samedi 29 août 2026

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Bo est un vieil homme, quatre-vingt-neuf printemps, ou plutôt quatre-vingt-neuf hivers.

Car il dort beaucoup, trébuche quelquefois, oublie souvent …

Ce ou plutôt celui qu’il n’oublie jamais est son chien Sixten, un chien d’élan toujours près de lui. Une relation fusionnelle entre eux.

Bo nous raconte son quotidien, les visites des aides à domiciles, mais aussi et surtout, se rappelle son passé. Un homme fragile physiquement, quelquefois mentalement, mais plutôt lucide dans ses souvenirs.

Il évoque son père, un homme dur, sa femme chérie en EHPAD pour Alzheimer, les relations compliquées avec son fils Hans…

D’autant plus que Hans, constate la dégradation de l’état de santé de son père et souhaite confier Sixten à des personnes qui pourront le faire sortir sans craindre de voir son père tomber en forêt.

La peur des aidants… La peur, souvent mauvaise conseillère.

🐶 Le message de l’autrice est fort, sans jugement. Elle montre les situations et ouvre notre champ de compréhension :

- Que c’est dur, d’être très vieux !

- Que c’est dur, d’être le proche d’une personne en grande fragilité physique et mentale !

Car notre ami Bo est vulnérable, mais aussi – comme très souvent les personnes du 4ème âge, dont les peurs sont nombreuses – très têtu. Il s’arc-boute sur ses positions, ne veut rien entendre, boude, et refuse en bloc …

Car Hans veut choisir le meilleur pour son père, essaie de s’adapter au mieux mais il n’a pas compris que Sixten est le seul et dernier être vivant pour qui BO EST UTILE ET INDISPENSABLE… Le seul aussi à ne pas le juger, vieilli et amoindri. Le seul à l’accepter et l’aimer comme il est. Avec son chien, il est encore VIVANT !

- Que c’est dur d’avoir la bonne attitude envers les plus fragiles !

Protéger, mais ne pas surprotéger, voire infantiliser, ce qui RÉDUIT la personne à un statut de malade, d’incapable.

Impossible à accepter quand on a du caractère et Bo n’en manque pas.

- Écouter la personne. Bo a l’impression, et ce n’est pas qu’une impression, qu’on ne l’écoute pas. Il est dépossédé de sa vie, de son identité. INVISIBLE.

- Accepter un rythme plus lent, Nos rythmes trop rapides les stressent. Et ne pas décider sans cesse ce qui est bien pour la personne.

🐶 Un roman précieux et lumineux sur la vieillesse.

Une vraie pépite. Bien écrit, prenant et surtout bouleversant.

J’ai compris bien des choses en le lisant.

Merci Lisa Ridzen !


Extraits :

🐶 « Il me gare dans le fauteuil. Les gens me garent à différents endroits désormais, comme si j’étais attaché à un siège passager. »

🐶 « J’ai l’impression d’exploser de l’intérieur quand il saute sur moi. Il enfouit son museau sous mon aisselle et s’installe confortablement. Je caresse son flanc, son pelage est frais. »

🐶 « Avant que j’ai le temps de lui dire que le déambulateur suffit, il est déjà parti vers l’entrée. Pourquoi est-il si pressé ? »

🐶 « Un son de trompette interrompt mes pensées et deux oiseaux majestueux volent juste au-dessus de moi. Les premières grues de l’année. Je m’arrête et je les suis du regard. J’observe leurs ailes puissantes qui battent régulièrement et propulsent les grands oiseaux vers l’avant. Je me promets qu’avant qu’elles ne repartent vers le sud, j’aurai quitté cet endroit. »

🐶 « J’ai envie de me lever, de taper du poing sur la table et de dire que je fais ce que je veux, bon sang. Que je suis le capitaine de mon propre navire.

Mais je ne le fais pas. Parce que je ne suis pas le capitaine. Je ne suis qu’un balluchon attaché à un bateau en pleine tempête. »

🐶 « Mais plus personne ne prête attention à mes paroles rauques. Comme des oiseaux morts tombés du ciel, elles se fracassent à un endroit où personne ne va jamais. »

🐶« Je te regarde un instant dans les yeux. C’est absolument incroyable qu’une personne aussi belle que toi veuille être avec quelqu’un comme moi. »

🐶 « Mais ce qu’elle ne comprend pas, c’est que refuser, c’est la seule chose que je peux faire. »

 

jeudi 27 août 2026

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Méfiez-vous. C’est un roman qu’on commence et qu’on ne lâche plus...

Pourtant, il parait bien classique : encore un récit sur le désespoir et l’enfance difficile en banlieue….

Oui… Et non !😊

📌 Les années 90. C’est Cora qui raconte. Elle vit à Muircross, une banlieue miséreuse proche de Glasgow. Elle a 14 ans, une mère en fauteuil roulant, un beau-père plus jeune sur lequel elle s’interroge : « Qu’est-ce qu’il espérait d’une daronne encombrée d’une morveuse comme moi ? »

Avec son manque de concentration à l’école, les difficultés scolaires s’accumulent. L’alcool, la drogue, la délinquance, la violence deviennent son quotidien.

Pourtant, elle rêve d’un ailleurs, dont les contours sont plutôt flous. Elle se raconte sur plusieurs années, et son envie « d’ailleurs » parait bien compromise...

📌 La force de ce récit est à l’image de Cora. Il est abrupt et lumineux. CASH ET SOLAIRE.

On comprend sa honte pour le milieu dont elle est issue, son sentiment profond d’imposture. Pourtant, la spontanéité  la pousse toujours vers l’avant, sans aucun recul, ni réflexion.  Un personnage tellement vivant, tellement insaisissable ( le pire et le meilleur ) et surtout tellement attachant.

📌 La plume est elle aussi, à l’image de Cora : souvent désespérée, mais en même temps infiniment réaliste et pleine d’humour. Un humour noir.

Les dialogues sont d’une justesse pas possible. Simples, parfaitement adaptés à la personnalité de chacun. Une écriture rapide et fluide.

📌 Un premier roman très réussi, qui figure, à juste titre, parmi les cinq finalistes du prix FNAC : 

- Force et la justesse de l’analyse psychologique.

- Maîtrise de la progression dramatique

- Intérêt de l’environnement social.

Gros coup de cœur ! 

 

📌 N’oubliez pas. Il est possible de gagner ce beau roman jusqu’au dimanche 30 aout à 18 h. Sur instagram, commelaplume. 

Voir post du dimanche 23 aout.

 

Extraits


📌 « Un pauvre petit boudin comme toi. Qui se permet de rêver »


📌 A propos du compagnon de sa mère, Gunner

« Qu’est- de qu’il espérait d’une daronne encombrée d’une morveuse comme moi ? »

 📌 « Dans le coin, les options pour les filles comme moi, c’étaient l’école ou un chiard, la mise en rayon ou le vol à l’étalage, le gin dans les Weetabix ou la langue dans la prise. »

📌 « Je pouvais difficilement lui dire la vérité. Je me traîne au boulot alors que c’est à dix minutes à pied, et pareil pour rentrer à l’appart. J’ai le bout des doigts engourdi à force de manipuler des plats surgelés. Je me douche. Je mange. Des fois, je vois Pauline mas elle est presque tout le temps avec des potes ou des mecs. « Je reste dans ma chambre à écouter les autres se marrer à travers le plafond. Je ferme les yeux et je regarde mes rêves se désagréger comme une boule de neige mal tassée. »

📌 « J’en revenais pas qu’il nous apprécie, moi ou ma mère et je ne comprenais pas ce qu’il faisait avec nous. Et puis, quand j’ai appris à le connaître, j’ai su très précisément pourquoi on le méritait : un voleur borgne qui tringlait la baby-sitter. »

📌 « T’as l’impression de servir à rien pendant à peu près toute ta scolarité et, d’un coup, tu débarques dans le monde des adultes avec une moustache de sauce tomate en priant pour que personne ne flaire l’imposture. »

📌 « Dans les petites villes, tout te revient toujours à la gueule… et tu finis par croire que cette image qu’on te renvoie, c’est toi. J’ai connu ça, ta mère aussi. (…) Ta mère s’est pris un tas de saloperies, mais elle s’est jamais excusée d’être qui elle était. Quand t’es ado, les opportunités se présentent qu’une seule fois, alors ne sois pas la gamine de Muircross, la fille pas trop sûre d’elle, qui a honte de ce qu’elle est. »

📌 « Ton histoire, c’est toi qui l’écris, ma belle »

mardi 25 août 2026

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Quelques années avant MeToo...

🌸Les hôtesses de l’agence Samantha se préparent. Il leur faut un look impeccable pour accueillir les invités dans le château de la Veuve Rousseau.

« Vous accueillez. Vous saluez. Vous orientez les invités. Ils auront besoin de se sentir entourés. Vous êtes là pour ça. »

🌸 Marilou travaille pour la première fois en tant qu’hôtesse. Un travail alimentaire dont elle a besoin financièrement mais aussi pour fuir son paresseux et toxique compagnon.

Des hôtesses, au service des invités : 

« Vous serez sûrement sollicités, apprenez à mettre de la distance avec vos interlocuteurs, bien sûr tout en restant polies. Ce ne sont que des compliments. Croyez-moi, ça vous manquera plus tard. Donc, profitez-en. »

Sauf qu’à la fête, il y a aussi Sébastien et Fabrice, deux invités, deux lourdauds qui draguent les filles, les envisagent clairement sur leur physique.

Comment faire son job, sans se laisser déborder ?

🌸 J’ai beaucoup aimé ce court récit. D’abord, pour son graphisme travaillé, classique, qui rend bien compte du milieu où évoluent les filles, et ensuite car sa concision (32 pages) renforce la densité de l’histoire.

🌸 Le thème central questionne car il répond à une question intemporelle :

Les hôtesses sont toutes féministes et n’ont aucune envie de subir un harcèlement ou pire encore…

Pourtant, la frontière est ténue entre l’obligation de tenir son rôle professionnel, et la pression qui s’exerce. A la fois de l’autorité de l’agence qui les emploie, de certains invités qui ont l’habitude de disposer des jeunes femmes et la peur de dire haut et fort « Non ».

🌸 Un récit bien maîtrisé ainsi qu’une collection intéressante.

Collections Intermezzo : « une collection de récits courts, fictionnels et inspirés » - 32 pages

Merci aux éditions Dargaud et au Club de lecture, Lire magazine.