💙💙💙💙💙
« En temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères, en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils » - Hérodote
Car c’est bien une guerre : c’est les plus fragiles qui tombent sous le coup des brutes.
Une marche blanche. Pour Hugo. Un collégien harcelé. Il s’est suicidé.
Avant la marche et pendant, son père se souvient, essaie de comprendre l’incompréhensible.
C’est parfaitement réussi, bouleversant, et cela suscite de nombreuses réflexions et des questions, dont hélas, beaucoup restent sans réponse :
- Le sentiment de culpabilité des proches, qui cause souffrance et dissensions dans le couple
- Pourquoi une telle cruauté, une barbarie qui se prolonge et s’amplifie ?
- La surdité et la lâcheté de la majorité des autres collégiens, et par conséquent, l’infinie solitude, l’isolement de celui qui est harcelé…
- L’aveuglement et la surdité volontaires, assumés, des parents des gamins harceleurs et de la direction du collège…
- Quelle punition pour les harceleurs ? Les mettre en face de leurs actes ? Y-a-t-il vraiment une sanction ?
Depuis février 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit et passible d’amendes et de prison. « Jusqu’à 10 ans de prison et de 150 000 euros d’amende en cas de suicide ou de tentative de suicide de la victime harcelée. »
Ce qui est parfaitement analysé, est l’état d’esprit dans lequel se trouve un enfant ou un ado victime. Le sentiment de terreur, de culpabilité, d’impuissance, d’être lâche et nul. Et par conséquent, de justifier ce qu’il subit : « D’abord, il se jugeait quasiment responsable de ce qui lui arrivait, les autres étaient certes des brutes, mais au fond, c’était lui, le problème. »
L’horreur, le sentiment d’impuissance et le gouffre sans fond, que seule la mort peut arrêter pour apporter la paix.
En lisant Philippe Besson, parents, grands-parents ou adolescents, on souhaite ne jamais se trouver en face de cette situation… Un traumatisme, une blessure toujours ouverte.
Un roman INDISPENSABLE pour tenter d’être vigilant et protéger du mieux possible nos enfants et adolescents. En parler avec eux, analyser le harcèlement avec eux, anticiper, en leur faisant bien comprendre qu’ils sont les victimes. Qu’ils ne sont coupables de rien. Réagir si ils sont spectateurs. Je ne veux surtout pas dire
Énorme coup de cœur pour ce récit parfaitement maîtrisé. Le deuxième juste après ; « Une pension en Italie ».
« Extraits :
« En temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères, en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils »
Hérodote
« C’est une chaise vide dans le petit matin, malgré le soleil qui éclabousse. »
« Dans le miroir, d’un coup, je ne vous plus mon fils. Je ne vois que le père qui a merdé. »
« La plupart des victimes de harcèlement s’enferment dans le silence, voire dans la dissimulation, elles s’arrangent pour que leur entourage ne remarque rien, elles ne veulent surtout pas éveiller les soupçons, parce que les soupçons les obligeraient à passer aux aveux, à se désigner comme victimes, à se reconnaître comme telles. L’aveu enclenche aussi un engrenage, il leur faut accepter que ça leur échappe, que d’autres s’en emparent, et c’est tout ce qui les terrorise, parce qu’elles répugnent de toutes leurs forces à ce que les bourreaux soient informés de leur peur et sachent qu’elles ont cafté, qu’elles ont été minables au point de cafter, de s’abriter derrière des tiers, c’est la démonstration éclatante de leur lâcheté, de leur nullité. »
« J’ai découvert ces nouveaux territoires, une étendue de haine à l’infini, où l’on peut porter ses coups sans le moindre risque d’être inquiété, sans redouter la moindre conséquence. Mon Dieu, j’étais si loin quand mon fils avait besoin de moi. »
« D’abord, il se jugeait quasiment responsable de ce qui lui arrivait, les autres étaient certes des brutes, mais au fond, c’était lui, le problème. »
« Les insultes ont redoublé. Ses harceleurs traitaient désormais Hugo de fils de pute, d’enculé, de bâtard, de cassos, de fini-à-la-pisse, de mange-merde. (…) l’avilissement n’est pas théorique, on le ressent dans sa chair, il lacère le corps comme le ferait une lame de couteau. »
« Ce que nous n’avions pas compris, c’est qu’il n’avait pas fait preuve de courage, en se confessant, mais de désespoir. Il avait parlé car nous l’avions poussé dans ses derniers retranchements et parce qu’il n’en pouvait plus de la douleur infligée. Cacher désormais ce qui lui arrivait, c’était un réflexe de survie. »
« Et puis, j’en veux à ceux qui n’ont pas bougé une oreille, à ceux qui ont vu, entendu, compris, et n’ont rien empêché. A ceux qui ont assisté aux sarcasmes, aux bousculades et ont laissé faire, qui s’en sont lavé les mains, ils sont au moins coupables de ne pas avoir porté assistance à celui qui, de toute évidence, était en danger. J’en veux à la meute, la bruyante comme la silencieuse. »
.png)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire