dimanche 18 décembre 2022

                                                               💙💙💙💙💙 

Imaginez…. Vous êtes assis confortablement dans votre canapé et une pièce de théâtre se déroule devant vous,  rien que vous. Six acteur du 17ème siècle, à tour de rôle,  vous interpellent et vous expliquent qui ils sont, leur environnement, leurs  amours et leurs  questions.

Car il est bien question de doutes, de révélations : Est-ce Corneille qui a écrit les pièces de Molière ?

Le lecteur écoutera donc, par ordre d’apparition en scène :

Maître Pierre, ou le Vieux pour Pierre Corneille, amoureux de l’épouse de Molière

La Désirée pour Armande Bejart, actrice et épouse de Molière

Le Petit  pour le jeune comédien Michel Baron, proche de Molière

L’Intouchable pour Molière

L’Accoucheuse pour Madeleine Béjart, mère d’Armande

L’Épouse pour Marie Corneille

Le récit commence au cimetière : les proches accompagnent Molière qui vient de décéder en février 1673. Y compris Pierre Corneille, qui se fera tout petit car Armande ne veut pas le voir. La pièce va donc ressusciter Molière  et son ancienne compagne Madeleine, décédée quelques années avant l’auteur.

Deux thèmes centraux : le doute sur la paternité des pièces de Molière, la révélation de Corneille ou pas...  Et la compréhension de l'environnement proche de Molière. Et cela, c’est passionnant car chacun s’exprime en toute sincérité, en toute intimité devant  le lecteur que nous sommes.

Il semblerait, d’après les études de Cafiero et Camps (https://www.chartes.psl.eu/fr/actualite/jean-baptiste-camps-florian-cafiero-publient-affaires-style-du-cas-moliere-affaire-gregory) que les pièces de Molière appartiennent bien à son auteur.

J’ai adoré cette pirouette théâtrale avec des personnages bien campés, parfaitement crédibles. Des portraits magnifiques, comme celui de Pierre Corneille par Molière : « Il a posé ses yeux et je n’ai plus su qui j’étais. Il n’avait rien d’impressionnant pourtant. Grand mais pas large, les épaules tombantes, l’estomac proéminent, vêtu comme un notaire économe, pas une dentelle au col ni aux poignets, le cheveu rare sous une calotte grise, les joues plates, le nez laid. Mais les yeux. Des yeux à vous dépecer vif. A percer la dalle d’un tombeau. A fondre mon poids de plombs pour le changer en or. »

 On comprend mieux aussi la tonalité profonde de l’œuvre de chacun. Corneille s’explique : « Ils verraient que je ne suis pas seulement le poète de l’honneur et de l’intérêt politique, mais celui de l’amour. L’amour écartelé. Sacrifié. Sublimé. L’amour qui agenouille l’orgueil. Celui qui jusque dans la mort, triomphe. »

L’humour est présent, et c’est toujours Corneille qui s’exprime à propos de Molière et de « Le Petit » : « Molière ne détestait pas les garçons :  il chassait à poil et à plumes »

J’ai beaucoup aimé aussi la peinture de l’époque, l’influence des grands, la concurrence des troupes, les difficultés de percer. Molière explique : « Devinez pourquoi l’Église de France condamne la comédie ? Parce qu’elle lui vole ses clients. Hormis les dévots, qui ne préfère s’esclaffer à battre sa coulpe ? »

 

Une organisation du roman originale, agréable qui donne tout de suite le ton. Un vrai plaisir intelligent.

 


vendredi 16 décembre 2022

                                                                  💙💙💙💙 



Un gros monsieur chauve, son imperméable, sa serviette sous le bras. Un comptable sans doute…. Et c’est vrai qu’à l’extérieur, monsieur Léon ressemble à un bonhomme bien triste, bien convenu, pas intéressant en tous cas…

Sauf que… tout est coloré, gai, poétique, voire exotique, à l’intérieur de sa maison, dans ses pensées, et dans ses songes d’amour avec mademoiselle Sophie, sa voisine. Un introverti, un timide qui ne sait comment lui déclarer sa flamme. Il a besoin de conseils éclairés et va donc consulter maître Wong, grand médium extralucide.

Je ne résiste pas au plaisir de citer la carte de visite de maître Wong, qui « ratisse large » :

« Guérit tous les problèmes et toutes les angoisses, solutionne l’insoluble, offre au choix la gloire ou la tranquillité, garantit l’anonymat ou le succès, le retour de l’être aimé ou le départ du gros boulet, protection contre les esprits, les ondes, la 5G, les sociétés secrètes, les virus et les illuminati ( sectes d’illuminés) , informatique, jeux de hasard, transferts de fonds, ostéopathie, expertise en communication. Discrétion assurée.  

5 bd Camille Flammarion » (Petit clin d’œil à l’ancien propriétaire de Fluide Glacial, Flammarion, et devenu actionnaire minoritaire)

Maître Wong lui fournit un moyen de communiquer à distance intraçable, car monsieur Léon craint Big Brother et compagnie.  Vous  découvrirez cet outil de communication…

S’ensuit une série d’aventures cocasses, avec son copain et complice Fernand, tout aussi azimuté que lui.

Ne ratez pas la scène avec le Préfet.

Le graphisme accompagne admirablement le récit. Gris quand il s’agit de la vie quotidienne, colorée, éclatante pour la vie intérieure de monsieur Léon, jaune quand il rêve et que cela tourne au cauchemar. Et même dans le gris du quotidien, il y a toujours une petite touche de couleur.

Il y a du Franquin (Gaston Lagaffe ) chez les auteurs et c’est bien agréable.

Une BD au ton poétique, humoristique, jubilatoire.

 

 

 

mercredi 14 décembre 2022

                                                            💙💙💙💙 



« Quel sens donner à mes déconvenues ? (…) Je n’arrêtais pas de payer pour les autres. J’avais fait une guerre à laquelle je n’étais pas convoqué pour défendre l’honneur d’un ingrat qui ne songeait qu’à me faire disparaître ; j’étais recherché par la police pour avoir défendu l’intégrité d’une femme qui avait abusé de mon amour pour elles, et maintenant on allait me lyncher pour avoir protégé un bien qui n’était pas le mien. Quelle ironie ! Tous ces faits de bravoure pour finir à plat ventre dans une charrette ! »

Au début du 20ème siècle, en Algérie, la vie de Yacine, né dans une famille de paysans pauvres, dominée par le caïd. A cause de lui, il combattra aux côtés de la France en 14 – 18 et reviendra caporal  au pays où les  difficultés et déboires se poursuivront.

C’est aussi Yacine qui raconte et c’est toute la force de cette histoire. Le regard d’un Candide, d’un pur. Un homme éduqué avec des valeurs, des actes qu’on ne peut pas accomplir. Et malgré toutes les épreuves qui lui tombent dessus, malgré ses questionnements,  il ne lâche rien et demeure dans la même ligne de droiture et d’honnêteté.

Le regard de la vertu dans une société corrompue et violente, celle de l’Algérie coloniale, où les nantis ont tout pouvoir sur les humbles. Une peinture du pays spécifiquement algérienne car les français sont assez peu présents. Même dans le récit magnifique des tranchées où le lecteur suit essentiellement le groupe des « turcos », les tirailleurs algériens

Un récit classique où le lecteur peut également s’étonner quelquefois de la naïveté de Yacine. C’est sans doute la leçon que je retire de cette épopée : entre vertu et naïveté, la frontière est quelquefois bien tenue…

Un bon livre, certes, mais qui n’a pas la densité, la puissance de « Les hirondelles de Kaboul » ou de « L’attentat », qui m’ont « chamboulée ».

 

mercredi 30 novembre 2022

                                                               💙💙💙💙💙


 

Un livre, une BD, c’est d’abord la rencontre avec la couverture. Tout de suite, j’ai adoré ces deux corps nus, noués ensemble. Une étreinte, une symbiose parfaite.

Une base scientifique internationale en Antarctique. Un signal qui vient des profondeurs, encore plus profond… Les scientifiques découvrent deux corps cryogénisés, dans une coupole en or, survivants de presque 1million d’années.

L’équipe procède au réveil de la femme, arrive à communiquer avec elle, à comprendre son histoire, l’histoire d’une civilisation disparue. Avant de réveiller l’homme……..

Une belle œuvre de science fiction où les thèmes intemporels sont traités : l’amour, la fidélité, le courage, dans un monde qui s’effondre. Les  choix politiques : ceux qui survivront, ceux qui mourront. L’homme qui malgré les siècles, l’évolution, ne change pas. Quant aux scientifiques, ils  incarnent la recherche de la vérité, l’obsession de conserver la vie à ceux qu’ils ont sauvés d’un long sommeil.

La tension monte au fur et à mesure des pages, orchestrée par des dessins magnifiques. Les souvenirs de la jeune femme, Elea, sont représentés par des planches de couleurs vives, éclatantes. Au fur et à mesure, elles s’assombrissent. Les expressions sont marquées d’un réalisme saisissant.

Mais les hommes demeurent des hommes et les dangers se profilent à l’intérieur et à l’extérieur de la coupole. Ce que comprennent très vite les savants :

« J’ai eu l’impression d’assister à la fois, à notre passé lointain, mais aussi à notre futur proche. 

Il semblerait que les habitants de cette planète aient systématiquement une irrésistible envie de la détruire et de scier la branche sur laquelle ils sont assis. »

Un voyage dans le passé, mais qui paraîtra bien visionnaire à beaucoup d’entre nous. Un ensemble parfaitement réussi, dans le scénario, le graphisme et la mise en couleurs somptueuse.

mardi 29 novembre 2022

                                                           💙💙💙💙💙     


 

La personnalité et le parcours de Volodymyr Zelenski par Gallagher Fenwick, ancien responsable de France 24 et grand reporter. Une enquête sans complaisance où l’auteur revient sur les zones d’ombre de Zelensky : sa proximité avec l’oligarque Kolomoïsky (qui était le directeur de la chaîne de TV où il se produisait) et la citation de son nom dans les « Pandora papers », sans oublier son patrimoine immobilier…

On comprend mieux aussi les accusations de Poutine à propos du pseudo « néonazisme » de l’Ukraine. En fait, elles ne sont justifiées qu’à propos des milices néonazies de l’oligarque, devenu un gouverneur de région, entre Crimée et Donbass.

« L’aventure de Kolomoïsky sera de courte durée, mais haute en couleur et, comme souvent avec lui, pleine de controverses. En l’absence d’une armée digne de ce nom capable de protéger cette région et sa population face aux ambitions annexionnistes de la Russie, il va financer des milices  à hauteur de plusieurs millions de dollars. Certaines qui subsistent encore, font l’objet d’accusations graves, notamment le régiment d’Azov. Certains de ses combattants se revendiquent ouvertement du néonazisme, dont ils utilisent l’imagerie pour orner uniformes, armes, et parfois leurs avant-bras. »

L’inimitié entre Poutine et Kolomoïski est bien connue : « Poutine traite Kolomoïsky de « voleur d’une genre unique » et l’oligarque répond en traitant Poutine de « nain schizophrène »

Une analyse et un portrait passionnants qui facilitent grandement la lecture des événements actuels en Ukraine.

Zelensky est né en 1978, dans l’est de l’Ukraine. Une famille aisée, cultivée, dont les grands parents étaient juifs. L’un combattra aux côtés de l’Armée Rouge contre le nazisme, les autres mourront à Auschwitz.

« Les trois frères du grand-père de Zelensky ont été exécutés durant la Shoah. Son grand-père a servi dans les rangs de l’Armée Rouge, celle même qui libéra Auschwitz. »

Il est lui-même juif non pratiquant et se considère comme laïc. La religion est une affaire strictement privée. Avec l’humour qui le caractérise, il déclare : « Le fait que je sois juif se classe seulement en 20e position dans ma longue liste de défauts »

Sa langue maternelle est d’ailleurs le russe mais il parle couramment l’ukrainien et l’anglais.

Il fait des études de droit pour satisfaire ses parents mais, passionné par la scène, il se dirige vers le métier d’acteur, d’humoriste, puis de scénariste et  de producteur. Il fonde avec ses amis d’enfance la société de production, « Kvartal 95 ». Il va surtout faire un tabac dans la série « Serviteur du peuple » où il incarnera le rôle principal, un professeur idéaliste, candidat à la présidence de son pays ».

Zelensky incarne une candidature populiste qui va le propulser aux premières loges du gouvernement : « plutôt que de chercher à cacher son manque d’expérience, il le célèbre et l’érige en symbole de sa virginité politique. L’expérience devient de l’innocence qu’il oppose à la culpabilité de tous ses adversaires politiques. C’est la recette d’une candidature populiste dont l’un des arguments principaux, outre le rejet des élites, est la non appartenance à un système qui serait corrompu et corrupteur. (…) Zelensky se passera jusqu’au bout de tous les relais de campagne traditionnels, à commencer par la presse. Il ne lui parle pas, elle parle beaucoup de lui. Son utilisation des réseaux sociaux lui permet d’être le maître de son récit et de jouer une autre carte très importante dans une campagne populiste : la transparence.»

Pourtant, il n’y avait pas vraiment de programme dans cette candidature : « un vide dans lequel des millions d’ukrainiens ont projeté ce qu’ils voulaient y voir. Zelensky a trouvé le moyen de faire de son absence d’idées, une force, un vecteur d’espoir, la paix pour les uns, la promesse de changements politiques profonds pour les autres. »

« Zelensky et les candidats de sa liste n’ont eu qu’à reproduire la recette miracle : sincérité pour seule compétence, slogans anti-corruption, séquences dialogues diffusées sur les réseaux sociaux et concerts gratuits ! »

Cette aventure réussie représente aussi les prémices de bien d’autres candidatures politiques aux premiers postes.

Zelensky cherchera sans cesse à dialoguer avec Poutine, ne croyant pas à une invasion russe. Ne pas oublier que le russe est sa langue maternelle.

Ensuite, il va se révéler en tant que dirigeant ferme et courageux d’un pays agressé. Les USA avaient proposé de l’exfiltrer, il a refusé. « La bataille est ici, j’ai besoin de munitions et non d’un taxi. » Toujours, le sens des formules fortes et efficaces. La véritable métamorphose d’un homme en position de « Serviteur du peuple », de sauveur de son pays, qui continue à gouverner, à communiquer. 

 « Il interprète sa partition avec talent et sincérité. Et c’est efficace. Il est charismatique parce qu’il te donne l’impression d’être pleinement avec toi. (…)

Marc de Chalvron (France 2) lui a notamment demandé si cette guerre l’avait changé personnellement. Il a pris le temps de réfléchir un peu… et il a dit qu’il était surtout heureux de sentir qu’il était utile. Qu’il sentait les attentes autour de lui et qu’il aimait ça, en fait. » 

Une excellente analyse très documentée *du personnage (intelligent, courageux, fidèle en amitié, opportuniste mais sincère et courageux), mais aussi du pays et du contexte international. Qui permet à la lumière du passé, de mieux comprendre le présent, et d’envisager l’avenir.

L’écriture est juste, précise, le ton est très pédagogue.

Félicitations à Gallagher Fenwick qui réalise une véritable enquête journalistique, un vrai travail d’historien.

* Cela m’a fait sourire : il y a quelques années, les sources étaient essentiellement bibliographiques. Aujourd’hui, la documentation est entièrement numérique.

 

mardi 22 novembre 2022

                                                            💙💙💙💙 



Un couple en voiture, une petite route de montagne. Romy conduit, Sébastien est concentré sur la photo d’un paysage. Il s’est aperçu, en agrandissant, qu’il avait pris la photo d’une jeune femme brune, se prélassant sur le sable. Il la caresse du bout des doigts.

Soudain, c’est l’accident. Romy est plongée dans le coma, Sébastien, s’en sort physiquement.

On va suivre Sébastien, dans un parcours chaotique et désespéré. Il enquête pour retrouver la jeune femme brune de la photo, et en même temps, visite Romy à l’hôpital. Impuissant et coupable d’être toujours en vie.

Son angoisse de voir mourir Romy et en même temps, l’instinct de vie qui le pousse à rechercher la  jeune femme brune de la photo.

Deux mondes opposés où Sébastien tente de survivre : « Un monde en mouvement, qui danse et s’agite à l’air libre, et un monde à l’arrêt, qui respire sous assistance dans une chambre étroite… et entre les deux mondes, un pied entre la vie et la mort, se tiennent ceux qui se taisent et souffrent en silence. Ceux qu’ils appellent « les chanceux », « les miraculés »… Et dont je fais partie. »

Étreindre les êtres qui nous sont chers, étreindre la vie. Même inconsciente, la proximité avec Romy est forte. Elle lui parle, elle le comprend, elle le conseille et ses mots sont doux. Sébastien entend Romy qui lui dit :

« Savoir que du beau t’attend, et que c’est normal… et même quand je te regarde, je sais que tu es déjà dans l’après. »

C’est en même temps une observation précise et fine du monde hospitalier avec les autres familles rencontrées comme Marie-Yvonne, dont le mari est (soi-disant) hospitalisé pour cancer :

« Nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Il y a urgence à n’en pas guérir, croyez-moi ».

C’est également les soignants dont le médecin qui suit le coma de Romy. Les attentes de la famille, les réponses du médecin :

« Et ça dure comme ça pendant 20 mn. Tu t’écoutes poser des questions, tu l’entends te répondre et tu sais que tu n’apprendras rien. Il te parle d’une voix posée, il te parle d’un dossier et il raccrochera, puis se tournera vers le dossier suivant. 

Et toi, tu as envie de hurler.  « Il faut du temps, il faut être courageux », il dit.

« Connard. »

Le graphisme accompagne harmonieusement le texte. Certaines planches sur la totalité de la page, sont même de petits tableaux à part entière, par leur beauté, par l’évocation immédiate et précise du sentiment.

Je pense à celle de la crique, page 158 : un homme de dos, (Sébastien) regarde la mer sous la pluie.

Mais on comprend aussi qu’il n’y a pas eu de scenario indiquant le graphisme à suivre, car certaines planches ne correspondent pas au texte. On sent qu’elles ont été rapprochées sans trop de raison.

On le comprend d’autant mieux que Jim et Laures Bonneau expliquent leur façon de travailler : pas de scenario préalable. Chacun travaille, ils communiquent ensemble et construisent le récit au fur et à mesure de l’avancée de chacun.

« Nous avancions simultanément en fonction de ce que proposait l’autre.

Laurent a commencé avec le dessin d’un ami sculpteur. (…)  Jim s’est accroché à une photo prise sur une plage. (…) A partir de cette photo, j’ai découpé les quelques pages d’ouverture. Un début d’histoire, une promesse peut-être. Un trajet en voiture, un accident… »

Laurent Bonneau (illustrateur)

« Pour moi, c’était une sensation très plaisante de constater qu’il savait toujours quoi faire de ce que je dessinais (seules 10 planches n’ont pas trouvé leur place sur les 300 réalisées au total). »

Malgré ce léger bémol, l’ensemble est très réussi.

Un roman graphique qui suscite l’émotion sur un sujet sensible et douloureux.

 

 

 

lundi 21 novembre 2022

                                                                    💙💙💙 



Un roman au thème plutôt original : le revers de la médaille pour des soldats engagés et donc participant à des opérations de combat à l’extérieur.

Quatre soldats de la même unité partent à la recherche de l’un des leurs, Lulu, disparu brutalement. Lulu qui parait toujours d’humeur constante, toujours là pour aider les autres. Pas le genre à déserter…

Même s’il revient d’une mission où un soldat est mort.

On comprend vite que les souvenirs douloureux sont légion, qu’ils les empêchent tous  de dormir, même ceux qui paraissent le plus solides.

« Il leur fallut à chacun un long moment avant de s’endormir enfin. Ni Romain, ni le lieutenant n’entendirent Stéphane se glisser hors de la maison et partir pour sa course nocturne, chassé par ses propres démons, différents des leurs. Les démons de celui qui se savait à la hauteur, et qui savait que cela n’avait pas suffi, que cela ne suffisait jamais. Qu’il n’y avait que l’inévitable à accepter, et que  c’était le plus difficile à faire. »

Ceux qui restent, c’est d’abord les morts qui restent et hantent les mémoires des vivants. Les morts auxquels on ne s’habitue pas.

C’est ceux qui ont choisi d’arrêter l’armée, comme Stéphane, mais dont les souvenirs continuent de le hanter.

Et enfin, c’est aussi celles qui restent : les épouses. Leur abnégation quand elles comprennent que l’armée, les autres soldats habitent la tête de leur homme et qu’il faudra faire avec.

La construction est intéressante avec « ici » : où l’auteur relate le moment présent, celui de la recherche des quatre militaires, et « là-bas », celui du retour vers les événements passés.

J’avoue m’être un peu ennuyée au milieu de l’enquête à propos de Lulu. Heureusement, un coup de théâtre  complète les pièces du puzzle et la fin est magnifique.