vendredi 2 janvier 2026

💙💙💙💙💙


 

🐋 Eve la sirène. Une très jolie femme, une sirène professionnelle qui fait rêver ceux qui la voient. « Parce ce que dans rêve, il y a Eve. »

Mais la sirène a été cassée, bien des années auparavant et elle ne vit désormais que pour sa vengeance. C’est devenu le moteur qui la fait se lever chaque matin.

Bien sûr, c’est un récit sur le désir de se rendre justice, sur la haine qui va la broyer, elle,  en premier lieu. Sur une fuite en avant, où elle a décidé qu’elle n’avait plus rien à perdre.

🐋 Mais d’autres thèmes sont évoqués avec une infinie justesse,  dans ce roman :

- Celui de la solitude ou plutôt des solitudes, des êtres humains qui jamais ne peuvent se laisser aller à l’amitié ou à l’amour, pétrifiés dans leurs blessures toujours béantes.

- Celui de l’apparence, celle d’Eve, celle de Jay. A l’extérieur, tout est beau, séduisant, mais l’intérieur est mort. Comme celle des gens qu’ils côtoient, riches, heureux à priori. Mais vite lassés, vite envie d’un nouveau jouet.

- Car c’est aussi le procès du consumérisme, bien démontré à Dubaï :

« Dubaï Mall

Coût de la construction : 20 milliards de dollars

Le plus grand centre commercial du monde (…)

Une patinoire olympique

Un aquarium et un zoo sous-marin…... »

🐋 Apparences, imposture – qui touchent Eve et dont elle est parfaitement consciente – et belles paroles. C’est le quotidien des individus mais c’est encore plus, le drame de l’environnement.

« C’est donc bien pour ça qu’on a fait appel à Eve la Sirène : pour nager dans l’eau bleue opale au milieu de la déchetterie océane. »

🐋 Un monstre bouleversant et pathétique, pour lequel j’ai eu beaucoup d’empathie. Il faut dire que c’est particulièrement bien écrit. Souvent des phrases courtes, un vocabulaire précis et juste, qui rendent le personnage central attachant. Un vrai talent de conteur !

La sirène a perdu sa voix, comme l’humanité a perdu le sens…

🐋 Merci à tous ceux qui ont présenté ce titre, dont ge_mes_lectures, car j’ai découvert un auteur passionnant.

 

Extraits

🐋 « Eve remercie, prend le compliment. Même si elle sait pourquoi cette femme lui dit ça : parce que Galia a peur de vieillir, qu’elle a recours à la chirurgie croyant retarder l’inévitable alors qu’elle aggrave le ridicule. »

🐋 « C’est comme pour toi, Eve : pas de jambes, pas d’amour. »

🐋 « Tout le monde repart et finit par disparaître ou se dissoudre. Enfants. Parents. Grands-parents. Nounous. Le brouhaha s’estompe. Le silence est un soulagement. Mais c’est un soulagement meurtrier, le cœur transpercé par des aiguilles rouillées, un cœur de poupée de chiffon. Larue se vide, et Eve reste seule. Elle est comme une même perdue dans un supermarché, elle attend ses parents qui ne viennent pas. Sauf que c’est le contraire, elle est une mère qui ne reverra jamais plus son enfant.

Désormais, oui, tu es prête à mourir, Eve. »

🐋 « C’est donc bien pour ça qu’on a fait appel à Eve la Sirène : pour nager dans l’eau bleue opale au milieu de la déchetterie océane. »

🐋 « Entre les images choc des polluants envahissant les mers et celle d’une sirène perdue sous les tonnes de déchets, une voix off rappellera les bons gestes à adopter ainsi que les nécessaires mobilisations gouvernementales à l’échelle de la planète. Avec l’image de la sirène, on compte toucher les enfants, surtout lorsqu’elle finira par se laisser couler et mourir d’étouffement. »

🐋 « Dubaï Mall

Coût de la construction : 20 milliards de dollars

Le plus grand centre commercial du monde (…)

Une patinoire olympique

Un aquarium et un zoo sous-marin. »

🐋 « Elle songe à l’imposture qu’elle est devenue à ses propres yeux, à la honte d’être ce qu’elle est devenue. Au pardon et à la vengeance. Aux deux pôles extrêmes que sont l’amour et la haine. A l’impossibilité de sortir de soi, de s’extraire de la gangue de l’âme quand l’âme est damnée. »