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Une véritable plongée en
apnée dans les zones grises de la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas une
période dont on aime beaucoup se souvenir...
📌 L’autrice raconte le
quotidien, mais en même temps, suscite les questions : qu’aurais-je fait,
moi, quand la faim tord le ventre, quand une solution apparaît opportunément. Trafiquer ?
C’est risqué mais facile.
Surtout quand on se donne de bonnes raisons pour apaiser sa conscience…
📌 Le roman commence par un
cri de désespoir en vers libres.
« Pourrais-je
pardonner ?
Me le
pardonner ? »
L’autrice a déjà réussi à
capturer notre attention et notre curiosité….
📌 Quatre personnages
racontent et se racontent. Un jeu de miroirs où la perception du récit de l’un
est développée par le ressenti de l’autre.
- Le premier, on ne sait pas
qui sait, interroge et se désespère.
- Servane, une jeune fille, explique
la misère, la faim et le choix du trafic. Elle, c’est « la bâtarde,
la fille de fille, l’abandonnée, » élevée essentiellement par son
beau-père car sa mère est partie durant son enfance.
Elle se sent maigre,
moche. Son travail dans une boulangerie ne ramène que quelques sous,
insuffisants pour faire taire son ventre.
Une rencontre fortuite
avec une amie et son choix est fait : « son corps et son ventre
applaudissent. Dès les premiers mots, ils ont choisi leur camp. »
- La concierge de l’immeuble,
Mme Emilie. Elle voit tout, elle sait tout, mais ne dit rien
- Grégoire, ou plutôt Paul
Garnier, le responsable du réseau de trafic. Notre vision sur le personnage
change radicalement quand il explique.
📌 J’ai aimé cet
éclairage, sans jugement, des zones grises de l’histoire et de l’âme humaine.
- La vie du quotidien de ceux
qui ont perdu, l’acceptent, baissent la tête. Éteints et résignés. Affamés.
Un arrivage potentiel de charcuterie les réveille tous.
- Ils subissent tout sans
broncher, même et surtout la pression occupante, la chasse aux juifs. Bien montrer
qu’on ne l’est pas !
« Il produit ses
papiers, où sa photo d’identité, légèrement de profil, montre qu’il n’est pas
juif. »
- Se donner bonne conscience,
c’est ce que se dit Servane : « Le marché noir peut être vu comme
un délit utile, collectif. Trafiquer, c’est résister toutes ensemble. »
- Ceux qui trafiquent et
qu’on montre du doigt, mais dont on achète la marchandise. Ceux qui en
profitent en pinçant les lèvres : la société bourgeoise qui pince les
lèvres pour parler des trafics mais qui ne résout pas à consommer de l’orge
grillée ni à se dessiner des bas. »
📌 L’analyse psychologique
est particulièrement juste.
Le personnage de Grégoire-Paul
Garnier est passionnant car complexe. Un homme désenchanté en quête de revanche
sur son enfance et sa condition.
« J’étais devenu
indispensable, c’était à mon tour de distribuer, aux autres de crever d’envie,
à moi de gagner. »
Lucidité, cynisme et idéalisme.
C’est pour cela que Paul
est sensible à l’admiration de Servane envers lui. Elle lui fait endosser un
costume qu’il aimerait porter.
« C’est la
première fois qu’il a envie de protéger quelqu’un. Quelqu’un d’autre que
lui. »
📌 Une fresque terrible et
magnifique sur une période dépourvue de sens pour la plus grande partie de la
population. Parfaitement documentée.
Encore une pépite !
Extraits
📌 « Pourrais-je
pardonner ?
Me le
pardonner ? »
📌 « Obéir et se
taire, c’est ce que fait Servane. »
📌 « Des doryphores
sur un plant de patates »
📌 Fédor, le violoniste.
« la musique avait
continué jusqu’à la grande rafle de l’été 1942.
Il s’est murmuré que
Fédor avait été déplacé vers un pays où seraient rassemblés
les-gens-comme-lui. Des Juifs. »
📌 La rencontre avec Rosa
« Mais son corps
et son ventre applaudissent. Dès les premiers mots, ils ont choisi leur
camp. »
📌 « La bâtarde,
la fille de fille, l’abandonnée. »
📌 « Elle connaît
désormais le prix exact de la honte. »
📌 « A 11 heures, il
n’y a plus rien à vendre. C’est l’heure où les rares clients israélites ont
enfin le droit de venir faire leurs achats, mais Servane les voit de moins en
moins souvent. »
📌 « les Alliés avec
« la sauvagerie de leurs bombardements terroristes » comme le disent
les gros titres des journaux collabos. »
📌 La concierge
La gamine, on ne peut
pas dire qu’elle a eu une histoire facile. Sa mère est partie, quand elle avait
quoi, six ou sept ans. (…)
C’est plus tard qu’on a
appris qu’il n’était pas le vrai père et que la mère faisait des séjours à
l’asile pour soigner sa mélancolie. »
📌 « Folle. Morte à
l’asile, quoi. »
📌 Grégoire-Paul Garnier
« La société
bourgeoise qui pince les lèvres pour parler des trafics mais qui ne résout pas
à consommer de l’orge grillée ni à se dessiner des bas. »
📌 « Il produit ses
papiers, où sa photo d’identité, légèrement de profil, montre qu’il n’est pas
juif. »
📌 « Paul est ce
qu’on appelle un « mercanti », certains diraient un profiteur de
guerre. »
📌 « Il tenait un bon
filon (…) étant parmi les premiers à comprendre que certains étaient prêts à
tout vendre, et d’autres à tout acheter. »
📌 « Le français
moyen doit se sentir protégé par le régime. »
📌 « Cette fille
l’admire. C’est comme si elle cherchait, et voyait, ce qu’il y a de bon en lui.
(…) le truc qu’elle dégage, cette innocence, cette droiture. »
📌 « On dirait
qu’elle a besoin de croire de croire en quelque chose de plus grand, de donner
du sens à tout. »