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La
personnalité et le parcours de Volodymyr Zelenski par Gallagher Fenwick, ancien
responsable de France 24 et grand reporter. Une enquête sans complaisance où
l’auteur revient sur les zones d’ombre de Zelensky : sa proximité avec
l’oligarque Kolomoïsky (qui était le directeur de la chaîne de TV où il se produisait)
et la citation de son nom dans les « Pandora papers », sans oublier
son patrimoine immobilier…
On
comprend mieux aussi les accusations de Poutine à propos du pseudo
« néonazisme » de l’Ukraine. En fait, elles ne sont justifiées qu’à
propos des milices néonazies de l’oligarque, devenu un gouverneur de région,
entre Crimée et Donbass.
« L’aventure de Kolomoïsky
sera de courte durée, mais haute en couleur et, comme souvent avec lui, pleine
de controverses. En l’absence d’une armée digne de ce nom capable de protéger
cette région et sa population face aux ambitions annexionnistes de la Russie,
il va financer des milices à hauteur de plusieurs
millions de dollars. Certaines qui subsistent encore, font l’objet
d’accusations graves, notamment le régiment d’Azov. Certains de ses combattants
se revendiquent ouvertement du néonazisme, dont ils utilisent l’imagerie pour
orner uniformes, armes, et parfois leurs avant-bras. »
L’inimitié
entre Poutine et Kolomoïski est bien connue : « Poutine traite Kolomoïsky de « voleur d’une genre
unique » et l’oligarque répond en traitant Poutine de « nain
schizophrène »
Une
analyse et un portrait passionnants qui facilitent grandement la lecture des
événements actuels en Ukraine.
Zelensky est
né en 1978, dans l’est de l’Ukraine. Une famille aisée, cultivée, dont les
grands parents étaient juifs. L’un combattra aux côtés de l’Armée Rouge contre
le nazisme, les autres mourront à Auschwitz.
« Les trois frères du
grand-père de Zelensky ont été exécutés durant la Shoah. Son grand-père a servi
dans les rangs de l’Armée Rouge, celle même qui libéra Auschwitz. »
Il est
lui-même juif non pratiquant et se considère comme laïc. La religion est une
affaire strictement privée. Avec l’humour qui le caractérise, il déclare :
« Le fait que
je sois juif se classe seulement en 20e position dans ma longue
liste de défauts »
Sa langue
maternelle est d’ailleurs le russe mais il parle couramment l’ukrainien et
l’anglais.
Il fait
des études de droit pour satisfaire ses parents mais, passionné par la scène,
il se dirige vers le métier d’acteur, d’humoriste, puis de scénariste et de producteur. Il fonde avec ses amis
d’enfance la société de production, « Kvartal 95 ». Il va surtout
faire un tabac dans la série « Serviteur du peuple » où il incarnera le
rôle principal, un professeur idéaliste, candidat à la présidence de son
pays ».
Zelensky
incarne une candidature populiste qui va le propulser aux premières loges du gouvernement :
« plutôt que de chercher à cacher
son manque d’expérience, il le célèbre et l’érige en symbole de sa virginité
politique. L’expérience devient de l’innocence qu’il oppose à la culpabilité de
tous ses adversaires politiques. C’est la recette d’une candidature
populiste dont l’un des arguments principaux, outre le rejet des élites, est la
non appartenance à un système qui serait corrompu et corrupteur. (…) Zelensky
se passera jusqu’au bout de tous les relais de campagne traditionnels, à
commencer par la presse. Il ne lui parle pas, elle parle beaucoup de lui. Son
utilisation des réseaux sociaux lui permet d’être le maître de son récit et de
jouer une autre carte très importante dans une campagne populiste : la
transparence.»
Pourtant,
il n’y avait pas vraiment de programme dans cette candidature : « un vide dans lequel des millions
d’ukrainiens ont projeté ce qu’ils voulaient y voir. Zelensky a trouvé le moyen
de faire de son absence d’idées, une force, un vecteur d’espoir, la paix pour
les uns, la promesse de changements politiques profonds pour les autres. »
« Zelensky et les candidats
de sa liste n’ont eu qu’à reproduire la recette miracle : sincérité pour
seule compétence, slogans anti-corruption, séquences dialogues diffusées sur
les réseaux sociaux et concerts gratuits ! »
Cette
aventure réussie représente aussi les prémices de bien d’autres candidatures
politiques aux premiers postes.
Zelensky
cherchera sans cesse à dialoguer avec Poutine, ne croyant pas à une invasion
russe. Ne pas oublier que le russe est sa langue maternelle.
Ensuite,
il va se révéler en tant que dirigeant ferme et courageux d’un pays agressé.
Les USA avaient proposé de l’exfiltrer, il a refusé. « La bataille est ici, j’ai besoin de munitions et non d’un
taxi. » Toujours, le sens des formules fortes et efficaces. La
véritable métamorphose d’un homme en position de « Serviteur du
peuple », de sauveur de son pays, qui continue à gouverner, à
communiquer.
« Il interprète sa partition avec talent
et sincérité. Et c’est efficace. Il est charismatique parce qu’il te donne
l’impression d’être pleinement avec toi. (…)
Marc de Chalvron (France 2) lui a
notamment demandé si cette guerre l’avait changé personnellement. Il a pris le
temps de réfléchir un peu… et il a dit qu’il était surtout heureux de sentir
qu’il était utile. Qu’il sentait les attentes autour de lui et qu’il aimait ça,
en fait. »
Une
excellente analyse très documentée *du personnage (intelligent, courageux,
fidèle en amitié, opportuniste mais sincère et courageux), mais aussi du pays
et du contexte international. Qui permet à la lumière du passé, de mieux
comprendre le présent, et d’envisager l’avenir.
L’écriture
est juste, précise, le ton est très pédagogue.
Félicitations
à Gallagher Fenwick qui réalise une véritable enquête journalistique, un vrai
travail d’historien.
* Cela
m’a fait sourire : il y a quelques années, les sources étaient essentiellement
bibliographiques. Aujourd’hui, la documentation est entièrement numérique.