samedi 15 août 2026

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Une passionnante et addictive épopée !

On croit tout savoir sur Jeanne d’Arc, une figure pâlie et ressassée par l’histoire, sans plus beaucoup d’intérêt…

Lisez cet album et vous changerez d’avis, car l’approche choisie par les auteurs est passionnante : l’éclairage est porté non sur Jeanne, mais sur l’évêque Cauchon, le juge du procès de la Pucelle.

🔥Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la dimension est complexe et parfaitement rendue. La réalité historique est respectée, avec les conseils éclairés de David Glomot, agrégé et médiéviste.

Bien sûr, de nombreux détails demeurent inconnus, comme la relation entre Cauchon et Jeanne (a-t-il vraiment voulu la sauver du bûcher ?), comme leurs portraits.... Les auteurs ont alors laissé libre cours à leur imagination, mais pour l’essentiel, leur objectif est de servir la réalité historique.

Mention particulière pour Isembar à qui les auteurs ont prêté le regard du candide, peut-être le nôtre, particulièrement réussi.

🔥 En véritable stratège, l’évêque Cauchon a parfaitement saisi l’enjeu de la figure de Jeanne.  Il ne faut pas la tuer sans raison, car elle deviendra une martyre, et Charles VII, qu’elle a fait couronner, sera reconnu en tant que roi.

Il est essentiel que le procès en bonne et due forme, sans torture, avec la possibilité de répondre pour Jeanne, la reconnaisse hérétique : La « putain » hérétique, et le roi « bâtard ».

Malgré la forte pression anglaise, Cauchon gardera toujours cette ligne de conduite, même si l’attitude de Jeanne, va le questionner au plus profond de lui-même.

A noter, et c’est la réalité, l’absence totale de réaction de Charles VII à qui, désormais, Jeanne fait de l’ombre.

« Charles VII veut la lumière, elle lui fait de l’ombre.

Elle est devenue son problème. »

🔥 Car Jeanne n’est pas la simplette de Domrémy, comme on la présente souvent.  Non seulement, elle réfléchit et riposte, portée par sa foi, mais elle attaque également frontalement. « le Seigneur m’a choisie, et c’est la jalousie qui vous met dans cet état, Cauchon »

Cela ne l’empêche pas de douter…

🔥 C’est une analyse psychologique drôlement travaillée, parfaitement crédible. Deux figures complexes et attachantes (oui, oui, même l’évêque) que Xavier Dorison et Louis-David Delahaye nous restituent.

C’est aussi une mise en cause du clergé

« Il y a plus de sincérité dans les croyances de cette gamine que dans tous les sermons de ta glorieuse assemblée ! »

🔥 Mention spéciale pour le graphisme riche et varié de Joël Parnotte et Sophie Uliana.

Les dessins sont travaillés avec beaucoup de soin, qu’il s’agisse des personnages ou de leur environnement. Les couleurs sont diversifiées, froides, sombres et renforcent la puissance du récit.

Les gros plans, les expressions sont particulièrement réussies et je sais que désormais, pour moi, les traits de Jeanne et de Cauchon seront ceux-là.

💛 Énorme coup de cœur !

Une merveille de scénario et de graphisme !

 

Extraits :

🔥 « Tuez-la ! Et vous ferez d’elle une martyre ! »

🔥 « Mais si ces voix sont un mensonge ? Si elles n’ont jamais existé ?

Si un procès, juridiquement inattaquable prouve au peuple que cette putain en jouant les saintes et en invoquant le seigneur…

Alors, elle sera jugée hérétique.

Et à l’instant du verdict, la légitimité de Charles VII s’effondrera comme un château de cartes.

Il reviendra aux yeux de tous, ce qu’il a toujours été…

Un batard. »

🔥 Cauchon :

« Charles VII veut la lumière, elle lui fait de l’ombre.

Elle est devenue son problème. »

 « Chacun aurait cru que le froid et les privations la feraient plier.

Mais il n’en fut rien. Jamais elle ne cilla, jamais elle ne trébucha. »

🔥 Jeanne :

« le Seigneur m’a choisie, et c’est la jalousie qui vous met dans cet état, Cauchon »

« Il y a plus de sincérité dans les croyances de cette gamine que dans tous les sermons de ta glorieuse assemblée ! »

« les Anglais ont mis une fortune dans ce procès. Rien ne les empêchera de le mener à son terme. »

« _Jeanne, êtes-vous dans la grâce de Dieu ?

_ Si je n’y suis pas, qu’il m’y mette.

Si j’y suis, qu’il m’y garde. »

🔥 Isembar – les auteurs lui donnent le regard du candide, notre regard…

« Je crois qu’elle est sincère ou folle.

Mais ni l’un ni l’autre ne justifie de l’envoyer au bûcher. Il n’y a point de malice chez elle. »



mardi 11 août 2026

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J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, mais ensuite l’intrigue et les personnages m’ont scotchée.

Une adaptation du roman d’Olivier Truc, « Le dernier lapon : La police des rennes ».

📌 Direction La Laponie et le peuple Sami.

Si comme moi, vous découvrez cette population, direction Wikipédia :

« Les Sami sont le dernier peuple autochtone d'Europe. Ils vivent en Laponie, une région qui couvre le nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et la péninsule de Kola en Russie. »

C’est d’abord, des éleveurs de rennes, plutôt nomades et plutôt indifférents aux frontières (Norvège – Suède – Finlande ) que leurs animaux, et les Sami avec eux, traversent.

D’où de nombreuses frictions, d’où la création d’une police des rennes chargée de régler les différends entre les éleveurs et rattraper, le cas échéant, les rennes égarés…

Klemet, d’origine Sami, est le responsable de cette police.

Un homme taiseux, qui fait bien son travail, mais sans enthousiasme…

Son quotidien bascule après le vol d’un tambour ancestral au musée et la mort d'un Sami,  Mattis, un berger issu d’une famille de chaman et retrouvé les oreilles tranchées, ce qui est le marquage traditionnel des bêtes…

📌 Le dessin contribue largement à l’ambiance pesante, des teintes froides, bleutées ou gris clair, qui s’obscurcissent comme l’histoire dans les scènes les plus tendues.

📌 Ce que j’ai aimé :

- La découverte d’une région où il fait froid, très froid même. Moins 40°, n’est pas exceptionnel. Le soleil est quasiment absent durant le mois de janvier. Ces conditions forgent un caractère rude, et une adaptation à la nature.

- La découverte des Sami. Malgré l’épaisseur de leurs vêtements, ils sont doux et respectueux des autres et de la nature. Mention particulière pour le personnage d’Aslak.

- Le suspens qui se renforce au fil des pages, en laissant apparaître les conflits entre les différentes populations, le mépris pour les Sami, les lobbys miniers et même la nuisance du parti d’extrême-droite.

Un bon moment de lecture et une nouvelle découverte ! 

Merci aux éditions Sarbacane 

 

Extraits

📌 « _ Tu oublies, comme nous l’a si aimablement rappelé Brattsen, que nous ne sommes « que » la police des rennes.

_ Tu as raison. On est payés pour faire ce boulot à la con. »

 

📌 Aslak

« J’ai connu son père. C’était un vrai Sami. Il savait d’où nous venions. Il avait le pouvoir, Il avait la connaissance. Il avait la mémoire. Mattis n’avait rien de tout ça.

Il se donnait des airs de chaman, mais Mattis était comme un enfant, son père était trop grand pour lui. »

 

 

 

 

 

 

lundi 10 août 2026

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Une véritable plongée en apnée dans les zones grises de la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas une période dont on aime beaucoup se souvenir...

📌 L’autrice raconte le quotidien, mais en même temps, suscite les questions : qu’aurais-je fait, moi, quand la faim tord le ventre, quand une solution apparaît opportunément. Trafiquer ?

C’est risqué mais facile. Surtout quand on se donne de bonnes raisons pour apaiser sa conscience…

📌 Le roman commence par un cri de désespoir en vers libres.

« Pourrais-je pardonner ?

Me le pardonner ? »

L’autrice a déjà réussi à capturer notre attention et notre curiosité….

📌 Quatre personnages racontent et se racontent. Un jeu de miroirs où la perception du récit de l’un est développée par le ressenti de l’autre.

- Le premier, on ne sait pas qui sait, interroge et se désespère.

- Servane, une jeune fille, explique la misère, la faim et le choix du trafic. Elle, c’est « la bâtarde, la fille de fille, l’abandonnée, » élevée essentiellement par son beau-père car sa mère est partie durant son enfance.

Elle se sent maigre, moche. Son travail dans une boulangerie ne ramène que quelques sous, insuffisants pour faire taire son ventre.

Une rencontre fortuite avec une amie et son choix est fait : « son corps et son ventre applaudissent. Dès les premiers mots, ils ont choisi leur camp. »

- La concierge de l’immeuble, Mme Emilie. Elle voit tout, elle sait tout, mais ne dit rien

- Grégoire, ou plutôt Paul Garnier, le responsable du réseau de trafic. Notre vision sur le personnage change radicalement quand il explique.

📌 J’ai aimé cet éclairage, sans jugement, des zones grises de l’histoire et de l’âme humaine.

- La vie du quotidien de ceux qui ont perdu, l’acceptent, baissent la tête. Éteints et résignés. Affamés. Un arrivage potentiel de charcuterie les réveille tous.

- Ils subissent tout sans broncher, même et surtout la pression occupante, la chasse aux juifs. Bien montrer qu’on ne l’est pas !

« Il produit ses papiers, où sa photo d’identité, légèrement de profil, montre qu’il n’est pas juif. »

- Se donner bonne conscience, c’est ce que se dit Servane : « Le marché noir peut être vu comme un délit utile, collectif. Trafiquer, c’est résister toutes ensemble. »

- Ceux qui trafiquent et qu’on montre du doigt, mais dont on achète la marchandise. Ceux qui en profitent en pinçant les lèvres : la société bourgeoise qui pince les lèvres pour parler des trafics mais qui ne résout pas à consommer de l’orge grillée ni à se dessiner des bas. »

📌 L’analyse psychologique est particulièrement juste.

Le personnage de Grégoire-Paul Garnier est passionnant car complexe. Un homme désenchanté en quête de revanche sur son enfance et sa condition.

« J’étais devenu indispensable, c’était à mon tour de distribuer, aux autres de crever d’envie, à moi de gagner. »

Lucidité, cynisme et idéalisme.

C’est pour cela que Paul est sensible à l’admiration de Servane envers lui. Elle lui fait endosser un costume qu’il aimerait porter.

« C’est la première fois qu’il a envie de protéger quelqu’un. Quelqu’un d’autre que lui. »

📌 Une fresque terrible et magnifique sur une période dépourvue de sens pour la plus grande partie de la population. Parfaitement documentée.

Encore une pépite !

 

Extraits

 📌 « Pourrais-je pardonner ?

Me le pardonner ? »

 📌 « Obéir et se taire, c’est ce que fait Servane. »

📌  « Des doryphores sur un plant de patates »

 📌 Fédor, le violoniste.

« la musique avait continué jusqu’à la grande rafle de l’été 1942.

Il s’est murmuré que Fédor avait été déplacé vers un pays où seraient rassemblés les-gens-comme-lui. Des Juifs. »

 📌 La rencontre avec Rosa

« Mais son corps et son ventre applaudissent. Dès les premiers mots, ils ont choisi leur camp. »

📌 « La bâtarde, la fille de fille, l’abandonnée. »

📌  « Elle connaît désormais le prix exact de la honte. »

 📌 « A 11 heures, il n’y a plus rien à vendre. C’est l’heure où les rares clients israélites ont enfin le droit de venir faire leurs achats, mais Servane les voit de moins en moins souvent. »

📌 « les Alliés avec « la sauvagerie de leurs bombardements terroristes » comme le disent les gros titres des journaux collabos. »

📌 La concierge

La gamine, on ne peut pas dire qu’elle a eu une histoire facile. Sa mère est partie, quand elle avait quoi, six ou sept ans. (…)

C’est plus tard qu’on a appris qu’il n’était pas le vrai père et que la mère faisait des séjours à l’asile pour soigner sa mélancolie. »

📌 « Folle. Morte à l’asile, quoi. »

📌 Grégoire-Paul Garnier

« La société bourgeoise qui pince les lèvres pour parler des trafics mais qui ne résout pas à consommer de l’orge grillée ni à se dessiner des bas. »

📌 « Il produit ses papiers, où sa photo d’identité, légèrement de profil, montre qu’il n’est pas juif. »

 📌 « Paul est ce qu’on appelle un « mercanti », certains diraient un profiteur de guerre. »

 📌 « Il tenait un bon filon (…) étant parmi les premiers à comprendre que certains étaient prêts à tout vendre, et d’autres à tout acheter. »

📌 « Le français moyen doit se sentir protégé par le régime. »

 📌 « Cette fille l’admire. C’est comme si elle cherchait, et voyait, ce qu’il y a de bon en lui. (…) le truc qu’elle dégage, cette innocence, cette droiture. »

📌 « On dirait qu’elle a besoin de croire de croire en quelque chose de plus grand, de donner du sens à tout. »