dimanche 8 février 2026

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Un huis clos contre la furie de la mer !

Un double bonheur : fusionner le thriller passionnant de Sandrine Collette et le graphisme époustouflant de Dominique Monféry.

🌊 l'histoire : 

Une grande famille, les parents et 9 enfants. Une ile et une maison que l’eau engloutit progressivement. Il faut partir, rejoindre les régions plus hautes. Une seule barque...

Mais elle ne peut contenir que 8 places…

Comment choisir entre ses enfants ? Un vrai choix cornélien ….

Le désespoir au cœur, les parents fuient avec seulement 6 enfants. Dans la maison qui prend l’eau, il reste Louie, le boiteux, Noé, le plus petit et Perrine qui est borgne.

« Tu crois que c’est parce que moi, je suis trop petit, que Louie a une jambe malade et toi, un seul œil, c’est pour ça qu’ils nous ont laissés ? Parce qu’ils nous aimaient pas ? »

Leur mère, folle d’inquiétude ou folle tout court à l’idée de les écarter, leur a laissé un petit mot où elle leur rappelle qu’elle les aime et qu’ils reviendront les chercher.

Ils ont des provisions et pourront au besoin, manger les poules. Si…

Louie, qui s’en occupe habituellement le veut bien, car pour lui, elles sont chéries et intouchables…

🌊 Les thèmes du roman sont particulièrement bien représentés dans la BD : La famille, les dissensions et l’amour. La survie dans un environnement féroce et sauvage.

La mer est représentée comme un animal monstrueux qui fond sur les créatures. C’est apocalyptique, addictif et parfaitement à l’unisson du roman qui tient son lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

🌊 Le roman est complexe, particulièrement travaillé au niveau de l’analyse psychologique des personnages.

Le format BD, plus concis, ne permet pas un travail aussi fouillé au niveau psychologique. Mais Dominique Monféry compense par un graphisme qui rend parfaitement compte de l’état d’esprit du roman : la furie de la nature quand elle se déchaîne, la fragilité de l’homme face à la mer, le déchirement des parents et l'épouvante. 

Les scènes sur la mer sont bluffantes, et les expressions des personnages parfaitement travaillées, comme l’angoisse des parents, le ressentiment de la mère pour avoir dû abandonner trois de ses enfants.

Du grand art pour un grand roman !

Admiration et énorme coup de cœur !

🌊 A propos de Dominique Monféry

« Plus artisan qu’artiste », Dominique Monféry justifie avec modestie ses choix : « Mon leitmotiv, ce sont les histoires. Dans l’animation, vous êtes au service d’un scénario qui n’est pas le vôtre. Moi, ce que j’aime, c’est raconter. »

Il est l’auteur de « La neige en deuil » et « Mortel imprévu »

 

Extraits

🌊 « Ils étaient onze, juste onze au monde. »

🌊  « Tu crois que c’est parce que moi, je suis trop petit, que Louie a une jambe malade et toi, un seul œil, c’est pour ça qu’ils nous ont laissés ? Parce qu’ils nous aimaient pas ? »

🌊 « Machinalement, elle a compté mais pas de sept huit neuf. Cela s’arrête à six. (…) Pas de sept huit neuf, cela s’arrête à six. »

 

 


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Ça veut dire quoi, la parité mentale ?

📌 Eh bien, imaginez que dans l’ensemble des sociétés occidentales soit établi un nivellement cérébral. Il n’y a plus d’idiot, il n’y a plus de stupide – ce sont d’ailleurs des mots interdits qui vous condamneront à coup sûr – tous les habitants sont sur le même pied d’égalité intellectuel.

Sur le même pied d’égalité ? Non, pas vraiment. Puisque l’intelligence devient au contraire un handicap, et même quelque chose que l’on cache. Un vrai nivellement par le bas. Un anti-intellectualisme affiché.

« Toute élévation des facultés intellectuelles abaisse forcément celles d’un autre. »

Je vous laisse entrevoir les conséquences dans le domaine politique, familial, amical et professionnel, notamment au niveau de la médecine et de l’éducation.

📌 C’est ce que va vivre, et nous raconter, Pearson, une jeune prof universitaire. Elle bride son envie d’exploser en critiques acerbes, car elle se rend vite compte des dommages que cela provoquerait au sein de ses enfants et de son poste.

Il n’est pas recommandé de faire part de ses véritables opinions car on est licencié, mis au ban de la société et privé de ses enfants.

C’est encore pire quand la benjamine, Lucy, y trouve son compte et se met à espionner sa mère…

Pearson va-t-elle contraindre sa pensée ? Ou plutôt, combien de temps va-t-elle tenir ?

Il faut dire qu’elle n’est pas aidée…

Un mari prudent – ou sage…. – qui lui conseille de ne pas faire de vagues. Il pense, dans son métier d’élagueur, être à l’abri de la parité mentale...

Et sa meilleure amie, journaliste carriériste, qui soutient ouvertement la parité mentale sur les ondes et les chaines... Opportunisme ou réelle adhésion au nivellement cérébral ?

Est-ce Pearson qui est systématiquement anticonformiste ou est-elle la seule à être lucide ?

Que ferions-nous à sa place ?

📌 Une critique lucide et féroce de la dictature poussée jusqu’aux détails les plus anodins : « Quiche » étant une injure, il était conseillé de remplacer le mot par tarte garnie des lardons à base de blancs battus et de crème. »

📌 Une analyse psychologique bien travaillée, tout en nuances, du personnage central. Pearson est un modèle d’esprit critique, face à la société qui l’entoure mais aussi face à elle. Son esprit critique s'est d'abord façonné contre son éducation avec des parents Témoins de Jéhovah, puis envers elle,  par une véritable subordination envers sa meilleure amie qu’elle estime toujours plus intelligente, plus belle, plus à l’aise dans toutes les situations qu’elle-même.

 « Le socle de ma personnalité est le rejet. Je suis un empilement de points négatifs. »

📌 Un roman passionnant, que j’aurais qualifié de coup de cœur sans hésiter car le ton est mordant et juste. Impossible de ne pas évoquer un président américain en lisant cet extrait :

« Pour qu'une candidature soit considérée comme valable à l'élection présidentielle de l'année prochaine par un des deux partis majeurs, il est nécessaire que la personne en question, ne soit pas instruite, pas informée, ignorante, qu'elle s'exprime mal, qu'elle soit grossière, indifférente au reste du monde, moche, et de préférence grosse, qu'elle repousse les conseils de gens expérimentés, se méfie des compétences, soit encline à violer les procédures constitutionnelles –ne serait-ce qu'en raison d'une ignorance crasse de la constitution-, fasse preuve d'un égocentrisme non justifié et se vante de ce qui jadis , aurait été perçu comme des défauts. »

📌 Dommage que le rythme soit aussi inégal et surtout dommage d’accabler le texte avec une double fin à rallonges, inutile et surtout caricaturale à souhait…

Dommage que l’autrice se soit compliqué la vie…

Le mieux est toujours l’ennemi du bien…  C’est pourtant ce qu’elle démontrait parfaitement avec ce roman original et très intéressant par son idée et traitement de base…

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour la découverte de Lionel Shriver. 

Extraits :

📌 « Déjà, aujourd’hui pour un enseignant se risquer à donner une mauvaise note est suicidaire. »

📌 « Le socle de ma personnalité est le rejet. Je suis un empilement de points négatifs. »

📌 « On ne peut se cacher nulle part. Plus personne n’est un simple spectateur, dans ce jeu. A présent, tu es dans ce truc jusqu’au cou, autant que moi. D’accord, le mouvement pour la Parité mentale a débuté comme un grand projet de nivellement par rapport à l’intelligence. Mais maintenant, l’idée est de niveler tous les domaines existants. »

📌 « Pour qu'une candidature soit considérée comme valable à l'élection présidentielle de l'année prochaine par un des deux partis majeurs, il est nécessaire que la personne en question, ne soit pas instruite, pas informée, ignorante, qu'elle s'exprime mal, qu'elle soit grossière, indifférente au reste du monde, moche, et de préférence grosse, qu'elle repousse les conseils de gens expérimentés, se méfie des compétences, soit encline à violer les procédures constitutionnelles –ne serait-ce qu'en raison d'une ignorance crasse de la constitution-, fasse preuve d'un égocentrisme non justifié et se vante de ce qui jadis , aurait été perçu comme des défauts. »

📌 « Le talent révèle le mensonge. Alors les enfants doués doivent être punis. Supprimés. Enfermés dans un placard. »

📌 « Betterave semblait sous-entendre que la rave était bête et outrageait cette filière maraîchère. (…)

_Vous pouvez remplacer par (…) plante potagère cultivée pour sa racine charnue. »

📌 « Si les individus ne pouvaient plus être bouchés, les éviers non plus. On disait alors qu’un obstacle empêchait l’eau de s’écouler. »

📌 « Quiche » étant une injure, il était conseillé de remplacer le mot par tarte garnie des lardons à base de blancs battus et de crème. Bien sûr, « Dinde », étant diffamatoire, pour Thanksgiving, on était supposés acheter « un gros gallinacé domestique. »

📌« Toute élévation des facultés intellectuelles abaisse forcément celles d’un autre. »

 

 

 

 

mardi 3 février 2026

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Lorsque deux symboles du Cambodge éternel traversent l’horreur.

📌Dans ce roman historique, nous suivons les destins de Yith, le jeune moine bouddhiste et Dalin la jeune danseuse traditionnelle. Encore enfants à l’époque du royaume de Norodom Sihanouk, ils acceptent chacun de continuer dans la voie que d’autres ont choisie pour eux.

Lui sera moine après le décès de sa mère, elle sera danseuse au palais royal, mise là par le nouveau compagnon de sa mère, pour se débarrasser d’elle.

Puis, chacun d’eux va se retrouver emporté par le maelstrom infernal de la dictature du Parti Communiste du Kampuchéa, plus connu sous le vocable de « Khmers Rouges », jusqu’au moment où ils finiront par se rencontrer et espérer une autre vie…

📌 A travers ce roman qui retrace quinze années de la vie des Cambodgiens, François Huzar brosse le portrait d’un pays en souffrance, balloté entre l’incompétence et l’inégalité d’un régime corrompu et l’horreur absolue et criminelle d’un régime nationaliste et militaire qui conquiert le pouvoir en 1975.

Un des intérêts de ce récit est la description précise la vie d’avant les Khmers Rouges, une période rarement évoquée. La comparaison entre la vie villageoise près des rizières et celle des citadins de la capitale Phnom Penh. Deux mondes diamétralement opposés.

La description de l’arrivée des forces du Kampuchéa Démocratique dans la capitale nous rappelle le magnifique et terrible film de Roland Joffé, de 1984, « La Déchirure ».

On retrouve la stupéfaction des habitants puis l’évacuation de toute la population vers des camps de travail qui se transforme bientôt en camps d’extermination. L’existence (ou plutôt la non-existence) dans ces camps est particulièrement bien analysée et nous ressentons la dureté, la souffrance et l’inhumanité de ces conditions de vie.

📌 Ce livre est un avant tout un exercice de mémoire pour les plus âgés d’entre nous. N’oublions pas les images de cette époque et après 1980, les découvertes des charniers témoignant des souffrances du peuple cambodgien, ainsi que celles des dernières vagues des « boat people » (après celles du Vietnam).

📌 Un bémol pourtant. Pourquoi avoir choisi une fin digne d’un film indien tourné dans les studios de Bollywood ?...

📌 Cela demeure un roman à recommander, pour se souvenir ou pour découvrir ce que la folie des hommes peut créer au nom d’un idéal politique. Malheureusement, cela continue actuellement, dans d’autre pays.

Parfaitement documenté et passionnant !

Merci aux éditions l’Harmattan

Chronique établie par Gérard G.