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Il est des livres qu’il est difficile de chroniquer tellement ils sont riches et denses. « Le diable rit avec nous » en fait partie.
Passionnant, exigeant, il interroge sur les zones d’ombres de l’homme, et troubles de l’histoire.
Malaise persistant tout au long de la lecture car le roman nous interpelle et bouscule nos certitudes.
📓Le narrateur est journaliste. Lors d’entretiens réguliers, il interroge et cherche à comprendre le parcours et la personnalité de Charles Morin. C’est un vieil homme maintenant, qui, dans sa jeunesse, s’est enrôlé volontairement dans la Waffen-SS, puis dans la Légion étrangère, quand il a été condamné à mort par contumace à la Libération. Protégé par la légion.
Un homme ordinaire, peu politisé : « J’observais et ça m’amusait. Les communistes nous faisaient peur. Derrière eux, il y avait l’URSS de Staline, la pire des abominations. »
Charles Morin raconte. Il explique calmement son cheminement. Pas de questions, encore moins de repentir. Un soldat droit dans ses bottes qui a obéi aux ordres.
Son objectif justifie tous les actes : lutter de toutes des ses forces contre le communisme avec les Allemands, face à une France qu’il estimait faible et lâche.
« La traîtrise n’est supportable qu’avec de bonnes et grandes raisons, même si on se les invente pour l’occasion. Pourfendre le communisme pour faire naître une Europe nouvelle en est une. »
📓 Ses mots résonnent douloureusement chez le journaliste dont le grand-père adoré, Émile, dirigeait une unité de la Légion Étrangère au Vietnam. Lui-même y a vécu enfant. Et il sait maintenant que Charles Morin a servi sous les ordres de son grand-père.
Quels liens entre les deux hommes ?
Émile, patriote, soucieux de ses soldats et Charles Morin, qui paraît possédé par le diable… Un diable serein et tranquille, assuré dans ses convictions.
📓Un roman chargé de sens, qui questionne :
- C’est d’abord une mise en garde contre les dérives des politiques populistes, de leur justification des exclusions, des prises de territoire et des moyens mis en place. Comme le diable, il s’agit d’assumer sereinement et logiquement l’inacceptable.
- C’est une réflexion sur le pouvoir en général. Les petits arrangements entre amis qui permettent d’occulter la vérité. Comme cette volonté politique d’opacifier les zones grises de l’occupation. L’exemple du film de « Le chagrin et la pitié » le film de Marcel Ophuls de 1969, en est un exemple flagrant.
- C’est aussi une réflexion passionnante sur l’Indochine, sur l’Algérie, sur les désirs d’indépendance de populations colonisées : « On ne vient jamais à bout d’un peuple qui désire son indépendance. »
- Les mécanismes de justification de la déshumanisation sont parfaitement bien analysés et provoquent le malaise et l’angoisse.
Comment peut-on justifier et banaliser le mal au nom d’une pseudo grande cause ? Même le temps écoulé ne lui fait pas prendre conscience, à priori, de la gravité de ses actes.
Le journaliste partage avec le lecteur, son malaise. En écoutant ainsi et attentivement Charles Morin, celui de se rendre complice du mal. Car le personnage de Charles Morin est simple, on dirait même à certains moments, attachant…
Car c’est bien l’interrogation essentielle de ce récit : rendre banal l’inhumain, le rendre acceptable avec des motifs assumés. La fin justifie les moyens. Point barre.
📓 Terriblement d’actualité en ce moment….
Les guerres, les récits des survivants de massacre, servent-ils à quelque chose ?
Ce livre interroge le plus profond de l’homme : ange ou démon.
En sachant que chacun possède des zones d’ombres et se donne souvent de bonnes raisons pour accomplir telle mission ou tel acte…
Énorme coup de cœur !
Un récit que je ne suis pas prête d’oublier, pas plus que son auteur !
Parution le 20 aout 2026.
Extraits :
📓 « Avant de la connaître, je me sentais bien dans mes idées, à l’aise dans mes certitudes. Je me suis retrouvée malgré moi contraint à la curiosité malsaine de quelque chose qui enlaidit le siècle : la fascination pour l’inhumain »
📓 « Charles Morin affirma que les idées qu’il avait servies survivraient aussi longtemps que les hommes seraient ensorcelés par le nazisme. Là-dessus, au moins, il ne s’était pas trompé.
Et j’ai écrit cette vie avec la brutalité qui va avec. »
📓 « On ne vient jamais à bout d’un peuple qui désire son indépendance. »
📓 « La faculté d’assimilation de la grande masse n’est que très restreinte, son entendement petit ; par contre, son manque de mémoire est grand. Donc, toute propagande doit se limiter à des points forts peu nombreux et les faire valoir à coups de formules stéréotypées aussi longtemps qu’il le faudra pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l’idée. »
Mein Kampf
📓 « Morin, le nationaliste extrême, paradoxal, qui a collaboré avec l’ennemi, celui qui avait tué son père ne 1918. »
📓 «_ Jusqu’où aller dans le pacte avec l’esprit du mal, cette signature engageant l’homme à jamais et détruisant ce vieux savant ?
_ Dans Faust, (…) le diable rit, les hommes se perdent. »
📓 « J’observais et ça m’amusait. Les communistes nous faisaient peur. Derrière eux, il y avait l’URSS de Staline, la pire des abominations. »
📓 « La traîtrise n’est supportable qu’avec de bonnes et grandes raisons, même si on se les invente pour l’occasion. Pourfendre le communisme pour faire naître une Europe nouvelle en est une. »













