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Décidément, cette autrice que j’ai découverte avec « Je pleure encore la beauté du monde », n’en finit pas de m’enchanter.
🐋 Nous quittons cette fois-ci l‘Écosse pour l’ile de Shearwater au milieu de l’océan austral.
Cet ilot perdu de 125 km2 est LA banque de toutes les graines du monde. Notre dernière ressource au cas où certaines espèces disparaitraient.
Il y a quelques mois encore, des scientifiques y travaillaient. Mais quand le risque de submersion a été avéré, ils ont quitté l’île.
Seule reste une famille, gardienne du phare, qui doit organiser la préparation des graines avant le rapatriement sur le continent dans cinq semaines.
Le père, sa fille et ses deux garçons. Cinq personnalités très attachantes, bien différentes et on sent tout de suite que quelque chose de grave s’est produit, car le silence règne. Un silence lourd et pesant qui suscite la curiosité.
Dans leur quotidien taiseux et sauvage, apparaît une jeune femme. Elle a été sauvée in extremis d’un naufrage, par la fille, lors d’une tempête terrifiante qui a ravagé l’île… Elle venait rechercher son mari, un scientifique, dont elle est sans nouvelles, et dont le dernier message est un appel au secours…
Un roman à 6 voix, ce qui renforce le sentiment de partager les doutes, les émotions mais surtout le sentiment d’avancer à tâtons dans ce récit addictif.
🐋 Que s’est-il passé sur cette ile ?
Ce bout de terre perdue résonne aussi de tous les massacres des baleines et des otaries à fourrures du siècle dernier : « Il plane dans l’air le souvenir de cette violence. »
Que vont devenir les graines si la famille n’arrive pas à les organiser avant le retour prévu ? Est-il possible, compte tenu du peu de temps qu’il reste, de les emmener toutes ?
Comment choisir ? Grand est leur sentiment de responsabilité.
Que vont devenir les animaux sans le refuge de l’île : « quatre-vingt mille otaries ainsi que la dernière colonie de manchots royaux et plus de trous millions d’oiseaux marins nicheurs. » ?
🐋 J’ai adoré ce roman :
- Le scénario est parfaitement maîtrisé, les rebondissements nombreux et tous arrivent à point nommé pour nous emmener un peu plus loin dans l’intrigue. . Un roman qui se lit d’une traite ou presque…😀
- L’analyse psychologique des personnages est parfaitement travaillée. Tous, ils « sonnent juste » et sont très attachants car l’amour résonne entre eux, encore plus fort peut-être, car non exprimé. J’ai adoré Orly, le plus jeune des fils, un gamin de 9 ans, amoureux des plantes, et Fen, la fille de 17 ans, qui vit carrément, avec et pour les animaux de l’ile. Et on la comprend en découvrant leurs habitudes de vie, leur confiance en l’homme.
- Un roman qui suscite la réflexion à propos de la responsabilité humaine sur le devenir de notre planète. Sur les choix à effectuer pour respecter la biodiversité, indispensable pour la survie de l’homme. Et ce roman le démontre particulièrement bien !
🐋 Comme elle le fait habituellement, l’autrice s’est inspirée de la réalité. Shearwater n’existe pas, mais elle ressemble à l’île de Macquarie, située entre la Tasmanie et l’Antarctique, qui « abrite quatre millions de phoques et d’otaries, de manchots et d’oiseaux marins. (…) Compte tenu de sa faune abondante, Macquarie fut une cible facile pour l’exploitation de la graisse animale à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Après avoir décimé les populations de phoques et d’otaries, les phoquiers s’en sont pris aux éléphants de mer, aux manchots royaux et aux gorfous de Schlegel. »
Un roman et une autrice à découvrir !
Extraits :
🐋 « l’idée est belle : sauver l’espèce humaine. »
🐋 « L’île abrite au moins quatre-vingt mille otaries ainsi que la dernière colonie de manchots royaux et plus de trous millions d’oiseaux marins nicheurs. »
🐋 A propos des otaries à fourrure massacrées au siècle dernier
« Des animaux qui n’ont jamais appris à craindre les humains. J’en ai la nausée, vraiment, tandis que l’acuité de la vision me dépasse, dépasse les limites de mon corps, comme quelque chose que l’on me montrerait. Je crois comprendre, à présent, pourquoi cet endroit est si… angoissant. Il plane dans l’air le souvenir de cette violence. »
🐋 « Ça m’écrase comme la montagne sous laquelle nous nous tenons. Maintenant que je suis parmi ces graines, à prendre la mesure de leur importance – il y en a tellement – je ressens la charge qui devait peser sur Hank, je sens le fardeau dont parlait Dom. Comment écarter les plantes, les arbres, les fleurs, les arbustes, comment écarter les plus délicates, les plus singulières, comment laisser mourir la biodiversité au profit de ce que mangent les humains. Non seulement, je ressens ce poids mais je vois aussi le futur étalé devant moi. Une immense étendue de cultures intensives et rien d’autre, rien de sauvage, rien de naturel, et tous ces rangs impeccablement alignés, eux-mêmes menacés par les feux et les inondations. La terre entière, stérile. »
🐋 « Les plantes, d’une manière générale, nourrissent. Pas seulement les humains, mais aussi les animaux, les oiseaux, les insectes. C’est leur fonction principale sur cette planète, en plus de fabriquer de l’oxygène. Elles nourrissent la vie. »
🐋 « Les gens trouveront toujours le moyen de survivre, on se débrouillera pour manger, on se débrouille toujours, mais les plantes, non, elles disparaitront, et les animaux qui ont besoin d’elles disparaitront aussi, alors il faut les aider. »
🐋 « Peut-être que c’est ça être parent. Grandir pour être plus. Exiger davantage de soi, pour eux. »
🐋 « Macquarie abrite quatre millions de phoques et d’otaries, de manchots et d’oiseaux marins. (…) Compte tenu de sa faune abondante, Macquarie fut une cible facile pour l’exploitation de la graisse animale à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Après avoir décimé les populations de phoques et d’otaries, les phoquiers s’en sont pris aux éléphants de mer, aux manchots royaux et aux gorfous de Schlegel. »

