jeudi 27 août 2026

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Méfiez-vous. C’est un roman qu’on commence et qu’on ne lâche plus...

Pourtant, il parait bien classique : encore un récit sur le désespoir et l’enfance difficile en banlieue….

Oui… Et non !😊

📌 Les années 90. C’est Cora qui raconte. Elle vit à Muircross, une banlieue miséreuse proche de Glasgow. Elle a 14 ans, une mère en fauteuil roulant, un beau-père plus jeune sur lequel elle s’interroge : « Qu’est-ce qu’il espérait d’une daronne encombrée d’une morveuse comme moi ? »

Avec son manque de concentration à l’école, les difficultés scolaires s’accumulent. L’alcool, la drogue, la délinquance, la violence deviennent son quotidien.

Pourtant, elle rêve d’un ailleurs, dont les contours sont plutôt flous. Elle se raconte sur plusieurs années, et son envie « d’ailleurs » parait bien compromise...

📌 La force de ce récit est à l’image de Cora. Il est abrupt et lumineux. CASH ET SOLAIRE.

On comprend sa honte pour le milieu dont elle est issue, son sentiment profond d’imposture. Pourtant, la spontanéité  la pousse toujours vers l’avant, sans aucun recul, ni réflexion.  Un personnage tellement vivant, tellement insaisissable ( le pire et le meilleur ) et surtout tellement attachant.

📌 La plume est elle aussi, à l’image de Cora : souvent désespérée, mais en même temps infiniment réaliste et pleine d’humour. Un humour noir.

Les dialogues sont d’une justesse pas possible. Simples, parfaitement adaptés à la personnalité de chacun. Une écriture rapide et fluide.

📌 Un premier roman très réussi, qui figure, à juste titre, parmi les cinq finalistes du prix FNAC : 

- Force et la justesse de l’analyse psychologique.

- Maîtrise de la progression dramatique

- Intérêt de l’environnement social.

Gros coup de cœur ! 

 

📌 N’oubliez pas. Il est possible de gagner ce beau roman jusqu’au dimanche 30 aout à 18 h. Sur instagram, commelaplume. 

Voir post du dimanche 23 aout.

 

Extraits


📌 « Un pauvre petit boudin comme toi. Qui se permet de rêver »


📌 A propos du compagnon de sa mère, Gunner

« Qu’est- de qu’il espérait d’une daronne encombrée d’une morveuse comme moi ? »

 📌 « Dans le coin, les options pour les filles comme moi, c’étaient l’école ou un chiard, la mise en rayon ou le vol à l’étalage, le gin dans les Weetabix ou la langue dans la prise. »

📌 « Je pouvais difficilement lui dire la vérité. Je me traîne au boulot alors que c’est à dix minutes à pied, et pareil pour rentrer à l’appart. J’ai le bout des doigts engourdi à force de manipuler des plats surgelés. Je me douche. Je mange. Des fois, je vois Pauline mas elle est presque tout le temps avec des potes ou des mecs. « Je reste dans ma chambre à écouter les autres se marrer à travers le plafond. Je ferme les yeux et je regarde mes rêves se désagréger comme une boule de neige mal tassée. »

📌 « J’en revenais pas qu’il nous apprécie, moi ou ma mère et je ne comprenais pas ce qu’il faisait avec nous. Et puis, quand j’ai appris à le connaître, j’ai su très précisément pourquoi on le méritait : un voleur borgne qui tringlait la baby-sitter. »

📌 « T’as l’impression de servir à rien pendant à peu près toute ta scolarité et, d’un coup, tu débarques dans le monde des adultes avec une moustache de sauce tomate en priant pour que personne ne flaire l’imposture. »

📌 « Dans les petites villes, tout te revient toujours à la gueule… et tu finis par croire que cette image qu’on te renvoie, c’est toi. J’ai connu ça, ta mère aussi. (…) Ta mère s’est pris un tas de saloperies, mais elle s’est jamais excusée d’être qui elle était. Quand t’es ado, les opportunités se présentent qu’une seule fois, alors ne sois pas la gamine de Muircross, la fille pas trop sûre d’elle, qui a honte de ce qu’elle est. »

📌 « Ton histoire, c’est toi qui l’écris, ma belle »

mardi 25 août 2026

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Quelques années avant MeToo...

🌸Les hôtesses de l’agence Samantha se préparent. Il leur faut un look impeccable pour accueillir les invités dans le château de la Veuve Rousseau.

« Vous accueillez. Vous saluez. Vous orientez les invités. Ils auront besoin de se sentir entourés. Vous êtes là pour ça. »

🌸 Marilou travaille pour la première fois en tant qu’hôtesse. Un travail alimentaire dont elle a besoin financièrement mais aussi pour fuir son paresseux et toxique compagnon.

Des hôtesses, au service des invités : 

« Vous serez sûrement sollicités, apprenez à mettre de la distance avec vos interlocuteurs, bien sûr tout en restant polies. Ce ne sont que des compliments. Croyez-moi, ça vous manquera plus tard. Donc, profitez-en. »

Sauf qu’à la fête, il y a aussi Sébastien et Fabrice, deux invités, deux lourdauds qui draguent les filles, les envisagent clairement sur leur physique.

Comment faire son job, sans se laisser déborder ?

🌸 J’ai beaucoup aimé ce court récit. D’abord, pour son graphisme travaillé, classique, qui rend bien compte du milieu où évoluent les filles, et ensuite car sa concision (32 pages) renforce la densité de l’histoire.

🌸 Le thème central questionne car il répond à une question intemporelle :

Les hôtesses sont toutes féministes et n’ont aucune envie de subir un harcèlement ou pire encore…

Pourtant, la frontière est ténue entre l’obligation de tenir son rôle professionnel, et la pression qui s’exerce. A la fois de l’autorité de l’agence qui les emploie, de certains invités qui ont l’habitude de disposer des jeunes femmes et la peur de dire haut et fort « Non ».

🌸 Un récit bien maîtrisé ainsi qu’une collection intéressante.

Collections Intermezzo : « une collection de récits courts, fictionnels et inspirés » - 32 pages

Merci aux éditions Dargaud et au Club de lecture, Lire magazine. 

 

 


dimanche 23 août 2026

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Japon – 1972 – La révolution rouge étudiante au Japon.

Ou comment les mécanismes de la radicalisation, puis de l’inhumanité sont parfaitement démontés et analysés.

📌Une spirale de folie à laquelle personne n’échappe, pas plus les dirigeants que les membres du groupe :

- L’entraînement physique et quotidien

- L’obéissance absolue aux ordres du chef ou des chefs

- La coupure nette et définitive avec la famille. 

L’idéologie, le groupe sont désormais la seule famille. « C’est nous, ta famille, Mariko, personne ne doit descendre de la montagne sans notre permission à Bunta et moi. »

- L’installation de l’auto-critique : « Nous ne pouvons tolérer aucune permissivité face à l’auto-critique. Le camarade Ichiro doit être frappé jusqu’à ce qu’il perde connaissance. »

- Les punitions physiques et les peines de mort.

« Nous avons décidé que la désertion serait passible de la peine capitale. »

📌 Une autorité verticale : Bunta et Yuko décrètent et ordonnent tout. Une seule chose à faire : obtempérer sans discuter, ni même songer à remettre en cause les directives.

Il n’existe plus de vie personnelle, il n’existe plus que le Communisme, le Groupe et les Ordres.

A noter que cela s’applique à tous les groupes politiques extrémistes, aux sectes et aux religions intégristes.

📌 Une blessure toujours ouverte chez les Japonais, même encore aujourd’hui :

« Le traumatisme a été si profond qu’il a entraîné un rejet durable de la gauche radicale et du communisme au japon, au profit de la droite libérale conservatrice qui n’a plus jamais quitté le pouvoir depuis ».

📌 Graphisme somptueux en noir et blanc. Trait précis pour l’environnement ainsi que pour chacun des protagonistes que le lecteur identifie immédiatement.  

J’ai adoré le contraste marqué entre la violence progressive du groupe et la beauté, le calme de la montagne où ils se sont réfugiés.

📌 Une lecture en apnée qui se lit comme un polar.

Scénario et graphisme parfaitement réussis : gros coup de cœur !

Merci aux éditions Sarbacane

 

Extraits :

📌 « C’est nous, ta famille, Mariko, personne ne doit descendre de la montagne sans notre permission à Bunta et moi. »

📌 « Faire cavalier seul lorsqu’on est un soldat de la Révolution ? C’est un non-sens absolu ! »

📌 « Nous avons décidé que la désertion serait passible de la peine capitale. »

📌 « Nous ne pouvons tolérer aucune permissivité face à l’auto-critique. Le camarade Ichiro doit être frappé jusqu’à ce qu’il perde connaissance. »

📌 « Notre camarade n’est pas mort suite aux coups qui lui ont été portés. (…) Ichiro est mort par défaitisme. »

📌 « Frappez-le à l’estomac jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. A son réveil, il sera devenu un véritable communiste ! »