dimanche 9 juillet 2023

                                                                      💙💙💙💙


 

J’avais adoré le Tome 1 et attendais le second avec impatience et un peu d’inquiétude. Quelquefois, le premier est une pépite, et le second….

Suite  des aventures de notre amie, Madeleine, la nonagénaire têtue qui ne veut pas quitter sa maison chargée de souvenirs, alors qu’elle est menacée d’éboulement.

L’histoire se densifie :

Attirés par les réseaux sociaux, les médias, de plus en plus de touristes affluent et risquent leur vie pour poser sur la falaise et faire le buzz.

L’affaire se corse quand un nouvel effondrement engloutit un petit chien, Churchill.

Troumesnil ressemble maintenant à Étretat. La petite maison de Madeleine, accrochée à l’extrémité de l’arche.

Et le suspens grandit encore, quand la petite fille recherche son chien et le retrouve sous les rochers, avec l’aide du maire. Puis, ils disparaissent tous les trois, sous les flots de la marée montante, qui a contourné l’arche….

BD lue d’une traite, car l’humour grinçant de Madeleine est toujours bien présent, même renforcé. Mais en même temps, son humanité est révélée par cette phrase : « Je ne peux quand même pas risquer la vie des gens. Même pour faire chier le maire… »

Une gentille peste.😀

Les personnages sont plus affirmés, prennent davantage d’ampleur et sont encore plus attachants. Notamment celui du maire et de la petite fille.

Profitant de l’aubaine, s’insinue un nouveau personnage, opposant au maire « Dugland, pardon, Dublanc », farouchement conservateur et raciste.

Ils pourraient être caricaturaux, ils sont simplement savoureux.

Le graphisme est toujours aussi soigné, expressif et la couverture est simplement somptueuse !

Une leçon de vie doublée d’un rappel historique sur l’opération Jubilée en 1942. Quand les alliés ont tenté de débarquer à côté de Dieppe.

 

BD intelligente, belle et agréable ! Pour tous les publics.

mercredi 5 juillet 2023

💙💙💙💙


Une jolie fable à l’humour grinçant.

L’histoire :

Troumesnil  : "Sa plage, ses falaises, son grand marché au poisson". Madeleine, une vieille dame aveugle, têtue, directe, habite une maison, sur la falaise qui s’effrite un peu plus chaque année. Elle reste la seule habitante, tous les autres ont préféré partir.  

Madeleine, c’est aussi le cauchemar de Monsieur le Maire. Il est hanté par sa responsabilité, prêt à utiliser tous les moyens pour la faire partir. 

Dans la maison qu’elle ne veut pas quitter, il y a son gros chat Balthazar et surtout tous ses souvenirs, avec son mari  Jules, décédé il y a de nombreuses années. Cela n’empêche, elle lui parle et prépare à manger pour deux, comme s’il était toujours là.

Oui, elle est sans doute frappadingue, mais tellement attachante.

Par son humour, son langage direct. « Mais, je ne me plains pas. Je respire sans être branchée sur secteur, je me déplace sans petites roues à l’arrière. ».

Par sa lucidité (alors qu’elle est aveugle) sur elle-même, sur les autres, sur ce qui l’entoure, sur les évènements inéluctables à venir. Par sa fidélité envers son compagnon, ses souvenirs.

« Un aveugle, ça n’emmène pas ses albums photos…Alors quand la seule alternative, c’est de finir entourée de murs sans souvenirs, de parfums sans histoire, et de sons inconnus…. On finit par envier l’imprévu. »

Le graphisme est en parfaite harmonie avec le texte. Simple, précis et efficace. Les traits très expressifs, les couleurs variées.

A la fin de l’histoire, Bruno Duhamel présente les photos qui l’ont inspiré à dessiner Troumesnil, puis le passage de l’esquisse en noir et blanc à la couleur. Il détaille aussi, et c’est encore très intéressant, les recherches visuelles pour créer la couverture.

La morale de l’histoire : Même si c’est une vieille dame, de plus aveugle, même si on se sent responsable, elle demeure libre de choisir sa vie et donc, de choisir sa mort.

Humour, sensibilité,  justesse du texte et du dessin.

Une jolie réussite !

 

 

mardi 4 juillet 2023

                                                                        💙💙💙 

Plutôt un ouvrage de référence,  que de vulgarisation. Les tableaux en tous genres, les cartes sont présents au même titre que les explications très universitaires et cela même dans la forme.

Analyse détaillée des années kémalistes, de leur spécificité et de leur innovation. Exposé  précis à propos de l’AKP, d’Erdogan qui détient le rôle clef et de l’action  de l’armée turque. Puis large examen de la politique étrangère turque.

Projection sur l’avenir à court terme, avec les élections de 2023 en ligne de mire ( on a vu ce qu’elles ont donné ) et l’inquiétude que cela peut susciter.

Très justement, les auteurs qualifient la Turquie « d’état imprévisible »

« Entre hard et soft power, la Turquie d’aujourd’hui, peut être qualifiée « d’état imprévisible ». Difficile de situer actuellement Erdogan et où il se dirige. Sa diplomatie n’est plus celle d’une feuille maîtrisée, mais d’une valse qui va un jour dans ce sens, et un jour dans un autre. Ainsi, les faits nous démontrent qu’il est plus dans l’improvisation que dans la planification détaillée. »

La politique turque et son rôle international me passionnent  et j’en connais les grandes lignes. Mais cet ouvrage a largement dépassé mes connaissances surtout quand il aborde sans explications préalables, certains dossiers comme l’affaire Ergenekon, connue des vrais spécialistes de la Turquie.

Quel dommage aussi toutes ces fautes de compréhension du français, et d’absence de relecture de l’ensemble. Dès la 2ème ligne : « elle déteint des atouts et des potentiels » au lieu de « elle détient… »

« La rhétorique de l’AKP s’attachait bec à ongle » au lieu de « se défendre bec et ongles ». Et, je n’ai pas tout relevé…

A lire très posément et à petites doses quotidiennes pour les non spécialistes de la Turquie.  Sinon, indigestion assurée.

Je remercie Babelio et les Éditions Eric Bonnier d’avoir amélioré mes connaissances relatives à la Turquie.

 

 

 


vendredi 30 juin 2023

                                                                     💙💙💙💙


 

Quand le silence et la colère des opprimés(es) s'expriment différemment selon les milieux, les sensibilités et les genres. 

Suite et sans doute pas « fin » des aventures de la famille Pelletier, au début des 30 Glorieuses.

Je ne vais pas détailler les membres du clan que tout les amoureux du « Grand monde » connaissent parfaitement, mais simplement insister sur ce qui m’a paru passionnant.

 Avec Pierre Lemaitre, l’analyse sociale n’est jamais très éloignée.

- La condition des femmes, et leur seule responsabilité quand elles sont enceintes sans le vouloir. C’est le cas d’Hélène « la Fille »,  qui veut avorter. Les angoisses, les moyens farfelus, dangereux, dramatiques pour parvenir à leurs  fins.

Ce sentiment de culpabilité des femmes :

« Qui est responsable quand on fait les choses ensemble ? Est-ce que ce n’était pas à elle de compter les jours, de prendre sa température, faire ses petits calculs ? »

Sans oublier la parenthèse historique qui replace le dossier dans l’histoire :  

« Le plus sur moyen de réprimer l’avortement consistant à décourager ceux qui le pratiquaient, les médecins, les sages-femmes risquaient des peines de prison ferme, des amendes considérables, et la suspension, voire l’interdiction définitive d’exercer. Étonnamment, ce n’est pas sous le régime de Vichy que la répression de « ce fléau social »  avait été la plus vive, mais à la Libération. En 1946, on comptait mille comparants de plus qu’en 1943. »

- Toujours avec Hélène, le lecteur côtoie maintenant « l’ogre de béton ». Le barrage destiné à recouvrir le village de Chevrigny.  La population s’accroit, les besoins en électricité aussi.

Ça, c’est la théorie économique. Que se passe-t-il quand il s’agit de sa maison, de son village, de son passé, que tout va être ennoyé ? 

Comme toujours, et c’est la grande force de Pierre Lemaitre, c’est l’histoire vue au niveau de chacun. Celle qui nous intéresse, nous touche, nous permet de comprendre les réactions de nos ancêtres ou de nos contemporains.

Avec Jean, « Le Fils ainé », personnage falot mais serial killer, et entrepreneur visionnaire, on va découvrir l’ouverture des grands magasins, les petits prix afin de favoriser le volume d’affaire et permettre la rentabilité. Un vrai défi à l’époque du solide, de la qualité. La consommation autorisée pour tous.

C’est aussi les colères des femmes salariées et exploitées par les patrons… 

Un livre riche de rebondissements, même si je n’ai pas accroché les personnages. Je ne les ai pas trouvés attachants, et même quelquefois, peu crédibles, notamment celui de Jean. Peut-être car je n’ai pas lu « le Grand monde » et partais « à froid » sur la suite. Peut-être aussi pour cette raison que le contexte social m’a bien plus intéressée que les personnages.

Les seuls qui m’ont touchée sont ceux de Raymonde et de son fils handicapé mental « Petit Louis. »

 Malgré cette réticence, cela demeure un excellent moment de lecture.

 

mercredi 28 juin 2023

                                                                   💙💙💙💙

Un roman original, décalé : quand le jubilatoire flirte avec l’existentiel…. Une fable philosophique et surréaliste.

L’histoire :

Tugdual Laugier, un crétin « pur sucre » est embauché dans un cabinet d’affaires international ( quelles affaires ? ) : Michard et Associés, pour un salaire faramineux de 7000 € mensuel.

L’essentiel, il l’a compris et  le répète d’ailleurs, à longueur de journée : « la stricte confidentialité ». Ne rien dire des dossiers en cours. Et cela tombe bien, car Laugier brassera du vide durant trois longues années.

Si Laugier est stupide, inconsistant en général, c’est aussi un insupportable donneur de leçons envers sa femme Mathilde qui l’aime sincèrement et l’admire.

Oui, oui, on sait, l’amour est aveugle…. 😀

Tout se corse quand son patron, un illuminé puissance 10,  lui demande un rapport pour un gros client chinois qui souhaite investir en France. Sans plus d’explications…

Complètement à l’aveugle, Laugier se lance et « pond » un rapport de 1084 pages, en majorité, « pompé » sur internet… Persuadé d’avoir réalisé le document du siècle.

Le seul problème, c’est que ce rapport vide de sens questionne ceux qui le parcourent, le feuillettent.  Personne n’arrive à le lire en totalité et à comprendre l’objectif de ce rapport volumineux …. Quel en est le sens caché ? La justice et la police s’en mêlent… En tous cas, c’est du lourd…

Et Laugier va se retrouver dans le tumulte. Aussi nul dans la tempête que dans une mer d’huile.

Bien sûr, les traits sont caricaturaux, bien sûr l’auteur s’est amusé à forcer les traits. Comme dans une bande dessinée.

 Mais sous la farce, apparaissent des thèmes philosophiques essentiels.

- La nature a horreur du vide, il faut trouver un sens. Quitte à se torturer le cerveau, quitte à imaginer le pire, le sensationnel. C’est arrivé dans quelques affaires judiciaires, un dossier vide, que le juge remplit à charge. Cela arrive aussi et fréquemment dans les médias : quelques infos vides de sens, et le journaliste brode dessus pendant 3 heures…. Dans des spectacles, dans des séries… Et… le spectateur reste scotché.

- C’est aussi un des aspects les plus marquants de notre société qui est démonté ici, avec beaucoup d’humour : le souci de l’apparence, la forme au détriment du fond. Les belles phrases ronflantes dépourvues de sens et bien évidemment de sincérité. Les rapports en tous sens, les réunions de pseudo concertation pour définir des pseudos objectifs…

- Et bien sûr, un roman sur la stupidité, où il est vital de se croire intelligent, débordé de travail, en un mot, supérieur aux autres. Servile envers les supérieurs, méprisants et autoritaires envers ceux que l’on considère comme des subordonnés. On en connait tous, dans la vie courante, dans les médias, la politique…

 

Quelques longueurs, mais on s’amuse en comprenant très vite que l’humour est  grinçant et qu’il nous renvoie à notre miroir…

 


 

 

dimanche 25 juin 2023

                                                                      💙💙💙💙

« Vendredi 21 aout 2020

A l’ombre de ta colère, mon père, je suis née, j’ai vécu, j’ai fui.

Aujourd’hui, me voici de retour. J’arrive et je suis nue. Seule et les mains vides. »

Isabelle revient dans son village natal des Alpes à la demande de son frère, Olivier, pour leur père : « Il a 80 ans, il est en excellente forme physique, étonnante même. C’est la mémoire qui commence à lâcher. Il a la maladie de l’oubli ».

Le roman commence par la narration d’Isabelle et elle s’adresse à son père.

 

Le retour est douloureux, poignant. Elle se rappelle la violence de son père, les mille exemples où il l’a blessée, meurtrie, son désespoir de s’en faire aimer. Un être dur qui semblait ne trouver le sourire qu’en montagne. Il était d’ailleurs guide et partait souvent pour des courses.

Elle évoque  également la mort de son compagnon, Vincent,  et les mots pour en parler sont bouleversants, tellement simples et sensibles : « Je ne peux pas te rappeler que Vincent est mort il y a un an et demi, ni que chaque matin, je m’éveille dans son absence, en guettant le poids, la chaleur de sa main sur ma peau. »

Le père reprend la narration et on comprend mieux sa sécheresse, sa cruauté, sa méchanceté qui paraissent  si souvent gratuites. Sa souffrance aussi. Quelqu’un qui, comme le dira Olivier ( le frère) dans les pages suivantes, est « dévoré par ses monstres ». Une personnalité complexe.

Je ne vous en révèle rien.

 

Puis, Olivier reprend la plume : « Vendredi, 1er janvier 2021. Je suis le fils, celui qui n’est jamais parti.(…) Celui qui vient d’enterrer un père. Celui demeuré près d’un homme près de chuter, près d’un silence que j’ai fini par accepter. »

C’est aussi Olivier qui comprend le mieux les souffrances, les failles de son père et sa sœur.

Un très beau roman sur l’enfance qui marque à jamais nos vies, sur les sentiments de culpabilité qui entravent et rendent violents, mais aussi sur la résilience. Comprendre, apporter le pardon, et retrouver la vie, ou du moins l’accepter telle qu’elle est.

En harmonie avec l’écriture de Gaëlle Josse : simple, précise, efficace.

Une belle réussite ! 

 


 

                                                                 💙💙💙💙💙

 


 

Alchimie parfaite entre une satire sociale, un conte fantastique et un graphisme somptueux.

Dans les années 1920, le Baron est un notable campagnard, rustre, tyran violent de tout son environnement, y compris de ses enfants. Nul ne doit s’opposer à ses volontés et surtout pas une domestique qu’il étrangle après avoir essayé d’abuser d’elle. Il maquille le crime en pendaison, aux yeux de tout le village.

Maya, la petite fille de la jeune femme, s’enfuit dans la forêt.

On la retrouvera 8 ans plus tard, en parfaite symbiose avec les animaux et notamment les loups. Maya est désormais une adolescente, elle défend les animaux, détruit les pièges du Baron, invente des systèmes afin de ne pas être surprise. Le Baron décide d’en finir avec elle. Son intendant, son fils Eugène, sans cesse méprisé par son père et Louison, sa fille qui a le même âge que Maya, l’aideront. Même si Maya est soutenue par Markus, qui a toujours vécu dans le domaine, qui a joué avec les enfants du Baron, les évènements vont se précipiter.

Le suspens demeure haletant  jusqu’à la fin.

Au début de la lecture, j’ai craint la caricature, la facilité. Les planches travaillées, magnifiques m’ont fait poursuivre le récit. Les dessins sont tellement beaux ! Les traits simples, dépouillés des personnages, y compris ceux des loups, accentuent leurs expressions. Les fonds sont différents selon les environnements, bleu froid pour les loups, bleu sombre pour la forêt, plus clair pour la vie dans le domaine et au village. De véritables tableaux ! On n’en finit pas de les détailler, de découvrir d’autres détails.

Les relations entre les personnages sont plutôt complexes et bien mises en valeur. Comme l’indiquera la fin….

La violence est permanente, verbale et physique. Le seul moment d’humour est celui où le Baron consulte une hypnotiseuse (pétrie de psychanalyse) qui libèrera la boîte de Pandore.

Extraits :

_ « C’est ça qui vous inquiète, que vos ennemis disent que vous êtes fou ?

_ Non, m’dame, j’ai surtout peur qu’ils aient raison. »

 

Une vraie réussite pour les amoureux des dessins travaillés, puissants et pour le plaisir d’une histoire  où les pages se tournent toutes seules.

Merci aux Éditions Dupuis, à Netgalley de m’avoir fait découvrir Paul Reynès et Valérie Vernay.