mercredi 2 avril 2025

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La BD reprend la réalité historique : la grève des sardinières en 1924, à Douarnenez, le pays de la sardine.

C'est vrai qu'à l'époque, les conditions de vie paraissaient inéluctables, figées pour l’éternité… 

Sardinière de mère en fille et marin de père en fils. Voilà ce qu’accepte la population de Douarnenez au début du siècle. 

 « Qu’est- ce qu’on peut faire d’autre, au bout du Finistère en 1924 ?

Les hommes sont marins.

Les femmes sont sardinières. 

Les enfants sentent le poisson et leur carrière est toute tracée.

A douze ans, ce sera le bateau ou l’usine.»

 🐟 C’est à travers Mona, que l’on suit cette dure existence. Son mari est en mer et quand il rentre à terre, épuisé, il file au bistrot. Elle est sardinière, s’occupe de ses deux filles, attend un bébé et sa mère, ancienne ouvrière blessée reste à la maison.

L’ainée des enfants veut continuer l’école. Elle n’envisage pas sa vie dans la sardine ni son avenir avec un marin.

Tant pis, les conditions sont tellement misérables, qu’à dix ans, elle est coiffée du bonnet des sardinières et commence à l’usine.

🐟Le récit est précis quant au processus de la révolte, à son amplification, puis au mouvement de grève. Les conditions inhumaines du travail des femmes : l’injustice et la toute puissance des contremaîtresses, petits-chefs-chefs incontestés abusant de leur pouvoir, les cadences, les salaires dérisoires, et même diminués quand le travail est estimé « mal fait. »

C’est dur de faire de la grève, beaucoup n’y croit pas. La mère de Mona l’a faite quelques années auparavant, et elle a tout perdu…

La pression de la famille, des non-grévistes, de la répression aussi,  est forte.   Pourtant, leur courage va payer et les ouvrières obtiennent presque tout ce qu’elles ont demandé.

Une victoire qui reste dans les mémoires et fait la fierté ( à juste titre) des bretons car le combat était rude et violent.

🐟Une belle leçon de courage, un bel hommage aux femmes.

Car non seulement elles ont tenu face à l’injustice et l’exploitation, mais aussi et souvent face à la famille et au mari.

🐟 Le graphisme pastel, centré sur les expressions,  accompagne parfaitement le récit. Les scènes de foule sont particulièrement bien saisies et très efficaces pour montrer la puissance de la révolte ou de la répression comme dans la double page 126 et 127.

💙 Un récit passionnant que je suis ravie d’avoir découvert.

 

Extraits :

 🐟« Ici, c’est Douarnenez.

A Douarnenez, nos vies, c’est les sardines. »

 

🐟« Qu’est- ce qu’on peut faire d’autre, au bout du Finistère en 1924 ?

Les hommes sont marins.

Les femmes sont sardinières. 

Les enfants sentent le poisson et leur carrière est toute tracée.

A douze ans, ce sera le bateau ou l’usine.»

 

🐟« _ Moi, j’aimerais bien aller à Paris.

_ Toi ?! Ma petite, t’es une fille de sardinière, une petite fille de sardinière.

Tu seras une Penn-sardin comme nous. »

 

🐟« Même le poisson, il est plus riche que nous. »

 

🐟« _ Pense donc à travailler. La grève, c’est pas pour nous.

_ la grève, c’est pas pour nous, l’école, c’est pas pour nous, l’argent, c’est pas pour nous… »

 

 

 


lundi 31 mars 2025

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📕Difficile d’être à la fois claire et concise tellement cette BD est riche et presque insaisissable, comme le monde de l’imaginaire qui l’enveloppe : un gros nuage, tantôt doux et tantôt menaçant.

Un royaume de contrastes parfaitement maîtrisés, tant dans le scenario que dans le graphisme.

📕Une BD tendre, poétique et violente à la fois : 

- Tendre par l’amour entre la mère et ses enfants, par le regard et les questions de deux petites filles, ainsi que par leur proximité ; poétique car le lecteur partage leur imaginaire.

- Violente car la réalité reprend vite le dessus, car le passé et les cauchemars reviennent au galop, menaçante par le contexte historique et social de la montée du franquisme en Espagne.

📕L’histoire :

L’Espagne des années 30. Il ne fait pas bon être une mère célibataire à ce moment. Inès n’a que crainte : qu’on lui enlève ses deux petites filles. Par conséquent, elle les maintient recluses dans l’appartement, ne pas faire de bruit qui pourraient alerter des voisins malveillants comme la vieille Apolonia.

Le soir, Inès disparaît enveloppée dans un grand châle aux motifs de papillon de nuit, le « saturnia »

« _ Oh ! On dirait un papillon… Un saturnia !

_ Qu’elle est belle ! Un saturnia géant ! »

Un châle qui protège mais dissimule aussi la vérité et le passé…

Les deux petites s’interrogent, cherchent à comprendre, questionne le chat qui les visite régulièrement avec des messages…

Inès recueille Clavel de Luna, (Œillet de nuit) un jeune travesti tabassé par les milices franquistes.

📕Une ambiance troublante, obsédante mais magnétique qui demeure longtemps dans la tête après avoir refermé le livre. Et cela grâce aussi à la richesse du graphisme.

Je n’avais jamais vu un trait comme celui d’Alberto. Dans les tons pastel, qui deviennent très foncés, voire cauchemardesques dans les scènes difficiles. Imprégné de l’univers japonais et cinématographique, avec des gros plans impressionnants. Comme celui de la vieille usurière, page 23. La méchanceté est incarnée dans ses traits...

Saisissant, puissant, original ! Un gros coup de cœur ! 

Merci  aux éditions Sarbacane pour la découverte de cet auteur.

 


mardi 25 mars 2025

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👱Une BD passionnante à double titre :

- La connaissance d’un tragique fait historique :  la sélection de bébés aryens dans des maternités conçues à cet effet, les Lebensborn.

« Ces maternités étaient appelées LEBENSBORN. C’est un néologisme. Leben : vie + Born : fontaine / source en allemand ancien. Des fontaines de vie ! Un joli mot pour cacher des horreurs ! »

Voir à ce propos, les terribles romans de Sarah Cohen-Scali, « Max » et de Caroline de Mulder, « la pouponnière d’Himmler ». Éditions Gallimard

- Et la réalité appréhendée de l’intérieur puisque la mère de l’autrice, à moitié norvégienne, est elle-même un bébé Lebensborn.

👱 De nombreux sujets sont abordés dans cette BD :

- Le programme méthodique des Lebensborn : la fonction principale de certains soldats était « d’engrosser » de jeunes femmes blondes, aux yeux bleus, de les convaincre d’accoucher dans des maternités spéciales et ensuite de faire adopter les enfants « racialement valables », en Allemagne…

« Leur vraie mission (qu’on a su plus tard) était de vivre une, voire des amourettes avec de jeunes norvégiennes racialement valables selon Hitler… Pour fabriquer des enfants aryens et les ramener à la nation. »

De vrais enfants, de « pure race aryenne », conformes aux souhaits d’Hitler et d’Himmler.

« Dans une première vie, Himmler a été ingénieur agronome et éleveur de poules. Il est alors obsédé par la recherche de la race pure, obsession qu’il va transposer aux hommes, qu’il considère comme des animaux humains. »

- L’urgence de vivre et d’aimer, en situation de guerre…

« Amoureuse ou pas, c’était surtout une toute autre époque, le début des années 40 ! On venait d’une famille rigide, très luthérienne. On ne parlait pas des choses du sexe.

Mais les conditions sont différentes pendant la guerre… Il y avait comme un sentiment d’urgence dans l’air ! Il s’agissait de vivre pour aujourd’hui. Demain, nous risquions d’être morts ! »

- La condition des femmes et surtout celle des naissances non désirées, la pression des familles, la honte d’être une mère célibataire. Surtout quand le père est allemand…

- La situation tragique de ces bébés, de ces enfants à la fin de la guerre : les bébés de la honte, dont personne ne veut plus entendre parler.

« Les enfants « lebensborn » étaient devenus les parias de la société. Placés en instituts ou maltraités. Personne ne voulait en entendre parler. »

La même omerta a été constatée dans l’Allemagne d’après-guerre pour l’ensemble du nazisme. Le sentiment de honte de la part des Allemands pour cette période maudite. Oublier, cacher…

👱Le graphisme ne m’a pas emballée mais il accompagne sobrement et justement le récit. Il le met en valeur, et à la limite, c’est le plus important.

Une BD qui permet de mettre en lumière, l’eugénisme dans toute son horreur, sans oublier les réflexions sur l’adoption, sur les séquelles laissées aux familles.

 

Extraits

👱« Ces maternités étaient appelées LEBENSBORN.

C’est un néologisme.

Leben : vie + Born : fontaine / source en allemand ancien

Des fontaines de vie !

Un joli mot pour cacher des horreurs ! »

👱 « Amoureuse ou pas, c’était surtout une toute autre époque, le début des années 40 ! On venait d’une famille rigide, très luthérienne.

On ne parlait pas des choses du sexe.

Mais les conditions sont différentes pendant la guerre…

Il y avait comme un sentiment d’urgence dans l’air ! 

Il s’agissait de vivre pour aujourd’hui.

Demain, nous risquions d’être morts ! »

👱 « Tu seras prise en charge par le parti et même chouchoutée ! On a notre propre maternité, pas loin à Hurdal…

La meilleure !

Ils peuvent s’occuper de toi, maintenant.

On apprendra par la suite que Paul reçut une prime pour l’annonce de cette grossesse. »

👱« Leur vraie mission (qu’on a su plus tard) était de vivre une, voire des amourettes avec de jeunes norvégiennes racialement valables selon Hitler…

Pour fabriquer des enfants aryens et les ramener à la nation. »

👱« Elle en était sortie avec un document tamponné.

Certifiée « racialement valable »

Paul avait dû aussi faire des examens et prouver qu’il n’avait aucun juif dans sa lignée. »

👱« Il y avait entre 80 et 100 bébés sur place en même temps.

Une vraie usine à fabriquer des « BÉBÉS PARFAITS. »

 👱« Les enfants « lebensborn » étaient devenus les parias de la société. Placés en instituts ou maltraités. Personne ne voulait en entendre parler. »

Pages documentaires

👱« C’était tellement terrible, cette guerre, qu’on a voulu tourner la page en laissant tout cela dans l’ombre, pour aller de l’avant et faire la paix. »

👱« Dans une première vie, Himmler a été ingénieur agronome et éleveur de poules. Il est alors obsédé par la recherche de la race pure, obsession qu’il va transposer aux hommes, qu’il considère comme des animaux humains. »

 👱« La femme, comme machine à bébés. Nombre d’entre elles voient dans les Lebensborn une façon d’échapper à la honte. »

 👱« Au total, les nazis mettent en place une trentaine d’établissements. Ces centres sont de taille et de nature variables : simple bureau administratif, maternité ou foyer. »

La majorité est d’abord en Norvège puis en Allemagne. Il y en a un en France, dans l’Oise : le manoir de Bois Larris