mercredi 8 avril 2026

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Zahra est une adolescente iranienne de 16 ans, que sa mère en secret, appelle Badjens : « l’effrontée, le mauvais genre ». Celle qui se rebelle, n’accepte pas les codes imposés aux femmes, surtout depuis l’assassinat de Mahsa Amini.

Dans un long et puissant monologue intérieur, Badjens raconte sa vie, ses espoirs, ses doutes et sa révolte vitale. Elle explique aussi le rôle de sa mère, complice, mais résignée comme les femmes de sa génération.

« En fait, elle se sacrifie intégralement pour moi.

Complice silencieuse de mon émancipation.

Ses petites attentions ne sont jamais anodines : elle m’offre cette liberté qu’elle n’a jamais eu pour elle-même.

Petite, elle a vu son père, un homme démocratique et pieux, pleurer de désespoir quand Khomeini s’est imposé.

Il était anti Chah mais pas pour la prise de pouvoir par les mollahs. »

Une adolescente qui représente parfaitement une génération : plutôt mourir que de vivre en servante des mollahs.

Ce n’est pas mon roman favori chez Delphine Minoui, une autrice que j’apprécie infiniment, mais il est efficace et bouleversant !

Lu dans le cadre du Prix Le Meilleur Roman Points-Fémina

 

Extraits :

📌 « A cet instant-là, j’ai compris.

J’ai compris le rôle qui m’était assigné.

Jusqu’ici, je n’étais qu’une erreur.

Désormais, je serais celle qui s’écrase, se tait.

Celle qui regarde par terre.

Qui ne hausse pas trop la voix. (…)

Je suis invisible. »

 

📌 « Je tente de me justifier :

_Ben j’ai juste envie d’être moi.

Cela l’énerve encore plus.

Il rétorque que je suis intenable, qui je suis un animal sauvage qu’il faudrait domestiquer. Que c’est scandaleux, ce look à la garçonne.

_Si seulement nous avions pu nous contenter de ton frère Mehdi !

Papa voit du blasphème dans chacun de mes gestes.

Dans ma façon de m’habiller, de parler, de croiser les jambes, de mâcher du chewing-gum.

Plus il me restreint, plus je le défie. »


📌 A propos de sa mère :

« En fait, elle se sacrifie intégralement pour moi.

Complice silencieuse de mon émancipation.

Ses petites attentions ne sont jamais anodines : elle m’offre cette liberté qu’elle n’a jamais eu pour elle-même.

Petite, elle a vu son père, un homme démocratique et pieux, pleurer de désespoir quand Khomeini s’est imposé.

Il était anti-Chah mais pas pour la prise de pouvoir par les mollahs. »

 

📌 « Je porte le désespoir comme je porte le foulard.

Plus je grandis et plus l’angoisse m’envahit.

Je me sens obligée de me justifier pour tout.

Comme si j’avais péché.

Comme si j’étais coupable.

D’être une femme.

D’avoir des cheveux.

De rire.

De parler.

De penser.

De chanter. 

De vouloir vivre.

Moi qui n’aurais pas dû naître. »


📌« Les mots sont des armures contre la prison de nos maux. »


📌 « En d’autres termes, on imposait à mon oncle et à ma tante de maquiller la mort de leur fils s’ils voulaient récupérer son corps et l’enterrer.

On voulait faire croire qu’il était tombé en héros pour le pays.

Pour pouvoir faire leur deuil, il leur fallait raconter des bobards. »

 

📌« En Iran, les victimes de violence n’ont droit ni à la vie, ni à une mort sereine.

Leurs parents doivent accepter les mensonges, c’est tout. »


📌« J’ai 14 ans et je baisse les bras.

Comme si j’avais déjà fait le tour de tout.

Comme si la vie n’avait plus rien à m’apprendre.

Elle m’a déjà tout pris. »

 

📌 « Nos martyrs à nous n’ont pas de barbe.

Ils ne rêvaient pas d’épouser des vierges au paradis.

Nos martyrs rêvaient d’un travail, d’une vie décente, du jour où les filles pourraient être fières de leur chevelure. »

 


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