💙💙💙💙💙
Inspiré d’une histoire vraie, un roman chargé de sens et d’émotion. Avec la présence de Zaatar, le chien berger syrien qui ramène l’humanité que les gens ont perdue, et avec l’arrière-plan de la guerre en Syrie, parfaitement analysé dans son fonctionnement et ses dommages.
De 2012 à 2016, la bataille d'Alep, (les troupes rebelles à l’est, l’armée de Bachar Al Assad, à l’ouest), va faire des milliers de victimes. La ville est détruite à plus de 60 %.
🐶 Alep- Ouest – 2016
Zaatar, c’est le chien recueilli par la famille chrétienne de Maya, appelé aussi Zouzou ou Habibi par les habitants de l’immeuble de Maya et son fils Elias. Un endroit où cohabitent plusieurs religions et des gens bien différents les uns des autres.
« C’était la Syrie heureuse, celle qui aimait sans distinction de classe sociale ou de religion. Ses amis arméniens, chiites, sunnites se retrouvaient joyeusement autour de sa table. »
Avec la guerre, les bombardements, les arrestations arbitraires, ils se replient sur eux-mêmes, perdent la solidarité qui les liait. Certains habitants s’enfuient, d’autres arrivent. On ne sait pas qui ils sont, ni d’où ils viennent… Comme Rami, le pianiste, qui rassemble les gens autour de la musique, et surtout Zaatar, qui reste des heures entières à l’écouter.
🐶 Ne croyez surtout pas qu’il s’agisse uniquement d’un récit centré sur un chien. Zaatar est surtout un révélateur des ravages que provoquent la guerre et la violence sur les individus, et comment, lui ou la musique peuvent les réparer. Ou la littérature, voir les beaux romans de Delphine Minoui, "Les passeurs de livres de Daraya" et de Rachid Benzine, "L’homme qui lisait des livres".
De plus, Stéphanie Perez connaît et observe bien les chiens car Zaatar est particulièrement attachant, et bouleversant, car SINCÈRE comme l’est un animal.
« _J’ignorais que les chiens pouvaient aimer à ce point.
_Ils ne savent pas faire autrement. C’est leur façon d’être au monde. Ils aiment de tout leur corps. Sans réserve. »
Quand on a des animaux à la maison, on retrouve parfaitement les traits décrits par l’autrice.
Euh… J’ai oublié de vous dire, la boîte de mouchoirs en papier peut être utile...
🐶 Un roman qui coche toutes les cases. Il nous fait comprendre les dévastations de la guerre au niveau de chacun, rend compte des différents comportements face à la violence : lâcheté, fuite, surenchère de violence ou amour et solidarité. De plus, il nous bouleverse avec Zaatar, comme quoi, il n’y a pas que l’humain qui détient l’humanité.
L’écriture est belle : un vocabulaire précis et juste, des phrases courtes qui accompagnent magistralement l’action et l’émotion.
🐶 C’est beau, c’est bouleversant, c’est le roman le plus abouti de Stéphanie Perez et pourtant, j’avais adoré « Le gardien de Téhéran » et encore plus « la ballerine de Kiev ».
Enooorme coup de cœur !
Extraits :
🐶 « Elias se dit que les chiens et les hommes, finalement, c’est la même histoire, les mêmes plaies invisibles. »
🐶 « Sauver un animal, c’était sauver son humanité, refuser de céder à la barbarie »
🐶 Pris entre deux feux, impuissants et exposés…
« Et pendant que les islamistes répandaient la terreur, le dictateur resserrait l’étau, tirait sur la foule. L’un nourrissait l’autre. La répression trouvait son alibi. La révolution s’était retrouvée piégée entre deux monstres. »
🐶 « Un piano, dans une ville qui n’avait plus de musique. Tout ce qui sonnait beau avait fini par disparaître. »
🐶 « Elle, l’ancien professeure passionnée de littérature française et de poésie, ne s’intéressait plus à rien, en voulait à la terre entière. Elle détestait cette femme qu’elle était devenue, qui contemplait dans les cendres de la guerre, les poussières de sa vie. »
🐶 « C’était la Syrie heureuse, celle qui aimait sans distinction de classe sociale ou de religion. Ses amis arméniens, chiites, sunnites se retrouvaient joyeusement autour de sa table. »
🐶 « Les obus tombaient souvent par deux. Le premier tuait. Les seconds achevaient ceux qui accouraient pour aider. »
🐶 « Ce qui touchait les gens, ce n’était pas seulement la gueule d’ange de son chien. C’était cette innocence tenace, ce courage sans discours, cette pulsion de vie que l’on retrouvait chez tous ceux qui refusaient d’abandonner Alep, non par héroïsme, mais parce qu’ils n’avaient pas le choix. »
🐶 « Elle pensa à tous ceux qui avaient payé, comme elle. A ceux qui paieraient demain. Les disparitions forcées étaient l’une des armes favorites du dictateur. Autour de lui, une armée de fonctionnaires corrompus profitait de la faiblesse du peuple aux abois. »
(voir « Caméra obscura » de Gwenaëlle Lenoir)
🐶 « la Syrie n’avait pas le monopole du malheur. L’émotion avait une date de péremption. On s’indignait vite, mais on s’habituait encore plus vite. A quel moment, la compassion avait-elle basculé dans l’indifférence ? »
🐶 « Ibrahim avait visé juste, et il constatait avec une lucidité inquiète le lent travail de destruction à l’œuvre chez son voisin. Il avait reconnu ce poison distillé par les hommes en noir. La foi devenu prison avec les concepts d’un autre temps, le pur et l’impur, le licite et l’interdit. »
🐶 Même la figure d’Abdu est parfaitement analysée :
« là-bas ( à la mosquée), il redevenait visible, reconnu, sans avoir rien d’autre à prouver que sa régularité. Il se tenait du bon côté des apparences, et il avait conscience de la valeur de cette image, la place qu’elle lui garantissait parmi les autres. Il était un homme irréprochable ; dont le foyer reflétait la solidité, la discipline, valeurs devenues indispensables jusque dans l’intimité. »
🐶 « Zaatar souffre de dépression, Maya. On ne l’imagine pas, mais les chiens peuvent ressentir le deuil, parfois plus fortement que les hommes. Ils ne comprennent pas l’absence. »
« _J’ignorais que les chiens pouvaient aimer à ce point.
_Ils ne savent pas faire autrement. C’est leur façon d’être au monde. Ils aiment de tout leur corps. Sans réserve. »
🐶 L’état d’Alep en 2016 :
"Plus Maya avançait vers l’est, plus l’étendue du désastre se déployait devant elle, et plus elle suffoquait. Ce n’était pas seulement une ville détruite qu’elle traversait, mais un corps immense brisé, mis à nu, dont les plaies s’offraient sans détour. Des dizaines d’immeubles balafrés laissaient pendre leurs étages fracassés, des chambres ouvertes où l’on distinguait des lits tordus, des rideaux noircis par la fumée, des jouets d’enfants pris dans les gravats, restes dérisoires d’une vie balayée sans ménagement. »
🐶 « Tout s’éclairait. L’attention démesurée de Zaatar à la moindre note, son attachement viscéral à Rami et à son piano. L’animal ne découvrait pas la musique , il y avait baigné. »







