samedi 21 février 2026

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Quel œil acéré et lucide que celui de Delphine de Vigan sur les questions de société ! C’est d’autant plus passionnant quand cela rejoint des questions existentielles. Est-ce qu’on existe vraiment si les seules empreintes qu’on laisse sont virtuelles ?

🐾Une sacrée question et une drôle d’histoire qui tombe brutalement sur les épaules de Thomas…

Un homme accro à son téléphone, à qui une jeune femme inconnue, par un mouvement de passe-passe au restaurant, confie son propre téléphone.

« Pourquoi une jeune femme inconnue lui confie-t-elle un objet qui contient une grande partie de sa vie ? Quelle détresse, quel dessein secret, quelle énigmatique intention se cache derrière l’absurdité du geste ? »

Il comprend qu’elle ne veut pas récupérer son téléphone. Elle lui laisse en toute confiance avec le mot de passe, comme elle lui laisse son passé, sa personnalité, et même sa vie. Se décharger de ce que l’on est sur quelqu’un d’autre. Lâcher prise et souffler.

🐾 De façon de plus en plus addictive, Thomas explore le téléphone de Romane. Il y trouve une résonance à sa propre vie, à ses réflexions, comprend les doutes et les angoisses de la jeune femme.

Romane, de plus en plus mal dans sa peau, décalée par rapport aux autres, y compris avec ses amis.

« J’ai le sentiment de dériver loin de tout, loin de la surface où s’agitent mes amis, loin de leurs gestes vains et de leur voix qui se perd. (…)

Je regarde les autres s’éloigner, je distingue leurs rires et leurs éclats de voix, certains m’appellent, inquiets de me voir rétrécir, je me contente d’un signe de main pour les rassurer.

Un courant puissant m’entraîne vers le large, je n’ai plus la force d’aller contre. Je le laisse faire. »

🐾 Le temps qui passe et ce qui va rester de soi, ensuite…

Mais reste-t-il quelque chose quand tout est virtuel et numérique ?

« Dans trente ans, que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ?

Que restera-t-il de nous ? »

🐾 Les notes de Romane sont bouleversantes car chargées d’angoisse et de sens. Des questions que chacun, à un moment de sa vie, se pose.

Les doutes de Romane sont les nôtres, et c’est aussi pour cela que ce roman intimiste devient universel.

Une vraie réussite et un coup de cœur !

 

Extraits

🐾 « Oui, il dort à côté de son téléphone, pour ne pas dire avec, et ce, depuis pas mal d’années. »

🐾 « Cet objet de sept centimètres sur 15, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. »

🐾 « Oui, il éprouve un vrai plaisir, avide, transgressif, à entrer dans la vie de quelqu’un. »

🐾 « Pourquoi une jeune femme inconnue lui confie-t-elle un objet qui contien t une grande partie de sa vie ? Quelle détresse, quel dessein secret, quelle énigmatique intention se cache derrière l’absurdité du geste ? »

🐾« Explorer le téléphone de Romane Monnier est une activité régulière, pratiquée en intérieur, dont il ne se vante pas. Une activité qui provoque en lui de sinueuses résonances et de mystérieux échos. »

🐾« Et puis le téléphone de Romane Monnier l’emmène ailleurs, vers d’autres souvenirs. Il a parfois l’impression de visiter les pièces fermées de sa propre mémoire. »

🐾 « Il raconte le pouvoir que le téléphone exerce sur lui, ce sentiment permanent d’osciller entre le plus futile et quelque chose de plus grave, quelque chose dont il devine la présence, dissimulée ou plutôt engloutie, dans un océan de traces et de données. »

🐾 La notion du temps qui passe

« Il n’avait pas compris qu’il était si jeune. Il n’avait pas compris que cela ne durerait pas. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir été prévenu – qu’elle est mignonne, profitez-en, cela passe vite – un refrain tant entendu qu’il ne l’écoutait plus. »

🐾 « Et puis, elle a commencé à dormir ailleurs, une nuit sur deux, et à passer en coup de vent.

Et puis, elle est partie.

En un rien de temps. »

🐾 « Il était cet enfant qui avait vu sa mère perdre ses forces, ses cheveux, sa joie. Qui avait vu sa mère mourir.

Il était cet enfant qui avait vécu seul avec un père enfermé dans sa douleur.

Il était ce jeune homme hanté par la peur que son père meure et qui avait fini par découvrir son corps sans vie. »

🐾 Son métier d’imprimeur

« Il est celui qui donne corps et matière aux PDF et qui transforme le virtuel en objet. »

🐾 Les moments avec Léo

« Chaque fois qu’il la voit, qu’il passe du temps avec elle, chaque fois qu’i referme la porte derrière elle, il est ému. Il ignore comment cela a été possible, comment elle est devenue cette jeune femme intarissable et drôle, dont il admire la sensibilité, la fantaisie, la gentillesse, la détermination, la générosité. »

🐾 De Romane à sa meilleure amie, Chloé

« Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens tout le temps de l’autre côté. De la table, de la vitre, de la route… de la vie. Je crois que c’et moi, que ça vient de moi. A contretemps. Tu vois, comme si je n’émettais pas sur la même fréquence que tout le monde. »

Dans les notes de Romane – après son RV chez la psy

🐾 12 septembre 2024

« Puisque je parlais encore, la psychologue m’a conseillé d’écrire. De remplir les blancs. « Peut-être avez-vous besoin que vos émotions laissent une trace, une empreinte visible », m’a-t-elle suggéré, et j’ai senti physiquement qu’elle avait mis dans le mille. » 

🐾 10 octobre

« Dans trente ans, que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ?

Que restera-t-il de nous ? »

🐾 3 février 26

« J’aime cette idée qu’il reste une trace de ce qui a eu lieu, qui n’est ni une interprétation, ni un ressenti, mais une capture du réel, pour l’instant incontestable. »

🐾 9 Février

« Nous somme nostalgiques d’une vie qui n’a jamais été la nôtre ou si peu. La vie d’avant. Avant la numérisation du monde. »

🐾 21 février

« J’ai le sentiment de dériver loin de tout, loin de la surface où s’agitent mes amis, loin de leurs gestes vains et de leur voix qui se perd. (…)

Je regarde les autres s’éloigner, je distingue leurs rires et leurs éclats de voix, certains m’appellent, inquiets de me voir rétrécir, je me contente d’un signe de main pour les rassurer.

Un courant puissant m’entraîne vers le large, je n’ai plus la force d’aller contre. Je le laisse faire. »

🐾 25 février

« Nous devons nous préparer à avancer dans le noir, sans repère et sans certitude. A vivre dans un autre monde, un monde illisible dont nous n’aurons pas les clés. (…)

Nous ne saurons plus détecter le mensonge, car il ne laissera plus de traces. »

🐾 6 mars

« Un jour, je laisserai quelque part les empreintes que je ne peux me résoudre à effacer moi-même, je les confierai au hasard, au vent, ou à la marée. Et je partirai sans me retourner.

Pourquoi, pour qui, est-ce si important de laisser une trace ? »

 

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