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Zahra est une adolescente
iranienne de 16 ans, que sa mère en secret, appelle Badjens :
« l’effrontée, le mauvais genre ». Celle qui se rebelle,
n’accepte pas les codes imposés aux femmes, surtout depuis l’assassinat de Mahsa
Amini.
Dans un long et puissant
monologue intérieur, Badjens raconte sa vie, ses espoirs, ses doutes et sa
révolte vitale. Elle explique aussi le rôle de sa mère, complice, mais résignée
comme les femmes de sa génération.
« En fait, elle se
sacrifie intégralement pour moi.
Complice silencieuse de
mon émancipation.
Ses petites attentions
ne sont jamais anodines : elle m’offre cette liberté qu’elle n’a jamais eu
pour elle-même.
Petite, elle a vu son
père, un homme démocratique et pieux, pleurer de désespoir quand Khomeini s’est
imposé.
Il était anti Chah mais
pas pour la prise de pouvoir par les mollahs. »
Une adolescente qui
représente parfaitement une génération : plutôt mourir que de vivre en
servante des mollahs.
Ce n’est pas mon roman
favori chez Delphine Minoui, une autrice que j’apprécie infiniment, mais il est
efficace et bouleversant !
Lu dans le cadre du Prix Le Meilleur Roman Points-Fémina
Extraits :
📌 « A cet
instant-là, j’ai compris.
J’ai compris le rôle
qui m’était assigné.
Jusqu’ici, je n’étais
qu’une erreur.
Désormais, je serais
celle qui s’écrase, se tait.
Celle qui regarde par
terre.
Qui ne hausse pas trop
la voix. (…)
Je suis
invisible. »
📌 « Je tente de me
justifier :
_Ben j’ai juste envie
d’être moi.
Cela l’énerve encore
plus.
Il rétorque que je suis
intenable, qui je suis un animal sauvage qu’il faudrait domestiquer. Que c’est
scandaleux, ce look à la garçonne.
_Si seulement nous
avions pu nous contenter de ton frère Mehdi !
Papa voit du blasphème
dans chacun de mes gestes.
Dans ma façon de
m’habiller, de parler, de croiser les jambes, de mâcher du chewing-gum.
Plus il me restreint,
plus je le défie. »
📌 A propos de sa mère :
« En fait, elle se
sacrifie intégralement pour moi.
Complice silencieuse de
mon émancipation.
Ses petites attentions
ne sont jamais anodines : elle m’offre cette liberté qu’elle n’a jamais eu
pour elle-même.
Petite, elle a vu son
père, un homme démocratique et pieux, pleurer de désespoir quand Khomeini s’est
imposé.
Il était anti-Chah mais
pas pour la prise de pouvoir par les mollahs. »
📌 « Je porte le
désespoir comme je porte le foulard.
Plus je grandis et plus
l’angoisse m’envahit.
Je me sens obligée de
me justifier pour tout.
Comme si j’avais péché.
Comme si j’étais
coupable.
D’être une femme.
D’avoir des cheveux.
De rire.
De parler.
De penser.
De chanter.
De vouloir vivre.
Moi qui n’aurais pas dû
naître. »
📌« Les mots sont
des armures contre la prison de nos maux. »
📌 « En d’autres
termes, on imposait à mon oncle et à ma tante de maquiller la mort de leur fils
s’ils voulaient récupérer son corps et l’enterrer.
On voulait faire croire
qu’il était tombé en héros pour le pays.
Pour pouvoir faire leur
deuil, il leur fallait raconter des bobards. »
📌« En Iran, les
victimes de violence n’ont droit ni à la vie, ni à une mort sereine.
Leurs parents doivent
accepter les mensonges, c’est tout. »
📌« J’ai 14 ans et
je baisse les bras.
Comme si j’avais déjà
fait le tour de tout.
Comme si la vie n’avait
plus rien à m’apprendre.
Elle m’a déjà tout
pris. »
📌 « Nos martyrs à
nous n’ont pas de barbe.
Ils ne rêvaient pas
d’épouser des vierges au paradis.
Nos martyrs rêvaient
d’un travail, d’une vie décente, du jour où les filles pourraient être fières
de leur chevelure. »