mercredi 6 mai 2026

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Madeleine, c’est une adolescente comme une autre. Les copines, la musique, les cours, le premier garçon qui la fait flasher…

Presque, comme une autre ado…

Car elle a un rêve : elle se voit championne de sumo.

Plutôt surprenant pour « une jeune fille « et même déplacé pour certaines, comme sa mère :  « _ Quand t’étais enfant, c’était rigolo, mais là, t’es presque une femme, ma puce…

_Et les femmes sumo sont pas des vraies femmes selon toi ? »

Quant à son père, inutile d’attendre un appui de sa part, il recherche surtout la quiétude familiale.

Alors, c’est pas gagné !!!

Mais sur sa route, elle rencontre Michel, un ancien sumo, qui veut la préparer aux qualifications juniors de sumo…

🏆C’est une histoire qui se lit d’une traite.

- D’abord car le rythme est rapide, le dessin, très vivant, coloré, bien travaillé dans les expressions et les attitudes. Les positions de sumo sont saisissantes de réalité. Comme LE geste parfait saisi par un appareil photo.

- Car les personnages sont très attachants, surtout celui de Madeleine, dont on comprend que le sumo fait partie d’elle, et qu’en même temps, il lui renvoie une image négative pour une fille : « grosse et moche ». Un vrai dilemme ! 

- Car il y a de la tendresse et de l’humour dans ce récit. Bien sûr, il ne s’agit pas des mêmes circonstances, mais on retrouve nos élans et nos freins d’ado.

- Et surtout car l’autrice a traité avec infiniment de justesse l’importance de l’image renvoyée aux autres, surtout quand on est une fille,  et le sentiment d’urgence de réaliser ce qui tient à cœur.

🏆 Un album tout public, très réussi dans le scénario et le graphisme. 

🏆 Et vous, auriez-vous envisagé l'art du sumo pour une fille ? 

Merci à Léa Hybre pour cette réflexion judicieuse.  

Merci aux éditions Sarbacane. 

Extraits :

🏆 « _ Quand t’étais enfant, c’était rigolo, mais là, t’es presque une femme, ma puce…

_Et les femmes sumo sont pas des vraies femmes selon toi ? »

🏆  « l’art sumo est rempli de règles.

Mais il y a tout autant de règles qui n’existent pas.

Et ça, c’est un espace de liberté. (…)

Un bon sumotori est un sumotori qui se démarque par sa personnalité.

Le sumo est aussi un apprentissage de soi. »

🏆 « J’aurais jamais dû me lancer dans ce truc de sumo, ça me rend grosse et moche !! »

🏆 « _Mais non, ça n’a rien à voir avec le poids ! Ce qui leur fait peur aux garçons…

Ce sont les femmes fortes, combatives, indépendantes. Ça, c’est clair que ça les fait paniquer. »

🏆 Le père, qui recherche surtout la tranquillité familiale…

« Ça fait vingt ans que je passe huit heures par jour à recevoir des ordres à la mairie, et c’est pareil à la maison. »


mardi 5 mai 2026

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Sialuk, une adolescente, est perdue dans ses souvenirs…

Son frère Eino et elle, discutent dans leur village groenlandais. On perçoit l’affection forte qui les relie. Le père appelle Eino pour relever les filets…

Sialuk voudrait aider, mais c’est une fille….

Mais cette discussion entre les enfants ne fait plus partie de la réalité : Eino est mort dans un accident lors d’une chasse aux phoques, avec son père. Il lui a raconté les circonstances du drame, son impuissance à sauver son frère.

Rien n’y fait, elle attend son retour, et s’isole de tout ce qui n’est pas la mémoire d’Eino.

Son père décide alors de l’emmener sur les lieux du drame. Essayer de lui faire accepter la triste réalité.

📘Les thèmes sont abordés avec justesse et sensibilité :

- Le déni de la mort d’un proche et l’impossibilité de vivre.

- La situation des inuits et le rôle du gouvernement danois, bien raconté par la mère de Sialuk.

- L’affection et la proximité des deux enfants.

- Le paradoxe du Groenland : une immensité mais en même temps une prison, pour ceux qui rêvent d’un ailleurs.

📘 C’est une histoire grave et parfaitement scénarisée, sur un graphisme doux aux tons pastel. Le contraste entre les deux rend le récit encore plus saisissant. Un univers mélancolique et pesant où la tristesse de l’enfant, le déni de la mort sont encore plus bouleversants.

Émotion et justesse, tant dans le dessin que le ton. 

Merci aux éditions Sarbacane.  

 

Extraits :

📘« Ce serait trop facile si on voyait tout. On ne se poserait plus de questions ! »

📘 « Au fil des siècles, ils ont tout fait pour arracher ce qui fait de nous des inuits. J’ai vu mes parents être obligés d’abandonner leur traineau pour une maison préfabriquée. »

 


dimanche 3 mai 2026

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Un auteur à part…

Roman noir, très noir, dans une région du Nord. Humour noir. Un humour toujours cruel pour ses personnages.

👽L'histoire.

Pourtant, il avait l’air d’un brave gars, l’ami Bernard, la cinquantaine bien sonnée, le personnage central du roman. Insignifiant, trop gentil même au point de sacrifier sa vie à sa peste et folle de sœur, Yolande…

Mais chez l’auteur, il ne faut jamais se fier aux apparences. C’est la première leçon qu’on apprend en le lisant.

Bernard est atteint d’un cancer et décide d’arrêter le traitement.

Choisir sa mort, c’est regagner sa liberté, CHOISIR ENFIN SA VIE.

Pour lui, c’est ne plus « tenir sa vie en laisse ». Céder à ses envies, à ses pulsions.

Il faut dire qu’il n’est pas gâté avec sa sœur, Yolande. Elle s’est cloitrée dans leur maison à la fin de la seconde guerre mondiale après avoir été tondue. Tout est clos dans la maison, exceptée une « seule ouverture sur l’extérieur. Selon son humeur, elle l’appelle : le « nombril » ou le « trou du cul du monde ».

👽 L’environnement est un personnage à part entière.

Le troquet du coin dirigé par Roland alcoolique et violent envers sa femme, Jacqueline. Dont Bernard a été amoureux dans sa jeunesse.

Le chantier de l’A26, désert et propice à toutes les actions.

👽Une ambiance glauque, des personnages misérables et paumés. Un humour grinçant. Une écriture ciselée et acérée : « Et même si la mort pond des œufs dans son ventre. »

La noirceur du monde, désespérante.

👽 Cet extrait du Monde résume parfaitement en quelques lignes le talent de Pascal Garnier : « De Pascal Garnier (1949-2010), on retiendra les phrases d’une fausse simplicité sur lesquelles nos yeux s’arrêtent comme face à un chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Quelques mots bien agencés, et se dégagent toute la mélancolie, l’âpreté d’être au monde et un sérieux appétit pour les dingues et les paumés. Pascal Garnier est un prodigieux raconteur d’histoires. »

Une pépite sombre de 110 pages !

Extraits :

👽 « De Pascal Garnier (1949-2010), on retiendra les phrases d’une fausse simplicité sur lesquelles nos yeux s’arrêtent comme face à un chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Quelques mots bien agencés, et se dégagent toute la mélancolie, l’âpreté d’être au monde et un sérieux appétit pour les dingues et les paumés. Pascal Garnier est un prodigieux raconteur d’histoires. »

👽 « Dans toute la maison, c’est la seule ouverture sur l’extérieur. Selon son humeur, elle l’appelle : le « nombril » ou le « trou du cul du monde ».

👽 « Yolande peut avoir entre vingt et soixante-dix ans »

👽 « Bien sûr, il savait depuis longtemps qu’il allait mourir. (…). Au fond, depuis ces derniers mois, c’est l’espoir qui lui avait fait le plus mal. 

👽 « Bernard Bonnet, votre grâce a été rejetée. » Il se sentait libre, il n’avait plus rien à perdre. »

👽 « Tous deux pataugeaient dans la boue, le cul de Maryse à quelques centimètres du nez de Bernard. Toute une vie tenue en laisse…

La fille n’avait pu émettre qu’un bruit de ballon qui se dégonfle quand il lui avait sauté dessus. »

👽 « Quand elle était rentrée à la maison, le crâne rasé, pour ne plus jamais en ressortir, elle avait l’air soulagé, un visage de jeune nonne, sereine. Ils ne voulaient plus d’elle, elle n’avait jamais voulu d’eux. Les choses étaient enfin claires, en ordre, chacun chez soi. »

👽 « Ils n’ont qu’à faire comme elle, ne rien aimer, comme ça on n’est jamais déçu et on fout la paix aux autres. »

👽 « Mais oui, j’ai bien cru que j’allais y passer. La mort monte comme la mer. Elle me frappe de plein fouet, une grande vague d’écume noire. Je me dis que c’est maintenant, mon sac est tout prêt dans ma tête et puis elle se retire. Elle reviendra. »

👽 « Joseph Haendel, c’est comme ça qu’il s’appelait mon Boche. Un jour, il a fait partie d’un peloton qui devait zigouiller les otages. Quand je l’ai vu le lendemain, ce n’était plus le même homme. On aurait dit qu’il avait perdu quelque chose de précieux, comme un bras ou une jambe. »

👽 « Et même si la mort pond des œufs dans son ventre, »

👽 « Il a toujours su que c’était un vicelard, ce mec-là, avec son petit air de ne pas y toucher. Déjà tout môme, il était comme ça, faire ses coups en douce et se réfugier dans les jupes de sa frangine dès que cela tournait mal. »