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La part absente - Rachida Brakni - Éditions Stock -
Parution 19 août 2026
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Karina Leroy est l’incarnation d’une parfaite réussite. Professionnelle et personnelle. Propriétaire d’une galerie d’art, mariée à Vincent, responsable d’une boîte de pub, avec Elena, une adolescente de 14 ans…
Pourtant…
Le choc, le coup de poing qu’elle prend dans le ventre est d’autant plus violent, quand elle découvre, par hasard dans une exposition, la photo de sa mère, Zohra, durant la guerre d’Algérie.
Tout bascule ! Tout son passé algérien, son statut « d’émigrée de seconde génération » qu’elle a cherché à dissimuler aux autres, mais surtout à enterrer au plus profond d’elle-même, lui revient comme une claque…
Karina, ou plutôt, de son vrai prénom Karima, nous emporte avec elle dans le conflit qui la secoue comme une coque de noix dans la tempête.
Un conflit douloureux d’où elle ressortira brisée ou apaisée…
📌Ce roman est riche pour les thèmes qu’il expose, infiniment émouvant grâce à la proximité de l’autrice avec ses personnages. Sans jugement de sa part.
- La difficulté de vivre sereinement en ayant coupé ses racines. Elle ne sait pas ce que sont devenues sa mère Zohra, et sa sœur Naïma. Et ne veut pas le savoir.
Karina s’est toujours sentie amputée d’une partie d’elle-même. Comme on peut ressentir un membre fantôme, alors qu’il a été coupé. Elle craint toujours de ne pas être légitime dans ses fonctions, dans sa famille bien française dont le père de son mari a même été soldat durant la guerre d’Algérie.
- Peut-on enfouir les atrocités de la guerre quand sa mère a été violée à 16 ans dans son village algérien, et qu’elle s’est retrouvée enceinte d’une petite fille ?
Ce portrait de femme courageuse et résignée à la fois est magnifique.
- A-t-on vraiment les mêmes chances de réussir quand on vient d’un milieu émigré ? Or, Karina a toujours voulu se réaliser, être pleinement reconnue. Elle ne veut pas connaitre et vivre dans la résignation de sa mère.
« Elle, dont le leitmotiv était surtout DE NE PAS FAIRE DE VAGUES, m’enjoignait de marcher dans ses pas, de rester à ma place et de ne pas sortit du cadre établi, afin de pérenniser l’ordre social ; ainsi façonnée à son image, je serais une ombre qui rase les murs, fuyante et résignée. »
- Le monde de l’art est perçu avec grande lucidité par Karina, d’autant plus qu’elle est à la fois pleinement à l’intérieur de la bulle, et en même temps, en dehors, par ce sentiment d'imposture qui toujours l'étreint.
« Par expérience, je sais que ce ne sont pas toujours les plus doués qui sont récompensés, qui plus est dans un monde ultra-financiarisé où par des opérations et des spéculations juteuses, est réduit à une marchandise, et dans lequel pullulent les usurpateurs en tous genres. »
📌 C’est à la fois, un roman prenant par une progression dramatique bien maîtrisée et en même temps excessivement touchant.
Un sujet classique où l’autrice apporte force, lucidité et sensibilité.
Merci aux éditions Stock et à Babélio.
Extraits :
📌« Dans cette accolade, je ressens toute la fragilité du jeune homme que rien ne prédestinait à se retrouver un jour exposé dans un grand musée. Ce fils et petit-fils d’agriculteurs est le premier de la lignée à ne pas reprendre le flambeau de l’exploitation familiale. »
📌« Par expérience, je sais que ce ne sont pas toujours les plus doués qui sont récompensés, qui plus est dans un monde ultra-financiarisé où par des opérations et des spéculations juteuses, est réduit à une marchandise, et dans lequel pullulent les usurpateurs en tous genres. »
📌« Personne n’a jamais décelé ma véritable identité, c’était inimaginable. (…) Au fond de moi, la honte d’avoir usé d’un tel stratagème ne m’a jamais quittée. Il y a ceux qui affrontent les obstacles et ceux qui les contournent. Je fais partie de la seconde catégorie, la moins glorieuse et les plus lâches. »
📌« Ma mère me rappelle cruellement que je me suis condamnée à un exil intérieur, à une errance sans fin depuis plus de vingt-cinq ans. »
📌« Elle, dont le leitmotiv était surtout DE NE PAS FAIRE DE VAGUES, m’enjoignait de marcher dans ses pas, de rester à ma place et de ne pas sortit du cadre établi, afin de pérenniser l’ordre social ; ainsi façonnée à son image, je serais une ombre qui rase les murs, fuyante et résignée. »
📌« Je constate que les secrets de famille sont unanimement bien partagés, quelle que soit l’origine sociale ou raciale. Je dine en face d’un homme qui a porté l’uniforme pour combattre les miens et dont j’ai épousé le fils. »
📌« Ici, à l’ombre des tours, les liens sont cimentés en grande partie par le regard porté par l’extérieur, un regard caricatural et stigmatisant qui conduit à serrer les rangs, à former une communauté soudée face à l’adversité. »
📌« Pour la première fois de ma vie, je comprends que ce que j’ai perdu est sans commune mesure avec ce que je croyais avoir gagné. »
📌 « Les aboiements, les cris, les ordres qui claquent, j’ai vu des hommes se transformer, se réfugier dans l’alcool pour s’anesthésier, j’ai vu la nature humaine dans ce qu’elle a de plus laid. Nos supérieurs excitaient nos instincts les plus vils en nous abreuvant d’images atroces d’exactions commises par le FNL. Nous étions tous guidés par la peur et certains gouvernés par la haine. »
📌 Elena, la fille de la narratrice : « Dépositaire de deux mémoires antagonistes, dont les résidus irriguent encore chaque strate de notre société. »

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