mercredi 4 décembre 2024

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Une excellente cuvée, ou Lucky Luke chez les brasseurs allemands.

🐎Notre toujours jeune, Lucky Luke a pourtant terriblement mal au dos. Eh oui…😟A force d’être toujours à cheval, de ne pas se reposer, il lui faut même consulter un médecin dans un village qui se meurt.

Et cette petite bourgade décline, car il n’y a plus une seule goutte de bière, suite à la grève des ouvriers dans la Mecque de la brasserie américaine  : Milwaukee.

« Une ville dirigée par les barons de la bière, tous allemands, grands patrons mythiques dont les seuls noms font briller les yeux des amateurs de saloon, des déserts de l’Arizona aux montagnes de l’Oregon. »

Le rôle de notre ami « Glücky Lucke » : résoudre le différend entre patrons et ouvriers. C’est pas gagné, et cela pour la plus grande joie du lecteur.

🐎 On s’amuse du regard de Lucky Luke et de Jolly Jumper en découvrant Milwaukee, ville tentaculaire, la discipline allemande et sa roborative gastronomie.

Sans oublier d’appuyer sur les travers des uns et des autres, gros patrons et syndicalistes marxistes, sans oublier non plus « les jaunes », qui vont venir casser la grève. Et comme il s’agit des détenus des prisons, on y retrouvera nos affreux ( mais indispensables ) Dalton.

🐎Sourire et connaissances historiques. C’est sans doute pour cela que j’aime bien les Lucky Luke. Car mine de rien la force des conflits sociaux aux USA est bien esquissée, ainsi que la place de l’émigration allemande, de la particularité de Milwaukee, et de personnages réels comme celui de Frederick Pabst, président de la compagnie de Pabst.

Une lecture divertissante mais intelligente.

Une bon Lucky Luke !💙

 

 

mardi 3 décembre 2024

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« Je crois que cette guerre a unifié la Finlande comme jamais avant, et si elle est devenue une forteresse, nous en avons été le ciment. Et je suis certain que nous avons réveillé leur satané SISU. »

📌Merci à Olivier Norek de restituer de manière aussi précise la Guerre d’Hiver, l’envahissement de la Finlande par l’URSS, de novembre 1939 à mars 1940 ; la vie de la 12ème compagnie sur le front et la figure sublime de Simo Häyhä ( prononcer Heye-Heh). Appelé « la Mort Blanche » par les russes, car c’est le meilleur tireur d’élite de tous les temps.

📌 Une guerre qui ressemble tragiquement à celle de l’Ukraine. La volonté de tout gommer, pulvériser, éradiquer. Qu’il s’agisse des hommes ou de la nature, le bulldozer aveugle russe écrase tout sur son passage. Même ses propres morts…. « Les ordres étaient clairs. Aucun corps ne devait être ramené en terre soviétique, pour ne pas contredire une propagande qui assurait que la Russie, puissante et indestructible, ne perdait pas un seul homme pendant la Guerre d’Hiver. »

Sauf que l’ours russe est bien lourd et bien incompétent face au renard finlandais. Ce dernier a pourtant peu de chances, théoriquement. Compte tenu de la puissance de l’un et de la faiblesse de l’autre en hommes et en armement, le gouvernement russe avait prévu de faire plier la Finlande en 10 jours. Mais les officiers sont peu formés et tous redoutent le Kremlin plus que les Finlandais : « Je crains davantage Celui pour lequel on se bat, que ceux contre qui on se bat. »

Le gouvernement finlandais est lucide, lui, quant aux conditions de guerre. Le général en chef écrit : « C’est en enfer que je les envoie. »

La chair à canons russe contre le SISU  finlandais : « L’état d’esprit d’un peuple qui vit par un froid mordant, avec un ensoleillement rare. Une vie austère, dans un environnement hostile, a forgé leur mental d’un acier qui nous résiste.

Il faudrait y ajouter l’obstination, le cran, la force intérieure, la ténacité, la résistance, la détermination, la volonté… Et le caractère pour le moins complexe qui va avec, puisqu’ils sont aussi froids et sauvages que le cœur de leurs forêts. »

📌 J’ai adoré et admiré le respect et la fidélité de l’auteur face aux événements. Un roman fluide, facile à lire, passionnant et intense par sa dimension historique.

Il n’occulte rien : le tragique quotidien du front, les combattants de deux camps et ceux emblématiques de l’armée finlandaise. Même son lieutenant atypique Aarne Juutilainen sur le front de Kollaa. Une analyse psychologique juste et fine, tout en nuances.

Et bien sûr Simo Häyhä. Un paysan finlandais chasseur depuis l’enfance. Un homme pacifique avant tout mais qui va se dépasser face à l’invasion russe.

« Lui était terrorisé de sentir que cette violence pouvait devenir routine. Il a toujours fait la différence entre pouvoir et devoir tuer. Et lorsque la guerre s’est terminée, après avoir miraculeusement survécu, il est redevenu le fermier qu’il était, vivant avec son cheval et son chien jusqu’à devenir presque centenaire. C’est un personnage sublime. »

📌 Merci d’avoir rajouté à la fin, les cartes géographiques et les portraits des combattants. Ce complément ajoute une proximité supplémentaire au pays et aux combattants.  

Un livre puissant et magistral ! 

 

Extraits  

« L’arme ultime de Staline serait psychologique. Plus il serait cruel, en était-il convaincu, plus rapide serait la reddition. Et pour cela, il faut viser les civils. »

 

« Des soldats russes à qui l’on avait promis un conflit rapide et facile venaient de perdre la vie sur une terre dont ils n’avaient que faire, dans un pays que le Kremlin avait hissé au rang d’ennemi à force de propagande et contre lequel ils n’avaient aucun ressentiment à peine une semaine plus tôt, car ce n’était pas une nation entière qui avait déclaré la guerre, mais un seul homme qui en avait décidé. Malgré les coups de feu tirés en l’air, les hommes effrayés restèrent immobiles, et de rage, l’officier politique dût en abattre trois pour qu’enfin les autres sortent de la tranchée. »

 

« Malgré leur supériorité écrasante, l’expérience militaire leur faisait défaut. Lors des paranoïaques Grandes Purges, Staline avait emprisonné ou exécuté près de trois quarts de ses officiers, et nombre de ceux qui aujourd’hui étaient engagés dans la Guerre d’Hiver n’avaient même pas terminé leur formation. »

 

« Je crains davantage Celui pour lequel on se bat, que ceux contre qui on se bat. »

 

« Ukrainiens, Roumains, Géorgiens, Mongols, Turcs, Azéris, Kazakhs, Tadjiks, Usbeks, Biélorusses, Arméniens… Aucun n’avait souhaité partir en guerre. Tous avaient été enrôlés de force. Et forcer un homme revient à fabriquer un insoumis. »

 

« Les ordres étaient clairs. Aucun corps ne devait être ramené en terre soviétique, pour ne pas contredire une propagande qui assurait que la Russie, puissante et indestructible, ne perdait pas un seul homme pendant la Guerre d’Hiver. »

 

« Cette guerre n’est qu’un gigantesque suicide national. La gagner est impossible, nous sommes des milliers de soldats contre un million et nous n’avons comme alliés que la connaissance du terrain et un hiver que seul un Finlandais pourrait supporter. Nous la perdrons, c’est certain, mais c’est la manière de la perdre qui importe à Mannerheim. Soit, nous capitulons rapidement, et le pays entier devient russe, soit nous tenons le coup assez longtemps pour que ce pays devienne une gêne pour eux, auquel cas nous pourrons les forcer à entrer en négociations de paix. »

 

« Pourtant, si la Russie et la Finlande avaient, semble-t-il, gagné pour l’une, capitulé pour l’autre, la réalité était totalement inverse. Une nation ogre de 171 millions d’habitants n’avait pas réussi à dominer un pays pacifique de 3,5 millions d’âmes, ni à avancer de plus de quinze kilomètres dans les terres convoitées. Une fausse défaite devenait une victoire honteuse pour Staline, et le dictateur, mauvais gagnant envoya ce jour-là un ordre officiel et un ordre secret. »

 

Lorsqu'on lui demanda s'il regrettait d'avoir tué tant de gens, il répondit : « Je n'ai fait que mon devoir, et ce que l'on m'avait dit de faire, du mieux que je le pouvais. Il n’y aurait plus de Finlande si tous les autres soldats n’avaient pas fait comme moi, » répondit Simo humblement ».

 

« Ce dont je me souviens le plus de cette guerre, c’est l’incompétence de notre armée. Elle n’avait même pas réussi à s’occuper d’une poignée de Finlandais. Ce sont eux qui nous ont montré comment faire la guerre. »

 

 

mercredi 27 novembre 2024

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Dans les eaux troubles de l’âme

 📌 2017 – Mercy, un petit village des USA qui semble bien tranquille.

Roman divisé en quatre saisons où quatre narrateurs différents racontent et se livrent, sans aucun filtre, après une découverte tragique. Celle du corps d’une jeune fille de 17 ans, Léo Jenkis, assassinée près de la rivière.Comme un puzzle dont les pièces s’assemblent, les quatre récits permettront peut-être de déterminer le coupable.

📌La shérif, Lauren Hobler, mène l’enquête et raconte aussi son histoire, dans la première saison, « le printemps ». Un village où tout le monde se connaît, mais dont les secrets restent bien enfouis. Un village où on se méfie de l’étranger, ou de celui qui parait différent. Comme d’une femme lesbienne et shérif en même temps, qui doute de sa légitimité.

« C’était bien une question qu’un homme ne se serait jamais posée, savoir s’il était à la hauteur de la tâche, s’il méritait ce qui lui était donné, et j’étais bien une femme pour me croire aussi illégitime. »

📌Benjamin, c’est le prof de français, proche de Léo, c’est l’étranger et le deuxième narrateur de la saison été.

C’est surtout le suspect numéro 1. Un ex-écrivain qui a connu le succès grâce à sa mère, puis la honte avec des accusations graves de détournements de mineures.

Un homme qui sent illégitime lui aussi et toujours coupable : « pourri de l’intérieur ». Même si le récit « cash » donne plutôt l’impression d’un homme tenté mais farouchement déterminé à ne pas retomber dans ses travers.

📌Dans l’automne, le récit d’Emmy, la meilleure amie de Léo, est le plus glaçant. Emmy, la guerrière, la manipulatrice. L’expression d’une adolescente qui ira jusqu’au bout de son amour, de sa vengeance, avec l’intensité et le radicalisme de la jeunesse.

Une jeune fille cassée par les secrets de famille, par son attachement à Benjamin, qui éclaire d’une drôle de lumière, la réalité des faits.

📌Et enfin, l’hiver, avec Seth, le père de Léo. Amoureux fou de sa femme Livia, d’origine italienne, qui l’a quitté pour repartir en Italie sans explications. Seth, c'est l'incarnation de la douleur. Celle de la perte de Léo, de celle de sa femme. Celui qui a tout perdu y compris son garage florissant.

« La trésorerie du garage coinçait parfois (…) la banque de Lucian m’accordait des prêts (…). Ça avait l’air simple, facile et j’aurais dû me rappeler que rien n’est jamais facile et qu’un jour je devrais payer le prix fort. »

📌Un huit clos dans les profondeurs de l’âme où le gris et le noir se côtoient en permanence. Dans ce roman, il y a du Philippe Claudel (« les âmes grises » - « le rapport de Brodeck »).

Comme si Marie Vingtras avait mis ses personnages sous une plaque de verre et les regardait évoluer, les uns en fonctions des autres. Un regard de scientifique soucieux de bien tout relater et analyser. 

📌C’est aussi une réflexion passionnante sur l’emprise de la jalousie ainsi que sur la prise de conscience d’un homme, de sa responsabilisation face à des mineures. 

 Le scénario est prenant, dense et je suis restée scotchée jusqu'à la dernière page.

📌L’écriture est parfaitement maîtrisée : chaque saison correspond au style de son narrateur, et chacun, comme un puzzle qui se construit, amène une lumière sur le meurtre de la jeune Léo.

Une véritable réussite qui justifie pleinement le prix du Roman FNAC 2024 !

 

lundi 25 novembre 2024

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Un charme désuet tant au niveau du scénario que du graphisme.

🌻 Résumé de l’éditeur :

« C’est pas une fille, c’est un trésor que le bon Dieu m’a donné. »

Provence, 1939. La belle Patricia est la fille aînée de Pascal Amoretti, le puisatier du village, veuf aux principes rigides qui élève seul ses six filles. À ses 18 ans, la jeune fille s’éprend de Jacques Mazel, un bel et brillant aviateur. Mais le jeune homme est soudainement mobilisé par la guerre et part sans savoir que Patricia est enceinte. Chassée par son père et humiliée par la famille Mazel, la future maman se réfugie chez une tante. Lorsque Patricia accouche d’un garçon, elle apprend que Jacques est porté disparu. Et l’événement tragique va pousser les grands-parents à revoir leur jugement… »

🌻Derrière l’image de la garrigue et le romarin, se profilent celles des traditions strictes, du « qu’en dira-t-on » et du labeur.

Le travail des simples qui apporte juste de quoi vivre. On reste humble, comme Pascal, le père : « Je ne suis pas assez riche pour me fâcher contre quelqu’un qui me donne du travail. J’ai des enfants à nourrir. »

La différence est justement bien marquée entre les « manuels », ceux qui vivent de leurs mains, et ceux qui ont des biens, comme les Mazel. Dont l’aisance ou la richesse assèche le cœur et rend sourd.

« Maintenant, je comprends qu’il faut se méfier des gens qui vendent des outils, mais qui ne s’en servent jamais. »

Mais la tendresse affleure souvent sous la dureté de façade. Comme le montre la finesse de l’analyse psychologique de tous les personnages, sans manichéisme. Exceptés pour Patricia et pour Felipe, l’ouvrier de son père.

On ne peut qu’être touché par la sincérité et la simplicité de l’amour de Félipe pour la belle Patricia : « Depuis trois ans que je vous connais, j’ai remarqué que quand je vous vois, je suis content… Et puis, quand vous êtes là, les autres filles, je ne les vois pas. »

🌻Un graphisme classique, qui retransmet particulièrement bien l’esprit de l’époque. J’ai bien aimé le graphisme pour ses couleurs qui évoquent immédiatement le sud et le soleil. Moins les personnages aux expressions peu travaillées.

🌻 Un bon moment de lecture qui plaira aussi aux plus jeunes qui ont découvert avec les autres BD, « la gloire de mon père » et « le château de ma mère ».

Une excellente collection.

Merci aux éditions Grand Angle et Radio-France pour cette découverte.