dimanche 29 mars 2026

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Une suite passionnante de 4 BD inspirée de « La ferme des animaux » de Georges Orwell de 1945.

Une analyse juste et fine des mécanismes de la dictature, et de l’organisation de la résistance pacifique à cette dictature.

Chaque personnage, un animal, est bien campé et particulièrement crédible.

🐱Le dictateur, c’est Silvio, le taureau, avec sa « femme », la vache, dont le seul souci est de jouir des avantages que procure le régime et de nourrir ses veaux. Cela ne l’empêche d’avoir une vision politique plutôt fine…

La cour et surtout, la force armée de Silvio (le taureau), c’est une meute de chiens. Serviles et obéissants.

C’est essentiellement les herbivores qui travaillent comme des esclaves pour Silvio et ses chiens. Exceptée, Miss Bengalore, appelée Miss B, une chatte avec des chatons. Dès les premières pages, on s’aperçoit qu’elle a un caractère bien trempé, et qu’elle ne supporte pas cette domination.

Un autre animal se distingue aussi, c’est César, le lapin de ses dames, malin, bienveillant mais surtout lucide. Bien plus que Miss B qui est idéaliste.

Il n’empêche, tous plient sous le joug des chiens, jusqu’à la rencontre avec le vieux rat voyageur, Azélar. Il démontre dans un spectacle, les bénéfices d’une révolution sans violence.

Azélar, c’est le Sage, le Stratège, la tête pensante…

Et Miss B, César, ce sont les grains de sable dans une mécanique dictatoriale parfaitement huilée.

Alors, bien sûr, cela va prendre du temps, de l’énergie, y compris celle du désespoir, des vies, mais ils vont y arriver.

🐱 Avec le talent des deux auteurs, les 4 tomes s’avalent d’une traite.

Les personnages sont tous attachants. Surtout, Miss B et César, bien sûr, mais même Silvio et les chiens.

Le graphisme est somptueux, précis, détaillé, varié et très addictif.

C’est passionnant, c’est beau et surtout on a envie de le relire ! De découvrir certains détails qu’on a ignorés lors d’une lecture trop rapide. Hâte de savoir ce qui arrivait.

J’ai lu les quatre volumes grâce à notre (chère) médiathèque, et je les relirai car ils feront l’objet de mon cadeau d’anniversaire…

Énorme coup de cœur !

 

Extraits

Tome 2 - Page 14 – Dialogue entre Miss B et Azelar

🐱 « _Silvio et ses chiens sont encore trop forts et vous trop faibles pour un tel combat… Il faut d’abord vous unir avant de penser à tout ça. Sans union, rien n’est possible …

_ Pour ça, ce que vous devez trouver, c’est un combat que vous pouvez gagner, et surtout, qu’eux PEUVENT ACCEPTER DE PERDRE. »

🐱 «  _ Mais c’est tout ce que veulent la milice et Silvio, c’est trouver une excuse pour nous traiter de criminels, de hors-la-loi et de s’en prendre encore plus à nous ! Mes amis… Ne leur donnons pas cette opportunité ! »

« le malheur des uns… fit le malheur des autres…Sans exception… »

Tome 3

🐱 « _ On est foutus ! C’était un piège ! Ils vont nous jeter des pierres !

_ Oui, c’était un piège… »

Et la bande de Miss B jette des marguerites.

🐱 « _ Ce n’était pas une ATTAQUE… C’était un MESSAGE. La preuve qu’ils peuvent nous tuer… Mais qu’ils ne le veulent pas… »

« La peur vient surtout du fait que l’on ignore ce qui va se passer…

Ce que l’on imagine est toujours pire que la réalité. Il suffit donc de savoir et de se préparer. Ceux qui seront passés par le donjon nous raconteront leur expérience."

🐱 "_ Amis chiens… Vous pourrez nous mordre, avoir nos carcasses…

Pas notre soumission…

_ Fini d’obéir !

_ On donne plus rien !

_ Fini les chantiers !

_ Adieu les champs !

_ Et même, on fera des câlins aux chiens ! »

Tome 4

🐱 Dialogue entre Miss B et César

« _ Mais les promesses qu’il leur a faites !...C’est… C’est absurde ! Pourquoi les animaux croiraient des bêtises pareilles ?

_Parce qu’elles donnent envie d’y croire….

_ Et pas notre liberté ? la justice ? l’égalité ? Leur dire que sans travail, nous mourrons tous de faim ou de froid ?

_ Désolé… j’ai arrêté de vous écouter à « Liberté »… Vous ne convaincrez personne en étant aussi rasoir… »

🐱 La vache de Silvio

« _ Mais pour l’instant, vous… Vous ne gagnerez pas ce vote. Mon Silvio est trop bon menteur et vos amis trop naïfs… »

🐱 La vache de Silvio

« Manger beaucoup ne suffit pas…                      

La véritable astuce, c’est de se déplacer le moins possible, pas de gestes inutiles ! Évitez au maximum de vous lever ou de bouger ! Jamais d’effort ! Et si votre mâle peut en faire à votre place, c’est toujours mieux !

 



samedi 28 mars 2026

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La guerre entre l’Iran et l’Irak dans les années 80. Un village frontière iranien, celui de Khorramchahr.

🌴Rassoul et sa femme Naval, viennent de perdre leur fils chéri Chahran dans les bombardements. Une partie de la famille de Naval est décimée.

Rassoul veut partir, mettre sa famille à l’abri et continuer de vivre. Elle veut rester, faire son deuil. Rester au village, c’est rester près de son fils, continuer de le chérir au-delà de la mort. Enceinte, elle se laisse entraîner…

Quelques années plus tard, Naval est à nouveau enceinte. Elle espère de toutes ses forces, donner naissance à un garçon, après les deux filles qu’ils ont déjà. Rassoul souhaite tellement un garçon...

Ce sera un garçon, Mahziar. Il en fallait un, à n’importe quel prix, pour satisfaire Rassoul et peut-être se consoler de la mort du premier.

Mais Naval n’arrive pas à s’y attacher, à s’en occuper et elle sombre…

Elle quitte sa famille.

Plusieurs années plus tard, Rassoul va tenter de la ramener, accompagné de Mahziar, auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Il a changé. Lui qui était un bel homme, plein d’assurance en la vie, est maintenant un homme diminué, qui ne vit que pour son fils Mahziar.

Mais Naval pourra-t-elle l’entendre ?

Tour à tour, ils racontent le passé et le présent. La violence de la guerre, la douleur et les espoirs, le fossé qui est devenu précipice entre les deux époux.

On comprend vite que Naval est morte en même temps que son fils.

Peut-être existe-t-il malgré tout un espoir, puisque dans ce village sinistré au milieu des marais, occupé seulement par des femmes et des palmiers morts, Naval a redonné vie à quelques pousses de palmier…

🌴 C’est un roman bouleversant et chargé de sens. D’autant plus puissant qu’il est porté par l’écriture sobre, précise, mais percutante de Nasim Marashi.

🌴 Le thème central est celui du deuil, le besoin vital de faire le deuil de ceux qu’on a aimés. Surtout quand il s’agit d’un enfant.

Naval est vivante à l’extérieur, mais desséchée et morte à l’intérieur, comme les palmiers décapités dont elle s’occupe. Rassoul, lui, s’est aperçu qu’il ne peut plus vivre sans sa femme. Ce désespoir le rapproche d’elle.

🌴 Un grand roman dont on ressort chamboulé par une histoire intemporelle où les personnages lointains deviennent soudain infiniment proches de nous.

Un livre à découvrir !

🌴 Je laisse la parole à l’autrice : « Le but de la littérature est de rapprocher les êtres humains les uns des autres : que quelqu’un puisse lire dans un autre pays ce que j’ai écrit et se sentir à cette occasion très proche de moi ».

Superbe traduction de Julie Duvigneau

Merci aux éditions Zulma

 

Extraits :

🌴 « Naval n’arrivait pas à dormir, les nombreuses nuits où elle n’arrivait pas à dormir, ce n’étaient pas des moutons qu’elle comptait pour dormir, c’étaient les hommes morts de Khorramchahr. »

🌴 « Ici, on est tous pareils : les bufflonnes, les femmes, les palmiers. Tous stériles, seuls, sans descendance. On ne durera que quelques jours. Il ne restera rien de nous après notre mort. Mais maintenant, on dirait que les palmiers vont enfanter, par la grâce de Dieu. »

🌴 « Elle n’avait pas compris comment Rassoul était revenu à la vie si facilement, comment il continuait à avancer et à s’éloigner d’elle. Sa vie à elle s’était scindée en deux, les journées dans le présent et les nuits dans le Khorramchahr d’avant la guerre, en rêve. Le jour ne faisait plus partie de la vie de Naval. »

🌴 « Les grains de poussière se posaient sur le sol et la palmeraie se découvrait peu à peu devant eux. Les dattiers étaient là. Calcinés et sans tête, comme des cadavres debout, sur lesquels, de loin en loin, étaient encore accrochées quelques palmes desséchées. »

🌴 « Après le départ de Rassoul pour le Koweït, la maison de Naval devint, comme la ville, vide d’hommes. »

🌴 « C’était l’odeur de Khorramchahr. L’odeur de cette journée où il fait si chaud, où avec les voisins, ils s’étaient entassés à sept dans la voiture de Rassoul pour quitter Khorramchahr sans Chahran. »

🌴 « Quand j’ai ramené ta femme de Khorramchahr, elle s’est assise au pied des palmiers. Dès le début. Elle a dit : « Je suis leur mère. Je suis la mère de tout ce qui est mort pendant la guerre. Elle n’a pas arrêté de les caresser. De les arroser. »

🌴 « Nous, nous sommes maudites. Il y a certaines choses qu’on ne doit pas voir. Une femme ne doit pas voir ses enfants morts, sa maison effondrée, sa terre fendue en deux. Si elle voit ça, elle ne doit pas rester. Elle doit mourir. La vie ne devrait pas laisser les enfants s’en aller et les mères rester. »

🌴 « Elle avait la tranquillité terrifiante des morts. Comme si elle s’était desséchée et qu’elle allait subitement tomber en poussière. »

🌴 « Ce n’était pas notre destin d’avoir un autre garçon, Rassoul. Il n’y avait que le premier, que nous avons perdu. Dieu n’a pas voulu que celui-ci soit notre fils. »

🌴 « Sa maison était toujours à Khorramchahr. C’est là-bas qu’elle s’apaiserait. Près de la tombe de son enfant. »

🌴 « Le but de la littérature est de rapprocher les êtres humains les uns des autres : que quelqu’un puisse lire dans un autre pays ce que j’ai écrit et se sentir à cette occasion très proche de moi ».

Nasim Marashi


mercredi 25 mars 2026

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Waouh ! Un scénario et un graphisme tellement bien maîtrisés que je l'avoue, c’est à Karl, que je me suis le plus attachée !!!

Alors bien sûr, c’est un conte dystopique, mais que les sujets de réflexion sont bien posés !

📌L’histoire

Charles Brooks meurt dans un accident de voiture, conduite par Karl, l’androïde à son service. Pour éviter une biche, qui l’a « ébloui par sa beauté », il a foncé dans l’arbre.

Sa fille, Magda, dont les relations sont distendues avec son père depuis 10 ans, hérite de sa maison, des souvenirs et … d’un robot bleu. C’est Karl.

La situation se complique quand la société de son père envisage de poursuivre en justice, la société qui a crée le robot… Est-ce un dysfonctionnement technique qui a causé l’accident, ou est-ce Karl lui-même ?

Mais Karl n’est qu’un robot !

Vraiment ?

S’il est ébloui par la beauté de la biche, cela suggère qu’il est sensible à l’émotion, qu’il a réagi à cette émotion… qu’il est capable de sentiments…

« _ Bien, dites-moi Karl, à quoi avez-vous pensé en voyant cette biche ?

_ J’ai été ébloui.

_ Ébloui ? Par quoi, un éclat de lumière ?

_ Non, ébloui par sa beauté. 

_ Par sa beauté ? Voilà qui est surprenant. Pour apprécier la beauté d’une chose, il faut qu’elle provoque en soi, une émotion… »

📌 Une réflexion philosophique passionnante sur la conscience, sur le libre arbitre. Cyril Bonin ne donne pas de réponses, il suggère, il questionne.

La relation qui s’instaure entre Karl et Magda est traitée avec justesse et douceur. L’auteur la rend parfaitement crédible et émouvante.

📌 Un récit porté par un graphisme doux et enveloppant, aux tons pastel. J’ai adoré les planches de Karl dans la forêt, la découverte des papillons et son émerveillement

📌 C’est beau, c’est chargé de sens. Et je me sens comme Karl devant le papillon sur son doigt…

A découvrir et à savourer !

Merci aux éditions Sarbacane et à Cyril Bonin ! 

 

Extraits

📌 Interrogatoire de Karl

« _ Bien, dites-moi Karl, à quoi avez-vous pensé en voyant cette biche ?

_ J’ai été ébloui.

_ Ébloui ? Par quoi, un éclat de lumière ?

_ Non, ébloui par sa beauté. 

_ Par sa beauté ? Voilà qui est surprenant. Pour apprécier la beauté d’une chose, il faut qu’elle provoque en soi, une émotion… »

📌 Magda à Karl

« C’était mon livre préféré lorsque j’étais petite. Il existe un film dans lequel c’est une fée qui donne vie à la marionnette, mais dans le roman, la bûche de bois qui va servir à créer Pinocchio semble vivante dès le départ. Le texte commence d’ailleurs par : « il était une fois un morceau de bois ». Cette histoire me fascinait. »

📌 « Écoutez, il n’y a que deux options possibles. Soit Karl a une conscience et un libre arbitre, et dans ce cas, il est responsable de la mort de père et sa place est derrière les barreaux. Soit, il n’est qu’une machine qui a agi de manière logique, et dans ce cas, il n’a rien à faire en prison. »