samedi 16 mai 2026

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Dans la riche bibliographie de l’auteur, c’est un récit à part qu’il nous propose ici. Celui de son lien charnel et fusionnel avec La Havane, et la banlieue où il est né en 1955 : Mantilla

📘La ville est le personnage central de l’ouvrage, et il nous la raconte depuis son enfance jusqu’à maintenant. Il l’a fait pleurer et rire sous nos yeux, avec sa plume précise et lucide.

Une ville indispensable à sa vie, même s’il en reconnaît toutes les lacunes et son inéluctable dégradation. S’y ajoutent quelques photos de la Havane, ce qui renforce l’évocation de la Havane.

📘 Petit rappel historique avec le triomphe de la révolution cubaine au début de l’année 1959. Dans la décennie précédente, La Havane « ambitionnait de devenir le Monte-Carlo des Caraïbes. » Une ville déjà singulière où « Ernest Hemingway vivait et buvait des daïquiris géants sur le Floridita, que Nat King Cole chantait au Tropicana, que se pressaient Marlon Brando, Ava Gardner et Errol Flyn. »

📘 Un récit d’amour de l’auteur, où la ville fait partie de sa chair et son oxygène. Et en même temps, une immense déception à constater la dégringolade inéluctable de Cuba : « La Havane pleure. »

A rapprocher de l’actualité immédiate : « Cuba rétablit son réseau électrique après une panne massive. Des délestages se poursuivent en raison de la capacité limitée de production d’électricité. La situation provoque l’exaspération des habitants qui ont protesté en frappant sur des casseroles ou en incendiant des poubelles. »

Le Monde avec AFP

📘 En même temps qu’il raconte et se raconte, il insère des extraits de ses précédents ouvrages de fiction, qui illustrent le propos documentaire.

Ce n’est pas ce que j’ai préféré, car ceux-ci cassent l’évocation, surtout quand on connaît les romans.

📘Le témoignage précieux, documentaire et intime à la fois, d’un natif de Cuba. Une véritable découverte de la ville de l’intérieur, avec l’arrière-plan politico-social passionnant.

Merci aux éditions Métailié.

Extraits

📘 « Ce livre est un chant d’amour à la ville où je suis né et où je vis, écris et subis, l’endroit du monde auquel j’appartiens, comme une bénédiction ou une fatalité sans appel. »

 

📘 Le base-ball

« La passion, l’obsession, le délire de tellement de cubains. (…) Et j’ai acquis deux notions importantes : qu’on ne peut pas gagner un match de base-ball à soi tout seul et que le jeu est un défi qu’on relève pour gagner. Je crois que je suis, depuis, un être grégaire et que j’ai l’esprit de compétition. »

 

📘« le rêve qui m’a accompagné durant tant d’années (être un bon joueur de base-ball et est encore un signe indélébile d’appartenance cubaine et havanaise. »

 

📘 « J’ai dit dans d’autres textes qu’un romancier est un entrepôt d’histoires »

 

📘Les années 90 – La Havane dans les ténèbres

« Nous avons vécu des années dans une sorte de monde dystopique (…) car nous avons été sur le point de reproduire ce genre de scénario quand le gouvernement a envisagé d’activer « l’Option Zéro » ( zéro énergie, zéro nourriture) et d’obliger les gens à abandonner leurs maisons, à vider les villes, à commencer par La Havane, pour aller tous vivre dans des zones rurales planifiées, (…) dans une sorte de retour à une communauté primitive d’agriculteurs et cueilleurs… »

 

mercredi 13 mai 2026

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Merci Gilles, de nous avoir expliqué lors du Printemps du Livre de Montaigu, la genèse de cet album. Un feeling immédiat entre vous et Cécile Dupuis, sur la conception et l’illustration d’une histoire.

Résultat : une BD poétique et grave à l’image de vos deux univers.

🎵 L’histoire :

C’est Anton qui raconte. Il est en couple avec Hélène.

Elle, elle coche toutes les cases : violoncelliste talentueuse, attentive, aimante.

Anton est livreur : « C’est ça, ma vie. Je livre et je livre. Et quand c’est fini, je livre encore. Des colis de toutes tailles, de toutes formes. Des portes qui claquent, quelques mercis, pas beaucoup. Et je relivre. »

Il est dévoré par un sentiment d’imposture qui le rend taiseux, qui le mure dans le silence et l’éloigne d’Hélène. Un sentiment de n’être RIEN, alors qu’elle est tout, et qu’elle représente TOUT pour lui : « Elle était le bout de mon monde. »

🎵 Les phrases sont courtes, le vocabulaire précis et poétique. On ressent le manque d’Hélène, l’impossibilité de la rejoindre, son sentiment de nullité.  

« Personnellement, je ne suis pas très intéressant. A l’école… A la maison… Au conservatoire…

On m’a dit je ne ferais jamais rien de ma vie. (…) Alors, j’ai fini par le croire. »

C’est simple, comme tous les mots qui touchent le cœur.

🎵 Le graphisme est riche, infiniment varié dans ses couleurs et dans la liberté des cases. Les expressions des personnages sont bien travaillées et particulièrement évocatrices de l’errance d’Anton et de sa douleur.  

🎵 Une magnifique partition poétique et graphique à découvrir et surtout à relire.

 

Extraits :

🎵b« Elle était le bout de mon monde. »

🎵 « Personnellement, je ne suis pas très intéressant. A l’école… A la maison… Au conservatoire…

On m’a dit je ne ferais jamais rien de ma vie. (…) Alors, j’ai fini par le croire. »

🎵 « Je crois bien que j’ai commencé à m’éteindre tout doucement.

Ou le silence me dévorait.

C’était comme si, à force de livrer, il ne restait plus rien de moi. »

🎵 « J’étais devenu un étranger. Son étranger et mon étranger. »

🎵 « Hélène me disait qu’il fallait que je change de boulot, que j’étais en train de me noyer. (…)

Moi, j’avais juste envie de m’enfermer, de me cacher, de m’oublier.

En attendant d’être livré à quelqu’un qui saurait quoi faire de moi. »

🎵 « Je n’ai jamais vu une ville comme ça. Dans quel endroit, dans quel pays, suis-je donc tombé ? J’ai l’impression d’avoir atterri dans un conte pour enfants, une de ces histoires où il est impossible de sortir. »

 

 

 


mercredi 6 mai 2026

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Pascal Wagner-Egger explique et analyse parfaitement la théorie du complot appliquée sur différents sujets : les attentats du 11 septembre 2001, l’assassinat de JFK, la mort de Diana, le complot juif, le grand remplacement, le réchauffement climatique, les pandémies, ainsi que sur bien d’autres sujets.

C’est très pédagogique avec les points forts repris en encadré rose, les arguments détaillés en faveur ET en défaveur du complot, quelquefois les explications supplémentaires dans des cases grises.

C’est bien documenté, clair, et ma foi, plutôt érudit.

On se sent plus intelligent après les propos de Pascal Wagner-Egger. Un enseignant-chercheur en psychologie sociale et en statistique à l’Université de Fribourg.

Gilles Bellevaut illustre avec humour et justesse, les explications de son complice. C’est déjà lui qui illustrait « Méfiez-vous de votre cerveau » pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.

Je laisse la parole aux auteurs :

📌 A propos de l’assassinat de JFK : « les multiples enquêtes ont conclu que jack Ruby avait agi de manière impulsive et qu’aucun lien n’existait entre lui et une quelconque conspiration. »

Pour les plus jeunes d’entre nous, c’est lui qui assassina Lee Harvey Oswald, l’assassin de JFK.

📌 A propos du complot juif : « La communauté juive aurait inventé, ou exagèrerait, l’existence pour servir ses propres intérêts. »

📌 A propos des pandémies : « la recherche de boucs émissaires en cas d’épidémie ou de pandémie est loin d’être un phénomène inédit. (…) Déjà, lors des épidémies de peste ou de lèpre qui ont touché l’Europe au cours des siècles passés, les juifs étaient accusés d’empoisonner les puits. »

📌 A propos des vaccins : « Cette corrélation entre méfiance et complotisme s’explique de deux façons : d’une part, la mentalité complotiste conduit à percevoir des complots partout y compris dans l’industrie pharmaceutique, d’autre part, la méfiance envers les vaccins trouve dans le complotisme une voie pour rationaliser son refus de la vaccination. »

Un document passionnant et très accessible !

Merci aux éditions 41.