dimanche 3 mai 2026

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Un auteur à part…

Roman noir, très noir, dans une région du Nord. Humour noir. Un humour toujours cruel pour ses personnages.

👽L'histoire.

Pourtant, il avait l’air d’un brave gars, l’ami Bernard, la cinquantaine bien sonnée, le personnage central du roman. Insignifiant, trop gentil même au point de sacrifier sa vie à sa peste et folle de sœur, Yolande…

Mais chez l’auteur, il ne faut jamais se fier aux apparences. C’est la première leçon qu’on apprend en le lisant.

Bernard est atteint d’un cancer et décide d’arrêter le traitement.

Choisir sa mort, c’est regagner sa liberté, CHOISIR ENFIN SA VIE.

Pour lui, c’est ne plus « tenir sa vie en laisse ». Céder à ses envies, à ses pulsions.

Il faut dire qu’il n’est pas gâté avec sa sœur, Yolande. Elle s’est cloitrée dans leur maison à la fin de la seconde guerre mondiale après avoir été tondue. Tout est clos dans la maison, exceptée une « seule ouverture sur l’extérieur. Selon son humeur, elle l’appelle : le « nombril » ou le « trou du cul du monde ».

👽 L’environnement est un personnage à part entière.

Le troquet du coin dirigé par Roland alcoolique et violent envers sa femme, Jacqueline. Dont Bernard a été amoureux dans sa jeunesse.

Le chantier de l’A26, désert et propice à toutes les actions.

👽Une ambiance glauque, des personnages misérables et paumés. Un humour grinçant. Une écriture ciselée et acérée : « Et même si la mort pond des œufs dans son ventre. »

La noirceur du monde, désespérante.

👽 Cet extrait du Monde résume parfaitement en quelques lignes le talent de Pascal Garnier : « De Pascal Garnier (1949-2010), on retiendra les phrases d’une fausse simplicité sur lesquelles nos yeux s’arrêtent comme face à un chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Quelques mots bien agencés, et se dégagent toute la mélancolie, l’âpreté d’être au monde et un sérieux appétit pour les dingues et les paumés. Pascal Garnier est un prodigieux raconteur d’histoires. »

Une pépite sombre de 110 pages !

Extraits :

👽 « De Pascal Garnier (1949-2010), on retiendra les phrases d’une fausse simplicité sur lesquelles nos yeux s’arrêtent comme face à un chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Quelques mots bien agencés, et se dégagent toute la mélancolie, l’âpreté d’être au monde et un sérieux appétit pour les dingues et les paumés. Pascal Garnier est un prodigieux raconteur d’histoires. »

👽 « Dans toute la maison, c’est la seule ouverture sur l’extérieur. Selon son humeur, elle l’appelle : le « nombril » ou le « trou du cul du monde ».

👽 « Yolande peut avoir entre vingt et soixante-dix ans »

👽 « Bien sûr, il savait depuis longtemps qu’il allait mourir. (…). Au fond, depuis ces derniers mois, c’est l’espoir qui lui avait fait le plus mal. 

👽 « Bernard Bonnet, votre grâce a été rejetée. » Il se sentait libre, il n’avait plus rien à perdre. »

👽 « Tous deux pataugeaient dans la boue, le cul de Maryse à quelques centimètres du nez de Bernard. Toute une vie tenue en laisse…

La fille n’avait pu émettre qu’un bruit de ballon qui se dégonfle quand il lui avait sauté dessus. »

👽 « Quand elle était rentrée à la maison, le crâne rasé, pour ne plus jamais en ressortir, elle avait l’air soulagé, un visage de jeune nonne, sereine. Ils ne voulaient plus d’elle, elle n’avait jamais voulu d’eux. Les choses étaient enfin claires, en ordre, chacun chez soi. »

👽 « Ils n’ont qu’à faire comme elle, ne rien aimer, comme ça on n’est jamais déçu et on fout la paix aux autres. »

👽 « Mais oui, j’ai bien cru que j’allais y passer. La mort monte comme la mer. Elle me frappe de plein fouet, une grande vague d’écume noire. Je me dis que c’est maintenant, mon sac est tout prêt dans ma tête et puis elle se retire. Elle reviendra. »

👽 « Joseph Haendel, c’est comme ça qu’il s’appelait mon Boche. Un jour, il a fait partie d’un peloton qui devait zigouiller les otages. Quand je l’ai vu le lendemain, ce n’était plus le même homme. On aurait dit qu’il avait perdu quelque chose de précieux, comme un bras ou une jambe. »

👽 « Et même si la mort pond des œufs dans son ventre, »

👽 « Il a toujours su que c’était un vicelard, ce mec-là, avec son petit air de ne pas y toucher. Déjà tout môme, il était comme ça, faire ses coups en douce et se réfugier dans les jupes de sa frangine dès que cela tournait mal. »

 

samedi 2 mai 2026

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C’est une vieille dame qui raconte et se raconte, Célestine.

Son enfance en Corrèze dans les années 30, la ferme de ses parents et l’excellente élève qu’elle est. Elle se rêve institutrice ou secrétaire, mais pas paysanne comme sa mère. Et d’ailleurs sa mère l’y encourage. Choisir son destin plutôt que le subir.

Mais le sort en décide autrement quand sa mère décède en mettant au monde une petite fille, Solange.

Célestine devient alors la seule fille de la maison, elle prend en charge la ferme et sa petite sœur, Solange, qu’elle aime infiniment.

« J’étais devenue exactement ce que je ne voulais pas être, j’avais désormais la même vie que ma mère. »

Pourquoi Célestine s’accuse-t-elle d'avoir tué Solange ?

Solange, à son tour, raconte et se raconte dans ses lettres à Jeannette, depuis « une école de redressement pour jeunes filles ».

Un discours souvent erratique…

💛 Marie Vareille est une formidable conteuse. Cela, on le savait déjà notamment avec « Désenchantées » et « La dernière allumette ». L’art du suspens, des rebondissements et de la plongée dans l’âme humaine.

💛 Mais ce roman est surtout un petit bijou de réflexions et d'émotion :

- Un bel hommage à nos ainées, qui souvent, comme Célestine, ont volontairement oublié leurs rêves pour nous apporter l’instruction et la volonté de choisir notre voix. Le sacrifice des anciennes… Ne pas les oublier. Ne pas oublier d’où l’on vient.

- L’analyse des troubles de la schizophrénie est bluffante de réalité. Je n’ai pas été surprise quand j’ai compris (à la fin de l’ouvrage) que Marie Vareille s’était parfaitement documentée à ce sujet. Notamment avec le « Journal d’une schizophrène » de Marguerite Sechehaye (1950), témoignage clinique sur l’expérience subjective de la schizophrénie. »

- L’émotion est toujours présente, quand Célestine, Solange mais aussi Jeannette et Manon s’expriment. L’amour fort entre elles, et le déchirement de la maladie de Solange. Les questions et le besoin vital de dire la vérité aux plus jeunes.

- Bouleversant aussi, quand Solange explique et ressent au plus profond d’elle-même, le mépris des autres. « J’ai ces voix dans ma tête qui hurlent en permanence, elles me donnent des ordres… (…) Je…j’entends tout ce qu’on dit sur moi, je vois leurs regards… Le mépris et la méchanceté qu’ils me crachent au visage comme si je n’étais pas là, comme si je n’étais pas un…  être humain. (…)

Tout aussi bouleversant, le besoin de normalité de sa fille, Jeannette. Être comme les autres enfants, ne pas être rejetée comme la fille d’une folle, ne pas craindre pour sa mère.

💛 Encore une fois, Marie Vareille signe un roman particulièrement réussi, un de ces romans qui restent en mémoire.

Gros coup de cœur ! 💛💛💛💛💛

 

Extraits :

💛 La mère de Célestine

« Chacun a sa place, et chaque rôle est important. Alors respecte celui des autres. Et même si tu habites en ville plus tard, si tu deviens … institutrice ou secrétaire ou que sais-je d’autre, la ferme, la terre, ta famille resteront toujours tes racines et celle de tes descendants. »

💛 Célestine

« J’étais devenue exactement ce que je ne voulais pas être, j’avais désormais la même vie que ma mère. »

💛 « Alors, ne gaspille pas trop ton temps à chercher le bonheur ailleurs qu’ici et maintenant auprès de ceux qui te sont chers. »

💛 « Quand elle a perdu les eaux, j’ai emmené Solange à la maternité où je l’ai abandonnée aux sage-femmes. Je ne suis pas restée avec elle dans la salle d’accouchement. Je ne lui ai pas tenu la main, je ne l’ai pas encouragée, je ne l’ai pas rassurée. Je l’ai laissée affronter seule ce moment alors qu’elle n’avait que quatorze ans. »

Solange  

💛 « Mon-ange toutefois me jure que tout cela n’est que mensonges, un vaste complot des normaux pour me faire entrer dans une case qui les rassure, mais ne me correspond aucunement. Il m’explique que j’ai accès à d’autres mondes, à d’autres êtres. Ce n’est pas parce que je suis la seule à le voir que ce que je perçois n’existe pas. J’entends les mêmes voix que Jeanne d’Arc, comme elle, je serai persécutée de mon vivant par ceux que ce pouvoir supérieur effraie. »

Solange

💛 « La même question que Rose me posait autrefois : « Vous souvenez-vous Solange, du jour où vous avez entendu les voix pour la première fois ? »

Comme si je pouvais oublier, Jeannette.

Le jour de la grande fracture

Parfois, je manque de céder à leurs tortures.

Mais j’ai juré de ne jamais l’évoquer.

Parce que dès que j’envisage de révéler la vérité.

Les voix ricanent et la terreur me poignarde de sa lame d’acier. »

💛 « J’ai ces voix dans ma tête qui hurlent en permanence, elles me donnent des ordres… (…) Je…j’entends tout ce qu’on dit sur moi, je vois leurs regards… Le mépris et la méchanceté qu’ils me crachent au visage comme si je n’étais pas là, comme si je n’étais pas un…  être humain. (…)

Les normaux… Ceux qui rigolent, ceux qui font le signe de croix quand ils me croisent, qui affirment que je suis folle, possédée, une sorcière, un monstre, une hystérique, ceux qui déclarent qu’on devrait m’enfermer, m’achever comme o le fait avec les animaux nuisibles. »

💛 Jeanne

« Jeanne console sa mère, embrasse ses cheveux, caresse ses joues mouillées de larmes. Elle est tiraillée entre des sentiments contradictoires qu’elle ne maîtrise pas. Elle n’a pas envie que sa mère retourne à l’hôpital, mais elle ne veut pas pour autant partir avec elle. Elle voudrait simplement que les choses soient normales. Il lui semble, même si elle ne peut en être tout à certaine, que les autres enfants ne se retrouvent pas dans ce genre de situations. Ils ne s’inquiètent pas en permanence pour leur maman. »

💛 Solange – pages 354 – 355

« Depuis que tu es partie du grenier avec Célestine, Jeannette, je n’ai fait que pleurer.

J’ai vu dans tes yeux le reflet de qui j’étais. »

💛 Célestine

« Je n’ai jamais été seule. Tous, vous avez fait surgir la joie dans les moments les plus douloureux. Je ne crois pas qu’il existe de bonheur plus authentique que celui d’être bien entourée. »

💛 Marie Vareille – bien documentée

« Les représentations mentales de la maladie mentale de Solange doivent par ailleurs beaucoup à la lecture du « Journal d’une schizophrène » de Marguerite Sechehaye (1950), témoignage clinique sur l’expérience subjective de la schizophrénie. »

 

 

 

 

mercredi 22 avril 2026

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Je retrouve avec plaisir les personnages du Tome 1

📌 Colette, toujours marquée par le décès de sa jumelle, toujours passionnée de boxe et interdite de pratique par sa mère qui craint pour elle, la surprotège et la cloître quasiment… Toujours soutenue par son père, mais qui n’ose pas le faire ouvertement auprès de sa femme.

Les personnages sont toujours aussi bien campés, attachants, mais….

En effet, c’est toujours le même registre ou presque. J’aurais apprécié un peu plus de surprises dans les personnages ou les situations.

Car le harcèlement scolaire de Colette par Astrid ne m'a pas convaincue... Et surtout, l’attitude des parents devient caricaturale.

📌 Peut-être, pour avoir adoré le Tome1, que j’attendais trop de la suite. C’est fort possible.

En tous cas, je retrouverais avec plaisir le Tome 3 car j’aime infiniment le travail de Véra Cazot et Carole Maurel. Un binôme qui fonctionne bien…