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Non mais, quelle plume !!! 😯
✏ Elle est à la fois dure, car très précise, mais aussi poétique et souvent drôle. Même si on rit jaune : « Quand les balles se mettent à parler, on ne leur coupe pas la parole en fuyant au hasard. »
On le connait pour ses critiques et ses poèmes, et dans ce beau roman, la fluidité du style embarque et séduit le lecteur.
Dans un interview, il indique : « Plus le texte décrit une situation dure, plus il faut l’accompagner avec des gammes de couleur. »
✏ Jonas Dorléon est haïtien. Il décide de fuir son pays après une x-ième attaque des gangs dans son quartier de Port-au-Prince et raconte. Un périple que connaissent beaucoup de migrants haïtiens : la République Dominicaine, le Brésil, le Honduras, le Mexique, les USA puis le Canada.
La faim, la soif, la terrible la jungle du Darien, la mort. Mais aussi les absurdités de l’administration, sa toute-puissance et en même temps son anonymat.
✏ Encore plus que la densité du récit, que la douleur de la migration, l’auteur pose plusieurs questions :
- Peut-on fuir et rester fidèle à ses convictions, à sa personnalité ?
Peut-on conserver son intégrité d’homme quand il faut subir les humiliations, accumuler les mensonges ?
Il le raconte dès le début du récit avec l’arrêt du car, par un gang. Auront la vie sauve ceux qui feront rire le chef de gang…
Quelle personne devient-on après un tel périple ? Suis-je resté moi ou suis-je devenu un autre, transformé par les compromissions, les souffrances et les amis qui sont restés sur la route ?
- Un autre thème particulièrement émouvant est celui de l’angoisse de la trace qu’on laisse… Ou pas. Quand on risque d’être fauché par la mort, là où personne ne le saura. Devenir inexistant…
« Ce qu’il mettait en mots, ce n’était pas la peur de mourir – on l’avait déjà tous apprivoisée – c’était une peur plus radicale encore : celle de disparaître sans trace, de s’éteindre sans témoin, d’être rayé du monde sans même laisser une rature. »
✏ C’est tellement bien raconté avec force et sensibilité que j’ai cru qu’il s’agissait d’un récit autobiographique. Mais non, Thélyson Orélien a repris les récits de ses compatriotes qui ont vécu ce parcours douloureux.
Lui, a émigré au Canada en rejoignant sa famille après le séisme de 2010.
✏ Une vraie claque et un premier roman bluffant. Je comprends qu’il fasse partie des « Goncourable » et je lui souhaite une belle et longue vie.
Extraits
✏ « Quand les balles se mettent à parler, on ne leur coupe pas la parole en fuyant au hasard. »
✏ « _Frère, as-tu la croix de Jésus dans ton cœur ?
J’ai dit oui, parce qu’en Haïti, il faut toujours dire oui à Jésus, même si tu ne crois qu’à la loterie. »
✏ Page 34
« Un migrant qui passe une frontière, c’est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde. »
✏ Page 115
« Ce qu’il mettait en mots, ce n’était pas la peur de mourir – on l’avait déjà tous apprivoisée – c’était une peur plus radicale encore : celle de disparaître sans trace, de s’éteindre sans témoin, d’être rayé du monde sans même laisser une rature. »
✏ Page 125
« Pas le courage qui fait des discours. Le courage qui marche, qui ne promet rien. Le courage qui dit simplement : « encore une pas »



