lundi 25 août 2025

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Un beau mois d’aout en Normandie :  trois amies de 16 ans inséparables et passionnées de musique : Alice, Maé et Giulia. Elles partagent les confidences et surtout les questions à propos de l’amour et des garçons.

Alice, la plus mignonne, la plus « délurée » raconte son expérience avec Anton, à ses amies admiratives ou peut-être jalouses…  Anton dont elle rêve tout le temps…

La situation va basculer dramatiquement quand Isaac Dean, rockstar de 33 ans, adulée par les filles, s’installe dans le village.

Quel impact sur la vie adulte ? Enfouir les événements ou les affronter ?

📌 D’abord, j’ai été complètement séduite par la couverture, puis, par les magnifiques pastels qui accompagnent le récit. Un dessin travaillé, précis, dépouillé et centré sur les expressions et les attitudes. Qui suggère plutôt qu’il expose certaines scènes, comme le ventre souillé d’Alice, page 58.

A propos du scénario, je m’attendais à une histoire banale sur l’adolescence. Je l’ai commencé. Et je ne l’ai plus lâché, car l’histoire est à l’image du graphisme : superbe, émouvante et profonde.

📌 L’analyse psychologique, les thèmes de l’adolescence et du monde du show-biz sont traités avec une infinie justesse :

📍- Les apparences sont trompeuses.

Ce n’est pas Alice, que ses amies admirent pour sa séduction auprès des garçons, qui est la plus mature et la plus équilibrée.

Au contraire, elle cherche dans le regard masculin, l’amour qu’elle ne retrouve pas chez sa mère, indifférente à ce qu’elle est. C’est la plus isolée affectivement.

- Le miroir aux alouettes de l’adolescence

Elles partagent, à plus ou moins la même échelle, le besoin absolu de croire en leurs rêves, quitte à transformer la réalité. On l’a tous connu…Miroir aux alouettes dont les étoiles peuvent s’éteindre brutalement…

- Le fossé est énorme entre garçons et filles de 16 ans. Ces dernières cherchent à nourrir leurs rêves, les garçons à satisfaire leurs besoins physiques. Ils ne sont pas du tout sur la même longueur d’ondes…

📍- L’omerta du show-biz est particulièrement bien décrite. Car tous connaissent la rockstar et son pouvoir de nuisance. Mais personne ne parle, aux groupies de faire attention....  « Tout le monde sait dans le milieu, qu’avec les meufs, ce type… »

📌 Une vraie claque !

Une très belle découverte, émouvante et tellement juste ! 

Merci aux éditions Sarbacane.

 

Extraits

📌 « _ Et ça m’a apporté quoi, franchement ?

Des années que je l’écoute se plaindre de sa mère, des mecs, de ses problèmes.

J’ la laisse dormir dans MON LIT !

Elle vient manger MA bouffe !

JE lui apprends la guitare.

Je lui prête MA guitare (…)

Elle m’a lâchée dès qu’elle a trouvé mieux.

Pourquoi elle se ferait chier avec moi alors qu’elle a tout le monde à ses pieds. Elle m’a juste utilisée. »

 

📌 « Tout le monde sait dans le milieu, qu’avec les meufs, ce type… »


samedi 23 août 2025

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 Un roman terrible, désespérant  et lumineux à la fois. Indispensable pour comprendre Gaza, des années 50 à maintenant, et la souffrance de son peuple.

📘Face à une actualité tragique où l’ONU reconnaît l’état de famine à Gaza, l’auteur nous apporte une proximité particulière avec sa population.Et cela, avec une sobriété remarquable : un état des lieux, sans jugement, sans antisémitisme.

« Je n’ai pas pardonné, mais je sais qu’il existe des justes. Que l’impossible paix est la douleur partagée des justes des deux côtés. »

Personnellement, je pense qu’on peut être contre le Hamas mais soutenir les gazaouis, s’indigner de l’action du gouvernement israélien, sans être antisémite.

📘 A travers l’histoire et le regard sage et bienveillant de Nabil, libraire gazaoui, amoureux des livres, l’auteur évoque une population martyrisée et le pouvoir salvateur de la littérature.  

« Il y a tout dans cette scène. Tout ce que Gaza est devenue. Un vieux libraire accroché encore à ses bouquins, qui lit à deux pas des ruines. Comme si les mots pouvaient le sauver du bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville. »

Les phrases courtes, percutantes et dépouillées, le vocabulaire précis, travaillé et très évocateur renforcent la puissance du témoignage.

📘Quand c’est particulièrement réussi, bouleversant avec une infinie lucidité, je n’ai pas envie de commenter, mais plutôt de faire partager mon admiration avec quelques extraits choisis.

La seule difficulté est de choisir entre toutes les citations relevées…

- « Journée ordinaire. Hier, deux frappes ont tué quatre gamins dont le seul crime avait été de jouer au foot sur la plage. »

- « Les mots des livres déchirent tous les silences. Ils s’imposent à vous. Le lecteur est un prisonnier consentant, attaché à l’illusion que chaque page tournée le libérera. »

- « Il n’y avait rien à donner. Rien à promettre. Juste des mots vides qui s’écrasaient dans la gorge. Les mères serraient leurs petits contres elles, les pères marchaient, le visage fermé. La honte, la colère, l’impuissance plantées dans leurs yeux comme des éclats de verre. (…) Ils n’étaient plus rien, des âmes dépossédées, des noms sans terre. »

- « Toute leur vie, bien des Palestiniens n’auront connu que ce traitement. Et toute leur vie également, bien des Israéliens ne se seront représenté les Palestiniens que comme des terroristes. Ces images inversées expliquent l’impossible réconciliation. »

- « Tu crois que les mots vont nous sauver, Nabil ? me demandaient mes amis. Je leur répondais que oui. Je n’en suis plus sûr. Je dirais qu’ils sauvent en silence. La réalité est la même, rien ne renverse l’oppression, mais l’esprit, lui, s’envole »

Extraits :

📘« Journée ordinaire. Hier, deux frappes ont tué quatre gamins dont le seul crime avait été de jouer au foot sur la plage. »

📘 « Tu découvres pour la première fois cette ville dont les images ne semblent parvenir que depuis le ciel. »

📘 « L’homme sait qu’ici, la paix est toujours provisoire. »

📘 « Soudain, tu te trouves dans l’un des quartiers martyrisés. Et c’est alors l’enfer craché à la surface. Une décharge à ciel ouvert. Tout ce que la guerre vomit, détruit, ensevelit, réduit à néant. »

📘 « Yeux crevés des fenêtres. Trous béants qui vous regardent sans rien voir. Tout semble hurler. Hurler sans raison. »

📘 « Tout ça n’a plus de sens. C’est un cimetière où même les ombres semblent perdues. »

📘 « Et pourtant on continue de vivre. Un théâtre de misère et de folie, un bal grotesque où les vivants ne sont plus tout à fait vivants, mais pas encore tout à fait morts. »

📘 « Alors les gosses courent, et rient encore et toujours. Ils savent déjà tout de la mort. »

📘 « Il y a tout dans cette scène. Tout ce que Gaza est devenue. Un vieux libraire accroché encore à ses bouquins, qui lit à deux pas des ruines. Comme si les mots pouvaient le sauver du bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville. »

📘 « Vous savez ici, chaque livre a son histoire et sa place réservée. Vous pouvez choisir, bien sûr. Mais les livres, eux, choisissent aussi leurs lecteurs. »

📘 « Les mots des livres déchirent tous les silences. Ils s’imposent à vous. Le lecteur est un prisonnier consentant, attaché à l’illusion que chaque page tournée le libérera. »

📘 « Cette terre est une litanie de représailles sur représailles, de haines empilées, de tristesse recouverte de tristesse. »

📘 « Il n’y avait rien à donner. Rien à promettre. Juste des mots vides qui s’écrasaient dans la gorge. Les mères serraient leurs petits contres elles, les pères marchaient, le visage fermé. La honte, la colère, l’impuissance plantées dans leurs yeux comme des éclats de verre. (…) Ils n’étaient plus rien, des âmes dépossédées, des noms sans terre. »

📘 « Ce silence-là, c’était le pire. C’était le silence de l’attente, du temps suspendu. Un silence à rendre fou, un silence qui hurlait que rien n’allait changer, qu’on était là pour crever à petit feu, une mort sans fin. Dans ce trou perdu. »

📘 « Et j’ai compris le pouvoir des mots, la force de la littérature. »

📘 « On a parfois l’impression, qu’il émane de l’histoire et de la vie, une loi féroce que l’on pourrait énoncer ainsi : Il sera donné à celui qui possède il sera pris à celui qui n’a rien. »

📘 « Toute leur vie, bien des Palestiniens n’auront connu que ce traitement. Et toute leur vie également, bien des Israéliens ne se seront représenté les Palestiniens que comme des terroristes. Ces images inversées expliquent l’impossible réconciliation. »

📘 « Les poètes, m’a dit un jour Abu Khalil, capturent ce que nous ressentons mais que nous ne pouvons pas dire. »

📘 « Tu crois que les mots vont nous sauver, Nabil ? me demandaient mes amis. Je leur répondais que oui. Je n’en suis plus sûr. Je dirais qu’ils sauvent en silence. La réalité est la même, rien ne renverse l’oppression, mais l’esprit, lui, s’envole »

📘 « Fierté de servir. Culpabilité de ne pas pouvoir faire plus. »

📘 « Quel est le crime de Gaza ? Ici, la pluie ne purifie pas. Elle souille davantage. »

📘 A propos de sa femme décédée

« Au fond, je ne sais pas si je l’ai perdue ou si je suis en train de la retenir. Peut-être les deux à la fois. Mais ce que je sais, c’est que tant que je continuerai de parler d’elle, d’écrire sur elle, elle ne pourra jamais vraiment disparaître. »

📘 « Elle disait que si la goutte d’eau paraît insignifiante dans la mer, elle était tout pour celui qui en bénéficiait. »

📘 « Je n’ai pas pardonné, mais je sais qu’il existe des justes. Que l’impossible paix est la douleur partagée des justes des deux côtés. »

📘 « Un grand livre, c’est un livre sans fond »

📘 « Soixante-dix ans que nous vivons cette lutte. On n’a que ça, en fait. On est toujours là. Des fantômes, chaque jour un peu plus invisibles aux autres. »

 

 

 

 

mercredi 20 août 2025

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12 avril 2013 – République démocratique du Congo – Bahari-Bora est « enlevée par les rebelles » à l’âge de 13 ans.

L’auteur nous raconte son histoire. Celle d’’une orpheline, élevée par maman Mathilde dans l’établissement « les soleils de Mathilde »

Quand elle s’enfuit après cinq ans de captivité, après avoir tué son violeur, elle s’aperçoit qu’elle est enceinte, et choisit, de conserver l’enfant.

Son cheminement sera ensuite une longue quête pour se retrouver, assurer un avenir à sa fille et rechercher sa vraie famille, maman Mathilde.

📌 Un roman bien dans l’air du temps :  les guerres en Afrique, la quête d’identité, le féminisme et la résilience…

Ce récit aurait pu être passionnant, car les personnages sont plutôt attachants. Mais le style de l’auteur, affecté, m’a fait sortir régulièrement du récit. De plus, l’amitié entre Bahari-Bora et Kabelya m'a paru à la limite de la cohérence et surtout empreinte de (trop) bons sentiments…

Dommage pour ce premier roman dont l’idée de base était excellente.

 

Extraits

📌 « Sa jouissance, ma peine. »

📌 « C’est que beaucoup de jeunes filles ne cherchent pas à s’échapper même s’il y a une opportunité car elles savent le rejet qui les attend chez elles. La recherche a montré que, malgré des exceptions encourageantes, les jeunes filles sont souvent victimes de discrimination et de stigmatisation à leur retour dans leur communauté. »

📌 « La fille de Bi Achina (elle pointe une louve du doigt) a été mariée à l’âge de 7 ans. Elle est heureuse et impatiente de saigner pour pouvoir consommer son mariage. Votre devoir, dès maintenant, est de pousser des enfants. »

📌 « Les filles qui n’ont jamais eu leurs règles, « les filles blanches », sont à part. (…)

📌 « Le chagrin de Bahari-Bora se devinait au rythme de sa respiration. Son cœur se serrait davantage à chaque révélation. Quel était le sort de maman Mathilde ? Des images de barbarie affluaient dans son esprit. Sa mère était d’origine rwandaise : quel destin cruel lui avait été réservé ? Elle n’avait pas suffisamment pensé à elle, à celle qui l’avait élevée. »

📌 Kabelya

« Plus tard, dans nos moments de galère, j’ai compris que c’était cette sensibilité qui te maintenait en vie, qui te rendait si précieuse, si belle en tant que personne. Malgré tout ce que je t’ai fait subir, tu m’as toujours aimée. »

📌 « La deuxième guerre du Congo est un conflit armé qui s’est déroulé sur le territoire de la RDC de 1998 à 2002, avec une fin officielle le 30 juin 2003. Cette guerre impliquait neuf pays africains et une trentaine de groupes armés, ce qui en fait la plus grande guerre entre États dans l’histoire de l’Afrique contemporaine. »