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Une femme
banale, heureuse, Anna Gauthier, voit son univers basculer quand son fils
chéri, Léo, est incarcéré après avoir agressé un flic.
Le récit
avance lentement, progressivement dans la connaissance d’Anna et de sa famille.
Léo lui ressemble : à priori, un gamin sans histoires mais qui se révèle
bien plus complexe qu’il ne le parait.
Le monde
de la prison fait froid dans le dos avec la vie quotidienne dont chacun peut
appréhender la misère :
« Il est déchiqueté par la
douleur du manque, le manque des gestes tendres, des gestes simples, le manque
de sommeil, de repos, d’eau et d’oxygène, par l’absence des poignées aux
portes, l’absence des couleurs aux murs, l’absence des matières, des goûts, des
parfums et des sons propres à la vie, l’herbe coupée, le chant des haubans sur
le port, la croute du pain grillé, la gifle du mistral, le drap frais, la peau
propre, il est déchiqueté par l’absence de ceux qu’il aime, l’absence de
confiance et de paix. Le temps n’existe plus. »
Petit à
petit le lecteur entre dans l’intimité
d’Anna, son enfance et comprend qu’Anna a tout fait pour échapper au milieu
simple dont elle vient, à son histoire. Elle a tout renié pour devenir
« caméléon », pour enfouir à jamais son passé trop lourd à
accepter :
« Elle s’était faite pour
eux. Ce n’était qu’une représentation supplémentaire dans le théâtre de son
existence : elle s’appliquait à montrer aux autres ce qu’ils voulaient
voir et cela fonctionnait. Il y avait un prix à payer bien sûr, c’était
épuisant de se surveiller, de chercher constamment dans l’œil d’autrui la
validation de ses efforts, épuisant de surmonter la crainte lancinante d’être
rattrapée par le passé, mais a force de pratique, c’était devenu un état
naturel, cette hyper vigilance, une ligne de crête, qu’elle suivait avec la
certitude de servir un enjeu vital. » Une ligne de crête en effet, qui va révéler la
fragilité d’Anna.
De
nombreux thèmes sont abordés dans ce magnifique roman : le harcèlement
sexuel, la fragilité de l’enfance, le rôle des adultes, l’impossibilité de
sortir de soi un passé trop douloureux. Un chemin de vie dévié par des
souvenirs indélébiles qui provoquent les mauvais choix, tellement ils ont
marqués au fer rouge la victime. Les conséquences aussi sur Léo, le fils d’Anna, « éponge
affective » inconsciente :
« Les signaux qu’il recevait
depuis son enfance lui indiquaient qu’il était déjà chanceux d’être assis à la
table des plus grands que lui. Il était conscient d’être porteur d’une sorte de
handicap, au travers de ses grands-parents maternels qu’il n’avait quasiment
pas connus, mais qu’il savait être de petites gens. Il s’était soumis de bonne
grâce aux règles du jeu. »
La
progression dramatique est parfaitement maitrisée, servie par des mots simples
et précis qui accompagnent l’émotion et la densité du récit :
« Elle est devenue étanche,
son corps est une cage hermétique et sa colère, un tigre impuissant à se
libérer. »
C’est une
auteure que j’appréciais déjà beaucoup : « Par amour »,
« Les guerres intérieures ». Des thèmes toujours renouvelés et
traités avec beaucoup de sensibilité et de finesse.
Seul
bémol : le titre convient parfaitement au récit, mais je pense que celui de
"Pisseuse" aurait été plus percutant.