mention particulière pour son frère Gustave, machiavélique et malsain.

🌊 Je suis bluffée par cette jeune autrice. Elle réussit à nous emporter dans l’histoire de Reine, sa vie et ses sentiments puissants et opposés.

Un roman sensuel, sensible, chargé de sens et d’émotions.

 

Extraits

🌊 « Il y a sur la côte, des courants d’arrachement. Ils se forment au milieu des vagues, quand la mer entraîne des forces opposées. A l’endroit où ils se concentrent, l’eau est calme au milieu des vagues, mais leur puissance est redoutable. Elle court sous la surface et entraîne le nageur vers le large. (…)

Le rocher sur lequel nous sommes allongés est son épicentre. (…) On l’appelle le rocher des condamnés ».

🌊 « Il lui fallait pouvoir toucher prendre, manger, goûter tout ce qui était à sa portée.  Il aimait parler à l’excès, désirait qu’on l’écoute et qu’on l’aime. Sa personnalité était faite de contrastes entre la pudeur et l’exubérance, le calme et la tempête. »

🌊 « Ça passera, même sans les caresses d’une mère (…), malgré l’usine qui n’en finissait pas de bouffer les hommes et de les recracher usés, méchants ; malgré les repas sans viande et le verre que se prêtaient les enfants pour boire pendant les repas, un seul pour eux tous. »

🌊« Pourquoi a-t-elle ressenti si souvent le besoin de faire souffrir cette enfant vulnérable pour qui elle donnerait sa vie sans hésiter ? »

🌊 « Reine a honte de ses accès de sadisme envers Rose, ces moments rares dont elle mesure l’anormalité. »

🌊 « Reine est prise dans les courants contraires de sauver ce qui vit encore et la tentation d’aller retrouver Jean dans la mort. »

🌊 « Sur ce caillou, Reine n’a jamais rien su faire d’autre que d’être folle. Folle de Jean. »

 🌊Gustave

« Disposer de cette histoire d’amour était un moyen de posséder Reine, d’apaiser la faim qu’il avait d’elle. »

🌊Le père

« Reprendre sa fille aux Rouge et vendre les juifs aux allemands avait &été une bonne affaire, pour lui et sa nouvelle femme. »

🌊 « Gustave et Reine avaient depuis toujours le même désir d’ailleurs, de volupté et de sécurité, mais ne l’exprimaient pas de la même façon, lui exerçant ses charmes, elle les gardant au-dedans. »

🌊Gustave à sa sœur

« Toi, tu es la plus belle, t’es celle que j’aime le plus. Mais toi tu mords »

🌊  « Estelle et François n’ont en commun que l’intérêt de garder Reine dans sa cage dorée. Lui, par amour, elle par vengeance. »

 🌊 « Partout, où il pouvait planter les dents, Gustave laissait une morsure. Il avait besoin de marquer les gens et c’est ainsi qu’il avait laissé son empreinte sur Jean. »

🌊 « Reine était un être sans éthique, c’était aussi sans qu’il ose se l’avouer, ce qui la rendait si désirable aux yeux de Jean. Elle s’était construite en dehors des dogmes, guidée par des règles édictées par elle seule. Elle blessait et consolait les gens qu’elle aimait sans se soucier du bien ou du mal, suivant une boussole dont le fonctionnement erratique échappait à son amoureux. »

mercredi 5 août 2026

💙💙💙


Vous cherchez un polar différent, qui explore d’autres chemins…Alors, celui-ci est taillé pour vous.

Résumé de l’éditeur

« Un blog inquiétant, un enfant qui disparaît, un cadavre massacré, une jeune fille dans un centre de redressement… Quelle vérité choquante se dissimule dans ces « étranges images » ? ! »

🔪Plusieurs histoires, plusieurs victimes, plusieurs temporalités. Chaque énigme peut trouver sa résolution dans un dessin laissé par la victime.

A nous, lecteurs, de savoir la déchiffrer…

Bien sûr, l’auteur s’amuse à nous donner des indices pour ensuite mieux nous égarer. C’est de bonne guerre dans un polar !

Bien sûr, il s’agit d’un roman choral où on comprend, à la conclusion, les relations entre les personnages et les mobiles.

🔪 C’est un excellent moment de lecture, car il est impossible à lâcher tant qu’on n’a pas compris. C’est un excellent moment de lecture car l’auteur nous interroge…

Protéger quelqu’un de vulnérable peut-il dédouaner d’un crime ou de plusieurs ? La justification ne devient-elle pas "confortable" pour passer à l'acte ? 

« Quand ------ commet un crime, c’est toujours pour protéger quelqu’un. Comme une mère ourse qui met en pièces un étranger qui s’approche de ses petits, elle a tué par amour et pour la justice.

Mais cette fois-ci, qu’en est-il ? »

Que l’âme humaine est complexe, voire torturée par moment…

 🔪En revanche, je suis restée dubitative quant à la crédibilité de certains dessins. Ceux réalisés en altitude m’ont paru impossible à crayonner, et celui de Naomi, enfant, me laisse perplexe quant à son interprétation…

Une lecture agréable !

Extraits

🔪  «_  Un si petit gamin, qui se rend tout seul sur une tombe… C’est magnifique.

« Je le savais … » pense Naomi. Yuta est venu voir sa vraie mère. »

 🔪 «Naomi est consciente de paraître beaucoup plus âgée. Elle ressemble à une vieille femme.

Beaucoup plus vieille que ses soixante-quatre ans. »

🔪 « Quand ------ commet un crime, c’est toujours pour protéger quelqu’un. Comme une mère ourse qui met en pièces un étranger qui s’approche de ses petits, elle a tué par amour et pour la justice.

Mais cette fois-ci, qu’en est-il ? »