lundi 10 août 2026

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Une véritable plongée en apnée dans les zones grises de la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas une période dont on aime beaucoup se souvenir...

📌 L’autrice raconte le quotidien, mais en même temps, suscite les questions : qu’aurais-je fait, moi, quand la faim tord le ventre, quand une solution apparaît opportunément. Trafiquer ?

C’est risqué mais facile. Surtout quand on se donne de bonnes raisons pour apaiser sa conscience…

📌 Le roman commence par un cri de désespoir en vers libres.

« Pourrais-je pardonner ?

Me le pardonner ? »

L’autrice a déjà réussi à capturer notre attention et notre curiosité….

📌 Quatre personnages racontent et se racontent. Un jeu de miroirs où la perception du récit de l’un est développée par le ressenti de l’autre.

- Le premier, on ne sait pas qui sait, interroge et se désespère.

- Servane, une jeune fille, explique la misère, la faim et le choix du trafic. Elle, c’est « la bâtarde, la fille de fille, l’abandonnée, » élevée essentiellement par son beau-père car sa mère est partie durant son enfance.

Elle se sent maigre, moche. Son travail dans une boulangerie ne ramène que quelques sous, insuffisants pour faire taire son ventre.

Une rencontre fortuite avec une amie et son choix est fait : « son corps et son ventre applaudissent. Dès les premiers mots, ils ont choisi leur camp. »

- La concierge de l’immeuble, Mme Emilie. Elle voit tout, elle sait tout, mais ne dit rien

- Grégoire, ou plutôt Paul Garnier, le responsable du réseau de trafic. Notre vision sur le personnage change radicalement quand il explique.

📌 J’ai aimé cet éclairage, sans jugement, des zones grises de l’histoire et de l’âme humaine.

- La vie du quotidien de ceux qui ont perdu, l’acceptent, baissent la tête. Éteints et résignés. Affamés. Un arrivage potentiel de charcuterie les réveille tous.

- Ils subissent tout sans broncher, même et surtout la pression occupante, la chasse aux juifs. Bien montrer qu’on ne l’est pas !

« Il produit ses papiers, où sa photo d’identité, légèrement de profil, montre qu’il n’est pas juif. »

- Se donner bonne conscience, c’est ce que se dit Servane : « Le marché noir peut être vu comme un délit utile, collectif. Trafiquer, c’est résister toutes ensemble. »

- Ceux qui trafiquent et qu’on montre du doigt, mais dont on achète la marchandise. Ceux qui en profitent en pinçant les lèvres : la société bourgeoise qui pince les lèvres pour parler des trafics mais qui ne résout pas à consommer de l’orge grillée ni à se dessiner des bas. »

📌 L’analyse psychologique est particulièrement juste.

Le personnage de Grégoire-Paul Garnier est passionnant car complexe. Un homme désenchanté en quête de revanche sur son enfance et sa condition.

« J’étais devenu indispensable, c’était à mon tour de distribuer, aux autres de crever d’envie, à moi de gagner. »

Lucidité, cynisme et idéalisme.

C’est pour cela que Paul est sensible à l’admiration de Servane envers lui. Elle lui fait endosser un costume qu’il aimerait porter.

« C’est la première fois qu’il a envie de protéger quelqu’un. Quelqu’un d’autre que lui. »

📌 Une fresque terrible et magnifique sur une période dépourvue de sens pour la plus grande partie de la population. Parfaitement documentée.

Encore une pépite !

 

Extraits

 📌 « Pourrais-je pardonner ?

Me le pardonner ? »

 📌 « Obéir et se taire, c’est ce que fait Servane. »

📌  « Des doryphores sur un plant de patates »

 📌 Fédor, le violoniste.

« la musique avait continué jusqu’à la grande rafle de l’été 1942.

Il s’est murmuré que Fédor avait été déplacé vers un pays où seraient rassemblés les-gens-comme-lui. Des Juifs. »

 📌 La rencontre avec Rosa

« Mais son corps et son ventre applaudissent. Dès les premiers mots, ils ont choisi leur camp. »

📌 « La bâtarde, la fille de fille, l’abandonnée. »

📌  « Elle connaît désormais le prix exact de la honte. »

 📌 « A 11 heures, il n’y a plus rien à vendre. C’est l’heure où les rares clients israélites ont enfin le droit de venir faire leurs achats, mais Servane les voit de moins en moins souvent. »

📌 « les Alliés avec « la sauvagerie de leurs bombardements terroristes » comme le disent les gros titres des journaux collabos. »

📌 La concierge

La gamine, on ne peut pas dire qu’elle a eu une histoire facile. Sa mère est partie, quand elle avait quoi, six ou sept ans. (…)

C’est plus tard qu’on a appris qu’il n’était pas le vrai père et que la mère faisait des séjours à l’asile pour soigner sa mélancolie. »

📌 « Folle. Morte à l’asile, quoi. »

📌 Grégoire-Paul Garnier

« La société bourgeoise qui pince les lèvres pour parler des trafics mais qui ne résout pas à consommer de l’orge grillée ni à se dessiner des bas. »

📌 « Il produit ses papiers, où sa photo d’identité, légèrement de profil, montre qu’il n’est pas juif. »

 📌 « Paul est ce qu’on appelle un « mercanti », certains diraient un profiteur de guerre. »

 📌 « Il tenait un bon filon (…) étant parmi les premiers à comprendre que certains étaient prêts à tout vendre, et d’autres à tout acheter. »

📌 « Le français moyen doit se sentir protégé par le régime. »

 📌 « Cette fille l’admire. C’est comme si elle cherchait, et voyait, ce qu’il y a de bon en lui. (…) le truc qu’elle dégage, cette innocence, cette droiture. »

📌 « On dirait qu’elle a besoin de croire de croire en quelque chose de plus grand, de donner du sens à tout. »

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