mercredi 15 avril 2026

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Inspiré d’une histoire vraie, un roman chargé de sens et d’émotion. Avec la présence de Zaatar, le chien berger syrien qui ramène l’humanité que les gens ont perdue,  et avec l’arrière-plan de la guerre en Syrie, parfaitement analysé dans son fonctionnement et ses dommages.

De 2012 à 2016, la bataille d'Alep, (les troupes rebelles à l’est, l’armée de Bachar Al Assad, à l’ouest), va faire des milliers de victimes. La ville est détruite à plus de 60 %.

🐶 Alep- Ouest – 2016 

Zaatar, c’est le chien recueilli par la famille chrétienne de Maya, appelé aussi Zouzou ou Habibi par les habitants de l’immeuble de Maya et son fils Elias. Un endroit où cohabitent plusieurs religions et des gens bien différents les uns des autres.

« C’était la Syrie heureuse, celle qui aimait sans distinction de classe sociale ou de religion. Ses amis arméniens, chiites, sunnites se retrouvaient joyeusement autour de sa table. »

Avec la guerre, les bombardements, les arrestations arbitraires, ils se replient sur eux-mêmes, perdent la solidarité qui les liait. Certains habitants s’enfuient, d’autres arrivent. On ne sait pas qui ils sont, ni d’où ils viennent… Comme Rami, le pianiste, qui rassemble les gens autour de la musique, et surtout Zaatar, qui reste des heures entières à l’écouter.

🐶 Ne croyez surtout pas qu’il s’agisse uniquement d’un récit centré sur un chien. Zaatar est surtout un révélateur des ravages que provoquent la guerre et la violence sur les individus, et comment, lui ou la musique peuvent les réparer. Ou la littérature, voir les beaux romans de Delphine Minoui, "Les passeurs de livres de Daraya" et de Rachid Benzine, "L’homme qui lisait des livres".

De plus, Stéphanie Perez connaît et observe bien les chiens car Zaatar est particulièrement attachant, et bouleversant, car SINCÈRE comme l’est un animal.  

« _J’ignorais que les chiens pouvaient aimer à ce point.

_Ils ne savent pas faire autrement. C’est leur façon d’être au monde. Ils aiment de tout leur corps. Sans réserve. »

Quand on a des animaux à la maison, on retrouve parfaitement les traits décrits par l’autrice.

Euh… J’ai oublié de vous dire, la boîte de mouchoirs en papier peut être utile...

🐶 Un roman qui coche toutes les cases. Il nous fait comprendre les dévastations de la guerre au niveau de chacun, rend compte des différents comportements face à la violence : lâcheté, fuite, surenchère de violence ou amour et solidarité. De plus, il nous bouleverse avec Zaatar, comme quoi, il n’y a pas que l’humain qui détient l’humanité.

 L’écriture est belle : un vocabulaire précis et juste, des phrases courtes qui accompagnent magistralement l’action et l’émotion.

🐶 C’est beau, c’est bouleversant, c’est le roman le plus abouti de Stéphanie Perez et pourtant, j’avais adoré « Le gardien de Téhéran » et encore plus « la ballerine de Kiev ».

Enooorme coup de cœur !

 

Extraits :

🐶 « Elias se dit que les chiens et les hommes, finalement, c’est la même histoire, les mêmes plaies invisibles. »

🐶 « Sauver un animal, c’était sauver son humanité, refuser de céder à la barbarie »

🐶 Pris entre deux feux, impuissants et exposés…

« Et pendant que les islamistes répandaient la terreur, le dictateur resserrait l’étau, tirait sur la foule. L’un nourrissait l’autre. La répression trouvait son alibi. La révolution s’était retrouvée piégée entre deux monstres. »

🐶 « Un piano, dans une ville qui n’avait plus de musique. Tout ce qui sonnait beau avait fini par disparaître. »

🐶 « Elle, l’ancien professeure passionnée de littérature française et de poésie, ne s’intéressait plus à rien, en voulait à la terre entière. Elle détestait cette femme qu’elle était devenue, qui contemplait dans les cendres de la guerre, les poussières de sa vie. »

🐶 « C’était la Syrie heureuse, celle qui aimait sans distinction de classe sociale ou de religion. Ses amis arméniens, chiites, sunnites se retrouvaient joyeusement autour de sa table. »

🐶 « Les obus tombaient souvent par deux. Le premier tuait. Les seconds achevaient ceux qui accouraient pour aider. »

🐶 « Ce qui touchait les gens, ce n’était pas seulement la gueule d’ange de son chien. C’était cette innocence tenace, ce courage sans discours, cette pulsion de vie que l’on retrouvait chez tous ceux qui refusaient d’abandonner Alep, non par héroïsme, mais parce qu’ils n’avaient pas le choix. »

🐶 « Elle pensa à tous ceux qui avaient payé, comme elle. A ceux qui paieraient demain. Les disparitions forcées étaient l’une des armes favorites du dictateur. Autour de lui, une armée de fonctionnaires corrompus profitait de la faiblesse du peuple aux abois. »

(voir « Caméra obscura » de Gwenaëlle Lenoir)

🐶 « la Syrie n’avait pas le monopole du malheur. L’émotion avait une date de péremption. On s’indignait vite, mais on s’habituait encore plus vite. A quel moment, la compassion avait-elle basculé dans l’indifférence ? »

🐶 « Ibrahim avait visé juste, et il constatait avec une lucidité inquiète le lent travail de destruction à l’œuvre chez son voisin. Il avait reconnu ce poison distillé par les hommes en noir. La foi devenu prison avec les concepts d’un autre temps, le pur et l’impur, le licite et l’interdit. »

🐶 Même la figure d’Abdu est parfaitement analysée : 

« là-bas ( à la mosquée), il redevenait visible, reconnu, sans avoir rien d’autre à prouver que sa régularité. Il se tenait du bon côté des apparences, et il avait conscience de la valeur de cette image, la place qu’elle lui garantissait parmi les autres. Il était un homme irréprochable ; dont le foyer reflétait la solidité, la discipline, valeurs devenues indispensables jusque dans l’intimité. »

🐶 « Zaatar souffre de dépression, Maya. On ne l’imagine pas, mais les chiens peuvent ressentir le deuil, parfois plus fortement que les hommes. Ils ne comprennent pas l’absence. »

« _J’ignorais que les chiens pouvaient aimer à ce point.

_Ils ne savent pas faire autrement. C’est leur façon d’être au monde. Ils aiment de tout leur corps. Sans réserve. »

🐶 L’état d’Alep en 2016 :

"Plus Maya avançait vers l’est, plus l’étendue du désastre se déployait devant elle, et plus elle suffoquait. Ce n’était pas seulement une ville détruite qu’elle traversait, mais un corps immense brisé, mis à nu, dont les plaies s’offraient sans détour. Des dizaines d’immeubles balafrés laissaient pendre leurs étages fracassés, des chambres ouvertes où l’on distinguait des lits tordus, des rideaux noircis par la fumée, des jouets d’enfants pris dans les gravats, restes dérisoires d’une vie balayée sans ménagement. »

🐶 « Tout s’éclairait. L’attention démesurée de Zaatar à la moindre note, son attachement viscéral à Rami et à son piano. L’animal ne découvrait pas la musique , il y avait baigné. »

 

 

 

 

 

 

 

 


vendredi 10 avril 2026

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1896 – Dans la baie de Somme, un homme est retrouvé assassiné dans une goélette. Un riche industriel de la région, une figure paternaliste, aimée et respectée de tous. A priori…

L’enquête est dirigée par Amaury Broyan. Un policier venu spécifiquement de Paris, efficace, lucide, voire sardonique :  « Entre les sincères et les avides, je crois qu’ils étaient assez nombreux pour rendre hommage à votre époux. »

Il nous entraîne dans les milieux industriels et aisés, bien représentés par l’épouse du mort, mais aussi dans des milieux plus simples avec sa maîtresse, modèle pour le peintre Alfons Mucha.

Ce dernier a véritablement existé de 1869 à 1939, un artiste tchèque qui représente l’Art nouveau. Un affichiste, illustrateur, graphiste et peintre.

📌 Tout est réussi dans cet album  :

- Le scénario qui respecte tous les codes du polar. Pas évident pour un format aussi court que celui de la BD. Indices, questionnements, autant de petits cailloux parsemés sur notre chemin pour enfin découvrir la vérité. On ne lâche pas l’album avant le mot « fin. »

- L’arrière-plan social est magnifiquement décrit. La haute société avec ses codes et son souci de respectabilité. Les gens du peuple où l’injustice est flagrante et où il faut se taire et accepter l’inacceptable.

- Mention spéciale pour le graphisme, à la mode Alfons Mucha et c’est véritablement somptueux ! Une véritable balade dans le Paris de la Belle époque. On sent la documentation et le travail tant dans les personnages, les costumes que les paysages. De véritables aquarelles avec un véritable souci de reconstitution des années 1900.

📌 Alexis Chabert explique d’ailleurs qu’il s’est amusé « à retranscrire les ambiances » du Paris de la belle époque avec les souvenirs de son arrière-grand-mère.

Voir les planches du chantier du Sacré Cœur, et d’autres quartiers de Paris.

📌 Une vraie pépite graphique !💙

 

Extraits :

📌 Amaury Broyan

« Entre les sincères et les avides, je crois qu’ils étaient assez nombreux pour rendre hommage à votre époux. »

📌 « Elle n’était ni mère, ni fille. Elle était une saison qui sait que le temps lui est compté, un jardin qui fleuronne la nuit, et dont les fleurs se fanent au matin. »

📌 « _ Mais, personne n’a donc jamais porté plainte ?

_ Vous ne saisissez pas ce qu’est le pouvoir, un vrai pouvoir. Celui se permet tout, qui s’autorise tous les excès sans jamais être menacé. »

 


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Décidément, cette autrice que j’ai découverte avec « Je pleure encore la beauté du monde », n’en finit pas de m’enchanter.

🐋 Nous quittons cette fois-ci l‘Écosse pour l’ile de Shearwater au milieu de l’océan austral.

Cet ilot perdu de 125 km2 est LA banque de toutes les graines du monde. Notre dernière ressource au cas où certaines espèces disparaitraient.

Il y a quelques mois encore, des scientifiques y travaillaient. Mais quand le risque de submersion a été avéré, ils ont quitté l’île.

Seule reste une famille, gardienne du phare, qui doit organiser la préparation des graines avant le rapatriement sur le continent dans cinq semaines.

Le père, sa fille et ses deux garçons. Cinq personnalités très attachantes, bien différentes et on sent tout de suite que quelque chose de grave s’est produit, car le silence règne. Un silence lourd et pesant qui suscite la curiosité.

Dans leur quotidien taiseux et sauvage, apparaît une jeune femme. Elle a été sauvée in extremis d’un naufrage, par la fille, lors d’une tempête terrifiante qui a ravagé l’île… Elle venait rechercher son mari, un scientifique, dont elle est sans nouvelles, et dont le dernier message est un appel au secours…

Un roman à 6 voix, ce qui renforce le sentiment de partager les doutes, les émotions mais surtout le sentiment d’avancer à tâtons dans ce récit addictif.

🐋 Que s’est-il passé sur cette ile ?

Ce bout de terre perdue résonne aussi de tous les massacres des baleines et des otaries à fourrures du siècle dernier :  «  Il plane dans l’air le souvenir de cette violence. »

Que vont devenir les graines si la famille n’arrive pas à les organiser avant le retour prévu ?  Est-il possible, compte tenu du peu de temps qu’il reste, de les emmener toutes ?

Comment choisir ? Grand est leur sentiment de responsabilité.

Que vont devenir les animaux sans le refuge de l’île : « quatre-vingt mille otaries ainsi que la dernière colonie de manchots royaux et plus de trous millions d’oiseaux marins nicheurs. » ?

🐋 J’ai adoré ce roman :

- Le scénario est parfaitement maîtrisé, les rebondissements nombreux et tous arrivent à point nommé pour nous emmener un peu plus loin dans l’intrigue. . Un roman qui se lit d’une traite ou presque…😀

- L’analyse psychologique des personnages est parfaitement travaillée. Tous, ils « sonnent juste » et sont très attachants car l’amour résonne entre eux, encore plus fort peut-être, car non exprimé. J’ai adoré Orly, le plus jeune des fils, un gamin de 9 ans, amoureux des plantes, et Fen, la fille de 17 ans, qui vit carrément, avec et pour les animaux de l’ile. Et on la comprend en découvrant leurs habitudes de vie, leur confiance en l’homme.

- Un roman qui suscite la réflexion à propos de la responsabilité humaine sur le devenir de notre planète. Sur les choix à effectuer pour respecter la biodiversité, indispensable pour la survie de l’homme. Et ce roman le démontre particulièrement bien !

🐋 Comme elle le fait habituellement, l’autrice s’est inspirée de la réalité. Shearwater n’existe pas, mais elle ressemble à l’île de Macquarie, située entre la Tasmanie et l’Antarctique, qui « abrite quatre millions de phoques et d’otaries, de manchots et d’oiseaux marins. (…) Compte tenu de sa faune abondante, Macquarie fut une cible facile pour l’exploitation de la graisse animale à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Après avoir décimé les populations de phoques et d’otaries, les phoquiers s’en sont pris aux éléphants de mer, aux manchots royaux et aux gorfous de Schlegel. »

Un roman et une autrice à découvrir !  

 

Extraits :

🐋 « l’idée est belle : sauver l’espèce humaine. »

🐋 « L’île abrite au moins quatre-vingt mille otaries ainsi que la dernière colonie de manchots royaux et plus de trous millions d’oiseaux marins nicheurs. »

🐋 A propos des otaries à fourrure massacrées au siècle dernier

« Des animaux qui n’ont jamais appris à craindre les humains. J’en ai la nausée, vraiment, tandis que l’acuité de la vision me dépasse, dépasse les limites de mon corps, comme quelque chose que l’on me montrerait. Je crois comprendre, à présent, pourquoi cet endroit est si… angoissant. Il plane dans l’air le souvenir de cette violence. »

🐋 « Ça m’écrase comme la montagne sous laquelle nous nous tenons. Maintenant que je suis parmi ces graines, à prendre la mesure de leur importance – il y en a tellement – je ressens la charge qui devait peser sur Hank, je sens le fardeau dont parlait Dom. Comment écarter les plantes, les arbres, les fleurs, les arbustes, comment écarter les plus délicates, les plus singulières, comment laisser mourir la biodiversité au profit de ce que mangent les humains. Non seulement, je ressens ce poids mais je vois aussi le futur étalé devant moi. Une immense étendue de cultures intensives et rien d’autre, rien de sauvage, rien de naturel, et tous ces rangs impeccablement alignés, eux-mêmes menacés par les feux et les inondations. La terre entière, stérile. »

🐋 « Les plantes, d’une manière générale, nourrissent. Pas seulement les humains, mais aussi les animaux, les oiseaux, les insectes. C’est leur fonction principale sur cette planète, en plus de fabriquer de l’oxygène. Elles nourrissent la vie. »

🐋 « Les gens trouveront toujours le moyen de survivre, on se débrouillera pour manger, on se débrouille toujours, mais les plantes, non, elles disparaitront, et les animaux qui ont besoin d’elles disparaitront aussi, alors il faut les aider. »

🐋 « Peut-être que c’est ça être parent. Grandir pour être plus. Exiger davantage de soi, pour eux. »

🐋 « Macquarie abrite quatre millions de phoques et d’otaries, de manchots et d’oiseaux marins. (…) Compte tenu de sa faune abondante, Macquarie fut une cible facile pour l’exploitation de la graisse animale à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Après avoir décimé les populations de phoques et d’otaries, les phoquiers s’en sont pris aux éléphants de mer, aux manchots royaux et aux gorfous de Schlegel. »