samedi 17 octobre 2026

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Une chronique difficile à élaborer… Car le roman est riche, intense, et j’ai très envie de vous faire partager mon plaisir de lecture.

🎶Le début des années 80. Le quotidien de trois ados, trois amis, de la cité de la Bottière, un quartier populaire de Nantes.

L’ennui du lycée, le sentiment ancré que les études ne serviront à rien, ne leur permettront pas de vivre différemment de leurs parents, à la vie plate et fade. Ils sont nés dans la mauvaise case, celle des "prolos". 

Les deux garçons, Martial et Paul découvrent le punk rock, la jeune Samia ne vit plus que pour le cinéma, analyse la vie et ses émotions à travers le jeu des acteurs, le travail des réalisateurs. Un personnage très attachant, à la fois infiniment sincère et réfléchi.

La musique est une fulgurance, une révélation pour Paul et surtout Martial. Un moyen de cracher sa rage, sa révolte, son envie de vivre.

Martial est aussi une révélation pour Paul et Samia : réaliser ses rêves, les voir en grand et y consacrer toute sa vie, toute son énergie. Tout de suite, sans attendre !

Le groupe Divin Suicide (titre de Protest the Hero) est monté et commence à être reconnu...

Trois portraits magnifiquement campés et attachants.

🎶 Même si le récit est typé dans son époque, l’auteur explique brillamment l’idéalisme de la jeunesse, son extrémisme, le rejet du système, le besoin vital de faire autre chose que les ainés. Un portrait tellement bien observé qu’il est universel et parle à toutes les générations, tous siècles confondus.

Comme l’importance de l’image physique renvoyée aux autres :

« Tout le blesse. N’être que cet adolescent le blesse. Le miroir lui renvoie l’image d’un être androgyne, effilé, imberbe, avec entre les jambes, un sexe foncé, long et épais : obscène. Un être masculin et féminin. A force de se regarder, il ne se voit plus, ou à la place, il voit un monstre : de la peau, des poils, des muqueuses, des boutons d’acné. »

🎶 La musique est un personnage à part entière. Les noms des chapitres sont d’ailleurs les titres des chansons, essentiellement les Clash, mais aussi The Jam, Les Sex Pistols ( « God save the Queen » - no futur for you), et même des Beatles. Un moyen de se reconnaître dans la même rage, la même volonté de la crier à tous.

Un bel hommage aussi à la Musique : « Avec la musique, on entre vraiment en contact avec les autres, et l’on comprend que nous sommes traversés par la vie, hantés par la vie. La musique défie le temps. »

 Une reconnaissance de la force vitale de la musique : « A la joie, se mêle le poison de la violence, de la rage. La musique tourne dans les têtes avec la même efficacité qu’un whisky, qu’une vodka. » 

🎶 L’auteur a su fidèlement décrire le paysage politique des années 80. Celui des quartiers populaires, le sentiment d’être à tout jamais exclu de toute forme de réussite : 

« Ce professeur a raison : les fils de prolos doivent apprendre très tôt à courber le dos, sans grogner, sans protester. Il faut s’exercer dès l’adolescence à n’être qu’un subalterne. »

La musique, un vrai choix politique : « Pour Marial, le punk rock est forcément contre le conformisme, donc contre la droite. »

🎶 La force de l’écriture martèle l’action, embarque le lecteur par un vocabulaire riche et précis, souvent cash, voire cru. Contrairement à certains, il ne m’a pas choquée car il correspond bien, au contraire, aux pulsions sexuelles de l’adolescence, à son radicalisme.

🎶 Une vraie réussite, tant du point de vue de l’écriture que du scénario.

Je comprends qu’il figure dans la première sélection prix Renaudot 2026, du prix de Flore, du prix Castel, et qu’il soit finaliste du prix Landerneau et du prix Renaudot des lycéens 2026.

Longue vie à toi, « Stay free » titre iconique des Cash !

Extraits

🎶 A propos des Clash

« Ils viennent de la scène anglaise, du punk… Les types sont des prolos, pas des artistes. »

🎶 Martial

« Moi, je veux ma part toute de suite… J’ai pas envie d’avoir des regrets, je ne sacrifierai rien… »

🎶 Ce sentiment d’être à tout jamais dans la mauvaise case :

« Ce professeur a raison : les fils de prolos doivent apprendre très tôt à courber le dos, sans grogner, sans protester. Il faut s’exercer dès l’adolescence à n’être qu’un subalterne. »

🎶 Paul

« Mais pour Paul, l’avenir dont l’entretient ce conseiller, avec ces postes d’instituteur, d’employé de banque, de technico-commercial, d’infirmier, de fonctionnaire libéral est tout ce qu’il cherche à éviter. Il entrevoit une vie de renoncement, de temps avalé par des tâches sans intérêt, une servitude administrative sous le fouet d’un chefaillon, d’un cadre, d’un patron. (….) La musique le soustrait, le temps d’un disque, à la platitude des heures, à la hideur de ce futur que vantent les conseillers d’orientation dans tous les lycées de France à tous les enfants des classes populaires. »

🎶 Samia

« Elle doit se raisonner pour ne pas condamner ces licences érotiques et sentimentales. Elle n’ose même pas en parler à Martial de peur de le déranger, d’être, à cet égard, d’une impardonnable cruauté. »

🎶 « Depuis trois ans, elle assiste à sa métamorphose, à la fois honteuse et enchantée. (…) Peu à peu, elle a accepté l’idée d’abandonner son corps lisse et menu pour se réincarner dans celui d’une femme. L’hypertrophie des seins ne l’embarrasse plus, ni les poils bruns sur son pubis. »

🎶 « Elle préfère la rage adolescente de Martial, si immature et théâtrale qu’elle soit, à la vanité d’Arnaud Vasseur, le meilleur élève de la classe, un fils de banquier, claironnant ses voyages aux USA, ses ambitions polytechniciennes, sa petite amie du lycée Clemenceau. »

🎶 L’importance de l’image physique renvoyée aux autres :

« Tout le blesse. N’être que cet adolescent le blesse. Le miroir lui renvoie l’image d’un être androgyne, effilé, imberbe, avec entre les jambes, un sexe foncé, long et épais : obscène. Un être masculin et féminin. A force de se regarder, il ne se voit plus, ou à la place, il voit un monstre : de la peau, des poils, des muqueuses, des boutons d’acné. »

🎶 « Non, ne jamais être comme son père, enterré dans un emploi subalterne, vaincu, renaissant par le cul d’une Danielle, n’ayant plus que sa bite pour lui donner la foi en la vie. »

🎶 « Pour Marial, le punk rock est forcément contre le conformisme, donc contre la droite. »

🎶 « A la joie, se mêle le poison de la violence, de la rage. La musique tourne dans les têtes avec la même efficacité qu’un whisky, qu’une vodka. »

🎶 Paul, le philosophe

« S’il l’avait su, il n’aurait jamais accordé une seconde à la philosophie : penser, c’est bourgeois, se serait-il dit. »

🎶 Martial

« Mais par goût du chaos et par vocation anarchiste, il se réjouit de tout ce qui ébranle une société scélérate et vouée à l’accumulation du capital. »

🎶 « Avec la musique, on entre vraiment en contact avec les autres, et l’on comprend que nous sommes traversés par la vie, hantés par la vie. La musique défie le temps. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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