mardi 11 août 2026

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J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, mais ensuite l’intrigue et les personnages m’ont scotchée.

Une adaptation du roman d’Olivier Truc, « Le dernier lapon : La police des rennes ».

📌 Direction La Laponie et le peuple Sami.

Si comme moi, vous découvrez cette population, direction Wikipédia :

« Les Sami sont le dernier peuple autochtone d'Europe. Ils vivent en Laponie, une région qui couvre le nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et la péninsule de Kola en Russie. »

C’est d’abord, des éleveurs de rennes, plutôt nomades et plutôt indifférents aux frontières (Norvège – Suède – Finlande ) que leurs animaux, et les Sami avec eux, traversent.

D’où de nombreuses frictions, d’où la création d’une police des rennes chargée de régler les différends entre les éleveurs et rattraper, le cas échéant, les rennes égarés…

Klemet, d’origine Sami, est le responsable de cette police.

Un homme taiseux, qui fait bien son travail, mais sans enthousiasme…

Son quotidien bascule après le vol d’un tambour ancestral au musée et la mort d'un Sami,  Mattis, un berger issu d’une famille de chaman et retrouvé les oreilles tranchées, ce qui est le marquage traditionnel des bêtes…

📌 Le dessin contribue largement à l’ambiance pesante, des teintes froides, bleutées ou gris clair, qui s’obscurcissent comme l’histoire dans les scènes les plus tendues.

📌 Ce que j’ai aimé :

- La découverte d’une région où il fait froid, très froid même. Moins 40°, n’est pas exceptionnel. Le soleil est quasiment absent durant le mois de janvier. Ces conditions forgent un caractère rude, et une adaptation à la nature.

- La découverte des Sami. Malgré l’épaisseur de leurs vêtements, ils sont doux et respectueux des autres et de la nature. Mention particulière pour le personnage d’Aslak.

- Le suspens qui se renforce au fil des pages, en laissant apparaître les conflits entre les différentes populations, le mépris pour les Sami, les lobbys miniers et même la nuisance du parti d’extrême-droite.

Un bon moment de lecture et une nouvelle découverte ! 

Merci aux éditions Sarbacane 

 

Extraits

📌 « _ Tu oublies, comme nous l’a si aimablement rappelé Brattsen, que nous ne sommes « que » la police des rennes.

_ Tu as raison. On est payés pour faire ce boulot à la con. »

 

📌 Aslak

« J’ai connu son père. C’était un vrai Sami. Il savait d’où nous venions. Il avait le pouvoir, Il avait la connaissance. Il avait la mémoire. Mattis n’avait rien de tout ça.

Il se donnait des airs de chaman, mais Mattis était comme un enfant, son père était trop grand pour lui. »

 

 

 

 

 

 

lundi 10 août 2026

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Une véritable plongée en apnée dans les zones grises de la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas une période dont on aime beaucoup se souvenir...

📌 L’autrice raconte le quotidien, mais en même temps, suscite les questions : qu’aurais-je fait, moi, quand la faim tord le ventre, quand une solution apparaît opportunément. Trafiquer ?

C’est risqué mais facile. Surtout quand on se donne de bonnes raisons pour apaiser sa conscience…

📌 Le roman commence par un cri de désespoir en vers libres.

« Pourrais-je pardonner ?

Me le pardonner ? »

L’autrice a déjà réussi à capturer notre attention et notre curiosité….

📌 Quatre personnages racontent et se racontent. Un jeu de miroirs où la perception du récit de l’un est développée par le ressenti de l’autre.

- Le premier, on ne sait pas qui sait, interroge et se désespère.

- Servane, une jeune fille, explique la misère, la faim et le choix du trafic. Elle, c’est « la bâtarde, la fille de fille, l’abandonnée, » élevée essentiellement par son beau-père car sa mère est partie durant son enfance.

Elle se sent maigre, moche. Son travail dans une boulangerie ne ramène que quelques sous, insuffisants pour faire taire son ventre.

Une rencontre fortuite avec une amie et son choix est fait : « son corps et son ventre applaudissent. Dès les premiers mots, ils ont choisi leur camp. »

- La concierge de l’immeuble, Mme Emilie. Elle voit tout, elle sait tout, mais ne dit rien

- Grégoire, ou plutôt Paul Garnier, le responsable du réseau de trafic. Notre vision sur le personnage change radicalement quand il explique.

📌 J’ai aimé cet éclairage, sans jugement, des zones grises de l’histoire et de l’âme humaine.

- La vie du quotidien de ceux qui ont perdu, l’acceptent, baissent la tête. Éteints et résignés. Affamés. Un arrivage potentiel de charcuterie les réveille tous.

- Ils subissent tout sans broncher, même et surtout la pression occupante, la chasse aux juifs. Bien montrer qu’on ne l’est pas !

« Il produit ses papiers, où sa photo d’identité, légèrement de profil, montre qu’il n’est pas juif. »

- Se donner bonne conscience, c’est ce que se dit Servane : « Le marché noir peut être vu comme un délit utile, collectif. Trafiquer, c’est résister toutes ensemble. »

- Ceux qui trafiquent et qu’on montre du doigt, mais dont on achète la marchandise. Ceux qui en profitent en pinçant les lèvres : la société bourgeoise qui pince les lèvres pour parler des trafics mais qui ne résout pas à consommer de l’orge grillée ni à se dessiner des bas. »

📌 L’analyse psychologique est particulièrement juste.

Le personnage de Grégoire-Paul Garnier est passionnant car complexe. Un homme désenchanté en quête de revanche sur son enfance et sa condition.

« J’étais devenu indispensable, c’était à mon tour de distribuer, aux autres de crever d’envie, à moi de gagner. »

Lucidité, cynisme et idéalisme.

C’est pour cela que Paul est sensible à l’admiration de Servane envers lui. Elle lui fait endosser un costume qu’il aimerait porter.

« C’est la première fois qu’il a envie de protéger quelqu’un. Quelqu’un d’autre que lui. »

📌 Une fresque terrible et magnifique sur une période dépourvue de sens pour la plus grande partie de la population. Parfaitement documentée.

Encore une pépite !

 

Extraits

 📌 « Pourrais-je pardonner ?

Me le pardonner ? »

 📌 « Obéir et se taire, c’est ce que fait Servane. »

📌  « Des doryphores sur un plant de patates »

 📌 Fédor, le violoniste.

« la musique avait continué jusqu’à la grande rafle de l’été 1942.

Il s’est murmuré que Fédor avait été déplacé vers un pays où seraient rassemblés les-gens-comme-lui. Des Juifs. »

 📌 La rencontre avec Rosa

« Mais son corps et son ventre applaudissent. Dès les premiers mots, ils ont choisi leur camp. »

📌 « La bâtarde, la fille de fille, l’abandonnée. »

📌  « Elle connaît désormais le prix exact de la honte. »

 📌 « A 11 heures, il n’y a plus rien à vendre. C’est l’heure où les rares clients israélites ont enfin le droit de venir faire leurs achats, mais Servane les voit de moins en moins souvent. »

📌 « les Alliés avec « la sauvagerie de leurs bombardements terroristes » comme le disent les gros titres des journaux collabos. »

📌 La concierge

La gamine, on ne peut pas dire qu’elle a eu une histoire facile. Sa mère est partie, quand elle avait quoi, six ou sept ans. (…)

C’est plus tard qu’on a appris qu’il n’était pas le vrai père et que la mère faisait des séjours à l’asile pour soigner sa mélancolie. »

📌 « Folle. Morte à l’asile, quoi. »

📌 Grégoire-Paul Garnier

« La société bourgeoise qui pince les lèvres pour parler des trafics mais qui ne résout pas à consommer de l’orge grillée ni à se dessiner des bas. »

📌 « Il produit ses papiers, où sa photo d’identité, légèrement de profil, montre qu’il n’est pas juif. »

 📌 « Paul est ce qu’on appelle un « mercanti », certains diraient un profiteur de guerre. »

 📌 « Il tenait un bon filon (…) étant parmi les premiers à comprendre que certains étaient prêts à tout vendre, et d’autres à tout acheter. »

📌 « Le français moyen doit se sentir protégé par le régime. »

 📌 « Cette fille l’admire. C’est comme si elle cherchait, et voyait, ce qu’il y a de bon en lui. (…) le truc qu’elle dégage, cette innocence, cette droiture. »

📌 « On dirait qu’elle a besoin de croire de croire en quelque chose de plus grand, de donner du sens à tout. »

vendredi 7 août 2026

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 « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ».

Terence – poète latin – 165 av JC . Ancien esclave, il explique ainsi qu’il comprend et est impliqué dans tout ce que vivent les hommes, le bonheur et le malheur. L’amour et la barbarie.

📌 Ce roman coche toutes les cases ! L’émotion, la réflexion, l’analyse géopolitique, les mécanismes de tyrannie jusqu’au plus profond de l’homme.  

Décembre 1989. Horatio est roumain, réfugié en Bretagne depuis 1951. Là, il a trouvé une vraie famille aimante et attentive, l’amour après l’horreur en Roumanie. Il ressent maintenant le besoin viscéral de rechercher son frère cadet et part pour Bucarest, en espérant ou en craignant ( cela dépend de ses souvenirs) le retrouver.

Tout au long de son périple, il se souvient et s’adresse à son frère.

Deux garçons bien différents et pourtant très proches. Une enfance aisée, un père autoritaire et patriarcal

En décembre 1950, ils fuient la République Populaire de Roumanie mais sont arrêtés par les forces soviétiques. Il a 23 ans et son frère, 17.

C’est un voyage en enfer qu’ils vont connaître. D’abord Jilava et ensuite Pitesti. La terrible prison de Pitesti où règne Turcanu. 

Turcanu, le Robespierre soviétique. « Il nous arrachait notre substance et faisait surgir l’homme nouveau » Ou comment l’humanité se perd, ou comment modifier l’âme des hommes…

📌C’est un roman inspiré de la triste réalité qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.

Les mécanismes de la déshumanisation sont parfaitement analysés et détaillés.

Pour se protéger, les deux frères ont eu besoin de se dédoubler, de s’appeler avec d’autres prénoms, Hamlet et Carmen, pour moins subir l’horreur.

Horatio-Hamlet a conservé une bulle d’oxygène : des poèmes qu’il récite ou se récite.

L’autrice démontre aussi avec brio, l’importance du Verbe. Celui qui protège ET celui qui détruit.

📌 Une plume au scalpel qui incite à l'empathie et même à la projection. Renforcée par la proximité du tutoiement du narrateur vers son frère.

Un récit et des personnages qui restent en mémoire tant ils sont puissants.

La fin est somptueuse et très émouvante.

📌 J’appréciais déjà beaucoup Virginie Ollagnier, pour ses scenarii dans les BD (Nellie Bly, L’escadron bleu), mais là, je la découvre avec bonheur dans un superbe roman.

💙Ne ratez pas cette véritable pépite ! un livre puissant et utile.

Merci Virginie Ollagnier.

Et merci aussi à NetGalley pour cette découverte passionnante.

 

Extraits :

📌 « Depuis 37 ans d’une vie incomplète, tu vides mes veines et éteins mon âme. »

📌« Plus je me rapproche de l’idée de toi, et plus j’ai peur. Peur de te faire face. Peur de te retrouver. Peur que tu sois mort. »

📌 « Je n’avais d’idéal que le calme, une vue sur la mer Noire, un thé chaud avec un livre après une promenade à cheval. »

📌 « Ils m’ont enseigné cela, veiller à rester humain. » « Ils m’ont enseigné cela, veiller à rester humain. »

📌 « Les dictateurs utilisent toujours les mêmes leviers pour asservir les peuples, la peur et la colère. »

📌 « Je ne pouvais savoir que le pillage d’un pays est le but d’une dictature, et que de fou, il n’y a pas. Il y a un voleur masquant son crime derrière des mensonges et plaçant ses amis aux postes rémunérateurs. A vingt-trois ans, je n’envisageais pas la corruption comme le ciment qui maintient les dictatures. »

📌 « Turcanu décidait du manger, du boire, du coucher, du chier. Cette dépendance nous renvoyait au stade des tout petits enfants, à la merci de l’autorité surnaturelle et maltraitante.

📌 « J’avais mis du temps à comprendre : il était Dieu ici, et quel que soit le temps que cela prendrait, il ferait de moi un homme nouveau. »

📌« Il nous arrachait notre substance et faisait surgir l’homme nouveau »

📌 « j’avais eu le temps de lire toute son histoire dans son visage de vieillard de vingt ans, de ressentir toute sa force et sa détresse dans ses yeux sans âge, de la reconnaître, de me retrouver en lui. » »

📌 « Au commencement était le verbe et le verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. »

📌« Le corps de Carmen disait le système, réclamait l’homme-machine, et c’était un fait : mon frère était habité par un inconnu qui ne laissait transparaître que l’irrévocable de sa force. »

📌« A Pitesti, j’avais appris la démonétisation de nos valeurs humaines, de la morale, de la liberté remplacées par le puritanisme, le moralisme et le Verbe. A la souplesse de l’intelligence, l’apprentissage de la vie, l’adaptation au monde succédaient la rigidité, la perfection et la nouvelle vérité. »

📌« Retiens aussi que les vrais méchants existent, mais que nous, les gentils, on est les plus nombreux. »

📌 « Livius et moi, avons été torturés en prison. Jusqu’à. Nous obliger. A torturer. A. Notre. Tour. D’autres. Personnes. »

📌« Ta fragilité est ta puissance. Tes larmes de deuil te lient à l’humanité. »