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Quand je
pense qu’adolescente, j’idolâtrais Charles Baudelaire, l’homme et la poésie.… Je le
percevais comme un poète romantique maudit et passais complètement à
côté de certains de ses poèmes.
Merci à Jean
Teulé pour cet excellent roman biographique sur la vie de Baudelaire, mais
aussi – et c’est toute la force de cet ouvrage – sur son œuvre.
Charles
Baudelaire est un petit garçon amoureux de sa mère et il perd tout quand elle
se remarie. « Un intrus a pris sa
place. (…) le second mariage de sa mère impose au petit garçon sensible, la
pire des épreuves. Un chaos roule en son intelligence. Il lui semble qu’il
reçoit un coup de pioche dans l’estomac. »
Cette
blessure demeurera toujours béante.
Sa courte
vie durant, il recherchera sans cesse la provocation, la rébellion, la
recherche du plaisir et de la débauche sans contrainte ni tabou d’aucune sorte.
Baudelaire
est profondément misogyne et perçoit toutes les femmes – y compris sa mère –
comme des gaupes (des prostituées). A propos de Georges Sand, il écrira :
« Elle est bête, elle est lourde,
elle est bavarde. Que quelques-uns aient pu s’amouracher de cette latrine,
c’est bien la preuve de l’abaissement des hommes de ce siècle. »
Pour
mieux comprendre son œuvre, il suffit de citer Delacroix quand il dit à
Baudelaire ( et c’est la clef d’accès à toute son œuvre ) : « Dans la trame de ce que vous rimez, vous
mêlez des fils de soie et d’or à des fils de chanvre rudes et forts comme en
ces étoffes d’Orient à la fois splendides et grossières, où les plus délicats
ornements courent avec de charmants caprices sur un poil de chameau ou sur une toile âpre au toucher comme la
voile d’une barque. »
La
charogne enchâssée de fils d’or et de perles…
Baudelaire
est également très lucide quant à la construction de ses poèmes : « la
recherche de la perfection de la forme et de la violence du propos m’aura coûté
vingt années de soirs malsains et de nuits fiévreuses. »
Dans
cette quête exigeante, il perdra la santé et la vie.
Deux bémols :
- Teulé fait quelquefois parler Baudelaire de façon trop moderne. Par exemple, je
ne suis pas sûre que l’expression « j’me casse » (page 50) soit
connue et utilisée au 19ème siècle. Idem pour le « cocktail
dinatoire » qu’organise la mère de Baudelaire…
- Les
commentaires personnels et fréquents de Jean Teulé à propos de l’action qu’il
raconte, n’apportent rien. Au contraire, ils font sortir le lecteur du
contexte.
Exemple,
le beau-père parle de Charles : « Encore
un simulacre destiné à ajouter une ligne romantique à sa légende !
commente le beau-père en tenue de général (décidément, il ne cesse de monter
en grade celui-là). »
Hormis
ces deux remarques, ce livre a le mérite de rattacher sans cesse l’œuvre à sa
personnalité et sa vie. Un éclairage très bien documenté sur l’auteur des Fleurs du mal.
Désormais,
j’apprécie davantage ses poèmes, son génie, la perfection de certains vers, tout en restant bien lucide sur le personnage.