mardi 15 octobre 2024

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Pour les dingues de lecture qui aiment être bousculés par un roman !Comment la fiction délivrée par certains auteurs ouvre les yeux sur la réalité, sort le lecteur de sa zone de confort, pose les questions sans forcément donner les réponses. A chaque lecteur de réfléchir, d’aller plus loin dans sa compréhension. La réflexion et l’analyse face au simplisme, face à l’instrumentalisation.

📖 2016 durant le mandat de Trump – Azar Nafizi, iranienne exilée aux États-Unis en 1997.

Cinq lettres de l’autrice à son père décédé depuis 12 ans, ancien maire de Téhéran emprisonné par le régime du Shah. Elle aussi a connu les mêmes difficultés en tant que femme dans son refus du voile et en tant qu’enseignante.

Cinq lettres où Azar Nafizi parle à son père comme s’il cheminait à côté d’elle. La sincérité, l’amour qui affleurent dans ces lettres amènent une proximité avec le lecteur. J’ai vraiment eu l’impression d’être à leur côté. Un magnifique hommage à son père, à leur relation de complicité, à la fois affective et intellectuelle.

Cinq lettres où elle analyse la puissance littéraire de cinq auteurs et comment ils dérangent dans les pensées toutes faites   : Salman Rushdie, Margaret Atwood, (« La servante écarlate ») Zora Neale Hurston, Toni Morrison et James Baldwin (« Un autre pays »)

📖 Une analyse très vivante car basée sur les personnages des romans et leur histoire. La puissance de l’imaginaire qui contribue à la réflexion, au sens critique : « La fiction éveille notre curiosité, et c’est cette curiosité, ce bouillonnement, ce désir de savoir qui rendent si dangereuses l’écriture comme la lecture. »

Exemple parfait avec « Les versets sataniques ». Contrairement à la façon dont il a été présenté, il ne remet pas en cause l’Islam, il pose les bonnes questions à propos du Coran. Or les questions pour un Islam rigoriste, mérite la fatwa et l’interdiction de lire Salman Rushdie.

Comment le monde de la fiction permet de comprendre, parce qu’il va plus loin que la perception quotidienne, ce qui se passe autour de nous : « Cher lecteur, (…) nous avons plus que jamais besoin du regard clair de l’imagination pour voir la réalité derrière et au-delà du spectacle. »

📖 L’autrice établit un parallèle frappant entre le régime iranien et les positions de Trump. Mensonges, populisme, démocratie menacée aux USA et totalitarisme en Iran, idéologie primaire et définitive. Pas de questionnements intérieurs, pas de remise en cause, car la Vérité est affirmée par des « guides. »

C’est également un appel à la vigilance pour les l’Occident démocratique : « Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver en Iran ? » demandent-ils innocemment. On pourrait leur répondre ainsi : « Comment Trump a-t-il pu arriver aux États-Unis ? » Nous ne devons pas être aveugles à tout ce qui se passe ces temps-ci dans un si grand nombre de sociétés démocratiques, dont les États-Unis. »

📖 Une réflexion riche et foisonnante, sur la lecture et son universalisme, sur la politique. Un hymne également à la curiosité, à l’interrogation, à la lucidité, à la liberté d’opinion.

Une réflexion également sur l’acte d’écrire, un acte militant comme celui de lire, un acte dangereux. Et l’autrice cite James Baldwin : « On écrit pour changer le monde en sachant pertinemment que cela est sans doute impossible, mais en sachant aussi que la littérature est indispensable au monde. (…) Le monde change en fonction du regard que les gens portent sur lui, et si vous parvenez à décaler, fut-ce d’un millimètre, la manière dont les gens regardent la réalité, alors vous pouvez la changer. »

Sur l’universalisme de la lecture. L’autrice cite Margareth Atwood : « Un sourire ou une larme n’a pas de nationalité ; la joie et la douleur parlent de la même façon à toutes les nations et, par-delà toute la confusion des langues, proclament la fraternité des hommes. »

📖 Un essai facile à lire, lumineux qui parle à tous les amoureux de la littérature, à tout ce qu’elle nous apporte.

Gros coup de cœur pour ce livre passionnant et UTILE. Surtout avant la menace de l’élection de Trump aux USA, devant la progression du populisme en Europe, devant la montée en puissance de nombreuses dictatures dans le monde….

Merci aux éditions Zulma pour ce magnifique essai passionnant et enrichissant. 

samedi 12 octobre 2024

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 Un vrai document d’histoire parfaitement documenté, reprenant le passé de Missak Manouchian et le déroulé des opérations avec une infinie rigueur.

Une grande attention est portée à tous les résistants du groupe, tant dans la présentation succincte de chacun, que dans son portrait en pleine page.

Seul bémol : la froideur du propos. Je connais bien la vie de Missak Manouchian, son rôle dans la résistance, les circonstances de sa mort, et j’espérais connaitre un peu mieux « le bonhomme ».

Comme je le disais au début, c’est un document d’histoire, et ce n’est qu’un document d’histoire.

Cela n’empêche, c’est un bel hommage au groupe Manouchian.

 

 

 

dimanche 6 octobre 2024

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 Déception…

📌 1986 - Thetford Mines, dans les Appalaches, au sud de la ville de Québec.

L’un des plus grands centres d'exploitation d’amiante, à ciel ouvert, dans le monde. Des collines arides, une poussière grise permanente, toxique pour l’homme, mais espace de jeux infini pour les enfants.

Steve Dubois a neuf ans, un gamin plutôt solitaire, que son père brutal juge trop efféminé. De plus, il est chauffeur à la mine et il est question de démantèlement.

Au gré de ses balades en bicycle, il va rencontrer Charlélie, « le petit Poulin » et sa famille.

C’est le début d’une amitié indéfectible entre ces deux garçons de 9 et 10 ans que tout oppose : les personnalités, les familles, les histoires.

« Nous nous mariions à ravir : j’étais du genre à ruminer mes obsessions, et lui à tenter à tout prix de concrétiser les siennes. »  

📌 Tous les éléments sont réunis pour créer un roman passionnant et prenant.

- Le contraste entre l’hostilité du décor et l’amitié des deux garçons.

- L’innocence de l’enfance qui ne perçoit que le bonheur d’être ensemble.

- De plus, l’analyse psychologique est précise et intéressante.

Malgré une écriture sensorielle et fluide, truffée à bon escient de vocabulaire québécois, (« Il pleut à boire debout »), l’auteur ne m’a pas du tout embarquée.

J’ai regretté le traitement du sujet qui le rend banal et ennuyeux.

De plus, il est question dans le résumé de la perte de Charlélie, mais à aucun moment, je n’ai compris ce qui lui est arrivé. Vous me direz…

📌 L’auteur précise à la fin de l’histoire : « Amiante est une œuvre de fiction, alimentée par un kaléidoscope de souvenirs à la réalité discutable et par une large part d’inventions »

Le kaléidoscope était peut-être trop foisonnant…

C’est un premier roman ( l’auteur a déjà publié des ouvrages de poésie), les suivants me passionneront sans doute davantage car la plume est belle et sensuelle. 

 

samedi 5 octobre 2024

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Un dessinateur dont on connait beaucoup d’œuvres sans forcément mettre un nom dessus… Pourtant vous connaissez tous, et peut-être appréciez-vous : « sous la grande vague au large de la côte à Kanagawa », ou sa célèbre série des 36 vues du mont Fuji.

Ce « vieux fou du dessin », c’est Hokusai, né au Japon en 1760 et connu pour son immense et talentueux travail en dessins et estampes.

L’observation sublimée et dépouillée en même temps, de la nature et de la vie quotidienne.

 

L’ouvrage des éditions Hazan Jeunesse est d’un accès très facile, sans être simpliste.

La page de droite reproduit le dessin, celle de gauche l’explique.

Des dessins qui n’ont pas pris une ride, intemporels qu’on a plaisir à regarder, comprendre et savourer.

Bravo aux deux auteurs : Christian Demilly et Didier Barraud !

 

vendredi 4 octobre 2024

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Une histoire méconnue inspirée de faits réels, consacrée aux « fleurs de roche » italiennes, surnom donné aux edelweiss dans la région du Frioul, au nord de la Vénétie, sur la frontière autrichiennes.

Ces femmes déterminées qui ont assisté les troupes italiennes lors des combats de 14-18, pour repousser l’envahisseur autrichien.

📌Durant la seconde moitié du conflit, une mission essentielle leur est confiée : prendre en charge le ravitaillement des troupes coincées dans les tranchées creusées sur les hauteurs. Agiles comme des chamois, elles utilisent la grande hotte qui leur sert à tout (linge, récolte, bois, etc.) et effectuent des allers-retours entre la vallée et les sommets, pour apporter les vivres et munitions.

Mission remplie avec beaucoup de courage et d’intelligence, mais sans aucune reconnaissance…

Véritable découverte de cette page d’histoire tombée dans l’oubli.

Des montagnardes aguerries qui ont remplacé les brouettes de nos aïeules par des hottes en osier tressé. Il faut dire que sur les sentiers de montagne, il est plus judicieux de transporter sur son dos plutôt que de pousser ou tirer quelque chose.

 Ilaria Tuti le démontre avec force et précision : quand les femmes redescendent, chargées des civières sur lesquelles reposent les dépouilles des soldats.

Nous allons donc suivre Agata, une jeune femme, qui va se confronter aux horreurs de la guerre mais aussi faire des rencontres qu’elle n’imaginait pas, repliée au sein de son village.

 

📌L’héroïsme, la volonté de vaincre, la haine de l’ennemi puis le doute, la remise en cause de l’utilité d’une guerre, sont les sentiments qui vont traverser le cœur d’Agata au fil des pages.

📌 Le roman est bien écrit, d’un style fluide, mais peut-être un peu trop littéraire pour une narration à la première personne. Un peu plus de simplicité, un vocabulaire moins recherché aurait amené plus de proximité avec Agata et surtout plus de crédibilité.

 

Néanmoins, c’est un bel et passionnant hommage aux « fleurs de roche » !

C'est également un travail de recherche important car la majorité des faits relatés sont issus de témoignages.

 

 

 

 

mardi 1 octobre 2024

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De quoi, sont capables les hommes, pour un potentiel or noir !

📌 Fin du 19ème siècle – Une vallée perdue, dans le grand nord canadien.

Gus Carcajou, moitié indien Nakoda, moitié blanc, prend possession de « sa » colline pour trouver les pépites d’or qui lui permettent de financer sa gnôle. Un homme rustique, brutal, qui ne veut qu’une seule chose : qu’on lui fiche la paix. Les gens du bourg s’en méfient car il lui prête les pouvoirs des Indiens Nakoda.

La ville, c’est Sinnergulch, sous l’emprise de la famille Foxton, et désormais du fils, Jay Foxton. C’est un tordu, un lâche, mais il est riche, puissant, tous lui obéissent.

Pour une bouchée de pain, il rachète tous les terrains susceptibles de contenir une goutte de pétrole. La terre de Carcajou en contient mais, même sous les menaces, il refuse.

Le meurtre sauvage de deux petites filles lui est alors imputé, Carcajou est tué par les sbires de Foxton, et sa terre récupérée….

Pourtant l’indien Nakoda qui l’avait emmené sur sa terre l’avait prévenu : « La terre ne t’appartient pas, tu le sais. C’est nous qui lui appartenons. »

Tout devrait donc se passer pour le mieux sur le chantier d’exploitation du pétrole, mais les ouvriers menacent de fuir.

Serait-ce le fantôme de Carcajou ou son âme indienne qui les terrorisent ?...

📌 J’ai adoré ce roman graphique qui démontre parfaitement la sagesse indienne face à l’âpreté des blancs. Mais surtout la politique du bouc émissaire, le cynisme, la cruauté, la barbarie, en toute impunité.

Les personnages sont tous crédibles, plutôt répulsifs, car l’analyse psychologue est juste. Sans aucun manichéisme. Il n’y a pas de « gentils » dans cette histoire. Ils sont tous gris ou carrément noirs.

📌Un scénario tendu et serré, des rebondissements, une conclusion bluffante.

Un graphisme en parfaite harmonie avec le récit. Couleurs vives, gros plans accentuent la vivacité de l’histoire.

Une vraie réussite !

mercredi 25 septembre 2024

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Un scénario bien ficelé : une saga familiale sur quatre générations, des personnages hors du commun. En arrière-plan, le Venezuela

 C’est bien fait, mais Miguel Bonnefoy ne m’a pas embarquée dans le destin exceptionnel d’Antonio Borjas Roméro, ni dans celle de ses descendants et de sa femme.Non pas, car j’ai lu de nombreuses histoires telles que celle-ci : chacune est différente, sublimée par le talent de l’écrivain.

Mais parce que cela manquait d’émotion. Comme un certain recul entre les personnages et l’auteur.

Bien fait, mais sans âme.

Cela n’engage que ma perception et je comprends que vous soyez nombreux et nombreuses à l’avoir adoré.

La lecture, et c’est un des ses richesses, est tellement subjective !