mardi 23 juin 2026

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 Il est des livres qu’il est difficile de chroniquer tellement ils sont riches et denses. « Le diable rit avec nous » en fait partie.

Passionnant, exigeant, il interroge sur les zones d’ombres de l’homme, et troubles de l’histoire.

Malaise persistant tout au long de la lecture car le roman nous interpelle et bouscule nos certitudes.

📓Le narrateur est journaliste. Lors d’entretiens réguliers, il interroge et cherche à comprendre le parcours et la personnalité de Charles Morin. C’est un vieil homme maintenant, qui, dans sa jeunesse, s’est enrôlé volontairement dans la Waffen-SS, puis dans la Légion étrangère, quand il a été condamné à mort par contumace à la Libération. Protégé par la légion.

Un homme ordinaire, peu politisé : « J’observais et ça m’amusait. Les communistes nous faisaient peur. Derrière eux, il y avait l’URSS de Staline, la pire des abominations. »

Charles Morin raconte. Il explique calmement son cheminement. Pas de questions, encore moins de repentir. Un soldat droit dans ses bottes qui a obéi aux ordres.

Son objectif justifie tous les actes :  lutter de toutes des ses forces contre le communisme avec les Allemands, face à une France qu’il estimait faible et lâche.

« La traîtrise n’est supportable qu’avec de bonnes et grandes raisons, même si on se les invente pour l’occasion. Pourfendre le communisme pour faire naître une Europe nouvelle en est une. »

📓 Ses mots résonnent douloureusement chez le journaliste dont le grand-père adoré, Émile, dirigeait une unité de la Légion Étrangère au Vietnam. Lui-même y a vécu enfant. Et il sait maintenant que Charles Morin a servi sous les ordres de son grand-père.

Quels liens entre les deux hommes ?

Émile, patriote, soucieux de ses soldats et Charles Morin, qui paraît possédé par le diable… Un diable serein et tranquille, assuré dans ses convictions.

📓Un roman chargé de sens, qui questionne : 

- C’est d’abord une mise en garde contre les dérives des politiques populistes, de leur justification des exclusions, des prises de territoire et des moyens mis en place. Comme le diable, il s’agit d’assumer sereinement et logiquement l’inacceptable.

C’est une réflexion sur le pouvoir en général. Les petits arrangements entre amis qui permettent d’occulter la vérité. Comme cette volonté politique d’opacifier les zones grises de l’occupation. L’exemple du film de « Le chagrin et la pitié » le film de Marcel Ophuls de 1969, en est un exemple flagrant.

- C’est aussi une réflexion passionnante sur l’Indochine, sur l’Algérie, sur les désirs d’indépendance de populations colonisées : « On ne vient jamais à bout d’un peuple qui désire son indépendance. »

- Les mécanismes de justification de la déshumanisation sont parfaitement bien analysés et provoquent le malaise et l’angoisse.

Comment peut-on justifier et banaliser le mal au nom d’une pseudo grande cause ? Même le temps écoulé ne lui fait pas prendre conscience, à priori, de la gravité de ses actes.

Le journaliste partage avec le lecteur, son malaise. En écoutant ainsi et attentivement Charles Morin, celui de se rendre complice du mal. Car le personnage de Charles Morin est simple, on dirait même à certains moments, attachant…

Car c’est bien l’interrogation essentielle de ce récit : rendre banal l’inhumain, le rendre acceptable avec des motifs assumés. La fin justifie les moyens. Point barre.

📓 Terriblement d’actualité en ce moment….

Les guerres, les récits des survivants de massacre, servent-ils à quelque chose ?

Ce livre interroge le plus profond de l’homme : ange ou démon.

En sachant que chacun possède des zones d’ombres et se donne souvent de bonnes raisons pour accomplir telle mission ou tel acte…

 

Énorme coup de cœur !

Un récit que je ne suis pas prête d’oublier, pas plus que son auteur ! 

Parution le 20 aout 2026. 

 

Extraits :

📓 « Avant de la connaître, je me sentais bien dans mes idées, à l’aise dans mes certitudes. Je me suis retrouvée malgré moi contraint à la curiosité malsaine de quelque chose qui enlaidit le siècle : la fascination pour l’inhumain »

📓 « Charles Morin affirma que les idées qu’il avait servies survivraient aussi longtemps que les hommes seraient ensorcelés par le nazisme. Là-dessus, au moins, il ne s’était pas trompé.

Et j’ai écrit cette vie avec la brutalité qui va avec. »

📓 « On ne vient jamais à bout d’un peuple qui désire son indépendance. »

📓 « La faculté d’assimilation de la grande masse n’est que très restreinte, son entendement petit ; par contre, son manque de mémoire est grand. Donc, toute propagande doit se limiter à des points forts peu nombreux et les faire valoir à coups de formules stéréotypées aussi longtemps qu’il le faudra pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l’idée. »

Mein Kampf

📓 « Morin, le nationaliste extrême, paradoxal, qui a collaboré avec l’ennemi, celui qui avait tué son père ne 1918. »

📓 «_  Jusqu’où aller dans le pacte avec l’esprit du mal, cette signature engageant l’homme à jamais et détruisant ce vieux savant ?

_ Dans Faust, (…) le diable rit, les hommes se perdent. »

📓 « J’observais et ça m’amusait. Les communistes nous faisaient peur. Derrière eux, il y avait l’URSS de Staline, la pire des abominations. »

📓 « La traîtrise n’est supportable qu’avec de bonnes et grandes raisons, même si on se les invente pour l’occasion. Pourfendre le communisme pour faire naître une Europe nouvelle en est une. »

 

 

 

 

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Dès l'album en mains, couverture et titre m’ont complètement séduite. La lecture est-elle à l’unisson de ce coup de cœur immédiat ?

🌕Un démarrage bien classique, Othello et Ange sont deux enfants passionnés d’ornithologie. Oiseaux, nature, sourires et amitiés. Pour tomber immédiatement dans le drame. A la demande de sa mère, et ans en connaître la nature, Othello verse une poudre mortelle dans le verre de son père.

Quand le père décède, sa mère part en prison et Othello dans un orphelinat…

Nous allons donc suivre Othello qui grandit, questionne pour comprendre la cause de l’assassinat de son père. Comprendre ses parents et ce qu’il leur est arrivé. Pour obtenir des réponses à ses questions, il va devoir passer de la terre à la lune.

🌕 La science-fiction apporte alors une autre dimension au récit. Le malaise est toujours latent, mais la poésie du dialogue et du dessin renforce la complexité, et en même temps, la douceur. Des personnages attachants dont j’ai très envie de connaître la suite dans le Tome 2.

🌕 C’est un album qui se lit lentement. Déjà pour bien comprendre la progression dramatique et ensuite pour savourer le graphisme. Lecteurs rapides (comme moi), il vous faudra maîtriser le rythme…

🌕 De magnifiques aquarelles qu’on ne se lasse pas de contempler. Un travail impressionnant de finesse et de précision. Très varié dans les couleurs et l’ajustement des cases.

Voir les belles pages 172 et 173, 226, parmi tant d’autres…

Poétique, travaillé et complexe, comme le récit.

Un vrai travail de création littéraire et graphique !


Extraits :

🌕 « Nous nous dévouons au bien-être commun de la lune !

Nous ferons notre possible pour ne pas reproduire les erreurs de la terre et apprendre d’elles ! »

🌕 « Je clignai des yeux. Il était de nouveau adulte et dormait en paix…

Et le ciel n’était rempli que d’étoiles. (…)

On pense qu’il y a environ dix mille ans, les autres géants ont quitté la lune et l’ont laissé là parce qu’il était coincé dans la montagne. »

Page 164

🌕 « Pour la première fois de ma vie, j’entendais de la musique. Et pour la première fois aussi, je voyais mes parents en paix. »

Superbe double page – 172 – 173

🌕 « Je suis venue clandestinement de la terre … J’y suis née… »

« Il y a deux cents ans, la terre n’était déjà plus qu’un calot de bitume…

Une ville sans fin qui ne pouvait croître qu’en direction du ciel. »

Superbe dessin page 226

 

 


mercredi 17 juin 2026

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Colette n’était pas mon autrice favorite, mais son style particulier et plutôt addictif demeure en mémoire.

Une experte des rapports entre les individus, souvent focalisés sur la relation amoureuse. Un monde de couleurs, d’odeurs et de déchirements, où souvent les non-dits sont bien plus importants que l’expression verbale.

🌸 Laura Carpentier a réussi avec beaucoup de talent et de sensibilité à sublimer le texte de Colette :

- Un graphisme sur lequel l’œil s’attarde plus que de raison, car il est superbe et travaillé. Expressif et coloré. Mention spéciale pour les expressions de Phil et les paysages. De véritables tableaux.

Voir les pages 40 – 41, le « je t’aime » recueilli par la pluie et les vagues…

- Un scénario parfaitement adapté. Premier amour, premiers déchirements, découverte du plaisir et des pulsions. Torture de la jalousie.

Chacun des personnages est bien campé et plutôt attachant, comme les deux héros, Phil et Vinca.

💙Un vrai moment de bonheur !

Merci aux éditions Sarbacane

 

 


mardi 16 juin 2026

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Un récit et un dessin délicats et émouvants à l’image du Kutani. C’est l’art de la peinture sur porcelaine, une tradition ancestrale de la période Edo.

🌺 Tsutomu est graphiste, installé à Tokyo, avec sa femme et sa fille depuis quinze ans.  Et il s’y trouve bien jusqu’à l’appel l’avertissant que son père est à l’hôpital. Il est sorti, sous la neige, tout nu. Apparemment, il est atteint de démence sénile et on demande à Tsutomu de revenir à Kanazawa, où réside et travaille son père. Ce dernier  est aussi le responsable de l’atelier renommé de Kanazawa, spécialiste du Kutani.

« Tu sais, ton père parle de plus en plus souvent ainsi, sans filtre. C’est ennuyeux. Ils ne vont pas tarder à se rendre compte qu’il n’a plus toute sa tête. »

L’entente entre le père et le fils a toujours été difficile. Tsutomu est sensible, plus proche de sa mère, tandis que son père est exigeant et dur.

Tsutomu redoute ce face à face….

🌺 Il y a beaucoup de thèmes traités avec profondeur et justesse dans cette BD

- Le décalage entre le Kutani, exigeant en temps, en délicatesse, en protection, et la vie de la majorité des Japonais, consuméristes et pressés, comme l’ensemble des occidentaux.

Des valeurs qui semblent d’un autre temps…

« Tu sais, mon garçon, si notre tradition se perd, c’est parce que les gens sont devenus trop pressés.

Leur nourriture est déjà préparée, leur vaisselle jetable… Tout semble plus facile quand on peut se débarrasser des choses après les avoir utilisées. »

- La difficulté du dialogue entre le père et le fils. C’est dur de voir son père dans cet état, et Tsutomu est maladroit, car il ne le comprend pas toujours. D’autant plus que son père conserve la nature profonde de son caractère et s’exprime désormais sans filtre…

🌺 Un scénario qui reste en mémoire car il est chargé de sens et d’acuité. Le graphisme l’accompagne admirablement.

Dans les tons fondus de bleu pour la narration au présent, de rouge pour les souvenirs et le passé. L’accent est porté sur les expressions, les attitudes et j’ai adoré les cases déstructurées comme celles des pages 94, 99, notamment, qui apportent davantage d’émotion au récit en cassant les codes habituels.

🌺 Une vraie réussite sur un thème difficile.

Un auteur et un titre à savourer et à découvrir !

Merci aux éditions Sarbacane.

Extraits

🌺 « Tu sais, ton père parle de plus en plus souvent ainsi, sans filtre. C’est ennuyeux. Ils ne vont pas tarder à se rendre compte qu’il n’a plus toute sa tête. »

🌺 « Tu sais, mon garçon, si notre tradition se perd, c’est parce que les gens sont devenus trop pressés.

Leur nourriture est déjà préparée, leur vaisselle jetable… Tout semble plus facile quand on peut se débarrasser des choses après les avoir utilisées. »

🌺 « C’est dommage, mais de nos jours, les gens ont peur. Ils n’ont plus envie de prendre cette responsabilité-là. Crois-moi, casser, c’est facile, mais préserver, protéger cela demande de l’attention, du temps… »