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Une plume déroutante et magnétique
📘C’est l’histoire de Kayden, une jeune lycéenne qui découvre la seconde et son nouveau professeur de français : Garance Fontaine.
Un récit alterné entre le journal de Kayden et la narration de Fatima Daas.
Une plume cash, abrupte, déroutante dans les premières pages mais particulièrement efficace pour s’immerger dans le quotidien d’une lycéenne.
📘 Une gamine de la banlieue qui voudrait s’occuper des enfants et passer le CAP "petite enfance". Mais c’est surtout une bonne élève, et dans le lycée où elle arrive, il existe une discrimination positive : l’accession d’élèves venus de milieux défavorisés, à des écoles supérieures prestigieuses, comme Sciences-Po.
Une adolescente qui se cherche, qui se laisse convaincre et séduire par la volonté et l’enthousiasme de son prof. Pour elle, d’accord, ce sera Sciences-Po.
« Au lycée, j’ai accepté de me laisser guider parce que tu avais l’air de savoir ce qui était bien pour moi. Ton regard disait mille mots alors j’acceptais ton silence.
Je me suis attachée à toi, comme on s’attache à une figure d’autorité, au pouvoir, à l’impossible, quand on est une jeune lesbienne dans un monde prêt à nous détruire. »
Elle y mettra toute son énergie et tout son amour pour Garance Fontaine.
📘 C’est surtout la seconde partie que j’ai aimée. Elle est éblouissante d’observations, de réflexions et d’émotions.
Et cela d’abord, grâce à la finesse de l’analyse psychologique de l’ensemble des personnages. Tous. Qu’il s’agisse de Kayden, de Garance Fontaine, de ses amies, mais aussi de tous ceux qui l’environnent.
Les balbutiements de l’amour, la découverte de l’homosexualité, la honte qui l’emporte : « Parce qu’avant de me dire lesbienne, j’ai dû me dire que je t’aimais toi, seulement toi, avec ta position, ton âge, toi adulte et moi adolescente.
Moi me sentant coupable, parce que j’ai préféré te protéger, t’épargner.
Coupable de ce que j’avais ressenti, de ce que je t’avais peut-être fait ressentir. »
C’est aussi la critique d’un système où les enfants peuvent être utilisés à des fins statistiques, et broyés. J’ai adoré l’analyse de Garance Fontaine, personnage trouble, sincérité ou double jeu, qu’il est difficile jusqu’à la fin, de cerner.
📘 Le sujet au départ ne suscitait pas beaucoup de curiosités de ma part. Euphémisme. 😀 Mais Fatima Daas m’a embarquée dans son récit, touchée et complètement séduite. J’ai bien noté son nom…
Un titre et une autrice à découvrir…
Je vais lire son premier roman « la petite dernière » qui ne recueille que des avis positifs.
Extraits :
📘 Mme Fontaine
« Au bout de quelques mois, la classe sera automatiquement triée entre les élèves brillants, les dormeurs et les fouteurs de merde qu’elle sortira sans se fatiguer. Elle n’aura pas de mal à jeter l’éponge : elle ne travaille pas dans le social. »
📘 Djenna - son amie toujours aussi cash
« La vérité, c’est qu’ils nous voient comme des sauvages perdus, incultes, capables de rien. Des trous du cul. On n’est pas des êtres humains à leurs yeux. »
📘 « J’aime l’idée d’un moi enfant qui aime déjà les femmes. »
📘 « Je ne sais pas ce que c’est d’être une fille. Je me sens mieux quand je navigue d’un endroit à l’autre, dans une zone floue, pas totalement saisissable. Un endroit qui peut paraître sombre mais libérateur pour moi, je crois. »
📘 Oussani, un des surveillants
« Ces élèves, je les ai vus grandir, je ne les trouve pas suspects, et je n’ai pas envie de les suspecter de quoi que ce soit. C’est enfants pour moi. (…) Bref, si je suis là, c’est pour eux, pas contre eux. J’ai envie qu’ils tiennent, qu’ils aient envie de venir au lycée le matin, qu’ils trouvent la bonne filière, qu’ils apprennent des choses qu’ils transmettront à leurs enfants dans vingt ans. Peut-être que je vis dans un monde de Bisounours, monsieur le proviseur, comme vous dites, mais je ne vis pas dans un monde où je suis militaire, je ne suis pas policier, je ne bosse pas dans un lycée pour contrôler le corps des élèves. »
📘 Kayden
« Elle se revoit attendre devant la B9. Pendant une heure.
Elle ressent le rejet parcourir son corps et s’arrêter à son ventre.
La boule dans le ventre, c’est la boule de la honte d’attendre quelque chose qui ne viendra pas. La honte d’avoir un cœur vivant. Un cœur en feu. »
📘 Kayden, en face de son amie Djenna
« Parfois, j’ai pas le courage de… voir les choses en face, je préfère me mentir, parce que j’ai peur de prendre le risque de m’effondrer… »
📘 « Shadi prend sa sœur à part et lui demande si elle veut parler de l’oral.
_ je suis soulagée ma sœur. C’est fini, je l’ai fait. Et je l’ai raté en beauté. Mais c’est chelou : je me sens légère.
_T’es sûre de ça ?
_je n’ai jamais été aussi sûre.
_Sciences Prout, ils te méritent pas. »
📘 Le journal de Kayden
« Au lycée, j’ai accepté de me laisser guider parce que tu avais l’air de savoir ce qui était bien pour moi. Ton regard disait mille mots alors j’acceptais ton silence.
Je me suis attachée à toi, comme on s’attache à une figure d’autorité, au pouvoir, à l’impossible, quand on est une jeune lesbienne dans un monde prêt à nous détruire. »
📘 « Parce que avant de me dire lesbienne, j’ai dû me dire que je t’aimais toi, seulement toi, avec ta position, ton âge, toi adulte et moi adolescente.
Moi me sentant coupable, parce que j’ai préféré te protéger, t’épargner.
Coupable de ce que j’avais ressenti, de ce que je t’avais peut-être fait ressentir. »

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