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Sabaïdee, Booksta !
« Sabaïdee. Que cette façon de dire bonjour est jolie… »
🍋La rencontre improbable de deux hommes en Birmanie, sous la junte militaire. Jack, un auteur français, désabusé et résigné, et Arun, le fils en disgrâce du Général birman, déclassé en jardinier municipal.
Arun va réveiller l’instinct de vie de Jack en lui demandant de lui procurer un livre interdit : Noces de sang – Federico Garcia Lorca.
Chacun des deux raconte. Jack, sa quête de l’ouvrage, les difficultés qui paraissent insurmontables mais l’aiguillonnent et le rendent enfin vivant.
Arun, son enfance protégée par son dictateur de père, son éveil à la littérature et son amour absolu pour Htwe, une jeune opposante au régime.
Et de l'importance des citronniers....
🍋 Que l’écriture de Nour Malowé est belle ! Dépouillée, poétique et en même temps très précise. Les phrases courtes martèlent l’action et renforcent le sentiment d’oppression de la Junte.
🍋 J’ai aimé la voix d’Arun, son cheminement. D’une enfance protégée et aveugle au choix qu’il a fait. Pourtant, c’était tellement plus facile de rester dans le cocon familial sans résister.
🍋 J’ai moins aimé le récit de Jack. Déjà, car il coupait celui d’Arun, très addictif (désolée, Jack ! ) et ensuite car les détails de sa recherche m’ont paru bien longs, par moments…
🍋 Il n’empêche. C’est un roman original et puissant.
La littérature redonnerait-elle le souffle de la vie ?
Et si le pire ennemi des dictatures, était la littérature ?
Un hymne à la littérature et à la résistance.
Extraits :
🍋 « Voilà, deux ans, février 2021, que le régime politique a rebasculé vers la dictature militaire extrême. Des rebellions éclatent dans toutes les régions de la Birmanie. »
🍋 « L’enfant n’a jamais eu peur de son père. Jamais. Les types comme lui aiment leur famille. Ce sont des psychopathes à deux vitesses. Ils tuent par charité envers la Cause et protègent leur famille avec férocité.
Son père n’entaillait que les citronniers et les gens qui vivaient en dehors du jardin. »
🍋 « A sept ans, on ne sait pas qu’il n’est pas naturel de rouler dans un véhicule à la vitre blindée. A cet âge, on ignore qu’à trois pas de là, on pète le crâne des gens pour une protestation minimale et sans portée. »
🍋 « Que ferait-il de son amour des citronniers et des poètes »
🍋 « Sabaïdee. Que cette façon de dire bonjour est jolie… »
🍋 « Arun mangeait, dormait, baisait, lisait, s’indignait, bien à l’abri de sa famille. Il ne produisait que des révoltes infécondes. L’ombre de son père le protégeait de la violence de la rue. »
🍋 « _ Robinson Crusoé, interdit par Staline. Tu te dis, un type qui survit sur une ile déserte, au large du Chili. Où est la dissidence ? Quel est le problème ? l’offense à Staline ? Crusoé a survécu seul. A vaincu seul. Seul. Une contradiction à l’unité du peuple russe. »
🍋 « Pourquoi la Junte hait-elle cette pièce ? Qui ne parle que d’amour ?
Sans doute, parce qu’à cause de l’amour absolu, il y a trahison de l’ordinaire. Obéissance à l’idéal, à l’être aimé et distance par rapport à la Junte, au gouvernement. »
🍋 « Ce n’est le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime. »
🍋 « Malgré la réalité et l’injustice, Htwe et son aïeul poursuivraient le combat. A leur façon. Avec des lettres. Les mots étaient plus sacrés que les armes, ils généraient un danger apocalyptique. Les dirigeants de la Junte ne l’ignoraient pas. C’est pour ça qu’ils hachent menu les poètes. »
🍋 « Raconter la beauté de ceux qui ne sont pas vus ou mal vus. Chercher à démanteler les préjugés. Tenter un pas de plus. Essayer. »



