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C’est une vieille dame qui raconte et se raconte, Célestine.
Son enfance en Corrèze dans les années 30, la ferme de ses parents et l’excellente élève qu’elle est. Elle se rêve institutrice ou secrétaire, mais pas paysanne comme sa mère. Et d’ailleurs sa mère l’y encourage. Choisir son destin plutôt que le subir.
Mais le sort en décide autrement quand sa mère décède en mettant au monde une petite fille, Solange.
Célestine devient alors la seule fille de la maison, elle prend en charge la ferme et sa petite sœur, Solange, qu’elle aime infiniment.
« J’étais devenue exactement ce que je ne voulais pas être, j’avais désormais la même vie que ma mère. »
Pourquoi Célestine s’accuse-t-elle d'avoir tué Solange ?
Solange, à son tour, raconte et se raconte dans ses lettres à Jeannette, depuis « une école de redressement pour jeunes filles ».
Un discours souvent erratique…
💛 Marie Vareille est une formidable conteuse. Cela, on le savait déjà notamment avec « Désenchantées » et « La dernière allumette ». L’art du suspens, des rebondissements et de la plongée dans l’âme humaine.
💛 Mais ce roman est surtout un petit bijou de réflexions et d'émotion :
- Un bel hommage à nos ainées, qui souvent, comme Célestine, ont volontairement oublié leurs rêves pour nous apporter l’instruction et la volonté de choisir notre voix. Le sacrifice des anciennes… Ne pas les oublier. Ne pas oublier d’où l’on vient.
- L’analyse des troubles de la schizophrénie est bluffante de réalité. Je n’ai pas été surprise quand j’ai compris (à la fin de l’ouvrage) que Marie Vareille s’était parfaitement documentée à ce sujet. Notamment avec le « Journal d’une schizophrène » de Marguerite Sechehaye (1950), témoignage clinique sur l’expérience subjective de la schizophrénie. »
- L’émotion est toujours présente, quand Célestine, Solange mais aussi Jeannette et Manon s’expriment. L’amour fort entre elles, et le déchirement de la maladie de Solange. Les questions et le besoin vital de dire la vérité aux plus jeunes.
- Bouleversant aussi, quand Solange explique et ressent au plus profond d’elle-même, le mépris des autres. « J’ai ces voix dans ma tête qui hurlent en permanence, elles me donnent des ordres… (…) Je…j’entends tout ce qu’on dit sur moi, je vois leurs regards… Le mépris et la méchanceté qu’ils me crachent au visage comme si je n’étais pas là, comme si je n’étais pas un… être humain. (…)
Tout aussi bouleversant, le besoin de normalité de sa fille, Jeannette. Être comme les autres enfants, ne pas être rejetée comme la fille d’une folle, ne pas craindre pour sa mère.
💛 Encore une fois, Marie Vareille signe un roman particulièrement réussi, un de ces romans qui restent en mémoire.
Gros coup de cœur ! 💛💛💛💛💛
Extraits :
💛 La mère de Célestine
« Chacun a sa place, et chaque rôle est important. Alors respecte celui des autres. Et même si tu habites en ville plus tard, si tu deviens … institutrice ou secrétaire ou que sais-je d’autre, la ferme, la terre, ta famille resteront toujours tes racines et celle de tes descendants. »
💛 Célestine
« J’étais devenue exactement ce que je ne voulais pas être, j’avais désormais la même vie que ma mère. »
💛 « Alors, ne gaspille pas trop ton temps à chercher le bonheur ailleurs qu’ici et maintenant auprès de ceux qui te sont chers. »
💛 « Quand elle a perdu les eaux, j’ai emmené Solange à la maternité où je l’ai abandonnée aux sage-femmes. Je ne suis pas restée avec elle dans la salle d’accouchement. Je ne lui ai pas tenu la main, je ne l’ai pas encouragée, je ne l’ai pas rassurée. Je l’ai laissée affronter seule ce moment alors qu’elle n’avait que quatorze ans. »
Solange
💛 « Mon-ange toutefois me jure que tout cela n’est que mensonges, un vaste complot des normaux pour me faire entrer dans une case qui les rassure, mais ne me correspond aucunement. Il m’explique que j’ai accès à d’autres mondes, à d’autres êtres. Ce n’est pas parce que je suis la seule à le voir que ce que je perçois n’existe pas. J’entends les mêmes voix que Jeanne d’Arc, comme elle, je serai persécutée de mon vivant par ceux que ce pouvoir supérieur effraie. »
Solange
💛 « La même question que Rose me posait autrefois : « Vous souvenez-vous Solange, du jour où vous avez entendu les voix pour la première fois ? »
Comme si je pouvais oublier, Jeannette.
Le jour de la grande fracture
Parfois, je manque de céder à leurs tortures.
Mais j’ai juré de ne jamais l’évoquer.
Parce que dès que j’envisage de révéler la vérité.
Les voix ricanent et la terreur me poignarde de sa lame d’acier. »
💛 « J’ai ces voix dans ma tête qui hurlent en permanence, elles me donnent des ordres… (…) Je…j’entends tout ce qu’on dit sur moi, je vois leurs regards… Le mépris et la méchanceté qu’ils me crachent au visage comme si je n’étais pas là, comme si je n’étais pas un… être humain. (…)
Les normaux… Ceux qui rigolent, ceux qui font le signe de croix quand ils me croisent, qui affirment que je suis folle, possédée, une sorcière, un monstre, une hystérique, ceux qui déclarent qu’on devrait m’enfermer, m’achever comme o le fait avec les animaux nuisibles. »
💛 Jeanne
« Jeanne console sa mère, embrasse ses cheveux, caresse ses joues mouillées de larmes. Elle est tiraillée entre des sentiments contradictoires qu’elle ne maîtrise pas. Elle n’a pas envie que sa mère retourne à l’hôpital, mais elle ne veut pas pour autant partir avec elle. Elle voudrait simplement que les choses soient normales. Il lui semble, même si elle ne peut en être tout à certaine, que les autres enfants ne se retrouvent pas dans ce genre de situations. Ils ne s’inquiètent pas en permanence pour leur maman. »
💛 Solange – pages 354 – 355
« Depuis que tu es partie du grenier avec Célestine, Jeannette, je n’ai fait que pleurer.
J’ai vu dans tes yeux le reflet de qui j’étais. »
💛 Célestine
« Je n’ai jamais été seule. Tous, vous avez fait surgir la joie dans les moments les plus douloureux. Je ne crois pas qu’il existe de bonheur plus authentique que celui d’être bien entourée. »
💛 Marie Vareille – bien documentée
« Les représentations mentales de la maladie mentale de Solange doivent par ailleurs beaucoup à la lecture du « Journal d’une schizophrène » de Marguerite Sechehaye (1950), témoignage clinique sur l’expérience subjective de la schizophrénie. »








