mardi 25 août 2026

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Quelques années avant MeToo...

🌸Les hôtesses de l’agence Samantha se préparent. Il leur faut un look impeccable pour accueillir les invités dans le château de la Veuve Rousseau.

« Vous accueillez. Vous saluez. Vous orientez les invités. Ils auront besoin de se sentir entourés. Vous êtes là pour ça. »

🌸 Marilou travaille pour la première fois en tant qu’hôtesse. Un travail alimentaire dont elle a besoin financièrement mais aussi pour fuir son paresseux et toxique compagnon.

Des hôtesses, au service des invités : 

« Vous serez sûrement sollicités, apprenez à mettre de la distance avec vos interlocuteurs, bien sûr tout en restant polies. Ce ne sont que des compliments. Croyez-moi, ça vous manquera plus tard. Donc, profitez-en. »

Sauf qu’à la fête, il y a aussi Sébastien et Fabrice, deux invités, deux lourdauds qui draguent les filles, les envisagent clairement sur leur physique.

Comment faire son job, sans se laisser déborder ?

🌸 J’ai beaucoup aimé ce court récit. D’abord, pour son graphisme travaillé, classique, qui rend bien compte du milieu où évoluent les filles, et ensuite car sa concision (32 pages) renforce la densité de l’histoire.

🌸 Le thème central questionne car il répond à une question intemporelle :

Les hôtesses sont toutes féministes et n’ont aucune envie de subir un harcèlement ou pire encore…

Pourtant, la frontière est ténue entre l’obligation de tenir son rôle professionnel, et la pression qui s’exerce. A la fois de l’autorité de l’agence qui les emploie, de certains invités qui ont l’habitude de disposer des jeunes femmes et la peur de dire haut et fort « Non ».

🌸 Un récit bien maîtrisé ainsi qu’une collection intéressante.

Collections Intermezzo : « une collection de récits courts, fictionnels et inspirés » - 32 pages

Merci aux éditions Dargaud et au Club de lecture, Lire magazine. 

 

 


dimanche 23 août 2026

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Japon – 1972 – La révolution rouge étudiante au Japon.

Ou comment les mécanismes de la radicalisation, puis de l’inhumanité sont parfaitement démontés et analysés.

📌Une spirale de folie à laquelle personne n’échappe, pas plus les dirigeants que les membres du groupe :

- L’entraînement physique et quotidien

- L’obéissance absolue aux ordres du chef ou des chefs

- La coupure nette et définitive avec la famille. 

L’idéologie, le groupe sont désormais la seule famille. « C’est nous, ta famille, Mariko, personne ne doit descendre de la montagne sans notre permission à Bunta et moi. »

- L’installation de l’auto-critique : « Nous ne pouvons tolérer aucune permissivité face à l’auto-critique. Le camarade Ichiro doit être frappé jusqu’à ce qu’il perde connaissance. »

- Les punitions physiques et les peines de mort.

« Nous avons décidé que la désertion serait passible de la peine capitale. »

📌 Une autorité verticale : Bunta et Yuko décrètent et ordonnent tout. Une seule chose à faire : obtempérer sans discuter, ni même songer à remettre en cause les directives.

Il n’existe plus de vie personnelle, il n’existe plus que le Communisme, le Groupe et les Ordres.

A noter que cela s’applique à tous les groupes politiques extrémistes, aux sectes et aux religions intégristes.

📌 Une blessure toujours ouverte chez les Japonais, même encore aujourd’hui :

« Le traumatisme a été si profond qu’il a entraîné un rejet durable de la gauche radicale et du communisme au japon, au profit de la droite libérale conservatrice qui n’a plus jamais quitté le pouvoir depuis ».

📌 Graphisme somptueux en noir et blanc. Trait précis pour l’environnement ainsi que pour chacun des protagonistes que le lecteur identifie immédiatement.  

J’ai adoré le contraste marqué entre la violence progressive du groupe et la beauté, le calme de la montagne où ils se sont réfugiés.

📌 Une lecture en apnée qui se lit comme un polar.

Scénario et graphisme parfaitement réussis : gros coup de cœur !

Merci aux éditions Sarbacane

 

Extraits :

📌 « C’est nous, ta famille, Mariko, personne ne doit descendre de la montagne sans notre permission à Bunta et moi. »

📌 « Faire cavalier seul lorsqu’on est un soldat de la Révolution ? C’est un non-sens absolu ! »

📌 « Nous avons décidé que la désertion serait passible de la peine capitale. »

📌 « Nous ne pouvons tolérer aucune permissivité face à l’auto-critique. Le camarade Ichiro doit être frappé jusqu’à ce qu’il perde connaissance. »

📌 « Notre camarade n’est pas mort suite aux coups qui lui ont été portés. (…) Ichiro est mort par défaitisme. »

📌 « Frappez-le à l’estomac jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. A son réveil, il sera devenu un véritable communiste ! »

 


samedi 22 août 2026

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Je ne me rappelle pas avoir vu passer ce beau roman sur les RS…

Certains romans passent à la trappe et c’est dommage… Car celui-ci est dense et concis, chargé de sens et excessivement bien écrit. Une plume précise et fluide.

🏃 1944 – Jean Sautet, pilote français d’origine eurasienne, soutient les alliés, quand son avion est abattu à la frontière sino-birmane.

Il se retrouve dans le camp de prisonniers du Commandant Matsui.

Les deux hommes se reconnaissent immédiatement : Jean a battu Matsui lors des JO de 1924 en France, sur les 5000 mètres.

Une blessure d’orgueil toujours à vif pour le japonais.

« Un Japonais raciste n’acceptera jamais d’avoir perdu contre quelqu’un d’une autre race. Pour lui, toutes les autres races, même blanches, sont inférieures, condamnées à être vaincues par les japonais. »

Par conséquent, Matsui décide de refaire la course 20 ans après dans les mêmes conditions. Les prisonniers devront construire et recréer le stade français dans les moindres détails, et dans les pires conditions.

Un vrai délire qui pourtant va prendre forme !

🏃 Un roman à la fois, d’une dureté pas possible, car elle évoque toute la barbarie de l’homme, et en même temps, très poétique par l’évocation des souvenirs d’enfance de Jean qui s’est déroulée à Van Long ( au nord du Vietnam), proche du camp de prisonniers.

🏃 La tension et le malaise grandissent encore quand Jean découvre des enfants indigènes qui servent de cobayes aux recherches scientifiques japonaises.

« Je comprends que c’est un des enfants-cobayes (…) qui accuse les médecins militaires d’avoir prélevé des organes aux enfants : reins, foie, cœur, pancréas, et à lui-même, les yeux… »

🏃 L’arrière-plan historique est passionnant également car bien documenté. Une guerre et des atrocités qui s’exercent dans tous les coins de la planète...

🏃 Comment l’orgueil et le pouvoir peuvent pousser l’homme dans la démesure et l’inhumanité. Où les situations les plus ubuesques sont acceptées comme « normales » par les japonais ….

«  _ Je déclare ouverte la VII Olympiade de Paris.

La phrase qui résonne à présent dans un français approximatif vient d’être prononcée, au plus fort de la seconde guerre mondiale et au cœur de la jungle asiatique, en Chine, par le président Jiro, à qui a été confié le rôle de Président de la République en cette invraisemblable parodie des JO de 1924. »

Comme le génocide juif a été accepté et BANALISE par les occupants et les populations occupées…

Un sujet intemporel traité avec une puissance inversement proportionnelle au nombre de pages ( 150)

🏃 Une belle découverte !

Car je n’ai jamais lu « Balzac et la petite tailleuse chinoise » de ce cinéaste et romancier chinois, envoyé en rééducation dans le Sichuan entre 1971 et 1974.

Avez-vous lu ce roman ou « Balzac et la petite tailleuse chinoise » ?

 

Extraits :


🏃« Un Japonais raciste n’acceptera jamais d’avoir perdu contre quelqu’un d’une autre race. Pour lui, toutes les autres races, même blanches, sont inférieures, condamnées à être vaincues par les japonais. »

 🏃 « Je comprends que c’est un des enfants-cobayes (…) qui accuse les médecins militaires d’avoir prélevé des organes aux enfants : reins, foie, cœur, pancréas, et à lui-même, les yeux… »

 🏃 «  _ Je déclare ouverte la VII Olympiade de Paris.

La phrase qui résonne à présent dans un français approximatif vient d’être prononcée, au plus fort de la seconde guerre mondiale et au cœur de la jungle asiatique, en Chine, par le président Jiro, à qui a été confié le rôle de Président de la République en cette invraisemblable parodie des JO de 1924. »