dimanche 15 mars 2026

💙💙💙💙


 



Lima – les années 60 – Un enfant, Daniel, attend le bus, assis sur le banc. Sagement, tranquillement. Mais….

Il attend toute la journée. Il ne va plus à l’école, il attend seulement que le temps s’écoule…

C’est la même personne, 40 ans, plus tard, qui attend de la même façon.

📌Que s’est-il passé durant l’enfance de cet adulte, pour qu’il se sente aussi mal ? Même envers son compagnon, Lucas, pourtant rempli d’amour et de sollicitude, cela ne fonctionne plus. Daniel est allé au bout de l’enfouissement de son secret honteux, il va falloir parler, comprendre et peut-être guérir…

La parole est-elle possible quand on s’est tu si longtemps ?

📌 Ce que je voudrais restituer dans cette chronique est le ressenti de la lecture et du graphisme. C’est d’abord une impression qui s’amplifie au fil des pages : celle de la solitude, du mal-être, du poids de la honte tellement lourd, qu’il est impossible de l’évoquer. Et quand on referme la BD, cette impression demeure, avec une profonde empathie pour Daniel.

📌Comment l’auteur est-il parvenu à nous faire partager aussi bien la douleur de l’enfant ? Peut-être justement car l’adulte qui raconte, le fait avec ses souvenirs et ses yeux d’enfant. Comme si l’homme n’avait jamais pu vraiment grandir, prisonnier de son secret.

📌Ce n’est pas mon graphisme préféré. Pourtant, il accompagne parfaitement le scénario et le renforce.

D’abord dans les couleurs, très colorées dans les tons jaune, orange puis rouge sombre, voire violet « plombant » dans l’angoisse et le sentiment de Daniel de se débattre dans une toile d’araignée.

Puis, dans les expressions : des visages simplifiés, dans lesquels s’expriment complétement les émotions, les non-dits.

📌 Une émotion contenue qui en devient d’autant plus puissante et bouleversante. Une très belle découverte !

Merci aux éditions Sarbacane

 

Extraits

📌 « Je porte des cicatrices, pas la honte »

Jalal Ad-Din Muhammad Rumi – poète persan – 1207 – 1273

 

📌 « Ce secret a englouti ma vie. Je serais mort si quelqu’un avait appris ce qui se passait. Je me sentais coupable. Je me disais : « c’est moi qui l’ai cherché. »

 

📌 « Cette mer qui avait été le témoin de toutes mes émotions.

Les vagues étaient toujours les mêmes, tumultueuses.

Étrangement, j’avais l’impression que leur fureur s’était adoucie.

Comme une promesse de résurrection. »


mercredi 11 mars 2026

💙💙💙💙


 

Une partition sonore et visuelle à plusieurs narrateurs.

- Tout d’abord, celle du vent, qui souffle et mugit, en vers libres. Le vent des iles Féroé comme celui des sentiments et des souffrances.

- Puis celle de Jonas, un père éperdu d’amour devant son bébé handicapé. « Anna, ce nouveau-né étrangement calme. »

Protéger, l’entourer d’affection et de tendresse dès que cela est possible.

Créer une bulle d’amour autour d’elle, lui tout seul, sans sa femme Olga… « Comment avait-il fait pour ne pas s’en rendre compte plus tôt ? Pour ne faire le lien, si évident, si clair tout à coup, entre les dérives d’Olga et la souffrance de sa petite ? »

- Puis la voix d’Olga, qui dès sa grossesse, sent confusément que son bébé n’est pas bien, ne poursuit pas naturellement sa croissance. Elle en connaît la raison…

- Et puis, la voix du village de Gjogv ( à prononcer « Djèkv), et celle de « l’Étranger », le touriste qui aime profondément cette région à tel point qu’il la ressent dans tout son être. « Le Français, l’Etranger, pour eux, c’est du pareil au même. Je reste l’intrus, le temporaire. Ce lieu ne m’appartient pas et pourtant il est à moi, plus qu’à eux car je l’ai choisi. »

- Puis les objets, comme ce bonnet de laine tricoté pour la petite fille handicapée, par sa tante Elin tellement heureuse d’avoir une petite nièce, elle qui n’a jamais porté d’enfant, « mais elle était mère, peut-être plus que d’autres. »

Ce bonnet porté par la petite, caressé par sa tante et son père, est infiniment émouvant, chargé de sens pour nous aussi, lecteurs. Combien d’objets autour de nous, parlent d’amour ou de bonheurs ? Quelquefois, encore plus que des photos…

Une partition poétique, emportée par le vent des iles Féroé, tendre et dramatique.

📘Portée par l’écriture douce et particulièrement juste, c’est un beau roman sur les addictions, le sentiment de culpabilité, mais surtout sur l’amour paternel, la tristesse du deuil.

📘 J’ai retrouvé dans ce premier roman ( bravo pour ce coup de maître) des accents de Bérénice Pichat dans « La petite bonne ».

L’écriture est douce, mais que la situation est dure et bouleversante !

Un roman intemporel …

 

Extraits

📘 « Le Français, l’Etranger, pour eux, c’est du pareil au même. Je reste l’intrus, le temporaire. Ce lieu ne m’appartient pas et pourtant il est à moi, plus qu’à eux car je l’ai choisi. »

📘  Le bonnet

« Elin passa plusieurs fois sa main sur moi, sur Anna, ce nouveau-né étrangement calme. »

📘 Jonas

« Comment avait-il fait pour ne pas s’en rendre compte plus tôt ? Pour ne faire le lien, si évident, si clair tout à coup, entre les dérives d’Olga et la souffrance de sa petite ? »

📘 « Il savait, mais il ne voulait pas voir. Au moment de leur mariage, il s’était rêvé grand, vainqueur et apaisant. Il avait échoué, terrassé par les vents intérieurs, indomptables de sa jeune épouse. »

📘 « 22 mars 1953. Il n’ouvrirait plus les yeux. Ce monde sans Anna, il ne voulait plus le voir. Il y resterait aveugle en attendant de la rejoindre, le lendemain. »

📘 « Anna et Olga : même corps, même souffrance, même destin. Et de l’amour malgré tout. »

📘 « Il ne chercha plus ni salut ni pardon, et traversa les décennies en portant en lui, discret, de manière étonnamment apaisée, ce double deuil d’amour et de rancœur. »

 

 

dimanche 8 mars 2026

💙💙💙


 

La grand-mère de la narratrice est décédée. Astrid et son père partent alors à Fribourg, dans son logement, faire le tri dans ses objets personnels.

Cela sera l’occasion de resserrer les liens avec son père, de comprendre aussi qui était sa grand-mère. Gisela était une juive allemande et tout un pan de son passé est méconnu par Astrid Goldsmith.

 

📌Cette BD est une illustration parfaite des évènements consécutifs à un décès.

- Les questions posées en retrouvant les vieilles photos.  Gisela a laissé une image dans la tête des survivants, et là, sur le papier figé des photos, ils retrouvent une autre femme. Qui était-elle en réalité ? « Elle jouait au palet sur le pont, bavardait avec des inconnus, posait bras dessus bras dessous avec des jeunes hommes. Mais surtout, qui était-elle ? »

- Les souvenirs que rapportent les objets. Ceux qu’on a oubliés, qui représentent l’enfance comme celui de monsieur Crapaud, la peluche d’Astrid :« Malgré mes meilleures intentions, j’étais redevenue ma pire incarnation adolescente. Éloignée de ma forteresse de solitude et jetée dans le grand bouillon des rancœurs familiales, il ne m’avait fallu que quelques jours pour révéler combien mon vernis d’adulte était fin.

Un crapaud avait suffi à me bouleverser. »

- Les disputes, les mesquineries, l’âpreté de certains proches lors du partage. La désillusion et la tristesse.

 

📌J’ai trouvé intéressant de s’attacher à la mémoire des objets. Comment ils font remonter les souvenirs, les sentiments, quelquefois les plus exacerbés ou les plus enfouis, comme Astrid avec sa peluche, Monsieur Crapaud.

Faire le tri dans les objets mais aussi le tri dans son cœur. Restituer la réalité et comprendre les proches disparus.

📌 Hélas, le propos se dilue dans la longueur et le nombre de personnages…

Plus de concision, moins de figures auraient donné une infinie puissance au sujet… C’est bien dommage !

 

Extraits

 

📌 « Elle jouait au palet sur le pont, bavardait avec des inconnus, posait bras dessus bras dessous avec des jeunes hommes. Mais surtout, qui était-elle ? »

📌 « Malgré mes meilleures intentions, j’étais redevenue ma pire incarnation adolescente. Éloignée de ma forteresse de solitude et jetée dans le grand bouillon des rancœurs familiales, il ne m’avait fallu que quelques jours pour révéler combien mon vernis d’adulte était fin.

Un crapaud avait suffi à me bouleverser. »