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Quel œil acéré et lucide
que celui de Delphine de Vigan sur les questions de société ! C’est d’autant
plus passionnant quand cela rejoint des questions existentielles. Est-ce qu’on
existe vraiment si les seules empreintes qu’on laisse sont virtuelles ?
🐾Une sacrée question et une
drôle d’histoire qui tombe brutalement sur les épaules de Thomas…
Un homme accro à son
téléphone, à qui une jeune femme inconnue, par un mouvement de passe-passe au
restaurant, confie son propre téléphone.
« Pourquoi une
jeune femme inconnue lui confie-t-elle un objet qui contient une grande partie
de sa vie ? Quelle détresse, quel dessein secret, quelle énigmatique
intention se cache derrière l’absurdité du geste ? »
Il comprend qu’elle ne
veut pas récupérer son téléphone. Elle lui laisse en toute confiance avec le
mot de passe, comme elle lui laisse son passé, sa personnalité, et même sa vie.
Se décharger de ce que l’on est sur quelqu’un d’autre. Lâcher prise et
souffler.
🐾 De façon de plus en plus
addictive, Thomas explore le téléphone de Romane. Il y trouve une résonance à
sa propre vie, à ses réflexions, comprend les doutes et les angoisses de la
jeune femme.
Romane, de plus en plus
mal dans sa peau, décalée par rapport aux autres, y compris avec ses amis.
« J’ai le
sentiment de dériver loin de tout, loin de la surface où s’agitent mes amis,
loin de leurs gestes vains et de leur voix qui se perd. (…)
Je regarde les autres
s’éloigner, je distingue leurs rires et leurs éclats de voix, certains
m’appellent, inquiets de me voir rétrécir, je me contente d’un signe de main
pour les rassurer.
Un courant puissant
m’entraîne vers le large, je n’ai plus la force d’aller contre. Je le laisse
faire. »
🐾 Le temps qui passe et ce
qui va rester de soi, ensuite…
Mais reste-t-il quelque
chose quand tout est virtuel et numérique ?
« Dans trente ans,
que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos
révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ?
Que restera-t-il de
nous ? »
🐾 Les notes de Romane sont
bouleversantes car chargées d’angoisse et de sens. Des questions que chacun, à
un moment de sa vie, se pose.
Les doutes de Romane sont
les nôtres, et c’est aussi pour cela que ce roman intimiste devient universel.
Une vraie réussite et un coup de cœur !
Extraits
🐾 « Oui, il dort à
côté de son téléphone, pour ne pas dire avec, et ce, depuis pas mal
d’années. »
🐾 « Cet objet de
sept centimètres sur 15, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une
vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. »
🐾 « Oui, il éprouve
un vrai plaisir, avide, transgressif, à entrer dans la vie de quelqu’un. »
🐾 « Pourquoi une
jeune femme inconnue lui confie-t-elle un objet qui contien t une grande partie
de sa vie ? Quelle détresse, quel dessein secret, quelle énigmatique
intention se cache derrière l’absurdité du geste ? »
🐾« Explorer le
téléphone de Romane Monnier est une activité régulière, pratiquée en intérieur,
dont il ne se vante pas. Une activité qui provoque en lui de sinueuses résonances et de mystérieux échos. »
🐾« Et puis le
téléphone de Romane Monnier l’emmène ailleurs, vers d’autres souvenirs. Il a
parfois l’impression de visiter les pièces fermées de sa propre mémoire. »
🐾 « Il raconte le
pouvoir que le téléphone exerce sur lui, ce sentiment permanent d’osciller
entre le plus futile et quelque chose de plus grave, quelque chose dont il
devine la présence, dissimulée ou plutôt engloutie, dans un océan de traces et
de données. »
🐾 La notion du temps qui
passe
« Il n’avait pas
compris qu’il était si jeune. Il n’avait pas compris que cela ne durerait pas.
Ce n’était pourtant pas faute d’avoir été prévenu – qu’elle est mignonne, profitez-en,
cela passe vite – un refrain tant entendu qu’il ne l’écoutait plus. »
🐾 « Et puis, elle a
commencé à dormir ailleurs, une nuit sur deux, et à passer en coup de vent.
Et puis, elle est
partie.
En un rien de
temps. »
🐾 « Il était cet
enfant qui avait vu sa mère perdre ses forces, ses cheveux, sa joie. Qui avait
vu sa mère mourir.
Il était cet enfant qui
avait vécu seul avec un père enfermé dans sa douleur.
Il était ce jeune homme
hanté par la peur que son père meure et qui avait fini par découvrir son corps
sans vie. »
🐾 Son métier
d’imprimeur
« Il est celui qui
donne corps et matière aux PDF et qui transforme le virtuel en objet. »
🐾 Les moments avec Léo
« Chaque fois
qu’il la voit, qu’il passe du temps avec elle, chaque fois qu’i referme la
porte derrière elle, il est ému. Il ignore comment cela a été possible, comment
elle est devenue cette jeune femme intarissable et drôle, dont il admire la
sensibilité, la fantaisie, la gentillesse, la détermination, la
générosité. »
🐾 De Romane à sa
meilleure amie, Chloé
« Je ne sais pas
pourquoi, mais je me sens tout le temps de l’autre côté. De la table, de la
vitre, de la route… de la vie. Je crois que c’et moi, que ça vient de moi. A
contretemps. Tu vois, comme si je n’émettais pas sur la même fréquence que tout
le monde. »
Dans les notes de
Romane – après son RV chez la psy
🐾 12 septembre 2024
« Puisque je
parlais encore, la psychologue m’a conseillé d’écrire. De remplir les blancs.
« Peut-être avez-vous besoin que vos émotions laissent une trace, une
empreinte visible », m’a-t-elle suggéré, et j’ai senti physiquement
qu’elle avait mis dans le mille. »
🐾 10 octobre
« Dans trente ans,
que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos
révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ?
Que restera-t-il de
nous ? »
🐾 3 février 26
« J’aime cette
idée qu’il reste une trace de ce qui a eu lieu, qui n’est ni une
interprétation, ni un ressenti, mais une capture du réel, pour l’instant
incontestable. »
🐾 9 Février
« Nous somme
nostalgiques d’une vie qui n’a jamais été la nôtre ou si peu. La vie d’avant.
Avant la numérisation du monde. »
🐾 21 février
« J’ai le
sentiment de dériver loin de tout, loin de la surface où s’agitent mes amis,
loin de leurs gestes vains et de leur voix qui se perd. (…)
Je regarde les autres
s’éloigner, je distingue leurs rires et leurs éclats de voix, certains
m’appellent, inquiets de me voir rétrécir, je me contente d’un signe de main
pour les rassurer.
Un courant puissant
m’entraîne vers le large, je n’ai plus la force d’aller contre. Je le laisse
faire. »
🐾 25 février
« Nous devons nous
préparer à avancer dans le noir, sans repère et sans certitude. A vivre dans un
autre monde, un monde illisible dont nous n’aurons pas les clés. (…)
Nous ne saurons plus
détecter le mensonge, car il ne laissera plus de traces. »
🐾 6 mars
« Un jour, je
laisserai quelque part les empreintes que je ne peux me résoudre à effacer
moi-même, je les confierai au hasard, au vent, ou à la marée. Et je partirai
sans me retourner.
Pourquoi, pour qui,
est-ce si important de laisser une trace ? »