mercredi 25 septembre 2024

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Un scénario bien ficelé : une saga familiale sur quatre générations, des personnages hors du commun. En arrière-plan, le Venezuela

 C’est bien fait, mais Miguel Bonnefoy ne m’a pas embarquée dans le destin exceptionnel d’Antonio Borjas Roméro, ni dans celle de ses descendants et de sa femme.Non pas, car j’ai lu de nombreuses histoires telles que celle-ci : chacune est différente, sublimée par le talent de l’écrivain.

Mais parce que cela manquait d’émotion. Comme un certain recul entre les personnages et l’auteur.

Bien fait, mais sans âme.

Cela n’engage que ma perception et je comprends que vous soyez nombreux et nombreuses à l’avoir adoré.

La lecture, et c’est un des ses richesses, est tellement subjective !  

 

mardi 24 septembre 2024

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Inspiré d’un fait réel, le roman de Jim Fergus de 1998 est scénarisé par Lylian, dessiné par Anaïs Barnabé et colorisé magnifiquement par Hugo Poupelin.

📌L'accord entre le président Grant et Little Wolf, chef Cheyenne, est le suivant : mille femmes blanches contre 1000 chevaux pour favoriser l’intégration du peuple amérindien.
« Durant plusieurs semaines, les deux dirigeants et leurs délégations ont cherché des compromis afin de permettre à la population cheyenne de ne pas disparaître à cause de la guerre et aux blancs de continuer leur dispersion sur le territoire.
Parmi les termes de cet accord, il fut décidé que des femmes blanches rejoindraient la grande nation cheyenne, afin de permettre à cette dernière d’échapper à l’extinction qui la guette. »

📌 L’histoire
1873 – Institut national de santé mentale de Chicago
May Dodd est enfermée pour « dépravation et perversion sexuelle. »
En fait, elle est internée par la volonté de ses parents qui n’acceptent pas son union avec un homme jugé « de rang inférieur » par ses proches.

Pour échapper aux conditions d’internements (traitements barbares, viols) elle ne voit qu’une seule issue : accepter de faire partie du convoi de femmes blanches qui sera livrée aux cheyennes.
Ce contrat lui est présenté ainsi par le médecin responsable de l’asile : « Par votre sacrifice, vous permettriez à nos courageux colons d’occuper leurs terres sans avoir à craindre un acte barbare de ces sauvages. »
Bonne conscience facile des occidentaux : qui sont les sauvages et les barbares ?

La personnalité de May et de ses compagnes d’infortune se révèle lors de l’internement et durant ce long périple de Chicago vers l’Ouest sauvage, via les lettres qu’elle adresse régulièrement à sa sœur.
Une femme indomptable, déterminée à ne pas se laisser faire, fière et intelligente. Un leader aussi car elle entraînera dans cette aventure, Martha, une des aides-soignantes.

📌 C’est un beau et prenant récit sur le désir des libertés des femmes, sur la toute-puissance masculine, sur le courage.
Mais aussi sur la notion de « sauvages ». Qui sont les sauvages ?
Les amérindiens ou les blancs qui contraignent la population féminine et exterminent les Indiens pour se saisir des territoires ?

📌 Gros coup de cœur pour le graphisme et la colorisation : tout simplement somptueux. Certaines planches sont de vrais tableaux.
Avec un petit bémol : quelles que soient les conditions (soins cruels, viols, longue route vers l’Ouest), May est toujours aussi « pomponnée » et séduisante. Et les traits m’ont semblé trop modernes pour un 19ème siècle américain….

📌 Il n’empêche c’est une excellente BD et j’ai hâte de suivre l’histoire dans le prochain tome.

 

mardi 17 septembre 2024

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Bouleversant et magistral !

 Tous, ils subissent l’injustice du plus fort, dans cette campagne des siècles passés. Ils l’acceptent, se résignent et se soumettent.

Tous, sauf cette gamine, Madelaine, venue de nulle part et adoptée par la famille du hameau des Montées. Celle par qui le danger va arriver…

« Madelaine a peut-être douze ou treize ans, et elle a mille ans. »

C’est une enfant, , qui plus est une fille, et pourtant elle n’accepte pas l’emprise violente de la famille l’Ambroisie, et surtout celle de l’Ambroisie-le-fils.

📌 Un récit qui prend aux tripes, quand il raconte le froid qui pétrifie jusqu’à la moelle, la famine où le ventre gronde, où la faiblesse s’installe. Une famine habituelle à laquelle on espère simplement survivre.

📌Un magnifique récit sur l’injustice, sur le courage, le prix à payer quand une tête se dresse au-dessus des autres, sur la soumission.

Un récit où le silence des plus faibles provoque lâcheté et sentiment de culpabilité.

« Nous avons protégé des maîtres qui n’en avaient pas besoin pour ne pas risquer pire que ce qu’était déjà notre existence. Nous avons choisi le silence. Nous sommes des lâches mais nous sommes vivants. »

📌 Un récit dur, sans espoir où la misère engendre la misère. Même si une personnalité extraordinaire dit non au violeur, au meurtrier.

📌 Une belle leçon d’amour entre les membres des Montées, sans grandes phrases, pudique. Qui s’exprime dans la solidarité, dans les actes, jusqu’à l’engagement le plus total pour ceux qu’on aime.

📌 L’analyse psychologique est particulièrement travaillée comme dans tous les romans de Sandrine Collette. Longtemps après avoir terminé la lecture, les personnages vivent encore dans ma tête.

Tous les personnages des Montées sont attachants, chacun bien différent, sans manichéisme. Mais j’ai préféré celui de Madelaine et de Bran. Ce dernier est émouvant car il représente l’amour le plus dépouillé et le plus fidèle.

📌 La tension dramatique est permanente d’un bout à l’autre du roman, c’est l’ADN de Sandrine Collette qui embarque immédiatement son lecteur dans des contrées bizarres et angoissantes.

J’ai été scotchée, bluffée par la fin de la 2ère partie, à la page 138. Je n’ai rien vu venir. Et pourtant, j’ai lu et savouré tous les romans de l’autrice, certains plus que d’autres. Mais celui-ci…. C’est vraiment le plus abouti !

Porté par une plume juste, précise, évocatrice et fluide.

📌 Elle est passée avec beaucoup de talent – et de travail – des thrillers « polars » aux thrillers sociaux et c’est une véritable réussite !

 

Chapeau l’Artiste !

Voir à ce propos l’article (argumenté et élogieux) de Lire Magazine de Septembre

Sandrine fait partie des « Goncourables » et je croise les doigts en ce sens.

vendredi 13 septembre 2024

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Je suis bluffée !

En découvrant le titre, le sujet, le résumé, j’étais plutôt sceptique.

Un récit sur la chasse aux tornades américaines ? Pas forcement le sujet qui m’intéresse…

Journaliste réalisateur, SIMON FICHET parcourt le monde caméra au poing. Il travaille principalement pour la télévision.

📌 Eh bien, ce diable d’auteur m’a embarquée, comme il l’a été lui-même, dans sa recherche de tornade. Être le plus proche possible du monstre, faire les meilleurs vidéos, pour rapporter à son rédac chef français. Faire plusieurs centaines de km par jour pour espérer la traquer, la figer sur la pellicule, malgré la fatigue, la peur.

Un phénomène naturel terrifiant qui devient le quotidien du chasseur, qui lui retire quelquefois une partie de sa lucidité.

📌 Une écriture très visuelle, rapide, précise, qui permet de partager le présent de Simon Fichet. Être avec les chasseurs de tornade, à la fois admiratifs, pétrifiés, angoissés, en colère.

Et au bout d’un moment, la question se pose : leur équipe va-t-elle parvenir à trouver « LA bonne tornade » qui permettra de ramener « les bonnes images » en France ?

📌 J’ai beaucoup aimé la densité du récit, la force de l’addiction au monstre. La peur est présente, les dangers sont archi-connus et pourtant une force irrésistible pousse ces chasseurs de tornades à être au plus près.

📌 Le contraste entre la peur et la répulsion est parfaitement bien analysé.

Terreur et attraction. « C’est dingue. C’est même complètement dingue. Ma caméra pend au bout de mon bras. Le monde vacille sous mes pieds. Les lois de la physique, ou plutôt mes lois de la physique  viennent de voler en éclats, la frontière entre le possible et l’impossible vient de s’effondrer ; je suis bouleversé, étourdi par ce mouvement obsédant que rien ne semble pouvoir arrêter, hypnotisé par sa circularité infinie qui m’apparaît soudain comme la clef de toute chose, l’origine du monde peut-être : je voudrais m’y blottir, m’y faire dorloter comme un galet dans la marée et, au même instant, je voudrais fuir loin d’ici, loin de cette bouche qui menace de m’avaler. Je ne bouge pas , incapable de réfléchir, balloté entre terreur et fascination, entre répulsion et envie. »

📌 Conclusion parfaite de Simon Fichet : « Je reviens d’un voyage hors du monde et hors du temps. »

A découvrir et à savourer ! 💙

 

Lu dans le cadre du prix romans Fnac 2024

Merci à la FNAC et aux édition Marchialy

 

 

 

mercredi 11 septembre 2024

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Une belle illustration de l’amour fraternel sur un arrière-plan historique et antisémite.

Une belle illustration de l’amour fraternel sur un arrière-plan historique et antisémite.

📌 1927 – une cité minière du nord. L’histoire de deux frères, Salomon, l’ainé et Moïse le cadet. La famille juive, d’origine polonaise, s’est installée en France et le père est tailleur.

Le texte alterne, de façon très fluide, sur plusieurs périodes. En Californie en 1934 où les deux frères ont émigré puis dans le camp de Sodibor lors de la déportation.

📌 Plusieurs éléments suscitent l’intérêt :

- L’antisémitisme n’est pas né avec Hitler. Il était déjà bien présent en France, dans les siècles passés et provoquait déjà l’ostracisation.

- Le lien entre les deux frères est bien analysé. Deux garçons bien différents. Salomon est extraverti, sait naturellement naviguer entre les écueils, alors que Moïse est timide, passionné et brillant dans les études, un intello « pur sucre ». Salomon protégeant toujours son jeune frère.

Le contraste est bien marqué entre cette affection solide et les évènements historiques douloureux qu’ils affrontent. Une lumière précieuse dans l’obscurité de l’exclusion et de l’injustice.

- Le graphisme est particulièrement travaillé, précis. Tant au niveau des personnages que des décors.

- Originalité du scenario : de nombreux dialogues en hébreu, pas tous traduits. Mais cela ne m’a pas gênée car le lecteur en comprend le sens. Et surtout, ils rendent le récit bien plus ancré dans une communauté.

📌 Une histoire qu’on a envie de suivre puisqu’il s’agit du premier tome des Frères Rubinstein et qu’elle se déroulera en six tomes.

Merci à Netgalley et aux éditions Delcourt

 

 

mardi 10 septembre 2024

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La solitude tragique d’un enfant violoniste au milieu des bombes.

Un roman bouleversant sur un thème peu traité : le nazisme et la situation des enfants. La guerre, l’innocence des enfants, la musique.

🎻 Les années 30 en Allemagne - Clemens Oberndorf est un enfant choyé par sa mère. Quand il la perd, il se retrouve balloté de foyer en institut avec seul repère, son violon dont il joue en virtuose.  Une bulle de paix, de rêve, de douceur tandis qu’autour de lui, le nazisme progresse, la guerre s’installe. Et surtout, comme pour tous les jeunes de 8 à 14 ans, la menace d’enrôlement dans la Hitlerjugend (la jeunesse hitlérienne).

« On y enrégimentait les enfants dès les premières classes. Les instituteurs et institutrices terrorisés ou consentants affichaient des photos du Führer au-dessus du tableau noir. »

🎻 C’est un roman prenant, surprenant par sa densité, par le contraste saisissant entre la violence, la brutalité de la guerre, des interdits, et la beauté du violon quand Clemens joue.

🎻 Grâce à une écriture riche et précise, l’auteur démontre avec beaucoup de profondeur, la solitude extrême de l’enfant. Son seul lien à la vie et à l’amour est son violon. Une solitude émouvante car banalisée par l’enfant, qui n’attend rien de l’existence.

Un gamin qui n’intéresse et ne compte plus pour personne :

« Il n’attendait rien de précis, rien qui eut visage humain. Nul dans ce monde ne s’inquiétait de lui ; existait-il même quelqu’un de vivant pour se souvenir de Clemens Oberndorf à cette heure indécise ? C’était presque un soulagement de ne manquer à personne. Quand on ne craint plus de chagriner quelque fidèle ami, une mère pas trop aimante ou un vain petit père, la mort violente devait équivaloir à l’inaudible fission d’une bulle de savon : un blop infime dans un paysage sans limites. »

🎻Ce qui est parfaitement démontré également est l’absence de la valeur de la vie. Qu’il s’agisse de celle d’un adulte, et encore plus de celle d’un enfant. Être malléable qui fournit une chair à canon supplémentaire.

L’innocence sacrifiée, le talent inutile….

🎻Un roman bouleversant terriblement actuel, où la vie des innocents est sacrifiée au profit de dirigeants totalitaires.

Merci aux éditions Zulma pour cette belle découverte.