mardi 3 novembre 2026

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Bienvenue à l’hôtel inhabituel – Gaëlle Geniller

Delcourt – Mirages - Publication : 15 octobre 2026


André pénètre dans l’hôtel H et il est tout de suite décontenancé…

Fleur et Guerly, les grooms qui l’accueillent, en font trop… Leurs gestes sont trop enveloppants, ils lui proposent toutes chambres, chacune référencée par couleur.

Comme s’il était le seul, l’unique client de l’hôtel…

Et dans cet établissement qui paraît gigantesque, ils semblent être les seuls salariés…

Il écoute ensuite attentivement leurs directives : ne pas se promener dans l’hôtel sans être accompagné, ne surtout pas sortir de sa chambre à la nuit tombée…

Fleur et Guerly le pressent « Que désirez-vous le plus au monde ? »

Il demande un café. Face à leur déception devant un désir aussi facile, il rajoute gentiment avec « un nuage de lait ».

Pourquoi, craignent-ils autant qu’André ne reste pas ?

Pourquoi Guerly affirme-t-il qu’« on ne peut entrer ici que si on désire de grandes choses »

C’est quoi, cet hôtel ?

Manifestement, il a sa vie propre. Un étage aux abonnés absents, une statue de marbre qui conseille et se confie, des tapisseries qui jouent une pièce et se disputent… Oui, l’hôtel est un véritable personnage à part entière et on s’attache à lui, comme à Fleur, Guerly et surtout à André. Tellement simple et sincère.

Et si l’hôtel était vivant ?

Serait-il en danger ? Est-ce pour cela que Guerly et Fleur s’angoissent ?

 

Mais…

Autant, j’ai été embarquée et séduite par l’intrigue de la première partie, autant la seconde m’a un petit peu déçue. Je m’attendais à quelque chose de plus complexe. Aussi flamboyant, que la première partie, moins simple et « gentillet » dans sa conclusion.

Alors, bien sûr, je ne boude pas mon plaisir de lecture. L’album est magnifique, des pages épaisses, un jaspage somptueux. Le scénario est bien construit, les dessins sont magnifiques, parfaitement travaillés surtout dans l’expression des personnages, mais il m’a manqué quelque chose…

Peut-être en attendais-je trop après vos chroniques enthousiastes…

 

Extraits


« _ Il a compris que quelque clochait

_ C’est e que je me suis dit, mais il est parti sans sa valise.

_ Pour ne pas éveiller nos soupçons. Ce ne serait pas la première fois. Et il faudrait être fou, inconscient ou stupide pour revenir ici. »

 

« On ne peut entrer ici que si on désire de grandes choses »

 

« J’ai parfois l’impression de vivre après les autres. »

 

« Parce qu’il a l’air d’aimer l’hôtel autant que nous. »

 

« Pourtant, dès son ouverture, nous avons vu notre cher hôtel se remplir, nous avons vu le monde affluer, vivre de partout…

Nous l’avons vu s’épanouir, persévérer.

Et petit à petit, nous l’avons vu résister, subsister, puis se dégorger pour se vider.

Et maintenant, nous sommes là pour le voir survivre le plus longtemps possible. »

 

« Et l’inéluctable arriva, son expansion a asséché toutes les années de vie cumulées payées par nos anciens clients. Car tout a un coût.

Cet endroit n’a plus aucune année, aucun mois, aucun jour devant lui. »

 

« Après tout, un hôtel n’existe que dans l’unique but d’être traversé. »

 

« Beaucoup de petites choses bien faites ne prennent que trois secondes pour être accomplies. »

jeudi 29 octobre 2026

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Vieux Papa va bien ! Qu’on se le dise …

👴D’ailleurs, il claironne partout que malgré ses 82 ans, il ne prend aucun traitement. Sauf que… Les problèmes de santé s’enchaînent : DMLA et opération de l’œil, chute, carcinome sur la tête, infection urinaire....

Il est d’une mauvaise foi pas possible pour affirmer sa bonne santé, son autonomie, sa clairvoyance. Ah oui ! Car j’ai oublié de vous dire : il sait mieux que les médecins…

En même temps, les filtres sautent, il est de plus en plus cash, notamment quand il évoque à tout vent, son incontinence.

Pourtant sa fille fait le maximum pour lui, alors qu’elle habite loin. Et bien justement ! Il lui en veut : elle est toujours en train de lui dire : « prends ceci, ne fais pas cela » et quand elle lui demande de ne surtout pas prendre d’aspirine, il le fait,  tellement il craint un AVC. Bien sûr, il se retrouve aux urgences… N’oublions pas qu’il sait mieux que tout le monde.😄

Cela ne l’empêche d’envoyer « balader » vertement sa fille dévouée, de s’en plaindre et de râler contre elle auprès de ses amis avec qui il prend l’apéro.

Il est ingrat, bourru, de mauvaise foi, et pourtant terriblement émouvant.

C’est difficile d’accepter d’avoir besoin des autres pour les gestes les plus courants quand on a toujours été indépendant et fier de l’être.

Difficile de se confronter à sa fragilité et à sa dégénérescence….

👩 Sa fille est elle aussi,  parfaitement campée et crédible. Le dévouement, l’amour pour son père n’empêchent pas l’agacement et l’inquiétude.

Difficile encore cette position d’aidant envers les plus âgés car cela ne convient jamais. On en fait trop ou pas assez…  Mais ce n’est jamais bien, et le sentiment de culpabilité est bien démontré dans cette BD.

🎨Les tons bleus, ocres, les espaces blancs accompagnent admirablement le scénario. Humour du récit, légèreté du trait pour renforcer encore la dure réalité.

💙 Une histoire essentielle quand nos ainés vivent de plus en plus vieux, quand le manque de places les oblige à rester dans leur domicile et surtout quand les EHPAD sont essentiellement des mouroirs…

Un sujet intemporel, mais terriblement d’actualité, traité avec humour et finesse.Et sans doute beaucoup d'amour...

 


mercredi 28 octobre 2026

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Sarah El Younis est une réalisatrice de documentaires, et la scénariste dans cette BD.

🎵 Kaboul – 2015 – Sarah raconte sa rencontre avec le Docteur en musicologie, Ahmad Sarmast, afghan et soucieux de faire résonner toutes les voix, y compris celle des filles. Il fonde l’Institut National Afghan de Musique pour les jeunes, garçons et filles. Puis le premier orchestre féminin avec 30 musiciennes, dont la cheffe d’orchestre est Zohra.

Le scénario s’attache particulièrement à trois musiciennes :

- Sahar, la clarinettiste, vit dans une famille traditionaliste. Son avenir est tout tracé : elle doit se marier avec son cousin et s’occuper de ses enfants.

- Fazila a la chance de vivre dans une famille d’intellectuels, qui comprend sa passion pour la musique. D’ailleurs, elle joue du rabab, qui est théoriquement réservé aux hommes…

- Zarifa, la violoniste,  est sur une corde raide par rapport à sa famille. Sa mère comprend son combat et la soutient. Toutes les deux cachent aux autres membres sa position de deuxième cheffe d’orchestre.

🎵 Que ce récit est émouvant et passionnant !

- Émouvant pour le courage, la force de caractère des personnages. Y compris, Ahmad Sarmast, qui se bat comme un beau diable pour faire vivre et surtout connaitre à l’étranger cet orchestre particulier et talentueux. Il déploiera la même énergie pour rapatrier les filles en 2021.

Quand la musique devient le seul espace de liberté, le seul endroit où les femmes ont le droit d’exister.

- Passionnant pour cette vision de l’Afghanistan. Bien sûr, politique avec la force destructrice des talibans, la résistance qui tente de s’organiser mais aussi, et peut-être surtout, pour la culture et la musique afghane.

🎵 Le graphisme m’a surprise lors des premières pages. Je le trouvais fade et plat. Non, au contraire ! Il accompagne, par ses fondus de couleurs, l’émotion qui étreint le lecteur dans une situation tellement difficile. J’ai pris plaisir ensuite à le parcourir, sans lire le texte. Douceur et force en même temps.

🎵 Un bel hommage émouvant et documenté à tous ceux et toutes celles qui se battent pour la liberté et pour leur culture.

Merci à NetGalley et aux éditions Steinkis pour cette belle découverte.