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La guerre entre l’Iran et l’Irak dans les années 80. Un village frontière iranien, celui de Khorramchahr.
🌴Rassoul et sa femme Naval, viennent de perdre leur fils chéri Chahran dans les bombardements. Une partie de la famille de Naval est décimée.
Rassoul veut partir, mettre sa famille à l’abri et continuer de vivre. Elle veut rester, faire son deuil. Rester au village, c’est rester près de son fils, continuer de le chérir au-delà de la mort. Enceinte, elle se laisse entraîner…
Quelques années plus tard, Naval est à nouveau enceinte. Elle espère de toutes ses forces, donner naissance à un garçon, après les deux filles qu’ils ont déjà. Rassoul souhaite tellement un garçon...
Ce sera un garçon, Mahziar. Il en fallait un, à n’importe quel prix, pour satisfaire Rassoul et peut-être se consoler de la mort du premier.
Mais Naval n’arrive pas à s’y attacher, à s’en occuper et elle sombre…
Elle quitte sa famille.
Plusieurs années plus tard, Rassoul va tenter de la ramener, accompagné de Mahziar, auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Il a changé. Lui qui était un bel homme, plein d’assurance en la vie, est maintenant un homme diminué, qui ne vit que pour son fils Mahziar.
Mais Naval pourra-t-elle l’entendre ?
Tour à tour, ils racontent le passé et le présent. La violence de la guerre, la douleur et les espoirs, le fossé qui est devenu précipice entre les deux époux.
On comprend vite que Naval est morte en même temps que son fils.
Peut-être existe-t-il malgré tout un espoir, puisque dans ce village sinistré au milieu des marais, occupé seulement par des femmes et des palmiers morts, Naval a redonné vie à quelques pousses de palmier…
🌴 C’est un roman bouleversant et chargé de sens. D’autant plus puissant qu’il est porté par l’écriture sobre, précise, mais percutante de Nasim Marashi.
🌴 Le thème central est celui du deuil, le besoin vital de faire le deuil de ceux qu’on a aimés. Surtout quand il s’agit d’un enfant.
Naval est vivante à l’extérieur, mais desséchée et morte à l’intérieur, comme les palmiers décapités dont elle s’occupe. Rassoul, lui, s’est aperçu qu’il ne peut plus vivre sans sa femme. Ce désespoir le rapproche d’elle.
🌴 Un grand roman dont on ressort chamboulé par une histoire intemporelle où les personnages lointains deviennent soudain infiniment proches de nous.
Un livre à découvrir !
🌴 Je laisse la parole à l’autrice : « Le but de la littérature est de rapprocher les êtres humains les uns des autres : que quelqu’un puisse lire dans un autre pays ce que j’ai écrit et se sentir à cette occasion très proche de moi ».
Superbe traduction de Julie Duvigneau
Merci aux éditions Zulma
Extraits :
🌴 « Naval n’arrivait pas à dormir, les nombreuses nuits où elle n’arrivait pas à dormir, ce n’étaient pas des moutons qu’elle comptait pour dormir, c’étaient les hommes morts de Khorramchahr. »
🌴 « Ici, on est tous pareils : les bufflonnes, les femmes, les palmiers. Tous stériles, seuls, sans descendance. On ne durera que quelques jours. Il ne restera rien de nous après notre mort. Mais maintenant, on dirait que les palmiers vont enfanter, par la grâce de Dieu. »
🌴 « Elle n’avait pas compris comment Rassoul était revenu à la vie si facilement, comment il continuait à avancer et à s’éloigner d’elle. Sa vie à elle s’était scindée en deux, les journées dans le présent et les nuits dans le Khorramchahr d’avant la guerre, en rêve. Le jour ne faisait plus partie de la vie de Naval. »
🌴 « Les grains de poussière se posaient sur le sol et la palmeraie se découvrait peu à peu devant eux. Les dattiers étaient là. Calcinés et sans tête, comme des cadavres debout, sur lesquels, de loin en loin, étaient encore accrochées quelques palmes desséchées. »
🌴 « Après le départ de Rassoul pour le Koweït, la maison de Naval devint, comme la ville, vide d’hommes. »
🌴 « C’était l’odeur de Khorramchahr. L’odeur de cette journée où il fait si chaud, où avec les voisins, ils s’étaient entassés à sept dans la voiture de Rassoul pour quitter Khorramchahr sans Chahran. »
🌴 « Quand j’ai ramené ta femme de Khorramchahr, elle s’est assise au pied des palmiers. Dès le début. Elle a dit : « Je suis leur mère. Je suis la mère de tout ce qui est mort pendant la guerre. Elle n’a pas arrêté de les caresser. De les arroser. »
🌴 « Nous, nous sommes maudites. Il y a certaines choses qu’on ne doit pas voir. Une femme ne doit pas voir ses enfants morts, sa maison effondrée, sa terre fendue en deux. Si elle voit ça, elle ne doit pas rester. Elle doit mourir. La vie ne devrait pas laisser les enfants s’en aller et les mères rester. »
🌴 « Elle avait la tranquillité terrifiante des morts. Comme si elle s’était desséchée et qu’elle allait subitement tomber en poussière. »
🌴 « Ce n’était pas notre destin d’avoir un autre garçon, Rassoul. Il n’y avait que le premier, que nous avons perdu. Dieu n’a pas voulu que celui-ci soit notre fils. »
🌴 « Sa maison était toujours à Khorramchahr. C’est là-bas qu’elle s’apaiserait. Près de la tombe de son enfant. »
🌴 « Le but de la littérature est de rapprocher les êtres humains les uns des autres : que quelqu’un puisse lire dans un autre pays ce que j’ai écrit et se sentir à cette occasion très proche de moi ».
Nasim Marashi



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