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« La célébrité est
une drogue dure, un monstre féroce. Et je suis allée la chercher avec ma rage,
avec mes ongles, avec mes dents. »
💥Cléo, star mondiale de la
chanson, raconte. Elle a choisi de s’isoler quelques semaines, sur une île
déserte et revient sur sa vie. Elle a toujours voulu être célèbre. Dès
l’enfance, elle s’y prépare et rien d’autre ne compte.
C’est une fille intelligente,
qui a fait des études supérieures et terminé Major de promotion à Sciences-Po. Elle
mène sa vie et sa carrière (les deux ne font qu’un) de manière essentiellement
stratégique.
Elle ne veut pas seulement
être reconnue dans sa ville ou dans son pays, mais dans le monde entier. Elle doit
être la MEILLEURE et elle mettra tous les moyens possibles pour y arriver. D’abord,
être autrice, compositrice et interprète. Tout doit être sous son contrôle, rien
ne doit lui échapper.
Puis, le choix assumé de
la bipolarité. Adorable envers le public, odieuse envers les proches. « Je
me mets dans la peau de mon personnage public, réfléchie et amusante,
reconnaissante et humble. Glaçante en privé, je joue au petit soleil en public. J’ai
gagné le droit d’être désagréable avec mes équipes, mais certainement pas avec
mes fans, ni avec les médias. »
Quand elle se juge « nulle »,
ce qui arrive souvent, elle s’ auto-mutile : « J’ai un rêve mais je
ne rien pour le concrétiser. Le piano et la guitare, pour rien. Ma voix d’or,
pour rien. Mes études pour rien. New York, pour rien. Toutes ces années, sont
des années perdues. Un trou de 10 ans. A la fin du décompte, je fouille dans
mon placard, trouve une ceinture de cuir. Je me mets à genoux et je me frappe
les cuisses. Dix coups de cravache. Dix coups de fouet pour les dix années que
j’ai passées à ne rien faire. »
💥Même si on n’est pas naïf sur
la sincérité des célébrités, sur le consumérisme et la fabrication calculée des
artistes, l’écriture de Maud Ventura est addictive. Car Cléo est « cash »,
brutale mais surtout très lucide. Le ton acide du récit, les phrases courtes et
précises donnent du rythme au récit prenant.
« C’est la
première chose à apprendre : pleurer sur commande. On connaît la chanson.
Il faut se montrer émouvante et fébrile, avoir le triomphe modeste, expliquer
qu’on fait de la musique pour ses fans, saluer les équipes de l’ombre en citant
une longue liste de noms qui n’évoquent rien à personne. »
💥 J’ai particulièrement aimé
le réflexion du la solitude de l’artiste. Le constat est glaçant entre la sur-sollicitation
puis le désœuvrement total. Se sentir dépossédé de sa propre vie.
« Les célébrités n’ont
pas d’autres choix que de tracer des frontières autour d’elles. (…) depuis le
début, cette citadelle me protège autant qu’elle m’isole. Plus je suis
entourée, et plus je suis seule. »
💥 Une conclusion bluffante et une analyse lucide et
féroce de la célébrité. Une vraie réussite !
Extraits
« A vingt ans,
j’ai tout pour moi, je suis jolie comme un ange, l’avenir me tend les bras ;
pourtant, je me sens empêchée, aigrie, j’ai le sentiment de mener une existence
qui n’est pas la mienne et j’en veux à la terre entière. »
« J’ai un rêve
mais je ne rien pour le concrétiser. Le piano et la guitare, pour rien. Ma voix
d’or, pour rien. Mes études pour rien. New York, pour rien. Toutes ces années,
sont des années perdues. Un trou de 10 ans. A la fin du décompte, je fouille
dans mon placard, trouve une ceinture de cuir. Je me mets à genoux et je me
frappe les cuisses. Dix coups de cravache. Dix coups de fouet pour les dix
années que j’ai passées à ne rien faire. »
« On se trompe de
métier, on se trompe de partenaire, on se trompe de lieu de vie. Et puis, on
rectifie le tir. Soudain, tout s’aligne, tout s’explique, il n’y a plus ni
compromis, ni lassitude, les efforts n’en ont plus, rien n’est un sacrifice,
tout s’imbrique, naturel et joyeux. Je souhaite à tout le
monde d’être un jour à sa place. »
« Il compose la
musique qu’il a envie de chanter, pas celle que le public a envie d’entendre.
Il s’offusque que son premier album n’ait pas rencontré le succès escompté –
même lui n’écouterait pas ses propres chansons. Comment peut-on séparer à ce
point l’art qu’on produit de celui qu’on consomme ?
« Je suis
sur-sollicitée puis désœuvrée, incapable d’apprécier aucun des deux extrêmes. »
« Chacune de vos
soirées est monétisée, et le produit à vendre, c’est vous. Vous devez sourire
quand vous manquez de sommeil, quand vous avez mal au ventre, quand vous avez
faim, quand tous les regards sont posés sur vous »
« Je pensais que
je désirais, plus que tout, être célèbre. Pour la première fois, je me demande
si je ne me suis pas trompée. Le vrai problème des vœux, c’est quand ils se
réalisent. »
« Je suis sur le
point d’intégrer cette règle universelle : plus tu es célèbre, plus tu
leur appartiens. »
« Je dois vraiment
tout faire moi-même : je suis la tête pensante dans ma carrière, dans
notre couple, au lit. Et j’en ai marre d’être la locomotive. »
« Je me mets dans
la peau de mon personnage public, réfléchie et amusante, reconnaissante et
humble. Glaçante en privé, je joue au petit soleil en public. J’ai gagné
le droit d’être désagréable avec mes équipes, mais certainement pas avec mes
fans, ni avec les médias. »
« Et puis, nous n’avons
rien à faire ensemble. John est doux, délicat, mesuré. Affectueux. Je suis
rentre-dedans, fonceuse, sèche, brutale. Je dois me rendre à l’évidence :
un bulldozer n’a rien à faire avec une pâquerette. »