vendredi 17 avril 2026

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Je ne sais pas si j’ai aimé beaucoup ou passionnément ce titre… J’ai besoin de verbaliser mon ressenti pour le savoir.

Il est tellement à part dans son graphisme et son scénario…

📌C’est une autobiographie, ou plutôt un souffle ou même un cri.  Un récit écrit au fil de la plume et surtout au fil des émotions. Comme une thérapie où l’écriture et le dessin apportent lentement la clarté et le discernement. D’où de nombreuses répétitions dans le discours, mais elles ne sont pas gênantes car elles suggèrent le parcours erratique de l’autrice pour se retrouver et se situer. Mais je comprends que cela peut paraître un peu verbeux et redondant.

📌 Tessa raconte, se raconte. Elle est la troisième génération d’une famille chinoise installée aux États-Unis. Sa grand-mère est folle (on va comprendre pourquoi ) et sa mère instable mentalement. 

Une mère qui n’arrive pas à se situer, chinoise ou américaine... Et qui le répercute sur sa fille, Tessa. Cette dernière, en mal-être, choisit la fuite, ou plutôt la fuite en avant. Ne pas se confronter à ses questions existentielles, partir et vivre !

« Alors que j’approchais de la trentaine, la vie que j’avais menée jusque-là m’apparaissait moins comme un espace de liberté que comme une autre sorte de cage. »

Arrivée à la trentaine, le décès de sa grand-mère est un déclencheur et elle décide avec sa mère de partir en Chine, rechercher ses racines et enfin comprendre. Se confronter à ses questions, à ses fantômes affamés (d’où le titre) qui ont soif de réponses. 

📌 L’arrière-plan historico-politique est passionnant, j’avoue que j’ai appris plein de choses et surtout que cela donne envie d’en savoir plus sur la Chine.

Une quête d’identité passionnante que connaissent nombre d’immigrés. Ne plus appartenir au pays d’origine, et ne pas faire partie du pays d’accueil.

« Ma mère ne m’a élevée dans l’idée que j’étais à la fois chinoise et américaine. Elle m’a appris que je n’étais ni l’une ni l’autre. »

Thème parfaitement exposé également par Alice Zeniter dans « L’art de perdre » où elle est la troisième génération d’une famille algérienne.

📌 Graphiquement, le trait m’a bluffée : noir, dense, avec une grande liberté dans les cases. Rien n’est ordonné, rien n’est linéaire et cela accompagne parfaitement le récit. Il accentue le caractère pesant de l’histoire et l’oppression de Tessa. Comme un insecte pris dans une toile d’araignée…

En tous cas, un album à découvrir, et sans doute à relire !

J’attends avec impatience vos retours, savoir si vous êtes plus tranchés que moi dans l’appréciation de ce récit.

Merci aux éditions Sarbacane

 

Extraits :

📌 Tessa

« Nous avons survécu au trauma en niant son existence. Et ni ma mère, ni sa mère n’étaient en mesure de voir les fantômes qui grouillaient en elles. Pour moi, ils apparaissaient très clairement.

C’est peut-être ça, être une enfant d’immigrés.

Être la première génération à témoigner suffisamment à distance de la douleur pour en cerner la profondeur. »

📌 « Je sais que ma mère essayait de me protéger

Elle ne savait aimer que ce qui était brisé

Pour m’aimer, il fallait que je sois brisée

Pour que je sois brisée, il fallait qu’elle me brise

Elle ne pouvait me guérir d’une maladie mentale sans que je sois d’abord malade mentalement. »

📌 « Alors que j’approchais de la trentaine, la vie que j’avais menée jusque là m’apparaissait moins comme un espace de liberté que comme une autre sorte de cage. »

📌 « Une expédition dans mon passé familial. »

📌 « Ma mère ne m’a élevée dans l’idée que j’étais à la fois chinoise et américaine. Elle m’a appris que je n’étais ni l’une ni l’autre. »

 

 

 


mercredi 15 avril 2026

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Inspiré d’une histoire vraie, un roman chargé de sens et d’émotion. Avec la présence de Zaatar, le chien berger syrien qui ramène l’humanité que les gens ont perdue,  et avec l’arrière-plan de la guerre en Syrie, parfaitement analysé dans son fonctionnement et ses dommages.

De 2012 à 2016, la bataille d'Alep, (les troupes rebelles à l’est, l’armée de Bachar Al Assad, à l’ouest), va faire des milliers de victimes. La ville est détruite à plus de 60 %.

🐶 Alep- Ouest – 2016 

Zaatar, c’est le chien recueilli par la famille chrétienne de Maya, appelé aussi Zouzou ou Habibi par les habitants de l’immeuble de Maya et son fils Elias. Un endroit où cohabitent plusieurs religions et des gens bien différents les uns des autres.

« C’était la Syrie heureuse, celle qui aimait sans distinction de classe sociale ou de religion. Ses amis arméniens, chiites, sunnites se retrouvaient joyeusement autour de sa table. »

Avec la guerre, les bombardements, les arrestations arbitraires, ils se replient sur eux-mêmes, perdent la solidarité qui les liait. Certains habitants s’enfuient, d’autres arrivent. On ne sait pas qui ils sont, ni d’où ils viennent… Comme Rami, le pianiste, qui rassemble les gens autour de la musique, et surtout Zaatar, qui reste des heures entières à l’écouter.

🐶 Ne croyez surtout pas qu’il s’agisse uniquement d’un récit centré sur un chien. Zaatar est surtout un révélateur des ravages que provoquent la guerre et la violence sur les individus, et comment, lui ou la musique peuvent les réparer. Ou la littérature, voir les beaux romans de Delphine Minoui, "Les passeurs de livres de Daraya" et de Rachid Benzine, "L’homme qui lisait des livres".

De plus, Stéphanie Perez connaît et observe bien les chiens car Zaatar est particulièrement attachant, et bouleversant, car SINCÈRE comme l’est un animal.  

« _J’ignorais que les chiens pouvaient aimer à ce point.

_Ils ne savent pas faire autrement. C’est leur façon d’être au monde. Ils aiment de tout leur corps. Sans réserve. »

Quand on a des animaux à la maison, on retrouve parfaitement les traits décrits par l’autrice.

Euh… J’ai oublié de vous dire, la boîte de mouchoirs en papier peut être utile...

🐶 Un roman qui coche toutes les cases. Il nous fait comprendre les dévastations de la guerre au niveau de chacun, rend compte des différents comportements face à la violence : lâcheté, fuite, surenchère de violence ou amour et solidarité. De plus, il nous bouleverse avec Zaatar, comme quoi, il n’y a pas que l’humain qui détient l’humanité.

 L’écriture est belle : un vocabulaire précis et juste, des phrases courtes qui accompagnent magistralement l’action et l’émotion.

🐶 C’est beau, c’est bouleversant, c’est le roman le plus abouti de Stéphanie Perez et pourtant, j’avais adoré « Le gardien de Téhéran » et encore plus « la ballerine de Kiev ».

Enooorme coup de cœur !

 

Extraits :

🐶 « Elias se dit que les chiens et les hommes, finalement, c’est la même histoire, les mêmes plaies invisibles. »

🐶 « Sauver un animal, c’était sauver son humanité, refuser de céder à la barbarie »

🐶 Pris entre deux feux, impuissants et exposés…

« Et pendant que les islamistes répandaient la terreur, le dictateur resserrait l’étau, tirait sur la foule. L’un nourrissait l’autre. La répression trouvait son alibi. La révolution s’était retrouvée piégée entre deux monstres. »

🐶 « Un piano, dans une ville qui n’avait plus de musique. Tout ce qui sonnait beau avait fini par disparaître. »

🐶 « Elle, l’ancien professeure passionnée de littérature française et de poésie, ne s’intéressait plus à rien, en voulait à la terre entière. Elle détestait cette femme qu’elle était devenue, qui contemplait dans les cendres de la guerre, les poussières de sa vie. »

🐶 « C’était la Syrie heureuse, celle qui aimait sans distinction de classe sociale ou de religion. Ses amis arméniens, chiites, sunnites se retrouvaient joyeusement autour de sa table. »

🐶 « Les obus tombaient souvent par deux. Le premier tuait. Les seconds achevaient ceux qui accouraient pour aider. »

🐶 « Ce qui touchait les gens, ce n’était pas seulement la gueule d’ange de son chien. C’était cette innocence tenace, ce courage sans discours, cette pulsion de vie que l’on retrouvait chez tous ceux qui refusaient d’abandonner Alep, non par héroïsme, mais parce qu’ils n’avaient pas le choix. »

🐶 « Elle pensa à tous ceux qui avaient payé, comme elle. A ceux qui paieraient demain. Les disparitions forcées étaient l’une des armes favorites du dictateur. Autour de lui, une armée de fonctionnaires corrompus profitait de la faiblesse du peuple aux abois. »

(voir « Caméra obscura » de Gwenaëlle Lenoir)

🐶 « la Syrie n’avait pas le monopole du malheur. L’émotion avait une date de péremption. On s’indignait vite, mais on s’habituait encore plus vite. A quel moment, la compassion avait-elle basculé dans l’indifférence ? »

🐶 « Ibrahim avait visé juste, et il constatait avec une lucidité inquiète le lent travail de destruction à l’œuvre chez son voisin. Il avait reconnu ce poison distillé par les hommes en noir. La foi devenu prison avec les concepts d’un autre temps, le pur et l’impur, le licite et l’interdit. »

🐶 Même la figure d’Abdu est parfaitement analysée : 

« là-bas ( à la mosquée), il redevenait visible, reconnu, sans avoir rien d’autre à prouver que sa régularité. Il se tenait du bon côté des apparences, et il avait conscience de la valeur de cette image, la place qu’elle lui garantissait parmi les autres. Il était un homme irréprochable ; dont le foyer reflétait la solidité, la discipline, valeurs devenues indispensables jusque dans l’intimité. »

🐶 « Zaatar souffre de dépression, Maya. On ne l’imagine pas, mais les chiens peuvent ressentir le deuil, parfois plus fortement que les hommes. Ils ne comprennent pas l’absence. »

« _J’ignorais que les chiens pouvaient aimer à ce point.

_Ils ne savent pas faire autrement. C’est leur façon d’être au monde. Ils aiment de tout leur corps. Sans réserve. »

🐶 L’état d’Alep en 2016 :

"Plus Maya avançait vers l’est, plus l’étendue du désastre se déployait devant elle, et plus elle suffoquait. Ce n’était pas seulement une ville détruite qu’elle traversait, mais un corps immense brisé, mis à nu, dont les plaies s’offraient sans détour. Des dizaines d’immeubles balafrés laissaient pendre leurs étages fracassés, des chambres ouvertes où l’on distinguait des lits tordus, des rideaux noircis par la fumée, des jouets d’enfants pris dans les gravats, restes dérisoires d’une vie balayée sans ménagement. »

🐶 « Tout s’éclairait. L’attention démesurée de Zaatar à la moindre note, son attachement viscéral à Rami et à son piano. L’animal ne découvrait pas la musique , il y avait baigné. »

 

 

 

 

 

 

 

 


vendredi 10 avril 2026

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1896 – Dans la baie de Somme, un homme est retrouvé assassiné dans une goélette. Un riche industriel de la région, une figure paternaliste, aimée et respectée de tous. A priori…

L’enquête est dirigée par Amaury Broyan. Un policier venu spécifiquement de Paris, efficace, lucide, voire sardonique :  « Entre les sincères et les avides, je crois qu’ils étaient assez nombreux pour rendre hommage à votre époux. »

Il nous entraîne dans les milieux industriels et aisés, bien représentés par l’épouse du mort, mais aussi dans des milieux plus simples avec sa maîtresse, modèle pour le peintre Alfons Mucha.

Ce dernier a véritablement existé de 1869 à 1939, un artiste tchèque qui représente l’Art nouveau. Un affichiste, illustrateur, graphiste et peintre.

📌 Tout est réussi dans cet album  :

- Le scénario qui respecte tous les codes du polar. Pas évident pour un format aussi court que celui de la BD. Indices, questionnements, autant de petits cailloux parsemés sur notre chemin pour enfin découvrir la vérité. On ne lâche pas l’album avant le mot « fin. »

- L’arrière-plan social est magnifiquement décrit. La haute société avec ses codes et son souci de respectabilité. Les gens du peuple où l’injustice est flagrante et où il faut se taire et accepter l’inacceptable.

- Mention spéciale pour le graphisme, à la mode Alfons Mucha et c’est véritablement somptueux ! Une véritable balade dans le Paris de la Belle époque. On sent la documentation et le travail tant dans les personnages, les costumes que les paysages. De véritables aquarelles avec un véritable souci de reconstitution des années 1900.

📌 Alexis Chabert explique d’ailleurs qu’il s’est amusé « à retranscrire les ambiances » du Paris de la belle époque avec les souvenirs de son arrière-grand-mère.

Voir les planches du chantier du Sacré Cœur, et d’autres quartiers de Paris.

📌 Une vraie pépite graphique !💙

 

Extraits :

📌 Amaury Broyan

« Entre les sincères et les avides, je crois qu’ils étaient assez nombreux pour rendre hommage à votre époux. »

📌 « Elle n’était ni mère, ni fille. Elle était une saison qui sait que le temps lui est compté, un jardin qui fleuronne la nuit, et dont les fleurs se fanent au matin. »

📌 « _ Mais, personne n’a donc jamais porté plainte ?

_ Vous ne saisissez pas ce qu’est le pouvoir, un vrai pouvoir. Celui se permet tout, qui s’autorise tous les excès sans jamais être menacé. »