vendredi 26 juin 2026

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Madrid 2111.

Bruna Husky est une « Rep », une techno-humaine, réplicante de calcul, conçue par l’Intelligence Artificielle. Elle raconte et se raconte.

Elle est chargée d’enquêter sur un attentat contre une grande entreprise. Pas n’importe laquelle, celle qui développe des techniques permettant aux plus riches d’aspirer à l’immortalité.

🕥Plus que l’enquête proprement dite, qui ne m’a pas complètement embarquée, c’est la situation de Bruna, ses interrogations philosophiques qui m’ont interpellée : 

- Qui est-elle vraiment ? A la fois humaine et machine avec une part d’humanité plus importante que la norme, avec les interrogations qui s’enchaînent.

Est-elle plus humaine ou plus machine ? Capable de sentiments d’attachements sincères ?

Ou est-elle simplement une « bizarrerie solitaire. (…) Je suis un triple monstre : parce que je suis une rep, parce que j’ai une mémoire trop humaine, parce que j’habite un corps d’emprunt. »

- Comment vivre quand on connaît au jour près, la date de sa mort, ou de son extinction : « Neuf ans, un mois et douze jours. » ?

Un compte à rebours lancinant…

🕥 Rentrer dans la tête d’un robot était une sacrée gageure, pourtant c’est parfaitement réussi et le lecteur comprend et partage les angoisses de Bruna.

🕥 J’ai apprécié également l’aspect de la science-fiction car elle est particulièrement plausible. Peut-être d’abord car elle est proche, 2111 ce n'est pas si loin, ensuite car elle contient bien des questions présentes à ce jour. A propos des pouvoirs en place, et des possibilités infinies de l’IA…

🕥 « Les animaux difficiles » constitue le dernier tome de la tétralogie consacrée à notre amie Bruna Husky. Je n’ai pas lu les tomes précédents, mais j’ai très envie de le faire car j’ai beaucoup aimé l’écriture de l’autrice – simple et concise - ainsi que l’univers dans lequel elle nous entraîne.

Une lecture intéressante et une autrice à découvrir plus amplement.

Merci aux éditions Métailié.

 

Extraits

🕥 « Neuf ans, un mois et douze jours.

Je m’appelle Bruna Husky et je suis techno-humaine. (…)

Je suis un clone humain, (…) fille d’une cuve. »

 

🕥 « Neuf ans, un mois et douze jours.

Je suis unique au monde. Une bizarrerie solitaire. (…) Je suis un triple monstre : parce que je suis une rep, parce que j’ai une mémoire trop humaine, parce que j’habite un corps d’emprunt. »

 

🕥 « Je suis une bizarrerie, une expérience. Un animal de laboratoire.

Un animal difficile. »

 

🕥 « Un esprit modifié par l’Intelligence Artificielle est-il biologique ou robotique ? »

 

🕥 « Jamais des clones n’auraient été fabriqués pour servir d’esclaves. Et moi, je n’existerais pas.

Tant de souffrances évitées. »

jeudi 25 juin 2026

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Vingt-cinq nouvelles rythmées par une belle écriture. Dépouillée,  sensible, percutante.  Portées par une traduction qui m’a paru au plus proche de la langue d’origine.

Une fresque sociale, parfaitement observée, riche et variée.

📒Certaines nouvelles sont ancrées dans la réalité, les pieds dans la glaise, d’autres sont fantastiques ou poétiques.

📒 Je pense à la nouvelle « Le poids des os » où le père de la narratrice était réputé pour connaître les destins, en évaluant le poids des os. Une fable qui interpelle…

📒 Il faut se laisser bercer par ces nouvelles. Qu’on peut picorer au gré de ses envies, au gré du temps disponible.

Je ne les ai pas toutes aimées, certaines sont carrément « perchées » ( comme on dit chez moi  😂) mais l’écriture est tellement poétique qu’on y prend quand même plaisir.... 

📒 « Elle a l’âge pour ça », est un texte fort sur la condition des femmes.

 Naïn est une jeune malaisienne, mariée à 13 ans par son père et exploitée par son mari, qui a mis enceinte sa sœur, handicapée mentale. Elle est accusée du meurtre du bébé de sa sœur. Elle a l’âge pour se faire violer, pour être la servante de sa famille puis de sa sœur, celle qu’on sacrifie.

« J’étais une prise de choix, une vierge de 13 ans rompue aux tâches ménagères. »

📒 Sous couvert d’histoires qui paraissent banales ou surprenantes, l’autrice nous emmène dans le non-dit, dans l’amour et souvent l’humour. « Riz frit », en est un parfait exemple. Kuizi est le robot cuisinier, acheté par un mari, et qui doit lui concocter le riz idéal...

La recette que lui préparait sa femme décédée....

📒 J’ai beaucoup aimé la vision lucide, quelquefois désabusée de l’autrice, sur la vie qui l’entoure.  Un ensemble de nouvelles très originales dans le fond et la forme et… surtout déroutantes. Leur concision renforce la puissance du message.

Un véritable voyage au pays d’ailleurs.

 

 Extraits

📒 « Tout ce dont les hommes avaient besoin, c’était d’un peu d’argent et de l’obéissance des femmes. »

Elle a l’âge pour ça

📒 « J’étais une prise de choix, une vierge de 13 ans rompue aux tâches ménagères. »

Elle a l’âge pour ça

📒  « C’était une simple question de qui était le plus couillu, qui avait les relations les plus influentes, les os les plus lourds. Au sommet de la hiérarchie, les os étaient lestés d’argent et de poids politique jusqu’à peser plus lourd que la loi. »

Le poids des os

mardi 23 juin 2026

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 Il est des livres qu’il est difficile de chroniquer tellement ils sont riches et denses. « Le diable rit avec nous » en fait partie.

Passionnant, exigeant, il interroge sur les zones d’ombres de l’homme, et troubles de l’histoire.

Malaise persistant tout au long de la lecture car le roman nous interpelle et bouscule nos certitudes.

📓Le narrateur est journaliste. Lors d’entretiens réguliers, il interroge et cherche à comprendre le parcours et la personnalité de Charles Morin. C’est un vieil homme maintenant, qui, dans sa jeunesse, s’est enrôlé volontairement dans la Waffen-SS, puis dans la Légion étrangère, quand il a été condamné à mort par contumace à la Libération. Protégé par la légion.

Un homme ordinaire, peu politisé : « J’observais et ça m’amusait. Les communistes nous faisaient peur. Derrière eux, il y avait l’URSS de Staline, la pire des abominations. »

Charles Morin raconte. Il explique calmement son cheminement. Pas de questions, encore moins de repentir. Un soldat droit dans ses bottes qui a obéi aux ordres.

Son objectif justifie tous les actes :  lutter de toutes des ses forces contre le communisme avec les Allemands, face à une France qu’il estimait faible et lâche.

« La traîtrise n’est supportable qu’avec de bonnes et grandes raisons, même si on se les invente pour l’occasion. Pourfendre le communisme pour faire naître une Europe nouvelle en est une. »

📓 Ses mots résonnent douloureusement chez le journaliste dont le grand-père adoré, Émile, dirigeait une unité de la Légion Étrangère au Vietnam. Lui-même y a vécu enfant. Et il sait maintenant que Charles Morin a servi sous les ordres de son grand-père.

Quels liens entre les deux hommes ?

Émile, patriote, soucieux de ses soldats et Charles Morin, qui paraît possédé par le diable… Un diable serein et tranquille, assuré dans ses convictions.

📓Un roman chargé de sens, qui questionne : 

- C’est d’abord une mise en garde contre les dérives des politiques populistes, de leur justification des exclusions, des prises de territoire et des moyens mis en place. Comme le diable, il s’agit d’assumer sereinement et logiquement l’inacceptable.

C’est une réflexion sur le pouvoir en général. Les petits arrangements entre amis qui permettent d’occulter la vérité. Comme cette volonté politique d’opacifier les zones grises de l’occupation. L’exemple du film de « Le chagrin et la pitié » le film de Marcel Ophuls de 1969, en est un exemple flagrant.

- C’est aussi une réflexion passionnante sur l’Indochine, sur l’Algérie, sur les désirs d’indépendance de populations colonisées : « On ne vient jamais à bout d’un peuple qui désire son indépendance. »

- Les mécanismes de justification de la déshumanisation sont parfaitement bien analysés et provoquent le malaise et l’angoisse.

Comment peut-on justifier et banaliser le mal au nom d’une pseudo grande cause ? Même le temps écoulé ne lui fait pas prendre conscience, à priori, de la gravité de ses actes.

Le journaliste partage avec le lecteur, son malaise. En écoutant ainsi et attentivement Charles Morin, celui de se rendre complice du mal. Car le personnage de Charles Morin est simple, on dirait même à certains moments, attachant…

Car c’est bien l’interrogation essentielle de ce récit : rendre banal l’inhumain, le rendre acceptable avec des motifs assumés. La fin justifie les moyens. Point barre.

📓 Terriblement d’actualité en ce moment….

Les guerres, les récits des survivants de massacre, servent-ils à quelque chose ?

Ce livre interroge le plus profond de l’homme : ange ou démon.

En sachant que chacun possède des zones d’ombres et se donne souvent de bonnes raisons pour accomplir telle mission ou tel acte…

 

Énorme coup de cœur !

Un récit que je ne suis pas prête d’oublier, pas plus que son auteur ! 

Parution le 20 aout 2026. 

 

Extraits :

📓 « Avant de la connaître, je me sentais bien dans mes idées, à l’aise dans mes certitudes. Je me suis retrouvée malgré moi contraint à la curiosité malsaine de quelque chose qui enlaidit le siècle : la fascination pour l’inhumain »

📓 « Charles Morin affirma que les idées qu’il avait servies survivraient aussi longtemps que les hommes seraient ensorcelés par le nazisme. Là-dessus, au moins, il ne s’était pas trompé.

Et j’ai écrit cette vie avec la brutalité qui va avec. »

📓 « On ne vient jamais à bout d’un peuple qui désire son indépendance. »

📓 « La faculté d’assimilation de la grande masse n’est que très restreinte, son entendement petit ; par contre, son manque de mémoire est grand. Donc, toute propagande doit se limiter à des points forts peu nombreux et les faire valoir à coups de formules stéréotypées aussi longtemps qu’il le faudra pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l’idée. »

Mein Kampf

📓 « Morin, le nationaliste extrême, paradoxal, qui a collaboré avec l’ennemi, celui qui avait tué son père ne 1918. »

📓 «_  Jusqu’où aller dans le pacte avec l’esprit du mal, cette signature engageant l’homme à jamais et détruisant ce vieux savant ?

_ Dans Faust, (…) le diable rit, les hommes se perdent. »

📓 « J’observais et ça m’amusait. Les communistes nous faisaient peur. Derrière eux, il y avait l’URSS de Staline, la pire des abominations. »

📓 « La traîtrise n’est supportable qu’avec de bonnes et grandes raisons, même si on se les invente pour l’occasion. Pourfendre le communisme pour faire naître une Europe nouvelle en est une. »

 

 

 

 

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Dès l'album en mains, couverture et titre m’ont complètement séduite. La lecture est-elle à l’unisson de ce coup de cœur immédiat ?

🌕Un démarrage bien classique, Othello et Ange sont deux enfants passionnés d’ornithologie. Oiseaux, nature, sourires et amitiés. Pour tomber immédiatement dans le drame. A la demande de sa mère, et ans en connaître la nature, Othello verse une poudre mortelle dans le verre de son père.

Quand le père décède, sa mère part en prison et Othello dans un orphelinat…

Nous allons donc suivre Othello qui grandit, questionne pour comprendre la cause de l’assassinat de son père. Comprendre ses parents et ce qu’il leur est arrivé. Pour obtenir des réponses à ses questions, il va devoir passer de la terre à la lune.

🌕 La science-fiction apporte alors une autre dimension au récit. Le malaise est toujours latent, mais la poésie du dialogue et du dessin renforce la complexité, et en même temps, la douceur. Des personnages attachants dont j’ai très envie de connaître la suite dans le Tome 2.

🌕 C’est un album qui se lit lentement. Déjà pour bien comprendre la progression dramatique et ensuite pour savourer le graphisme. Lecteurs rapides (comme moi), il vous faudra maîtriser le rythme…

🌕 De magnifiques aquarelles qu’on ne se lasse pas de contempler. Un travail impressionnant de finesse et de précision. Très varié dans les couleurs et l’ajustement des cases.

Voir les belles pages 172 et 173, 226, parmi tant d’autres…

Poétique, travaillé et complexe, comme le récit.

Un vrai travail de création littéraire et graphique !


Extraits :

🌕 « Nous nous dévouons au bien-être commun de la lune !

Nous ferons notre possible pour ne pas reproduire les erreurs de la terre et apprendre d’elles ! »

🌕 « Je clignai des yeux. Il était de nouveau adulte et dormait en paix…

Et le ciel n’était rempli que d’étoiles. (…)

On pense qu’il y a environ dix mille ans, les autres géants ont quitté la lune et l’ont laissé là parce qu’il était coincé dans la montagne. »

Page 164

🌕 « Pour la première fois de ma vie, j’entendais de la musique. Et pour la première fois aussi, je voyais mes parents en paix. »

Superbe double page – 172 – 173

🌕 « Je suis venue clandestinement de la terre … J’y suis née… »

« Il y a deux cents ans, la terre n’était déjà plus qu’un calot de bitume…

Une ville sans fin qui ne pouvait croître qu’en direction du ciel. »

Superbe dessin page 226