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Pourquoi, ce silence, cette chape de plomb sur le grand-père de l’auteur, Paul Virsac, prof d’italien au lycée de Nice ?
Philippe Besson explique sa quête et raconte.
🌴San Donato – Toscane - été 1964
Une famille comme tant d’autres, en vacances dans une pension de famille… Paul Virsac, sa femme Gaby et leurs deux filles Suzanne et Colette.
Un couple en apparence harmonieux, même si Paul ne touche plus sa femme depuis des années... A l’époque, on ne parle pas « de ces choses-là » …
On comprend aussi que Paul a toujours enfoui au plus profond de lui-même son attirance pour les hommes : « Une peur panique qui l’oblige à tourner le regard vers le sol, à inspirer longuement. Pour stériliser l’envie. Pour ne pas se trahir. Pour échapper à l’anomalie, revenir dans le droit chemin. (…) Il y a la honte également. Ses pulsions, lorsqu’elles le font souffrir, lui paraissent abjectes, il sait qu’elles inspirent généralement du mépris. »
Il faut dire qu’à l’époque, l’homosexualité est passible de prison. Qu’il faut être bien "pervers", bien "détraqué" pour ne pas suivre le droit chemin, celui des « honnêtes gens »...
Et Paul a toujours fait l’effort : « Être exemplaire pour être irréprochable » aux yeux de tous, à ses yeux surtout…
Mais la rencontre avec Sandro, le serveur de la pension va tout changer…
🌴 C’est un roman bouleversant sur l’amour, sur le sens à donner à sa vie. S’accepter ou rentrer dans le moule ? Le courage – car il en faut – ou la soumission ?
Un véritable combat que va livrer Paul. Une vraie résonance pour l’auteur.
J’ai aimé infiniment le personnage de Paul et de Sandro, la force de leur amour, leur sincérité.
La dureté, voire la cruauté de la femme de Paul, Gaby, incarne au contraire, tout le formalisme de l’époque, face à la honte de l’homosexualité.
« La vérité toute nue ne lui semble pas dicible. Elle est trop scandaleuse, trop déshonorante, cette fichue vérité. Elle serait comme une marque au fer rouge. Une interminable infamie. »
🌴 Je ne sais pas encore ce qui m’a davantage touchée dans ce superbe récit…
Est-ce l’histoire ou l’écriture ?
Sans doute les deux, car c’est tellement réussi, que je reste encore sous l’impression de ce roman, avec les personnages, la chaleur de l’Italie, présents dans ma tête.
Une écriture sobre et précise. Tellement juste et visuelle.
Peut-être est-ce plus simplement l’émotion de l’auteur à raconter, à percevoir le regret de ne pas l’avoir connu.
Un hommage vibrant à son grand-père.
Merci à NetGalley et aux éditions Julliard pour cette pépite littéraire.
Extraits
🌴 Une attirance vers les hommes qu’il a toujours enfouie au plus profond de lui-même :
« Une peur panique qui l’oblige à tourner le regard vers le sol, à inspirer longuement. Pour stériliser l’envie. Pour ne pas se trahir. Pour échapper à l’anomalie, revenir dans le droit chemin. (…) Il y a la honte également. Ses pulsions, lorsqu’elles le font souffrir, lui paraissent abjectes, il sait qu’elles inspirent généralement du mépris. »
🌴 l'absence de rapports entre les époux : « on n’aborde pas ce sujet, l’époque est plutôt à la pudibonderie, le désir des femmes demeure une sorte de tabou. »
🌴 Paul sait que sa deuxième fille n’est pas de lui :
« Paul songe que, lorsqu’on n’est pas un homme, un vrai, il existe un châtiment. »
🌴 « L’homosexualité est alors érigée en fléau social, au même titre que la prostitution par exemple. (…) La sanction encourue va de six mois à trois ans de prison. »
🌴 « Après des heures de lutte, (…), il en vient aux qualificatifs les plus justes : révélation, confirmation, libération. »
🌴 La mère de Sandro à son fils :
« _ Tu seras malheureux parce que tu vas devoir te cacher mais tu seras plus malheureux encore si tu te mens, si tu te trahis. »
🌴 « Il regrette de ne pas s’être accepté plus tôt, tant son bonheur, en cet instant, est grand, tant la révélation est éclatante. »
🌴 L’attitude de Paul durant toutes ces années :
« Être exemplaire pour être irréprochable » aux yeux de tous, à ses yeux surtout…
🌴 « _ Il faut se rendre compte qu’on n’est coupable de rien.
_ Pourtant, si tu écoutes les gens, c’est un vice, un péché, ou un crime, ou une saloperie. »
🌴 Pour Gaby :
« La vérité toute nue ne lui semble pas dicible. Elle est trop scandaleuse, trop déshonorante, cette fichue vérité. Elle serait comme une marque au fer rouge. Une interminable infamie. »
🌴 Suzanne à l’auteur :
« Elle dit aussi comment on choisit l’aveuglement pour éviter les complications. »
🌴 Philippe Besson à Sandro :
« J’avais besoin de savoir, de comprendre. Ma mère, elle, n’a pas voulu, n’a pas osé. »
🌴 Les menaces de Gaby envers son mari :
« Elle a anéanti ses espoirs de père en ajoutant qu’il ne les reverrait jamais, elles ne devaient pas devenir les filles d’un détraqué, d’un pervers, elles devraient être préservées de la honte, il leur fallait de la tranquillité et de la dignité. »
🌴 « Écoutant Sandro, je songe aux anathèmes lancés par des enragés, aux humiliations injustes, je songe à la souffrance causée par l’ostracisme et la bêtise, je songe à l’obligation de la dissimulation ou de la docilité, au désir contrarié d’en découdre, je me rends compte que je les ai vécus moi-même. »
🌴 « J’ai toujours admiré les êtres qui ont le courage d’être eux-mêmes. »

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