jeudi 6 août 2026

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Certaines chroniques sont difficiles à rédiger. Ce premier roman en fait partie tant il est puissant et foisonne de personnages tout aussi complexes les uns que les autres.

🌊 Casablanca 1955 - Sur un rocher, encerclé par les vagues, Reine est allongée. Elle sait que bientôt les courants d’arrachements (nos baïnes, sur l’Océan) l’empêcheront de retourner sur la plage où pourtant sa petite fille de 5 ans, Rose, l’attend…

Elle vient d’apprendre la mort de Jean, son grand amour, son amant et le père de Rose.

Sur le « Rocher des Condamnés » où ils faisaient l’amour, elle se souvient.

Sa famille misérable à Lisieux, la mort de sa mère à sept ans, puis son adoption par un couple juif qui lui apporte l’amour, le confort et l’instruction. Jusqu’au moment où ils sont dénoncés par un proche de Reine…

Puis Casablanca chez son oncle Roger, le gentil, et sa peste de femme qui la fiche dans les bras de François, par vengeance et jalousie.

Et surtout son frère Gustave, qui a toujours désiré sa sœur et se projette dans son amour avec Jean.

🌊 L’analyse psychologique est infiniment juste. Les personnages bien campés et particulièrement crédibles.

On comprend vite l’image entre les courants d’arrachement et la personnalité de Reine.

- Une femme déchirée par son amour envers la petite Rose, qu’elle est en train d’abandonner et son désir de mort, pour rejoindre Jean.

- Une femme déchirée entre son désir de liberté et d’amour et puis le poids social de l’époque sur les femmes, la naïveté aussi de Reine. Quand elle accepte la contrainte familiale et se marie avec François, qu’elle n’aime pas.

Elle ne vit que pour une chose : retrouver Jean.

Un être complexe qui s’est construite toute seule. Une ado en fusion qui répond d’abord à ses désirs.

Les personnages secondaires sont tout aussi justes et donnent le relief nécessaire pour bien comprendre Reine et la société qui l’entoure.

Mention particulière pour son frère Gustave, machiavélique et malsain.

🌊 Je suis bluffée par cette jeune autrice. Elle réussit à nous emporter dans l’histoire de Reine, sa vie et ses sentiments puissants et opposés.

Un roman sensuel, sensible, chargé de sens et d’émotions.

 

Extraits

🌊 « Il y a sur la côte, des courants d’arrachement. Ils se forment au milieu des vagues, quand la mer entraîne des forces opposées. A l’endroit où ils se concentrent, l’eau est calme au milieu des vagues, mais leur puissance est redoutable. Elle court sous la surface et entraîne le nageur vers le large. (…)

Le rocher sur lequel nous sommes allongés est son épicentre. (…) On l’appelle le rocher des condamnés ».

🌊 « Il lui fallait pouvoir toucher prendre, manger, goûter tout ce qui était à sa portée.  Il aimait parler à l’excès, désirait qu’on l’écoute et qu’on l’aime. Sa personnalité était faite de contrastes entre la pudeur et l’exubérance, le calme et la tempête. »

🌊 « Ça passera, même sans les caresses d’une mère (…), malgré l’usine qui n’en finissait pas de bouffer les hommes et de les recracher usés, méchants ; malgré les repas sans viande et le verre que se prêtaient les enfants pour boire pendant les repas, un seul pour eux tous. »

🌊« Pourquoi a-t-elle ressenti si souvent le besoin de faire souffrir cette enfant vulnérable pour qui elle donnerait sa vie sans hésiter ? »

🌊 « Reine a honte de ses accès de sadisme envers Rose, ces moments rares dont elle mesure l’anormalité. »

🌊 « Reine est prise dans les courants contraires de sauver ce qui vit encore et la tentation d’aller retrouver Jean dans la mort. »

🌊 « Sur ce caillou, Reine n’a jamais rien su faire d’autre que d’être folle. Folle de Jean. »

 🌊Gustave

« Disposer de cette histoire d’amour était un moyen de posséder Reine, d’apaiser la faim qu’il avait d’elle. »

🌊Le père

« Reprendre sa fille aux Rouge et vendre les juifs aux allemands avait &été une bonne affaire, pour lui et sa nouvelle femme. »

🌊 « Gustave et Reine avaient depuis toujours le même désir d’ailleurs, de volupté et de sécurité, mais ne l’exprimaient pas de la même façon, lui exerçant ses charmes, elle les gardant au-dedans. »

🌊Gustave à sa sœur

« Toi, tu es la plus belle, t’es celle que j’aime le plus. Mais toi tu mords »

🌊  « Estelle et François n’ont en commun que l’intérêt de garder Reine dans sa cage dorée. Lui, par amour, elle par vengeance. »

 🌊 « Partout, où il pouvait planter les dents, Gustave laissait une morsure. Il avait besoin de marquer les gens et c’est ainsi qu’il avait laissé son empreinte sur Jean. »

🌊 « Reine était un être sans éthique, c’était aussi sans qu’il ose se l’avouer, ce qui la rendait si désirable aux yeux de Jean. Elle s’était construite en dehors des dogmes, guidée par des règles édictées par elle seule. Elle blessait et consolait les gens qu’elle aimait sans se soucier du bien ou du mal, suivant une boussole dont le fonctionnement erratique échappait à son amoureux. »

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