mardi 11 novembre 2025

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Dès les premières pages, on retrouve l’humour de nos deux complices de « La Bibliomule de Cordoue » :  Lupano et Chemineau. Mais aussi, la précision de la documentation concernant un fait historique 

📌 1999 à Cap Canaveral – l’échec d’une sonde orbitale

« Au lieu de se mettre sagement en orbite, la sonde entra dans l’atmosphère, fut happée par la force gravitationnelle et grilla comme un moustique sur une raquette électrique un soir d’été. »

📌 Retour au 18ème siècle avec une autre erreur de tir, celle d’un bateau militaire français contre les pirates. Ce qui entraîne sa perte et la prise d’otage de Joseph Dombey, naturaliste ayant réellement vécu durant la seconde partie du 18ème siècle.

C’est lui qui devait apporter le précieux mètre étalon à Washington, et donc le système métrique aux États-Unis. C’est dire si sa mission était essentielle…

Mais son destin malchanceux en a décidé autrement. Les pirates l’emmènent à « Cocagna » le pays de Cocagne, dans les Caraïbes. L’ile sans Dieu, ni maître, aux personnages les plus différents possibles, outranciers et jubilatoires.

Et même au pays de Cocagne, l’ami Dombey demeure un vrai porte-poisse…

📌 On sourit tout en comprenant l’importance d’un seul système métrique en Europe face au système chaotique de poids et de mesures :

« Les savants étaient confrontés à la réforme d'un patchwork de 800 unités de mesure différentes, de la toise à la lieue en passant par le quart et la pinte. Certaines mesures étaient extrêmement basiques : dans le Bordelais du début du 18e siècle, une unité de terre était définie par la portée de la voix d'un homme. Il y avait peu ou pas de standardisation : à Paris, une pinte équivalait à 0,93 litre ; à Saint-Denis, elle équivalait 1,46 litre. Une aune, utilisée pour mesurer le tissu, était basée sur la largeur des métiers à tisser locaux. Ce système chaotique était sujet à la fraude et étouffait le commerce intérieur et extérieur. »

Les pages explicatives à la fin du volume sont passionnantes et pédagogiques.

📌 Ce n’est pas l’énorme coup de cœur de « La bibliomule de Cordoue », mais c’est une BD intéressante et humoristique, avec un scénario et un dessin parfaitement à l’unisson.

 

« Extraits

📌 « Au lieu de se mettre sagement en orbite, la sonde entra dans l’atmosphère, fut happée par la force gravitationnelle et grilla comme un moustique sur une raquette électrique un soir d’été. »

📌 « Après avoir jeté à bas la monarchie, les révolutionnaires ont eu à cœur de tout recenser.

Tout ! Et comme les anciens systèmes de mesure étaient basés sur le pied du roi, et que celui-ci n’a plus de tête depuis l’année dernière…

Il fut décidé qu’un nouveau système de mesure allait être proposé ! »

📌 « _ le système métrique, c’est le triomphe de la science et…

_ Et votre science, mon cher, elle est au service de qui ? je vais vous le dire. Elle est au service des marchands.

Ce qui est en train d’advenir, ce n’est pas le triomphe de la science, c’est le triomphe du commerce. Le monde, livré aux marchands de tapis, le voilà votre progrès !

Votre système métrique, c’est l’outil qu’il manquait aux découpeurs et aux dépeceurs. »

📌 A propos du cachiyouyou découvert par joseph Dombey »

« Notons au passage cette fascinante faculté propre aux occidentaux qui débarquent quelque part de « découvrir » ce que tous les habitants du coin savent déjà. »

📌 A propos du système métrique :

« Au lendemain de la Révolution la Convention veut remettre le monde sur le chemin de la raison.

Donc fini les systèmes de mesure basé sur le pied et le pouce du roi, et toutes les unités de mesure qui en découlent : plus de huit cents rien qu’en France. Et qui varient d’une région à l’autre ! On décide de balancer tout ça à la benne, vive le système métrique ! »

 

 


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Il y avait tellement de critiques élogieuses et surtout unanimes, que j’ai tenu bon jusqu’au chapitre 44, aux alentours de la page 350 sur un gros pavé de plus de 700 pages. Un roman primé par le Goncourt, en plus !

Je me serais sans doute intéressée à l’histoire de Marguerite, sa grand-mère, de Marie-Ernestine, son arrière-grand-mère et de tous ceux qui évoluent autour d’elles, sans les digressions permanentes, les phrases à rallonges qui me sortaient régulièrement du fil de l’histoire.

Vous avez été très nombreux à célébrer l’écriture de l’auteur dans ce roman avec des ressemblances fortes avec celle de Proust. Malgré mes efforts, je suis passée à côté comme je suis passée à côté de tous les romans « proustiens ».

Comme un tableau dont la peinture trop travaillée empêche toute émotion.

Chronique tout à fait subjective et complètement sincère.

Dommage car j’apprécie infiniment cet auteur que j’espère retrouver dans un prochain ouvrage, et savourer, comme dans les « Histoires de la nuit » ou « Continuer » …

Extrait

« En les mariant, on a veillé à ce que les  biens de Marie-Ernestine et ceux de Jules se diluent l’un en l’autre, la fortune possible de la femme devant s’incarner dans les décisions et la force de l’homme, seul capable de faire bon usage de tant de perspectives et de dépenses, car personne ne serait assez idiot pour laisser à une femme le loisir de jeter par les fenêtres tout le bien amassé si laborieusement par des générations d’hommes ; Firmin, lui en tous cas, n’aurait jamais laisser s’organiser une telle débâcle, et avant toute chose, le mariage de sa fille avait été l’assurance de tout léguer à celui qui, n’étant pas son fils, aurait mérité de l’être plus qu’aucun autre. »

mardi 4 novembre 2025

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« Une série de tremblements de terre en chaîne, partie du Moyen-Orient a traversé toute l’Europe. »  

📌 Elle touche Marie et ses deux garçons, Jules et Hugo à la fin des grandes vacances dans les Pyrénées. Tous les deux ne rêvent que de rejoindre leur père qui a quitté sa femme pour une autre, plus jeune.

Marie ressasse sa rancune envers son ex, en préparant les affaires des enfants avant la rentrée, quand un orage d’une extrême violence suivi d’un tremblement de terre provoque l’effondrement des maisons, des routes. Une scène d’apocalypse. Il faut fuir vers des contrées plus sûres.

Deux tomes réunis en un seul écrin pour suivre la tentative de survie de la famille avec leur chien Plutarque. Eux et « le reste d monde. »

Marie raconte la première partie : « l’effondrement ». Tandis qu’Hugo, le plus jeune, le plus proche de sa mère, raconte la deuxième : « Le monde d’après. »

📌 Quand la nature gronde et tremble, quand le naturel de l’homme reprend le dessus pour satisfaire ses besoins vitaux, manger, dormir, résister ou fuir aux bandes de pillards organisés.

Bien sûr, on a tous lu de semblables récits.

Celui-ci est très puissant par son graphisme qui accentue la survie acharnée, la déshumanisation de l’homme. Rejoindre la meute, résister.

Les couleurs s’assombrissent au fur et à mesure de leur cheminement. Le rouge sang, le gris, le bleu glacial du froid dans la montagne. Les actions se succèdent, sans laisser le temps de souffler au lecteur.

Petit à petit, il n’y a plus rien à manger, les maigres secours sont débordés. Chacun pour soi : « Fini le respect de l’ordre de la foi en la discipline, du glacis élémentaire d’humanité, du besoin de solidarité. Logique sauvage, logique de meute. »

Un dessin travaillé, précis, dans les paysages, les expressions, les attitudes.

📌 Une dystopie bien réaliste quant aux risques naturels et à leurs conséquences. Malgré toute notre pseudo évolution, l’homme redevient tel un chien ou un loup dans sa meute. En conservant - et c'est parfaitement analysé - l'amour maternel ou filial. 

Hâte de découvrir la suite dans les tomes 3 et 4.

Merci aux éditions Casterman et à Babélio pour cette belle découverte.

 

Extraits :

📌 « Fini le respect de l’ordre de la foi en la discipline, du glacis élémentaire d’humanité, du besoin de solidarité. Logique sauvage, logique de meute. »

📌 « Les garçons s’aguerrissent.

Ils sont ma fierté.

Plutarque les veille.

Mon humanité m’abandonne »

📌 « Des rats sans espoir, sans compassion, sans avenir. »

📌 Une série de tremblements de terre en chaîne, partie du Moyen-Orient qui a traversé toute l’Europe. »

📌 « Que maintenant, les gens sont dangereux comme des bêtes sauvages »

📌 « Il (Plutarque) rejoint les siens. On n’y peut rien. »

📌« Je suis tellement triste que c’est comme si j’étais mort. »

 


vendredi 31 octobre 2025

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🌊 L’histoire d’Hélène et Edo, dont le couple est en panne. Dans cette île où l’IA est interdite, Hélène choisit de ramener une androïde, son clone en plus jeune, afin de raviver la flamme de son mari…

Hélène, pianiste renommée a vu sa carrière stoppée net par un accident de voiture. Elle est désormais en convalescence et devrait reprendre sa place au sein du concert philharmonique.

A-t-elle vraiment envie de reprendre ? C’est une femme froide, distante, on ne sait pas très bien si elle est manipulatrice ou seulement, en souffrance, à la recherche d’une solution pour remettre sa vie de couple et sa carrière en route…

Yuri, la jeune pianiste qui vient de Tokyo, va-t-elle finalement la remplacer ?

Une jeune fille qui s’étonne de cette île demeurée au siècle passé :

« Je dois bien avouer que j’ai eu beaucoup de mal à m’y faire. Tout ici est tellement …traditionnel. Quand je suis arrivée, j’ai eu l’impression de me retrouver dans ces vieux films d’époque.

Quelle que soit la direction dans laquelle je regarde, j’ai toujours l’impression d’un décor de carte postale. C’en est presque artificiel…

Mais le plus surprenant, je pense, c’est l’absence totale d’IAH. Chez nous, tout le monde a son androïde particulier, sans parler des magasins. Cela faisait des années que je n’avais pas parlé à des commerçants humains. »

Faut-il résister comme la communauté de Kino ou accompagner le mouvement de la modernité ? Et quid, d’un changement politique qui rabattra soudainement les cartes, et peut-être dans l'autre sens ?

🌊 J’ai adoré ce graphisme.

Les 30 premières pages ne comportent aucun texte. C’est inutile tellement le dessin est expressif et puissant.

Superbes pages 114 et 115 dans la force du dessin et dans la compréhension du fonctionnement de l’IA. Là aussi, pas de texte, le dessin est amplement suffisant.

Un dessin nostalgique, colorisé, qui s’harmonise parfaitement au scénario, parfaitement travaillé sur les expressions, les attitudes, les paysages.

Un dessin magnétique !

🌊 Une lecture qui reste en mémoire, car elle questionne et provoque même un sentiment de malaise. A propos de l’avenir qui nous attend, politique, technologique et du bouleversement qui en résultera.

Serons-nous dépossédés de notre quotidien par les IA jusque dans les relations des individus entre eux, au sein même de la famille et du couple ?

Coup de cœur !

Merci aux éditions Sarbacane.

Ce titre fait partie de la sélection Bib en Bulles de la médiathèque de Bressuire   

 

Extraits :

🌊 « Voilà trop longtemps que le Japon est à l’école de l’Occident. Et il est temps, plus que temps, que nous fermions nos portes à ce monde extérieur qui sombre et s’éteint »

🌊 « L’esprit de la règle, la discipline, l’humilité. Voilà encore parfois des fleurs qui poussent avec ténacité, entre les pavés lointains de nos provinces. Mais hélas, elles sont mortes depuis longtemps dans le fatras de nos grandes villes, où la modernité a évincé notre art de vivre, pour ne laisser place qu’à l’acharnement et à la médiocrité.

Où s’en sont allées les vertus les plus solides et les plus délicates du génie japonais, qui à elles seules avaient su modeler la vie morale d’un si grand peuple ? Qu’est-il advenu de ces hommes et de ces femmes qui autrefois s’étaient fait les vassaux de l’honneur et de la courtoisie ? »

🌊 Yuri – La jeune pianiste

« Je dois bien avouer que j’ai eu beaucoup de mal à m’y faire. Tout ici est tellement …traditionnel. Quand je suis arrivée, j’ai eu l’impression de me retrouver dans ces vieux films d’époque.

Quelle que soit la direction dans laquelle je regarde, j’ai toujours l’impression d’un décor de carte postale. C’en est presque artificiel…

Mais le plus surprenant, je pense, c’est l’absence totale d’IAH. Chez nous, tout le monde a son androïde particulier, sans parler des magasins. Cela faisait des années que je n’avais pas parlé à des commerçants humains. »

🌊 Osachi, La femme de ménage dépossédée de  « son ile »

« C’était la belle époque… C’était notre ile.  ..

Puis bon, il y a eu ces gens de Tokyo qui ont voulu s’installer.

Ils ont tout acheté. Tout... Des villas qui poussaient de partout. Ils ont même réussi à privatiser les côtes, ces bougres… »

🌊 Scène entre Hélène et Edo

« _ Tu es comme ton père, tu restes bloqué dans le passé, comme cette ile. Tu pourris.

_je me noie dans le passé car notre présent ne me réjouit pas ! Elle (l’IA) a le visage que tu n’as plus depuis longtemps. Le visage que tu avais avant de devenir si ambitieuse, si dure…

Tu as tout sacrifié pour ton art, c’est vrai, y compris moi. Et maintenant que tu ne peux plus jouer, tu pourris toi aussi. (…)

C’est toi qui a voulu ce robot. Qui l’a amené chez nous, qui m’a convaincu de le garder. J’ai cédé au moindre de tes caprices. Je t’ai toujours laissé la plus grande liberté, tu as toujours fait tout ce que tu as voulu. »