vendredi 13 septembre 2024

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Je suis bluffée !

En découvrant le titre, le sujet, le résumé, j’étais plutôt sceptique.

Un récit sur la chasse aux tornades américaines ? Pas forcement le sujet qui m’intéresse…

Journaliste réalisateur, SIMON FICHET parcourt le monde caméra au poing. Il travaille principalement pour la télévision.

📌 Eh bien, ce diable d’auteur m’a embarquée, comme il l’a été lui-même, dans sa recherche de tornade. Être le plus proche possible du monstre, faire les meilleurs vidéos, pour rapporter à son rédac chef français. Faire plusieurs centaines de km par jour pour espérer la traquer, la figer sur la pellicule, malgré la fatigue, la peur.

Un phénomène naturel terrifiant qui devient le quotidien du chasseur, qui lui retire quelquefois une partie de sa lucidité.

📌 Une écriture très visuelle, rapide, précise, qui permet de partager le présent de Simon Fichet. Être avec les chasseurs de tornade, à la fois admiratifs, pétrifiés, angoissés, en colère.

Et au bout d’un moment, la question se pose : leur équipe va-t-elle parvenir à trouver « LA bonne tornade » qui permettra de ramener « les bonnes images » en France ?

📌 J’ai beaucoup aimé la densité du récit, la force de l’addiction au monstre. La peur est présente, les dangers sont archi-connus et pourtant une force irrésistible pousse ces chasseurs de tornades à être au plus près.

📌 Le contraste entre la peur et la répulsion est parfaitement bien analysé.

Terreur et attraction. « C’est dingue. C’est même complètement dingue. Ma caméra pend au bout de mon bras. Le monde vacille sous mes pieds. Les lois de la physique, ou plutôt mes lois de la physique  viennent de voler en éclats, la frontière entre le possible et l’impossible vient de s’effondrer ; je suis bouleversé, étourdi par ce mouvement obsédant que rien ne semble pouvoir arrêter, hypnotisé par sa circularité infinie qui m’apparaît soudain comme la clef de toute chose, l’origine du monde peut-être : je voudrais m’y blottir, m’y faire dorloter comme un galet dans la marée et, au même instant, je voudrais fuir loin d’ici, loin de cette bouche qui menace de m’avaler. Je ne bouge pas , incapable de réfléchir, balloté entre terreur et fascination, entre répulsion et envie. »

📌 Conclusion parfaite de Simon Fichet : « Je reviens d’un voyage hors du monde et hors du temps. »

A découvrir et à savourer ! 💙

 

Lu dans le cadre du prix romans Fnac 2024

Merci à la FNAC et aux édition Marchialy

 

 

 

mercredi 11 septembre 2024

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Une belle illustration de l’amour fraternel sur un arrière-plan historique et antisémite.

Une belle illustration de l’amour fraternel sur un arrière-plan historique et antisémite.

📌 1927 – une cité minière du nord. L’histoire de deux frères, Salomon, l’ainé et Moïse le cadet. La famille juive, d’origine polonaise, s’est installée en France et le père est tailleur.

Le texte alterne, de façon très fluide, sur plusieurs périodes. En Californie en 1934 où les deux frères ont émigré puis dans le camp de Sodibor lors de la déportation.

📌 Plusieurs éléments suscitent l’intérêt :

- L’antisémitisme n’est pas né avec Hitler. Il était déjà bien présent en France, dans les siècles passés et provoquait déjà l’ostracisation.

- Le lien entre les deux frères est bien analysé. Deux garçons bien différents. Salomon est extraverti, sait naturellement naviguer entre les écueils, alors que Moïse est timide, passionné et brillant dans les études, un intello « pur sucre ». Salomon protégeant toujours son jeune frère.

Le contraste est bien marqué entre cette affection solide et les évènements historiques douloureux qu’ils affrontent. Une lumière précieuse dans l’obscurité de l’exclusion et de l’injustice.

- Le graphisme est particulièrement travaillé, précis. Tant au niveau des personnages que des décors.

- Originalité du scenario : de nombreux dialogues en hébreu, pas tous traduits. Mais cela ne m’a pas gênée car le lecteur en comprend le sens. Et surtout, ils rendent le récit bien plus ancré dans une communauté.

📌 Une histoire qu’on a envie de suivre puisqu’il s’agit du premier tome des Frères Rubinstein et qu’elle se déroulera en six tomes.

Merci à Netgalley et aux éditions Delcourt

 

 

mardi 10 septembre 2024

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La solitude tragique d’un enfant violoniste au milieu des bombes.

Un roman bouleversant sur un thème peu traité : le nazisme et la situation des enfants. La guerre, l’innocence des enfants, la musique.

🎻 Les années 30 en Allemagne - Clemens Oberndorf est un enfant choyé par sa mère. Quand il la perd, il se retrouve balloté de foyer en institut avec seul repère, son violon dont il joue en virtuose.  Une bulle de paix, de rêve, de douceur tandis qu’autour de lui, le nazisme progresse, la guerre s’installe. Et surtout, comme pour tous les jeunes de 8 à 14 ans, la menace d’enrôlement dans la Hitlerjugend (la jeunesse hitlérienne).

« On y enrégimentait les enfants dès les premières classes. Les instituteurs et institutrices terrorisés ou consentants affichaient des photos du Führer au-dessus du tableau noir. »

🎻 C’est un roman prenant, surprenant par sa densité, par le contraste saisissant entre la violence, la brutalité de la guerre, des interdits, et la beauté du violon quand Clemens joue.

🎻 Grâce à une écriture riche et précise, l’auteur démontre avec beaucoup de profondeur, la solitude extrême de l’enfant. Son seul lien à la vie et à l’amour est son violon. Une solitude émouvante car banalisée par l’enfant, qui n’attend rien de l’existence.

Un gamin qui n’intéresse et ne compte plus pour personne :

« Il n’attendait rien de précis, rien qui eut visage humain. Nul dans ce monde ne s’inquiétait de lui ; existait-il même quelqu’un de vivant pour se souvenir de Clemens Oberndorf à cette heure indécise ? C’était presque un soulagement de ne manquer à personne. Quand on ne craint plus de chagriner quelque fidèle ami, une mère pas trop aimante ou un vain petit père, la mort violente devait équivaloir à l’inaudible fission d’une bulle de savon : un blop infime dans un paysage sans limites. »

🎻Ce qui est parfaitement démontré également est l’absence de la valeur de la vie. Qu’il s’agisse de celle d’un adulte, et encore plus de celle d’un enfant. Être malléable qui fournit une chair à canon supplémentaire.

L’innocence sacrifiée, le talent inutile….

🎻Un roman bouleversant terriblement actuel, où la vie des innocents est sacrifiée au profit de dirigeants totalitaires.

Merci aux éditions Zulma pour cette belle découverte.

 

mercredi 4 septembre 2024

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Une grosse bulle de bonheur, intelligente, gourmande et jubilatoire.

- Intelligente car elle pose les bonnes questions.

- Gourmande car le personnage central est la Cuisine

- Jubilatoire, car tendre et humoristique.

 

 🍒 L’histoire

Les années 1950 en France – Ulysse, le fils des Cimenteries Ducerf, doit reprendre l’entreprise familiale après des études à Polytechnique.

Sauf que… Il n’est pas du tout passionné par les maths… Déjà, il lui faudra réussir son Bac et ce n’est gagné…

La mécanique bien huilée s’enraye encore quand il apparaît que l’entreprise aurait participé à l’effort de guerre allemand. Loin du bruit des accusations, Ulysse et sa mère s’installent en Bourgogne où Ulysse préparera son Bac avec un précepteur… Contre ses envies, mais gentiment, bien docilement….

Sauf que… Ulysse fait la connaissance de Cyrano. Ancien cuisinier étoilé, vivant presque en ermite après avoir incendié son restaurant. Un homme secret, bourru, colérique mais surtout tendre, passionné et généreux.

A priori, tout les oppose : l’âge, les personnalités, les parcours. Ulysse est un ado discret et docile, Cyrano crie et bouscule ce et ceux qui l’entoure.

C’est pourtant une belle alchimie qui s’installe entre eux deux autour des assiettes. Ulysse se sent heureux, comme jamais il ne l’a été, sous la formation d’un Cyrano, heureux aussi de retrouver les fourneaux et de faire partager son plaisir. Deux affectifs, deux tendres, deux passionnés.

Sauf que… Ulysse dissimule à ses parents ses escapades culinaires. Eux pensent qu’il révise dans sa chambre…

Il sait très bien qu’ils n’accepteront jamais cet avenir professionnel pour lui.

Que va-t-il se passer quand ils le découvriront ?

🍒 Les pages se tournent toutes seule, en même temps que les questions essentielles émergent du récit :

-  L’importance de trouver SA voie, même si elle fait sortir du chemin tracé par la famille, de l’aisance assurée, de sa zone de confort…

- Quel prix faut-il payer pour s’épanouir ? Ulysse sait qu’il va provoquer l’incompréhension, la colère de ses parents, leur tristesse en choisissant ce qui le rend heureux.

Essayer ou regretter ? « Se retrouvant sur son lit de mort, elle se dit que de ne point vivre, elle avait eu bien tort ! »

🍒 Les personnages sont très attachants, bien plus complexes qu’il n’y parait.

Une analyse psychologique bien fouillée et particulièrement crédible.

J’ai beaucoup aimé les personnages d’Ulysse, de Cyrano, (jubilatoire), mais aussi ceux de « second plan ». Ils apportent le recul et la sagesse face à la passion de nos deux complices. Les bons conseils aussi, comme la patronne du restau de Cyrano qui comprend qu’il faut parler au père d’Ulysse même si celui-ci ne veut rien entendre : « Si tu veux convaincre un homme, passe par sa femme »

🍒 Cette BD est une énorme bulle de bonheur, car elle démontre avec brio LE PLAISIR DE LA CUISINE. Celui qui la prépare avec soin, qui se donne dans ce qu’il prépare avec des bons produits,  et celui qui la savoure. Partage et communion.

« Le plaisir ! Si y en a point en cuisine, y en aura point dans l’assiette. »

« Quelle émotion, qu’est ce que tu vas mettre de toi, Ulysse Darcy, dans ton assiette ? »

Même si la BD n’occulte pas, avec l’exemple de Cyrano, la somme de sacrifices que représente la cuisine-passion. Et certains l’ont chèrement payée !

🍒 LA CUISINE TOUT SIMPLEMENT, celle qui apporte le bonheur sans considération de « nouvelle cuisine » ou de cuisine étoilée, celle qui serait la cuisine noble, et la cuisine du terroir ou des simples restaurants où on apprécie de bien manger, mais qui serait une cuisine de seconde zone.

Seul curseur : le plaisir !

« In voluptate veritas !

Dans le plaisir de la vérité… »

🍒 Quelques mots à propos du graphisme de Stéphane Servain. Ce n’est pas le graphisme que je préfère habituellement, mais il accompagne admirablement bien le récit. Les expressions, les attitudes sont très expressives, les paysages, les couleurs particulièrement travaillées.

🍒 Quand j’aurai un coup de blues, je relirai Ulysse et Cyrano. Privilège qui revenait uniquement à Gaston Lagaffe et qu’il partage désormais avec Ulysse et Cyrano.

🍒 Bravo à ce trio talentueux !

J’attends avec impatience votre prochaine publication, mais attention, vous avez mis la barre très haute !

 

Un immense merci aux éditions Casterman ! 💙