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Quel plaisir de retrouver
la plume vive et impertinente de Kathryn Stockett que j’avais adorée dans « La
couleur des sentiments » !
La liberté de ton qu’elle
laisse à ses personnages et son œil acéré à propos du sud des États-Unis des
années 30. Mais la situation a-elle vraiment évolué en profondeur ?...
660 pages que j’ai avalé
d’une traite, ou presque…
📘Le sud des États-Unis -
Juillet 1933 – Birdie raconte. C’est une jeune femme de 24 ans, intelligente, soucieuse
des autres, mais… toujours célibataire à son âge. A cette époque, c’est mal
vu.
Elle cède à la pression de
sa mère et grand-mère pour réclamer l’aide financière de sa sœur, richement
marié à un homme d’affaires et part dans le Mississippi.
La crise financière de 29
a ruiné de nombreuses familles, dont la sienne.
Sa sœur Frances ne lui
ressemble pas du tout : « une petite tête » uniquement soucieuse
des apparences et de son bien-être. Mariée avec Rory, très souvent
absent : les affaires… Une union qui, immédiatement, éveille les soupçons.
Frances participe comme
toutes les dames de son entourage aisé, aux œuvres de charité comme l’orphelinat
que Garnett Pittman dirige d’une main de fer. Il est réservé aux petites filles
blanches. De préférence, des bébés. Plus grandes, elles vont directement
travailler à la conserverie où elles sont exploitées.
Parmi les plus âgées, Meg
qui a 11 ans, est la tête de turc de Garnett.
Elle aussi, raconte. Son abandon par sa mère il y a un an et son
quotidien. Cloitrée par Garnett dans une pièce insalubre, aux volets
hermétiquement fermés… Qui est Garnett Pittman, farouche baptiste, qui coiffe
des heures entières la petite fille dans la pièce insalubre où elle la
séquestre quasiment ?
Meg est vive d’esprit,
lucide et sa voix est cash, comme peut l’être celle d’une enfant.
Birdie et Meg se
rencontrent dans cet orphelinat et sympathisent immédiatement. La franchise et
le rejet de l’injustice les rassemblent. L’affection de Birdie est douce au cœur
de Meg, mais pourra-t-elle aller plus loin ?
En même temps, les catastrophes s’enchaînent pour la sœur de Birdie. A t-elle la carrure pour réagir et que va faire Birdie, venue lui demander de l'argent ?
Birdie, qui héberge la
mère de Meg, va devoir faire à une situation inattendue…. Et plutôt délicate,
surtout pour elle…
📘 Ce roman coche toutes les
cases :
- Le suspens, la dramaturgie
de certaines scènes, le ton plus léger et les remarques acides et drôles dans
d’autres scènes. Je garde en mémoire la
tension des derniers moments avec Tom et Lucille, qui ont recueilli Meg. Une tragédie...
- L’analyse psychologique
des personnages est particulièrement juste et nuancée, la force et les zones grises chez beaucoup d’entre eux.
On s’attache immédiatement
aux personnages de Birdie, encore plus de Meg, grâce à leur empathie naturelle
à toutes les deux. On aime aussi leur combativité et celle des personnages
féminins, qui les entourent. Certains encore plus improbables que d’autres,
mais tous attachants bien campés.
- L’arrière-plan
historico-social est passionnant, notamment le poids des religions et de
l’hypocrisie ambiante, de l’injustice sociale. On décerne sans hésiter le
premier prix de la cruauté habillée de bigoterie à Garnett Pitmann, qui
deviendra même la Présidente de la Ligue contre l’Immoralité.
📘 C’est surtout un
magnifique plaidoyer pour la liberté de chacun et la tolérance, qu’il s’agisse
de couleurs de peaux, de tendances sexuelles ou de niveau social.
Un roman passionnant, bouleversant,
addictif et jubilatoire.
Une seule conclusion
évidente après ma lecture : Lisez-le !
Merci aux éditions Robert Laffont.
Extraits
📘 A propos de sa sœur,
Frances :
« Elle s’était
présentée comme un article dans un catalogue, susceptible d’être échangé contre
un autre, de taille ou de forme différente. »
📘 A propos de Garnett
Pitmann, baptiste fervente :
« Elle soutient
que les noirs ne devraient pas apprendre à lire et que les femmes ne devraient
avoir le droit de vote. »
📘« Pourquoi une
femme qui n’aime pas les enfants dirige un orphelinat ? »
📘 La pression de la
religion :
« l’église
méthodiste d’Oxford, l’église presbytérienne, l’église baptiste, l’église
méthodiste du Christ (celle des Tartt) »
📘 « Mais Frances
n’avait pas fini. Elle consulta une liste qu’elle avait dressée à la maison,
intitulée « Tenues à la mode pour se faire remarquer » inspirées
d’idées chipées dans un de ses magazines Photoplay. Une si belle écriture pour
des mots aussi bêtes. »
📘 « A cause d’une
maladie. Ça s’appelle Homo Sexualité. Rory l’avait. C’est quand les hommes
veulent être…. Intimes avec d’autres hommes. »
📘 « Madame Tartt
avait perdu un fils, Frances, un mari et elles avaient toutes deux perdu leur
très cher ami, l’argent. »
📘 Meg
« Elle a un gros
derrière, elle est plus petite que tout le monde sauf moi, sa figure est toute
ridée, mais ses cheveux sont aussi noirs que ceux de Willie May. Au point de se
demander s’ils n’ont pas été teints… »
📘 « Nos papas
s’entendent bien tant que personne ne parle des Démocrates, d’aller à l’église
ou des esclaves pendant la guerre. »
📘 Birdie
« C’était une idée
tellement honteusement ingénieusement extraordinaire qu’elle m’avait remplie
d’émoi, même si je restais consciente que ce petit commerce était aussi sale et
tordu que la vieille piste de danse, qu’elles avaient montée dans le jardin,
encore plus bancale aujourd’hui, à la lumière du jour. »
📘 « Tu vas me dire
combien t’as vu de tes petites copines étudiantes qu’ont eu la blenno !
Combien qui mordillait un bout de bois chaque fois qu’elles pissaient !
(…) Celles qui se retiennent toute la journée au point qu’elles en mouillent
leur froc. Ou combien avec la chtouille qui l’ont pas su avant que ce soit trop
tard ? Combien de tes copines t’as vu devenir aveugles, appeler dans le
lit à côté du tien ? »
📘 Lucille
« Non, je ne peux
pas redevenir pauvre, Tom. Ce n’est pas possible. J’ai trop longtemps été
misérable. Je me suis battue pour échapper à mes frères et à mes oncles. Ils
m’ont fait… des choses insupportables. »
📘 « Quand on ouvrait
un bordel dans une ville qui comptait treize églises, sans doute fallait-il
s’attendre à se heurter à des obstacles à tous les coins de rue. »
📘 Garnett Pittman :
« Nos orphelinats
sont déjà pleins d’enfants qui coûtent cher aux contribuables, des enfants qui
sont atteints d’imbécillité ou bien pire. Je ne suis pas juge, juste chrétienne,
et présidente de cette belle institution qu’est la Ligue contre l’Immoralité.
Je recommande que Miss Stuggs et ses acolytes soient envoyés dans le service
hospitalier réservé aux gens de leur espèce, qui procédera à l’intervention
destinée à limiter la multiplication de leur progéniture, et qu’il leur soit
donné de longues peines de prison, afin de protéger la société. »
📘 Picador, la
domestique :
« Miss Viktoria
n’est pas si niaise. L’argent n’a pas d’odeur, ou si l’en a une, l’est bien
bonne. »